‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 98 sur 244 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

malheur et qui s*opiniâtrent contre la Fortune^,.; du reste, il a affaire à de si sottes gens q^'îl i^^^ qu'à la fin il ait l'avantage sur eux.

Choiseul n'ignorait rien des singulières démarches tentées par le patriarche; celui-ci, dès qu'il eut reçu la lettre de Frédéric, s'empressa donc de la transmettre au ministre. Elle lui causa naturellement assez peu de satisfaction, et il répondit fort aigrement :

« Ce preux chevalier ressemble à ceux qui chantent dans la rue pour s'étourdir sur leur peur; il n'y a dans toute sa lettre qu'un trait naturel, qui est quand il dit qu'il a affaire à des bêtes. Ma foi, rien n*est si vraii mais tout bêtes qu'ils sont en particulier et en général, ils doivent à la longue abattre une puissance qui n'a pas de consistance par elle-même,., u Puis il compare Frédéric à un charlatan qui rivalise auprès d'un malade avec trois bons médecins : il peut avoir un succès momentané , mais à la Bn il sera décrié et tombera dans le mépris. 11 le compare encore à un joueur qui, ne possédant que i,ooo louis, joue contre les fermiers généraux : il pourra gagner pendant un certain temps, mais si les fermiers s'obstinent il est sûr de perdre à un moment donné, et il sera réduit

iSs DUC ET DUCHESï^E DE CHOISEUL

à vivre de la cliarité de la paroisse. Du reste, Choiseul est sans inquiétude sur Ta venir, et il a adopté la devise assez hasardée de son cousin de Choiseul-Meuse : a A force d'aller mal, tout ira bien. »

Jusqu^à présent l'officieuse intervention de Voltaire n'avait produit d'autre résultat que d ^amener entre le roi et le ministre un échange de lettres mordantes, de plaisanteries douteuses et de fanfaronnades, chacun essayant de bluffer Fautre.

Mais quelque étonnant que cela puisse paraître, les démarches de Voltaire finirent par ne pas être stériles. A la sollicitation de Frédéric, Pitt consentit à ce qu'une proposition de congrès pour la paix fût déposée au nom de FAngleterre et de la Prusse entre les mains des états généraux à la Haye; malheureusement il fut impossible de s'entendre et les hostilités continuèrent. Frédéric en rejetait violemment la faute sur le ministère français.

Désolé de l'échec des négociations, Choiseul supplie Voltaire d'user de tous les moyens pour persuader à Frédéric qu'il est perdu s'il ne fait pas la paix et s'il n'insiste pas auprès de l'Angleterre pour qu^elle réduise ses prétentions. Le duc sou-

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