‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 55 sur 122 · CHAPITRE XXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXn

Le Livre de /a J/oW justifiera son. titre* Nous l'avons dit : c'est le dfame de Thumanité tout entière! Avec nous, contre la peine de mort, nous aurons

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toutes les intelligences qui se sont armées pour demander aux hommes Tinviolabilité de la vie de rhommel... Leurs pensées , leurs travaux , leurs longues nuits sans sommeil, leurs recherches , leur génie, tout est à nous, pour la cause commune ; c'est notre bien, notre propriété I Venus les der- * niers, nous héritons de tout ce que les siècles et la contemporanéité nous ont légués depuis Sabacon, roi d'Egypte, jusqu'à Victor Hugo!.». Nous serons sans doute les derniers dont la voix criera aux hommes : Ayez pitié de vous-mêmes, et que Dieu seul donne la mort à l'homme.

La peine de mort! la peine de mort, quand elle expose à égorger un innocent I coniime si étant innocents, elle n'a pas les bras assez longs pour nous atteindre aujourd'hui, demain, nous, nos pères, nos mères, nos enfants, par les déplorables erreurs de la justice humaine I

Àborrescere à sanguine.

Lisez!...

« Une femme veuve, ayant disparu tout à coup « du village d'issy, où elle demeurait, sans être c( aperçue dès-lors dans aucun lieu du voisinage, « le bruit court qu'elle avait péri par la main de « quelque scélérat, qui avait enseveli son corps à « l'écart, pour mieux cacher son crime^ Le juge

« criminel de la province ordonna des perqoi- « sitions; ses officiers, aperçurent par hasard un « homme caché dans des broussailles ; il leur parut « effrayé et tremblant; ils s'en saisirent, et sur le « simple soupçon qu'il était Tauteur du crime, on a le déféra au présidial de la province. Cet homme « parut supporter courageusement la t(»rture ; mais « apparemment par pur désespoir, et las de la vie, « il finit par se reconnaître coupable du meurtre. « Sur ses aveux, mais sans autres preuves, il fut « condamné et puni de mort ; V événement seul jus- « tifia son innocence. Deux ans après son supplice^ H la femme y que l'on croyait morte, et qui n'était a qu'absente y revint au village. La voix publique (( s'éleva contre les juges. Ils avaient condamné le « prévenu (comme il n'arrive que trop souvent), « sans avoir auparavant fait constater l'homicide. »

(Annoeus Robert .)

« Propter miseriam inopum, et genitum paupea rum nunc exurgam^ dixit\Dominus!

« Oui, levez-vous, Seigneur, au cri de la désola- < tion de ceux qui sont sans secours; au cri des « pauvres, levez-vous, Seigneur III... et ne laissez « plus égorger l'innocence par l'erreur des hommes « qu'elle désespère, quand ils la reconnaissent. Ce c( grand malheur ne serait-il arrivé qu'une fois, la

« leçon était assez cruelle , et la société aurait dû a faire halte I*. • Et combien de fois, Seigneur, la ha- « che du bourreau n'a-t-elle pas frappé l'innocence « pour toutes les causes diverses I Sanson, à lui tout a seul, a haché quatre mille tètes innocentes I »

C'était la démence de la politique, nous criera-ton? mais nous savons mieux que personne que le crime n'est que la démence 1 1 !•.. Nous tâcherons de le prouver, mais c'est parce que nous le savons bien, qu'il ne faut pas laisser le couteau dans les mains de la démence I

Les deux cent mille brûlés vifs de l'Inquisition ne sont que la démence du fanatisme. La Saint- Barthélemj^ les Albigeois, les Yêpres-Siciliennes, regorgement de Bruges, sont la démence aussi I Le couteau de l'assassin , c'est la démence ée l'ignorance et de la faim I Tout est démence quand le sang de l'homme coule par la main de l'homme !...

« Une considération bien puissante, sur un cœur «juste, a échappé à Beccaria parmi celles qu'il (c accumule contre la peine de mort. Les juges les (c [dus intègres , prononçant d'après la loi la plus « claire, et d'après les preuves qui leur sembleront c( exclure, comme on dit, la possibilité de Tinno- « cence, ne seront pas toujours infaillibles. Ils pour- « ront quelquefois confondre rinnocent avec le cour « pablCy et le condamner comme tel. Si, dans la

« suite, son innocence est prouvée, quelle sera leur c( douleur d'avoir commis une injustice irréparable? « Pourront^iis j^fiiais se consoler d'une erreur si « funeste ? Qu'on se rappelle le jugement de Calas « (1). Or, le moyen sûr d'éviter cette faute, c'est a de ne jamais prononcer la peine de mort. Les « juges qui auraient condamné un innocent seront « trop heureux de pouvoir, non-seulement justifier « sa réputation , mais faire cesser ses malheurs , Cl mais rendre la liberté, et plus que la vie, à un « infortuné qu'on en avait privé mal à propos. Ils a se consoleront d'avoir pu flétrir l'innocence , en « s'empressant de rompre ses chaînes, d'en baiser « les marques. D'où il suit donc que la peine de « mort est inique, en ce qu'elle ôte à l'innocence, a injustement condamnée» tout espoir de jouir de sa « réhabilitation ; et aux juges qui ont eu le malheur « de le condamner, tout moyen de réparer. cette « faute affireuse.

(L'abbé MoamxET.)

La douleur va croissant devant l'histoire des erreurs humaines. Là, on tue l'innocence ! Ici, on tue parce qu'on est pauvre, misérable, et que la faim hurle dans les entrailles I

(1) Les juges de Galas finirent tous d*une manière mystérieuse et terrible, comme les massacreurs des septembrisades.

{lioU de r Auteur.)

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