‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 36 sur 122 · CONTINUATION DE LA GUILLOTINE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA GUILLOTINE

Il y a autre chose encore : ce sont les accidents effrayants de ce supplice !

Personne, assurément, en France, ne veut rien

(1) Les expériences furent faites sur des lapins. Cabanis suivait l'opération avec une attention dont rien ne put distraire Tapplication. Il vit qu'après que la tête du lapin eût été séparée, ce pauvre animal graitait le cou et cherchait la tête !

ajoutw à l'égorgement (lu patient, au contraire^ on fait toat ce qa'on peut pour adoucir les angoisses du dénier quart d'heure ! Ce quart d'heure où la salive blanchit les commissures de la bouche ; où le patient yieillit de 30 ans, quand la lèvre se contracte^ que l'œil se dilate, que les joues se creusent, que la face s'allonge, et que la prostration est complète! Mais personne ne peut répondre des accidents de la mécanique !

Abhorrescere à sanguine !

« Dans le midi, vers la fin du mois de septembre « dernier, nous n'avons pas bien présents à Tesprit ule lieu, la journée, le nom du condamné, mais « nous les retrouverons si Ton conteste le fait, et « nous croyons que c'est à Pamiers ; vers la fin de « septembre donc, on vient trouver un homme dans c( sa prison, où il jouait tranquillement aux cartes, « on lui signifie qu'il faut mownr dans deux heures^ « ce qui le fait trembler de tous ses membres; car, « depuis dix mois qu'on l'oubliait, il ne comptait « plus sur la mort; on le rase, on le tond, on le gara rotte, on le confesse, puis on le brouette entre « quatre gendarmes et à travers la foule, au lieu de « l'exécution. Jusqu'ici rien que de simple. C'est « comme cela que cela se fait. Arrivé à l'échafaud > « le bourreau le prend au prêtre, l'emporte, le fia celle sur la bascule, Venfoume^ je me sers ici du

a mot ; puis il lâche le couperet. Le lourd triangle ce de fer se détache avec peine , tombe en caho- « tant dans ses rainuresi^ et voici Thorrible qui com- « mence» on entaille T homme sans le tuer. L'homme c( pousse un cri affreux. Le bourreau, déconcerté, « relève le couperet et le laisse retomber. Le cou- (( peret mord le cou du patient une seconde fois^ mais (( ne le tranche pas. Le patient hurle, la foule aussi. « Le bourreau rehisse encore le couperet^ espérant a mieux du troisième coup. Point. Le troisième coup

< fait jaillir un troisième ruisseau de la nuque du *« condamné, mais ne fait pas tomber la tète. Abré-

« geons. Le couteau remonta et retomba cinq fois.

< Cinq fois il entama le condamné, cinq fois le con- (( damné hurla sous le coup et secoua sa tête vivante « en criant grâce ! Le peuple indigné prit despierres, (( et se mit dans sa justice à lapider le bourreau. Le « bourreau s'enfuit vers la guillotine et s'y tapit « derrière les chevaux des gendarmes ; mais vous « n'êtes pas au bout : le supplicié^ se voyant seul « sur l'échafaud s'était redressé sur la planche, et « là, debout, effroyable, ruisselant de sang, soute- (( nant à demi coupée sa tête sur son épaule, il de- « mandait avec de faibles cris qu'on vint le déta- (( cher. La foule, pleine de pitié, était sur le point « de forcer les gendarmes et de venir à l'aide du a malheureux qui avait subi cinq fois son arrêt de

« mort. Cest en ce moment qu'un valet de bourreau ,

(( Jeune homme de vingt ans^ monte sur Téchafaud^

« dit au patient de se tourner pour qu'il le délie, et

« profitant de la posture du mourant qui se livrait a

« lui sans défiance, saute sur son dos, et se met à lui

« couper péniblement ce qui restait de cou avec je ne

« sais quel couteau de boucher. Cela s'est fait ! Cela

« s'estvu! oui!

(Victor Hugo.)

L'acide prussique foudroie !... Autre chose si l'on veut, mais pourquoi conserver un instrument qui, si souvent, ne répond pas aux exigences de la société ! Oh 1 oui, la religion devrait essayer, de toutes ses forces, de toute sa puissance, de changer un mode de supplice qui n'est pas l'expression morale de la loi, et qui répugne par ses inconvénients à tous les cœurs, à toutes les consciences.

« A Dijon, il y a trois mois, on a mené au sup-

« plice une femme. (Une femme!) Cette fois encore,

<( le couteau du docteur Guillotin a mal fait son ser-

■ vice ; la tête n'a pas été tout-à-fait coupée. Alors

« les valets de l'exécuteur se sont attelés aux pieds

ce de la femme, et à travers les hurlements de la

« malheureuse, et à force de tiraillements et de sou-

c< bresauls, ils ont séparé la tête du corps par arra-

« chement. »

(Victor Hugo.)

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