LE RETRAIT DE MARIE TOUGHET
C'était une chambre, qui, dans son luxe ancien et bien conservé, conviait à toutes les nonchalances du bien-être.
Un vaste lit l'occupait en partie, dont les rideaux en damas des Indes, d'un rouge vif, retombaient moeileusement autour de la couchette.
Dans la ruelle, un prie-Dieu d'ébène faisait miroiter le crucifix d'argent qui le surmontait.
En face de ce ht se dressait une toilette de bois noir, plaquée d'écaillé, de nacre et de cuivre mcrustés, et formant une infinité de dessins d'assez mauvais goût, mais qui donnaient à tous les meubles de cette époque le « cachet » que l'on y prise encore.
Le plafond, arrondi en dôme, s'animait d'une volelée d'Amours qui déployaient une banderole sur laquelle se lisaient ces trois mots :
Je charme tout
anagramme du nom de Marie Touchet, qui avait abrité un
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instant ses amours avec Charles IX dans ce domaine de l'île de la Loge, au sud du bois du Vésinet, au milieu d'une jolie plaine « verdoyante et bien cultivée».
Cet anagramme, — trouvé, dit-on, par son royal amant, se reproduisait sur les tapisseries d'Aubusson fabriquées, par Tordre de ce dernier, pour récréer les yaux et célébrer les grâces modestes de la maîtresse auprès de laquelle il trouvait momentanéuient l'oubli des terribles nécessités qui avaient ensanglanté son règne, de l'aversion sourde de ses frères, de la poLtique florentme de sa mère, et des menaçantes prédictions qui lui montraient à l'horizon Tastre des Bourbons grandissant pour remplacer celui des Valois à son déclin.
Des cabinets, des crédences, des dressoirs merveilleusement travaillés ; des sièges cloutés, frangés et lampassés; une profusion de colifichets entassés cà et là, — verroteries, flacons, flambeaux, lustres, vases, sans compter les coupes d'or, d'argent, d'ambre ou d'agate, — prouvaient combien le fils de Catherine de Medicis s'éla 1 1 ingénié à faire, sous Samt- Germain, a la mie de son cœur un huen-retiro non moins doux, non moins gai, non moins magnifique que celui de la rue de l'Autruche, au coin de la rue Saint-Honoré, où il allait rimer, à ses genoux, des vers qui, pour œuvre de roi, ne sont cependant pas tout à fait détestables.
Mais Charles IX était mort; Marie Touchet était morte, — et le réduit de l'ancienne bourgeoise d'Orléans était resté clos, vide et morne pendant des années...
Puis une autre femme était venue le faire revivre...
Car c'est une femme que nous allons y rencontrer à l'heure nocturne oij nous invitons le lecteur à y pénétrer avec nous.
Nous écrivons : a rheiirc norfurne...
En efîet, du fond de cette chambre, par une fenêtre entr'ouverte, on voyait le^ étoiles brocher de leurs scintillations d'argent le manteau de veloar^, d'un bleu sombre, du ciel.
Par cette fenêtre, pareilîenient. Ton sentait entrer la fraî-
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cheur humide de l'eau profonde et Ton entendait le murmure du fleuve contre la berge toute proche.
La maison étant située à la pointe extrême de l'île, la Seine, ridée par le vent de la nuit, venait, pour ainsi dire, clapoter contre ses murailles.
La femme dont il s'agit était à demi couchée sur une pile de carreaux.
Elle s'enveloppait d'une robe d'étoffe turque, ramagée de larges fleurs bizarres, qui n'était point ajustée, mais dont le poids dessinait la perfection de ses formes.
Sa pose abandonnée avait de gracieuses paresses.
L'agrafe de sa robe, détachée, découvrait ses épaules admirables que drapait, comme une toison d'or, le trésor de sa chevelure blonde.
Son coude s'appuyait sur les coussms, et l'une de ses mains disparaissait sous les masses ondées de cette chevelure.
Son autre main tenait une feuille de papier.
Elle jouait avec celle-ci, l'élevant parfois au-dessus de sa tête pour lui darder un long regard d'ardente tendresse, et parfois la posant, la pressant sur ^son cœur, dont les battements venaient la caresser.
La lumière d'une lampe suspendue au plafond tombait d'aplomb sur elle et faisait rayonner son sourire.
Un sourire dont nous avons vu autrefois les roses palpiter et les perles étinceler sur les lèvres de Diamante, la reine des Grands-Scorpions.
Sur ce carré de papier, si chèrement contemplé, il y avait un petit croquis qui ne nous est point non plus absolument inconnu.
Un portrait! Celui de la belle rêveuse! La couronne de clinquant au front. Dans la main, le fouet à manche d'ébène. Au cou, le sifflet d'argent.
Ah ! que de souvenirs, — doux et terribles, — dans ces menus détails, dans ces accessoires singuliers !
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C'était, en ce temps-là, la mode chez les artistes de latiniser leur nom au bas de leurs œuvres.
Dans un coin du feuillet arraché aux tablettes de madame deChevreuse, sous les quatre coups du crayon fin et hardi qui avait fixé sur le vélin les traits de l'ancienne gitane, on pouvait lire cette signature: lacobvs Callot.
C'était à ce nom que Géralde de Fenestrange souriait; c'était lui qu'elle invoquait; c'était à lui qu'elle parlait:
— Jacques, mon ami, murmurait-elle, mamtenant que je vous ai retrouvé, je me sens confiante et rassurée comme au jour où je m'appuyai pour la première fois sur votre bras loyal et vaillant...
N'est-ce pas que vous m'avez aimée? N est-ce pas que vous m'aimez encore? N'est-ce pas que vous m'aimerez toujours?...
Quand on n'aime plus, peut-on avoir de ces regards qui descendent jusqu'au fond de l'âme pour y remuer le passé?...
Quand on n'aime plus, retrace-t-on aussi fidèlement sur le papier une image effacée du cœur?...
Ah! cette iaiage est éloquente 1 Eloquente comme le trouble qui Ta saisi quand il m'a vue! Comme celui que j'ai éprouvé à son aspect!...
Elle me dit aussi haut que mon émotion a dû le lui crier, à lui, elle me dit qu'il ne m'a pas plus oubliée que je n'ai perdu son souvenir, et que Dieu ne nous a pas encore enlevé, à tous deux, toutes nos chances de bonheur... • • •>>•••....
— Maîtresse...
A ce mot prononcé par une voix discrète, la jeune fille se retourna.
Une femme s'était glissée sans bruit dans la chambre.
Ce n'était point une camériste ordinaire.
Vous auriez retrouvé en elle la physionomie et le costume de ces Tziganes rouges de Moravie que nous avons mis en scène au début de ce récit.
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Elle eu avait le teint de bistre, les sourcils de jais, les yeux de feu.
Elle en avait pareillement la jupe de laine aux larges raies disparates, la chemise de toile bise bouffant aux hanches, et, autour de celles-ci, la ceinture aux franges de diverses couleurs.
Sur sa tête, une écharpe de nuance éclatante serrait ses tempes et laissait échapper la profusion de ses cheveux noirs nattés, rejetant par derrière des bouts énormes qui descendaient jusqu'à ses talons.
Elle avait aux oreilles deux anneaux de métal, grêles et ronds, soutenus en dedans par des S, et sur sa poitrine reluisait une sorte de hausse-col formé de pièces de monnaie d'or et d'argent soudées.
C'était cette Djabel, — compagne du bohémien Gorbas, — dont jadis, dans une nuit mémorable, nous avons vu le 6am5mo rouler jusqu'à mi-fond de cette crevasse du La(/o- Negro^ oii Jacques Callot était allé le rechercher.
Déçu dans ses ambitieuses espérances par la mort du duc Henri lï, auquel il n'avait rien moins rêvé que ramener — après en avoir fait sa femme — l'enfant enlevée parPharam et par Mani...
Et dans ce cas, il avait tout à attendre de la reconnaissance du prince lorrain et des droits que lui créait ce mariage...
Déçu, disuns-nous, dans ses projets de fortune et de grandeur, — car le décès du père de Géralde le laissait face à face avec le prince Charles de Vaudémont, époux de la princesse Nicole et, comme tel, envoyé en possession de la succession de son beau-père...
Or, il n'était point présumable que ce duc régnant accueillerait bénévolement les revendications de sa belle-sœur et qu'il s'empresserait de descendre du trône pour l'y faire montera sa place...
Déçu, découragé, aigri, nous savons que Christian de
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Sierk était arrivé à Paris ayant en poche, pour toutes ressources, une lettre de recommandation de la supérieure du couvent des Dames nobles de Cagliari pour Tancienne connétable de Luynes devenue duchesse de Ghevreuse.
A tout hasard, il avait amené Diamante avec lui. La partie n'était pas irrémédiablement perdue. Qui sait si, avec des protecteurs puissants, on ne réussirait pomt à la gagner?
Sous ce rapport, notre gentilhomme ne pouvait s'adresser mieux qu'à Marie de Rohan.
Celle-ci n'avait pas seulement pour vocation de donner des amants à la reine.
Intriguer, cabaler, conspirer était son divertissement, sa passion, sa vie tout entière.
Ecoutons les Mémoires de La Rochefoucauld :
« Elle y mettait non moins d'ardeur qu'à aimer ; elle y prenait autant de plaisir qu'à être aimée. Son occupation favorite était de s'approprier les secrets de l'Etat. Elle en connut ainsi quelques-uns dont elle tenta de se servir pour faire réussir ses desseins. »
Or, n'était-ce point un véritable secret d'Etat que celui de l'existence d'une sœur aînée de la princesse Nicole, et d'une héritière légitime de la couronne que la fille cadette du duc Henri avait illégalement transmise au prince de Vaudémont ?
En le recueillant de la bouche de M. de Sierk, l'entreprenante duchesse avait songé incontinent à le conserver par devers elle, afin de « s'en servir plus tard pour faire réussir ses desseins ».
Et vous avez pu voir précédemment quel parti elle comptait en tirer pour faire pièce à ce Richelieu, qu elle poursuivait de toute sa haine, parce que, après l'avoir courtisée peu ou prou, il s'en était allé — sans succès cependant — offrir ses hommages à la reine.
Elle avait donc déclaré au baron qu'elle se chargeait de son avenir et de celui de « son intéressante papille ».
'Elle lui avait, en outre, conseillé, à tout hasard, de chan-
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ger de nom, afin de laisser Charles IV dans l'ignorance de sa présence à la cour de Saint-Germain.
Enfin, elle l'avait installé dans le domaine de l'île de la Loge, en lui constituant un train de maison modeste, mais suffisant pour « attendre les événements ».
Christian vivait là en gentilhomme campagnard, quand, un jour, au détour d'une allée du bois du Vésinet, où il se distrayait à chasser le lapin, il avait vu se dresser devant lui deux figures cuivrées et deux échines maigres, avec des yeux d'oiseaux de proie et des allures de loup à jeun...
Celles de Yanoz et de Giseph !...
Le bon seigneur espérait bien être à jamais débarrassé des deux bohémiens^ ses complices.
En s'embarquant pour Gênes, à Livourne, il avait bien été contraint de les emmener avec lui.
Le premier n'eût point consenti à se séparer de Diamante.
Et le second, qui avait acquis une certaine importance par le maître coup de navaja, qui avait arrêté la poursuite de Callot, n'avait aucune raison plausible pour se séparer du premier.
Mais quoi 1 n'étaient-ils pas restés la proie de la tempête qui avait broyé contre les côtes de Sardaigne le bâtiment qui les portait?
Et M. de Sierk ne s'était-il point habitué à cette idée qu'au fond d'abîmes insondables, les poissons de la Méditerranée avaient depuis longtemps fini de leur ronger les yeux?
Aussi ne perdrons-nous pas un temps précieux à vous dépeindre sa surprise.
On s'était expliqué brièvement.
Après la disparition de Diamante, des luttes sanglantes s'étaient produites au sein de la descendance de Ptolaiim et d'Egyptus.
Chacun y briguait la succession de la jeune fille. Chacun y voulait régner en chef et sans partage. Chacun y disputait le pouvoir à son voisin.
On s'y était entre-tué — par la force ou la ruse — pour
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la possession du fouet au manche d'ébène et du sifflet d'argent.
Et, chacun tirant de son côté, la tribu des Grands-Scorpions, comme l'empire de César et celui d'Alexandre, s'était éparpillée par pièces et morceaux.
Recueillis par une barque de pêcheurs sur un écueil où les avait jetés le naufrage, Yanoz et Giseph, après bien des journées de route et de détresse, étaient parvenus à rejoindre une de ces fractions de la famille composée de Gorbas, de Djabel, de leur fils Snaim et de ce muid à deux pieds qui avait nom Gargajal.
On avait fait misère commune.
Le fils de Pharam avait pris la direction du groupe.
Le gitano n'avait qu'une idée :
Retrouver la fille adoptive de Mani !
Gomment réussit-il à relever les passées de M. de Sierk, et à suivre jusqu'au gîte la piste de celui-ci? Affaire de nez, de jarret et de temps. Les Rômes ont le flair du limier et la patience du sauvage.
Maintenant, le jeune homme réclamait l'exécution des promesses qui lui avaient été faites à la trattoria del Bahuino.
Il voulait vivre auprès de Diamanle.
Autrement, c'est à son poignard qu'il en appellerait de la trahison du baron.
Et, comme ce dernier lui faisait observer que l'emploi d'un tel procédé le conduirait infailliblement à la potence :
— Basta! avait riposté le bohémien avec une philosophie farouche, on ne pend les gens qu'une fois... Et puis, le cordon de chanvre est celui que nous trouvons dans notre berceau, nous autres dauphins du Mal et fils de la Rapine... D ailleurs, quand ce cordon me serrerait la gorge, en quoi digcreriez-vous mieux les cinq ou six pouces de lame que j'aurais plantés dans la vôtre ?
M. de Sierk avait essayé de sourire...
Mais il grimaçait en dessous...
Et de cette grimace et de ce sourire était né un accommo-
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dément, à la saite duquel toute cette pincée de vagabonds était entrée au service du nouveau châtelain de l'île de la Loge :
Yanoz avait endossé le pourpoint du niarjordome ; G seph et Gprbas, la livrée du piqueur ; Gargajal, la souquenille du sommelier.
Le petit Snaim avait été promu à la dignité de porte-queue de mademoiselle de Fenestrange.
Enfin, Djabel était devenue la suivante dec4Ie-ci.
C'est en cinte qualité que nous venons de la voir se présenter dans le retrait de Marie Touchet.
Au son de sa voix, Géralde avait glissé dans son corsage le papier qu'elle tenait à la main.
— Qu'est-ce ? questionna-t-clle avec impatience.
— Maîtresse, c'est un cavalier...
— Un cavalier?
— Qui demande à vous entretenir.
— M'entretenir !... Moi ?... A cette heure?
Depuis quelques jours, le duc d'Anjou venait, chaque soir, à rîle de la Loge.
Chaque soir, il y avait avec M. de Fenestrange de mystérieuses entrevues, à l'issue desquelles il venait faire une sorte de cour à la jeune fille.
CelL-ci crut qu'il s'agissait de lui.
Elle eut un geste de fatigue :
— Conduisez ce gentilhomme chez M. le baron... Je me sens souffrante... Qu'il m'excuse, si je ne puis le recevoir...
Mais Djabel, secouant la tête :
— Maîtresse, ce n'est pas le visiteur d'hier ni des jours précédents...
— Ah!...
— C'est une personne que mon fils Snaim est allé quérir à la ville...
— A la ville ?... Une personne ?... Mon tuteur a envoyé chercher quelqu'un à Saint-Germain?...
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La bohémienne eut un nouveau hochement de tête négatif:
— Non point lui, maîtresse, dit-elle.
— Qui donc alors?
— Moi.
— Vous ?
Djabel se mit à genoux sur un coussin aux pieds de la jeune fille.
— Ecoutez-moi, maîtresse, reprit-elle gravement : tout le temps que vous avez été notre reine et que vous vous êtes appelée Diamante, alors qac les Grands-Scorpions allaient, unis et libres, d'une contrée dans une autre, vous vous êtes montrée bonne pour moi, pour mon enfant, — et je n'oublierai jamais l'angoisse qui se lisait sur vos traits, la nuit 011 la pauvre petite créature faillit périr dans ce gouffre de la montagne.
Géralde mit sa main sur son cœur :
— Ni moi non plus, murmura-t-elle, je n'oublierai jamais cette nuit.
La mère de Snaïm poursuivit :
— Plus tard, quand cette maison s'est ouverte pournous, vous n'avez pas cessé de traiter comme des frères vos anciens sujets devenus vos serviteurs...
Et quand parfois, souvent, je vous ai vue pleurer, j'aurais voulu racheter chacune de vos larmes au prix d'une goutte de mon sang.
Car j'avais deviné le secret de votre souffrance.
Aujourd'hui, vous ne souffrez plus, vous êtes forte, vous espérez...
Vous avez retrouvé l'absent...
— Quoi! vous savez...
— Je sais que le destin vous a remise en présence de celui qui fut un moment notre compagnon autrefois.
Celui qui a arraché mon enfant à Tabiuie! qui l'a sauvé de la mort horrible 1 qui Ta rendu à mes caresses ! Celui à qui j'ai voué une reconnaissance éternelle !...
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Je sais que vous brûlez de le revoir, de lui parler, de lui demander le conseil de son honnêteté avec l'appui de son courage...
Mais je sais aussi que, depuis le jour de cette rencontre, rtiomme qui est votre maître — et le nôtre — vous a retenue ici, atin de vous empêcher de vous retrouver avec messire Jacques...
Je sais qu'il a fait de celte demeure une prison, dont le fleuve forme les murailles, et de tous ceux qui vous entourent ses espions et vos geôliers...
Eh bien, j'ai décidé, moi, de vous réunir à celui que vous aimez...
— Vous l... Vous avez songé... Djabel, ma chère et brave Djabell...
La jeune fille s'était levée dans un impétueux élan.
Elle avait saisi les mains brunes de la gitane. Elle les serrait dans uni^ étreinte de gratitude passionnée. Ses yeux humides disaient éloquemment ses remerciements et sa joie.
L'autre la regardait, non sans inquiétude et sans embarras.
— Alors, maîtresse, voici ce que j'ai fait, reprit -elle : j'ai profité de l'absence de M. le baron, qui est allé passer la nuit dehors, — à ce que j'ai appris par Gorbas, — pour dépêcher Snaun à la ville... Snaim a découvert messire Jacques... Il lui a parlé...
Géralde était debout. Son beau visage rayonnait de tendresse exaltée. Les larmes se séchaient sous sa paupière qui brûlait :
— Ainsi, s'écria-t-elle, il viendra!...
— Il est venu, répondit la zingare.
Elle montrait Callot sur le seuil de la porte qui venait de s'ouvrir sans bruit.
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