‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 57 sur 122 · LE BOURREAU I · texte numérisé non relu

LE BOURREAU I

« C'est dégrader l'humanité, que de charger un a homme de l'emploi de bourreau, et il est incon- « cevable que l'on puisse trouver des hommes qui K consentent à cette dégradation dans leur per- « sonne. Je doute qu"" aucune éducation humaine w pût y plier quelque bête féroce que ce soit (1). Or, c< c'est un des inconvénients de la peine de mort : a à moins qu'on ne condamne les coupables ad bes- (( tias comme chez les Romains ; ce qui me parait

(1) Malheureusement Morellet se trompe; on a fort bien éduqué une bête très peu féroce à être bourreau, l*éléphant. Nous parlerons de cela plus tard.

( Note de l'Auteur,)

« moins contraire à l'humanité, quoique très inhutt main. »

(L'abbé MoREixET.)

« Le mépris légitimement foiKl^^ pour les exé- « cuteurs de la justice, mépris dont on ne saurait « se garantir, mépris général de toutes les nations^ a et de tous les temps. »

(DiDEBOT.)

m Quel est le sentiment général sur la peine de « mort ? Il est tracé en caractères ineffaçables dam « ces mouvements d'indignatiofi et de méfris que nom « inspire la seule vue du bourreau, qui n'est pour- « tant que l'exécuteur innocent de la volonté pu- « blique, qu'un citoyen qui contribue au bien gét( néral, et qui défend la sûreté de l'État au dedans, c( comme le soldat la défend au dehors I »

(Begcahià.)

«Le meurtre cesse d'être une action atroce, il «c n'est plus qu'une acticm légale. Une simple lor- (c malité sépare l'assassin et le bourreau; Créw une c( telle profession dans une sodété ^ que de ré- « fleiidn»!. ..M Du moins le criminel a su qu'il coi i- « mettait ttn>erime en luant son semblable ; mais- ( faire consommer le meurtre à m faomlne avec la

« sécurité du devoir I.... Lequel des deux faille a plus horreur, ou de celui qui a pu commettre un a meurtre que déjà il expie par ses remords^ ou de « celui qui, de sang froid, a pris l'exécrable engau gement de tuer autant de ses semblables que la a loi le lui commandera, et ainsi de commettre à « lui seul autant de meurtres que tous les assassins « à la fois? Sur cent hommes qui ont pu, par yen- « geance ou cupidité, devenir une fois meurtriers, € il n'en est pas un, peut-être, qui aurait eu la fé- « roce persévérance de tuer deux cent trente-un de « ses semblables, dans l'espace de vingt-cinq ans, « ainsi que l'a fait le bourreau de Rouen, de 1800 à c< 1825, d'après le tableau de M. Vingtrimer. Ainsi « le meurtre d'un homme, la société le fait payer « de sou sang au meurtrier, et le meurtre de deux (( cent trente hommes, elle le paie au poids de l'or <( au bourreau.

« En vain se retranche-t-on derrière la loi. La « loi qui commande le meurtre vient des hommes, a et celle qui le défend vient de Dieu. Le bourreau « n'est qu'un misérable qui outrage la loi dès lors, (( et le pouvoir social^ un pouvoir athée, qui ose, au « nom du crime, imposer le devoir. Qu'on se rap- « pelle cette belle réponse du tribunal qui jugea c( Moreau ; on lui conseillait de condamner, vu que « Bonaparte ferait grâce.

« El qui me fera grâce^ à moi-même, répondit- « il.» « Admirable réponse, qui prouve qu'il est un « pouvoir au dessus du pouvoir humain, qui seul t peut relever des devoirs que seul il impose.

« On l'a dit avec raison, le sentiment instinctif c< qui repousse, au fond des cœurs, la peine de « mort, est peint en caractères ineffaçables, dans ce « mépris universel qu'inspire le seul aspect du mi-< « nistre des cruautés légales. Pour le prouver, je c< n'en veux d'autres juges que vous-mêmes, magis- « trats qui avez prononcé la sentence : Si du haut de c< ce tribunal, d'où vous avez fait entendre le terce rible arrêt de mort, on vous avait dit de faire « tomber sur la tête du coupable, la hache fatale, « qui de vous n'eût mieux aimé rétracter la sentence « que d'être réduit à l'exécuter. Cependant le crime « est évident , la loi est claire , vos consciences < étaient tranquilles en prononçant l'arrêt; d'où « vient qu'elles s'inquiètent, qu'elle se troublent en « vous parlant d'exécution? Si l'arrêt de condam- » nation est juste, pourquoi craindre d'exécuter un « acte de justice, etc.

« Méditez donc ces paroles d'un sage : « Pour « que vos lois soient exécutées , prenez-y garde , « vous exigez qu'il y ait parmi vous des monstres !. .

(À r Assemblée Nalionaley M. Duport.)

ce Non, ce n'est pas là ce qu'a vouln la Provi- « dence, et vous Toulragez , vous la reniez même,

< 6 TOUS, législateurs imprudents, qui donnez la

< profession d'assassin à l'homme pour remplir sa « carrière ici-bas,el qui trafiquez avec un peu d'or, «i de la responsabilité de sa destinée....

(Charles Lucas.) UN DllAME.

« Je suis mort en Rohan.

« Néron vous écoutait, madame, »

(Raginb.)

l'homme rouge.

« De Rcwhan. — Qu'est-ce que œt homme?

H De Rësemaux (hésitant). — Prince !

« De Rohan (à l'homme vêtu de rouge). — C'est a toi qui... (il fait un geste de la main).

«L'hommerougë. -— Oui, monseigneur.

« De Rohan. — Pourras-tu bien m'abattre la « tête d'un coup... et sansm'ôter mon justaucorps?

« L'homme rouge. — J'y tâcherai^ monsei- « gneur.

« De Rohan. — Mais ne dois-je pas être lié? ne « viens-tu pas ici pour cela, avec ces cordes?

« L'homme rouge. — Oui, monseigneur... mais

< je puis lier monseigneur avec un des rubans de sa « cravate.

« DeRohan. — Non, mon ami... Notre-Seigneur « Jésus-Christ a été lié avec des cordes... moi, mi- « sérable pécheur... je veux être lié comme lui avec « des cordes... Allons, lie-moi (il tend les mains)^ « seulement, que je puisse tenir un crucifix.

« Db Roham (à Bourdaloue et au père Talon). — « Enfîn^ vous direz à M^^" d'O*** que j'ai suivi ses « nobles conseils ; que,' grâce à vous, mes pères, je « suis revenu de mes emportements... que je me « suis confié en lar miséricorde infinie de Dieu... et c puis, quand vous m'aurez vu mourir comme je a mourrai (aveic fierté), vous assurerez M^'d'O*** « que je suis du moins morteuRohan... Mais, par*- « don, pardon, mon père, de cette orgueilleuse peu- « sée... une dernière prière... Je désire que cette « lettre de M"' d'C*'' ne me quitte pas. .qu'on la € laissera... sur mon cœur... me le promettez- vous?

« Le père Talon (essujant ses larmes). — Oui... « oui... prince, on y pourvoira.

€ De Rohan. — Et puis, enfin, qu'une boucle de « mes cheveux soit remise à ma mère... si elle « daigne les vouloir... et une autre à M"" d'O**"" ; « vous me promettez encore cela, mon père?

« Le père Talon. — Oui, mon fils !

l'exécution.

n Les gardes françaises s'étaient saisis, dèa sept c heures du matin^ de toutes les avenues où les € chaînes furent tendues : les mousquetaires blancs « et noirs les soutenaient par brigades, savoir : A la « porte Saint-Antoine , à l'entrée de la rue des € TournelleSy vis-à-vis de Thôtel du Maine, et vers « la rue qui va à la place Royale. La place qui est

< devant la porte de la Bastille était entourée de « deux rangs de gardes françaises, et, derrière, un c rang de mousquetaires, M. le duc de La Feuil- € lade et le chevalier de Forbin leur donnant les

< ordres.

« Dans le milieu de cette place, il y avait une

< potence et trois échafauds ; celui qui était le plus

< près des Saints-Martyrs, pour M. de Rohan, un « vis-à-vis la porte de la Bastille, pour Despréaux, « et l'autre, vis-à-vis le premier, pour la dame Vi- <K lars, faisant tous trois Un triangle, et presqu'au « milieu la potence pour le maître d'école Yan-den- « Enden.

« A deux heures et demie, M. de Rohan sortit de « la Bastille à pied, ayant demandé, et Despréaux « aussi, de n'être pas mis sur la charrette qui les

< saiyait^ avec les deui autres, la femme et le mat-

< tre d'école. M. de Rohan parut sans chapeau , les « mains liées, tenant un crucifix, le père Talon à sa « droite, le père Bourdaloue à sa gauche. Il n'eut «jamais si bonne mine^ quoique Pair un peu «abattu, n se tourna, et, jetant par deux fois les « yeux de tous côtés, il aperçut près de lui le sieur a de Saindoux et quelques autres oflBciers qu'il sai( lua ; puis avança, et s'arrêta pendant que la char- I «rette approcha, et qu'elle s'arrêta entre lui et « Despréaux. Le bourreau monta dessus pour enif tendre la sentence que le greffier lui lut. Pen- « dant'Ce temps-là, les PP. Jésuites, embrassant « tour à tour M. de Rohan, l'exhortaient de leur « mieux ; la sentence lue, ils revinrent auprès de ; t son échafaud. Les valets du bourreau lui vou- « lurent aider à monter, mais il se tourna et leur « dit : c Laissez-moi, je monterai bien. » En effet, c( malgré ses mains liées, il ne laissa pas de s'en « aider, et monta sur son échafaud, où il se mit à « genoux, les Pères à côté de lui, qui lui parlaient] c< toujours*^ ensuite il baisa le crucifix. Le bourreau « s'approcha et lui baissa son collet. A cette action, « il parut un peu étonné, car il avait fait revue de « tout ce terrible appareil. Cependant il soutint « tout avec fermeté et résignation, et l'on peut dire c( qu'il est mort sans faiblesse, sans ostentation, e1

« en vrai chrétien. On lui coupa les cheveux^ et on « lui découvrit un peu les épaules ; on lui banda les « yeux, et on chanta le salut. Pendant tout cela^ le ce P. Talon le cacha de son manteau, autant pour c( lui épargner de la confusion, que du froid. Les « jeux bandés, il se recommanda à Dieu ; le P. « Bourdaloue descendit, le P. Talon s'écarta un < peu, et l'exécuteur s'approchant de lui, lui coupa i* la tète tout d'un coup : elle roula jusqu'au bout * « de l'échafaud, et le P. Talon, jetant son manteau (( sur le corps, descendit ; peu après on lui rendit « son manteau.

« Ensuite on exécuta le chevalier Despréaux, « qui ne fit pas plus de façon^ mourut très ferme- (( ment en regardant la dame Vilars, n'ayant pas « voulu avoir les yeux bandés ; sa tête roula à terre ^ « et on la rejeta.

ce Après, la marquise, qui fut exécutée l'avant- . ce dernière, monta fort hardiment sur son échafaud, « se mit à genoux en chantant le salve Regina^ « baisa par trois fois le billot, et sans souffrir que u le bourreau la touchât, elle aida elle-même à se « défaire de sa coiffe pour découvrir ses épaules, et, « après, souffrit constamment et fort noblement « une pareille destinée, et sa tête roula à terre.

« Ensuite on monta le maître d'école à la potence ; « la question lui ayant ôté l'usage des jambes, il

« fut aussitôt pendu parles valets du bourreau, qui a leur dit :

« Vous autres, pendez-moi çà. »

« J'oubliais de vous dire que pendant que Ton (( exécutait Despréaux, six soldats de la Bastille « vinrent enlever le corps et la tête de M. de Rohan, « et les portèrent à la Bastille; le corps de M""* de a Vilars fut mis dans un drap et enlevé par le côté « de la rue des Tournelles^ où on le mit dans un « carrosse.

« Pour le chevalier Despréaux, on le jeta dans <( la charrette, après l'avoir déshabillé publique- « ment, puis on jeta sur lui tous les ais des écha- « fauds, et après le corps de Van-den-Enden, et c( par-dessus tout la potence. Et c'est par où finit « ce triste spectacle, à trois heures et demie I...

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