DE QUELQUES TRIBUNAUX DE SANG
« Croirait-on qu'il y ait eu autrefois un tribunal a suprême^ plus horrible que l'Inquisition, et que « ce tribunal ait été établi par Cbarlemagne ? C'était « le jugement de Westphalie, autrement appelé a la Cour vémique. La sévérité , ou plutôt la « cruauté de cette Cour^ allait jusqu'à punir de « mort tout Saxon qui avait rompu le jeûne en ca- « rème. La même loi fut établie en Flandre et en « Franche-Comté, au commencement du xvii* siècle.
ce Les archives d'un petit coin de pays, appelé « Saint-Claude, dans les plus affreux rochers du « comté de Bourgogne, conservent le procès-verbal « d'exécution d'un pauvre gentilhomme, nommé « Claude Guillon, auquel on trancha la tète, le « 26 juillet 1629. Il était réduit à la misère , et c( pressé d'une faim dévorante, il mangea, un jour « maigre, tin morceau de cheval qu'on avait tué dans a un pré voisin. Voilà son crime. Il fut condamné « comme un sacrilège. S'il eût été riche et qu'il se « fût fait servir à souper pour deux cents écus de c< marée, en laissant mourir de faim les pauvres, il ce aurait été regardé comme un homme qui rem- « plissait tous ses devoirs. Voici le prononcé de la ce sentence du juge :
« Nous , après avoir vu toutes les pièces du pro-
t ces, et ouï Tavis des docteurs en droit, déclarons H ledit Claude dûment atteint et convaincu d'avoir a emporté de la viande d'un cheval tué dans le pré « de cette ville ; d'avoir fait cuire ladite viande le « 31 mars Jour de samedi, et d'en avoir mangé.
« Quels docteurs que ces docteurs en droit qui « donnèrent leur avis. Est-ce chez les Topinambous « et chez les Hottentots que ces aventures sont arri- « vées?Lacour vémique était bien plus horrible; « elle déléguait secrètement des commissaires qui c allaient^ sans être connus, dans toutes les villes « d'Allemagne, prenaient des informations sans les « dénoncer aux accusés, les jugeaient sans les en- « tendre : et souvent, quand il manquait de hour- « reaUy le plus jeune des juges en faisait V office, et a pendait lui-même le condamné. Il fallut, pour se « soustraire aux assassinats de cette chambre^ obtet nir des lettres d'exemption, des sauves-gardes « de l'empereur, encore furent-elles souvent inu- (i tiles. Cette cour de meurtriers ne fut pleinement « dissoute que par Maximilien I" ; elle aurait dû « rélre dans le sang des juges (Ij. Le tribunal des
(1) Non, il ne fallait pas qu'elle fût dissoute dans le sang des juges. Moximilien a fait ce qu'il y avait h faire ; c'est ici une des mille légèretés de ce grand écrivain, Beccaria lui-môme, maintient le droit de verser le sang humain dans deux cas qu*il définit. Jamais 1 jamais!
(Note de V Auteur.)
« Dix, à YeDise, était, en Gomparaîson, un ins4iUit « de miséricorde.
t Que penser de ces horreurs et de tant d'autres? « Est-ce assez gémir sur la nature humaine? il y a « eu des cas où il fallut la venger. »
(Voltaire.)
Non, ce n'est pas assez gémir 1 les philosophes, les hommes re1igieux> les philanthropes, trois bons frères, trois soldats de Dieu, doivent remplir le monde de sanglots, de cris et de gémissements, tant que dureront Téchafaud, le meurtre, le suicide et la guerre.