‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 97 sur 244 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

connaissance du contenu. Justement effrayé, et craignant qu*on ne Taccuse d'avoir inspiré d*aussi dangereux écrits, Voltaire ne voit qu'un moyen de se mettre à Tabri de tout soupçon, c*est d'envoyer cette pièce condamnable au ministre en lui disant toute son indignation et en lui faisant bien remarquer à quel point en la livrant de lui-même il se conduit en bon Français et en fidèle sujet du roi. Choiseul répond au philosophe en le félicitant et en rassurant qu'il a fait connaître au monarque et à Mme de Pompadour un zèle si digne d'éloges, puis il parle de Frédéric dans les termes les plus méprisants; il croyait voir en lui un héros, ce n'est qu' « un polisson »; et il ajoute : « Je n'ai pas mis sous les yeux de Sa Majesté cette pièce; je crois qu'il est inutile que les rois connaissent qu'ils ont des confrères assez petits et assez indécents pour faire d'aussi mauvais vers (i). » Du reste, dans le cas où Frédéric aurait la hardiesse de publier son œuvre, le duc a fait préparer par Palissot une réponse des plus mordantes où il est fait une allusion cruelle aux mœurs du roi

(i) Toutes les lettres citées dans ce chapitre sont extraites du très intéressant volume publié par M. Pierre Calmettes, Choiseul et Voltaire. Pion, 1900.

i»o DUC ET DUCHESSE DE CHOiSEUL

de Prusse, et cette réponse paraîtrait aussitôt.

Mis en goût par ce début, assez peu engageant cependant, Voltaire» qui a la rage de se mêler des choses qui ne le regardent pas et surtout de se donner de l'importance, s'imagine qu'il serait digne de lui de servir d'intermédiaire entre Frédéric et Choiseul et d^amenerj par d'habiles négociations, un rapprochement entre la France et la Prusse, peut-être même de terminer la guerre qui désole les deux pays. Cette intervention aurait même peutêtre pour résultat de lui rouvrir les portes de la France et d'amener pour lui un retour de faveur.

Plein de son idée et fier du rôle qu*il veut jouer, le patriarche n'hésite pas à écrire à Frédéric pour le tâter et savoir si Ton ne pourrait pas arriver à un terrain d*entente.

La réponse du roi, datée du 22 septembre 1759» n*est guère encourageante, Frédéric commence par déclarer qu'il est un « preux chevalieri», qu^il a de « l'honneur pour dix », qu'il veut une paix honorable et glorieuse, qu'en aucun cas il n'abandonnera ses fidèles alliés. « Les Français ont la tête brouillée par l'ellébore autrichien, dit-il ^ mais quelques bonnes défaites leur rendront la raison. » Il est comme les joueurs qui sont dans le

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