‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 49 sur 122 · MÀRÀT FAIT ABSOUDRE UN VOLEUR · texte numérisé non relu

MÀRÀT FAIT ABSOUDRE UN VOLEUR

La faim avait poussé un homme, vieux déjà el couvert de haillons^ à voler. Étant arrêté, il s'adresse à Marat pour lui confier sa défense. Marat prend la parole devant le tribunal, et s'exprime ainsi :

a Citoyens,

c( Pour que la société ait le droit de condamner c< un homme, il faut qu'elle lui ait offert et garanti « un sort. préférable à l'état de nature. Autrement, a si, ne tenant à l'ordre établi que par ses désavan- « tages et ses rigueurs, il s'en affranchit violema ment, cet homme ne fait que reprendre à la so-

« ciété les droits qo'il avait aliénés sans raison (t). « — Monsieur Marat! s'écria à ce début le prési- « dent indigné, vous prétendez donc ici justifier le a vol et l'assassinat? — Je ne justifie rien, reprit « celui-ci, continuant son discours ; mais je soiit tiens que, dans votre société injuste et partiale, c( vous ne partez point d'une base légitime pour « réprimer les délits. S'il faut que, pour se mainte* « nir, la société force ses membres à respecter Tor- « dre établi, avant tout, elle doit les mettre à couce vert des tentations du besoin. Quel sort chez <c vous, jusqu'ici, que celui du bas peuple. Il voit <f dans l'État une classe d'hommes heureux, dont il « ne fait point partie ; il trouve la sûreté établie a pour eux, et non pour lui; il sent que leur âme € peut s'élever , et que la sienne est contrainte « de s'abaisser sans cesse. Que dis-je? travaux, pé- « rils , privations , jeûnes ^ mépris , insultes , ou- • trages de toute espèce, voilà le sort affreux qui « l'attend. Oui, je le dis hautement en votre préce sence : partout le gouvernement lui-même force « les pauvres au crime, en leur ôtant les moyens « de subsister. Il est tel pays, où, dès que la récolte u manque, le laboureur se voit ruiné pour toujours;

(1) Marat, Robespierre, Saint-Just, ont répété Beccaria, Montesquieu, Rousseau, en les outrant, et ne sont point restés dans la vérité des difficultés sociales. ^ (Note de l'Auteur.)

— sa —

« s'il n'a de quoi payer les impôts dont il est accaa blé, on lui enlève impitoyablement jusqu'à la (( paille de son lit.

« Ainsi réduit à la mendicité parles exactions dés « traitants, révolté de la dureté des riches, écon- (( duit de toutes parts, et désespéré parle cri de ses (( enfants, qui lui demandent du pain, il n'a d'autre « ressource que d'aller attendre les passants au coin « d'un bois.

«Laissez-moi donc vous adresser, au nom de u mon client, ce discours que les décisions du barce reau repoussent, je le sais, mais auquel, je crois, f< la raison et le sens commun n'ont rien à répon- « dre. Suis-je coupable? je l'ignore; mais ce que a je n'ignore pas, c'est que je n'ai rien fait que je (( n'aie dû faire. Le soin de sa propre conservation « est le premier des devoirs de l'homme; vous- « mêmes n'en connaissez point au-dessus. Qui vole « pour vivre, tant qu'il ne peut faire autrement, c< ne fait qu'user de ses droits. Vous m'imputez d'a- « voir troublé l'ordre de la société ; eh ! que m'im- « porte, à moi, cet ordre prétendu, qui toujours « me fut si funeste ? Que vous prêchiez la soumis- « sion aux lois, vous à qui elles assurent la domi- « nation sur tant de malheureux, le moyen d'en être c< surpris ! Observez-les donc ces lois, puisque vous « leur devez votre bien-être. Mais que dois-je à la so-

« ciété, moi qui ne la connais que par seshorreurs? ilt « ne me dites pas que tous ses membres, jouissant des « mêmes prérogatives^ peuvent en tirer les mêmes « avantages : le contraire n'est que trop évident « Comparez votre sort au nôtre ; tandis que vous ce coulez tranquillement vos jours au sein des dé- « lices, du faste, des grandeurs, nous sommes ex- « posés pour vous aux injures du temps ^ aux c< fatigues, à la faim ; pour multiplier vos jouis- € sauces, ce n'est pas assez d'arroser la terre de ce notre sueur^ nous l'arrosons encore de nos lar- « mes : Qu'avez-vous donc fait pour être si heuc( reux à nos dépens ! Infortunés que nous sommes^ « si du moins il y avait un terme à nos maux ! <i Mais le sort du pauvre est irrévocablement fixé ; «c et sans quelque coup du hasard, la misère est le « lot éternel du misérable. Qui ne connaît les avan- « tages que la fortune assure à ses favoris? Ils ont « beau n'avoir ni talents, ni mérite, ni vertus, tout c( s'aplanit devant eux au gré de leurs souhaits. « C'est au riche que sont réservées les grandes t\ entreprises, l'équipement des flottes, l'approvit sionnement des armées, la gestion des revenus « publics, le privilège exclusif de piller l'État ; c'est <c au riche que sont réservées les entreprises lucra- « tives, l'établissement des manufactures, l'arme-a ment des vaisseaux, les spéculations de com-

« merce. Il faut de Tor pour amasser de For; « quand il manque, rien n'y supplée^ Même dans « les classes les moins éleyées, c'est pour Tliomme « aisé que sont les professions honnêtes, les arts de « luxe, les arts libéraux ; mais c'est pour le pauvre « que sont les métiers vils, les métiers périlleux^ c< les métiers dégoûtants ; telle est l'aversion vouée « à la pauvreté, qu'on la repousse de toutes parts^ « et que partout on encourage ceux qui n'ont pas « besoin d'encouragement. Il fallait travailler, di- « rez-vous; cela est bientôt dit ; mais le pouvais- « je. Réduit à l'indigence par l'injustice d'un voisin « puissant, en vain ai-je cherché un asile sous le c chaume; arraché de la charrue par la cruelle « maladie qui me colisume, et à charge au maître « que je servais, il ne me reste que la ressource de « mendier mon pain! Cette triste ressource même « est venue à me manquer. Couvert de haillons et €c couché sur la paille^ chaque jour j'étalais Taffli- « géant spectacle de mes plaies ; quel cœur s'est a ouvert à la pitié? Désespéré par vos refus, mancc quant de tout, et pressé par la faim, j'ai profité « de l'obscurité de la nuit pour arracher d'un pas- « sant un faible secours que la dureté me refusait ; « et parce que j'ai usé des droits de la nature, « vous m'envoyez au supplice I Condamnez-moi , « puisqu'il le faut, pour assurer vos injustes pos-

H sessions; au milieu des tourments que je >ais (ç endurer^ mon unique consolation sera de repro- <« cher au Ciel de m'avoir fait naître parmi vous* a Mais non, hommes justes^ je vois couler vos laru mes, je vous entends crier d'une commune voix : a Qu'il soit absous ; oui, sans doute, il doit Tètre. c< n le fut. 9

(Alphonse Eseumos.)

Jusqu'ici, et depuis le commencement du monde, c'est le droit de la guerre, de la lance, du poing, de la force qui a dominé et régné. Une ère nouvelle va commencer. L'idée actuelle entre dans la vérité de la condition humaine; la marche ascensionnelle de l'esprit humain, a rendu sensible aux hommes qu'ils avaient mieux à faire que de s'égorger les uns les autres. Les débauches de la barbarie touchent à leur terme d'une part, et, de l'autre, les débauches de Tesprit, non moins cruelles, ont régné, et ce règne de dévergondage intellectuel est passé 1 Les spirituelles sottises, les dangereuses déclamations du xviii* siècle, de celte société qui se suicidaii, dans son ennui de toutes les corruptions, ont été trouvées légères.

M ANÉ . — Thégel. — Phàrés«

Dieu est resté au milieu de son univers, au roilieu de la conscience de l'humanité, et. le monde

n'aspire plus qu'au règne de la paix, dont la conséquence immédiate sera le règne de la morale ! Encore quelques dernières convulsions de la barbarie, encore quelques contractions galvaniques du principe ancien, et puis, selon la vaticination de Napoléon :

<c L'idée vaincra le sabre. »

Et quand l'idée aura vaincu le sabre, on harmonisera les lois aux besoins de la réalité de la vie sociale ; on fera autant pour conserver la vie à l'homme, qu'on a fait pour la lui arracher. Le tiers des finances des États absorbé par la guerre, sera reporté sur le soulagement des classes dénudées, sur leur éducation morale, sur leur éducation intellectuelle.

Dans l'état de paix , les gouvernements pouvant apporter à l'administration intérieure, toutes les forces réunies de leur volonté et de leurs moyens, arriveront progressivement à donner aux pauvres les deux grandes richesses réelles, qui sont leurs droits de création : le travail fructueux et l'éducation relative; et, par là, disparaîtront l'antagonisme, l'avilissement, la misère et l'ignorance, qui aiguisent seuls le couteau de Tassassin et la hache du bourreau.

Mais cette heure qui s'annonce n'a pas encore retenti. Le glas de la guerre, au contraire, vibre à l'exlérieur. Dans nos cités , dans nos campagnes ,

les crimes prennent d'effrayantes proportions ! Pas un joar que Dieu fait qui ne soit attristé (1) par le récit d'un crime , de plusieurs crimes, de plusieurs exécutions!... Dans un petit nombre d'années, l'autorité f dans une statistique toute récente , a relevé le chiffre de tous les suicides, et il est épouvantable de dire que ce chiffre s'élève à plus de soixante-' onze mille. Ces désordres, contraires à la nature de l'homme , comme on le verra à la suite de cet ouvrage, ont une cause , et cette cause il importe de la connaître pour la combattre. En attendant que les gouvernements puissent,* par la paix^ entrer dans toute la vitalité de la question, faisons appel aux hommes de bonne volonté ; à tous ceux qui se prosternent devant le Dieu de Moïse et de Jésus- Christ ; à ceux qui ont foi en la vie éternelle ; à tous ceux qui prient et aiment.

« Conspiration contre le crime et contre l'écha- « faud , par la religion et la charité. »

À vos TENTES ISRAËL, OH I (2)

Les grands pourvoyeurs de l'échafaud sont l'ignorance et la misère.

(1) Le 27 juillet 1854, les journaux annonçaient plusieurs crimes à la fois. Un homme avait donné cinquante-quatre coups de couteau à une femme ; un fils avait tué 3on père, sa mère, sa sœur, dans un moment d*emportement ; un soldat avait éventré plusieurs sergents, etc., etc., etc.

(2) Mot d'ordre des tribus d'Israël (Note de V Auteur.)

Détruisez Tignorance et la misère, tous détruisez l'échafaud ; en détruisant l'échafaud, vous détruisez aussi l'eiemple du crime , car de cet égorgement, sort toujours quelqu'un prédisposé à verser le sang, comme nous ie prouverons ailleurs. Vous agrandissez la dignité humaine , vous travaillez à la santé publique, et vous faites disparaître du milieu de la terre cette terrible conception des crimes de la terre :

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