‹ Le duc Job, comédie en quatre actes et en proseChapitre 13 sur 103 · J EA · texte numérisé non relu

J EA

C'est vrai; je ne t'ai pas revu depuis ma visite militaire à Crémieux...

VALETTE, un peu troublé .

A Crémieux ?

JEAN

Chez ton oncle, à toi... Ton oncle Solié !

VALETTE

Tu le connaissais ?

JEAN

Non, mais je le (tonnais depuis un an environ ; pardieu! depuis mon départ pour l'Afrique! Je voulais t' écrire de là-bas, mais le lendemain de mon arrivée à Alger, notre bataillon se mettait en campagne.

VALETTE

Tu as VU mon oncle Solié à...

JEAN

A Crémieux ! Il ne te l'a pas écrit, non plus ?

VALETTE

Non, mais...

Oh ! mon cher, quel homme charmant !

VALETTE, à part.

En voilà une chance !

JEAN

Que je te conte donc cela. ( a le premi sous le bras. ) Imagine-toi que notre détachem'ent, en garnison à Lyon, avait reçu ordre de s'acheminer par petites étapes jusqu'à Marseille, d'où nous devions nous embarquer pour l'Afrique. On nous avait, comme d'habitude, éparpillés sur les grandes toutes pour gagner nos localités respectives; et, en ma qualité de caporal, j'avais à faire loger quatre hommes et ton serviteur très-humble dans un petit village du nom de Crémieux. J'en casai deux à une auberge de rouliers qui m'était désignée, et allai avec les deux autres sonner à la niiiscn

d'un M. Solié auquel échéaif. de par M. le Maire, l'insigne honneur d'abriter mon galon. Une bonne grosse mère vint m'ouvrir.

VALETTE , à part. ^

Marianne.

JEAN

Elle m'introduisit près du maître; et, pendant que mon amphitryon... de par la loi, examinait mes lettres de créance, je vis en face de moi, à la cheminée, une miniature qui te re.ssemblait beaucoup. J'allai droit à elle : ton oncle vit le mouvement. — Eh bien, dites donc, caporal, fit-il en arrêtant sa lecture, ne vous gênez pas, hein? J'ai encore là-bas des portraits de dames, si vous êtes amateur? — Pardon, Monsieur, lui dis-je; je croyais reconnaître un de mes camarades de collège... — Qui s'appelle?... — Henri Valette.— Vous connaissez mon neveu? — Vous êtes son oncle? — il y a apparence! — (Le fait est que mon mot était naïf! } — Puis, regardant le billet de logement : « Le caporal de Rieux... » J'ai connu autrefois un marquis de Rieux... — C'est mon oncle! — Vous êtes son neveu? — J'avais grande envie de lui riposter : il y a apparence ; mais il ne m'en laissa pas le temps! — « Ah ! vous connaissez mon neveu ? ^j — puis, allant et venant ; Marianne I tu mettras deux couverts!... (Il me néglige! )... elles deux perdreaux, pour rôti! nous ferons demain une friture au curé , c'est plus orthodoxe ! — puis il me demanda bien vite de tes nouvelles. Je lui répondis qu'à un mois de date, tu allais à merveille. « Bravo ! me dit-il! Moi, il y a plus d'un an que je ne l'ai vu... mais c'est jeune, et je ne lui en veux pas : je n'aurai à lui laisser après moi que cette bicoque... et il est ambitieux! Aussi, je me résigne à l'aimer de loin... vous voyez... son portrait est là qui me regarde avec ses yeux bleus, ceux de sa mère que j'aimais tant! »— Je n'en finirais pas de te répéter tout ce qu'il me dit, durant cette demi-journée, de toi, de ta famille! Depuis, tu as eu de ses nouvelles? Comment va-t-il?

Mon ami, je l'ai perdu...

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