‹ Le duc JobChapitre 30 sur 76 · JEAN, EMMA · texte numérisé non relu

JEAN, EMMA

EMMA

Eh bien! qu'est-ce que tu as donc? — Tu rudoies cette chaise.

JEAN

Du tout... Je fredonne...

ACTi: H, SCtNE VIII. 55

EMMA

Ta fanfare... oui... je te préviens môme que tu en abuses...

JEAN

C'est possible! Elle me revient, depuis quelque temps, (à part) quand je suis un peu... agaeé.

C'est comme ça que tu es venu ?

JEAN

Me voilà à tes ordres; de quoi s'agit-il?

EMMA

De toi.

Hein?

De M. Valette.

Comment?

De mon mariage.

Que signifie ?

EMMA

JEAN, à part.

EMMA

JEAN, de môme.

EMMA

Papa en a parlé à maman, qui vient de m'en parler; les mots a double entente se croisent dans la conversation, si bien que tu en as surpris un qu'Achille m'a dit au quinconce, une allusion qui t'a fait froncer le sourcil.

JEAN

Moi?

EMMA

Oui... froncer le sourcil... Pourquoi? dis! (jean se détourne.) Non, j'ai besoin de te regarder en face; tout ceci est délicat! Est-ce que tu as quelque chose contre lui ?

JEAN, trouble.

Qui... lui?

Contre M. Valette ?

JEAN

Moi?... du tout... — Déjà, ce matin...

EMMA

Oui, ce matin, je t'ai interrogé, et tu m'as répondu que c'était un bon garçon. Mais... d'abord, nous étions très-pressés; c'est moi qui ai parlé pendant tout le temps... et puis, bon garçon... pour un homme à épouser, ce n'est pas un signalement, cela! C'est ton camarade; vous ne vous êtes guère perdus de vue; tu dois avoir à me dire de lui autre chose que : c'est un bon garçon...

JEAN

Que veux-tu que je te dise? Valette est un... très-bon garçon qui... c'est un excellent garçon que...

Qui... que... Y a-t-il dans sa vie, à ta connaissance, quelque chose qui t'empêcherait... de lui doimcr ta fille?

JEAN

Ma fille!... Pourquoi pas ma petite-fille? Tu me poses en père noble...

EMMA

Oh! est-il coquet!... Eh bien, ta sœur, là!... Jean! Je t'en prie!... mon père et ma mère ne peuvent pas savoir, comme un camarade d'enfance, tels secrets que je puis avoir intérêt à connaître!

JEAN

Connaître... quoi?... (Arec un peu de dépu.) Est-ce que, déjà, tu serais jalouse?...

EMMA

Tu es ridicule !... Pour être jalouse, il faut aimer... et il est certain que je n'aime pas M. Valette...

JEAN, assez Tive:ncnt.

Ah?

EMMA

Ah! ça t'étonne? Pour qui me prends-tu? Est-ce que je suis une femme à aimer un monsieur à première vue... et entre deux

ACTi-: II, scr:Nr: vin. hi

controdansos? Assiirômont non, je no l'aimo pn?... onrore; mais, si jo réponse, je l'aimerai peut-être... puisque j'ai vu ce phénomène inexplicable se produire à l'égard d'Anna, de Louise et d'Estelle... fort peu éprises avant la noce, je te le jure! Fstelle surtout... qui pleurait, le matin, et médisait, en partant pour la mairie : « Je crois que je répondrai non! » J'étais anxieuse sur mon banc... Enfin, le oui est sorti !.. mais, à l'église, ça a été un déluge de larmes... son voile en était touttrempé !... — Eh bien! au sortir de la riïesse, son mari (qui n'était vraiment pas mal) l'emmena à Fontainebleau, où ils restèrent huit jours... et, à son retour, je la trouvai enchantée de son voyage... je veux dire de son mari.

JEAN

Ne te reprends pas, va!

EMMA

Si, si!... de son mari !... Elle était tendre I... 11 faut croire que Fontainebleau... c'est charmant?... la forêt, surtout... elles en reviennent toutes ravies!... Je voudrais bien la voir.

JEAN, à part.

Comme cela, moi aussi!

EMMA

Mais tu comprends que je n'ai pas été assez sotte pour attribuer à une forêt la gloire d'un tel miracle. J'en ai conclu seulement que l'amour pouvait venir vite; mais je sens bien là qu'il ne doit pas s'en aller de même... et alors, une erreur!... Jean, songe donc... si plus tard on s'aperçoit... Ah! Dieu! rien qu'à cette pensée je me sens toute troublée!... et c'est toi qui en es cause...

JEAN

Moi?

ETklMA.

Oui 1 Je t'ai souvent observé : tu as une manière de regarder les gens qui est, pour moi, un signe auquel je ne me suis jamais trompée!... C'est au point... cela va t'étonner... que je ne voudrais pas me marier sans t'avoir vu regarder mon mari en face... toi... ou mon oncle de Rieux... ou ton ami Edouard Brémont... Voilà un homme qui aussi m'inspire confiance... et qui t'aime bien!... (il a raison !) Je trouve que vous vous ressemblez un peu...

58 LE DUC JUB.

pas au physique... Oh ! ça, non... il est mieux que toi!... — Mais où en étais-je? Tout ça me tourne la tête... Ah!... à M. Valette!... Eh bien, j'ai remarqué, aujourd'hui, chez toi un certain air gôné visa-vis de lui.

JEAN, avec hauteur.

Gêné, moi?...

EMMA, rênéchie.

C'est peut-être, en effet, plutôt lui, vis-à-vis de toi. Mais, de ton côté aussi, oui, dans ton regard, il y a une exppession que je ne puis analyser, et qu'à sa place j'aimerais mieux ne pas y voir...

JEAN

Du tout!...

EMMA

Si!... — Tu ne sais pas dissimuler... je suis là-dessus plus forte que toi, moi qui suis franche, au fond !... Eh bien, sois franc aussi, voyons; tu as quelque chose contre lui?...

JEAN

Du tout!...

EMMA

Si!... — Je ne dis pas quelque chose de personnel, mais enfin, une idée, un fait, un secret qui t'a impressionné à son égard d'une manière fâcheuse...

JEAN

Non !. . .

EMMA

Si, te dis-je!... — Eh bien! que ce soit peu ou beaucoup, si cela touche à certains sentiments tendres, élevés... essentiels, enfin!... Dis-le moi !

Mais, mon Dieu!...

EMMA

Vois-tu, Jean... on ne me connaît pas!... (virement.) Certainement que je ne me marierai pas à un homme sans fortune, ohî ça... jamais!.. Pourquoi t'éloignes-tu?

JEAN

Pour rien ! **

EMMA

Mon père en a... mon frère va en avoir beaucoup; Louise, dont

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