CHAPITRE XXm
FRANÇOIS l".
M François I" étant à Marcoussi, devant le tom- « beau de Montagu, décapité sous Charles YI, il « lui échappa de dire que c'était dommage qu'un « tel homme fût mort par justice. Un moine qui « était présent, lui répondit : c< Sire, il ne fut pas c( condamné par justice^ mais par commission.
(BÉRËNGEa (1).
Et des myriades d'autres encore, ont été commissionnés.
FRANÇOIS l''^ SA MAÎTRESSE, ANNE DE PISSELEU , DUCHESSE D'ÉTAMPES (1535).
a Posui ori meo custodiam cmw consisteret pec- « calor adversùm me. »
(1) Bérenger. De la Justice criminelle.
Non, non! Jésus et Socrate ont parlé I
« Vitam impendere vero ! »
Nous ne veillerons pas à tenir notre bouche fermée ; tant que l'aveugle marchera vers l'abîme, nous lui crierons : prends-garde à toi I Abolissez la peine de mort ! car voyez ce qu'a produit le droit de donner la mort.
« François T' se rendit avec toute sa cour à TEs- « frapade, où des sièges et des gradins avaient été « préparés pour le recevoir. On sait que ce lieu « d'exécution prenait son nom d'un ancien genre « de supplice par lequel le patient, élevé en l'air « par le moyen d'une poulie, était rejeté contre « terre avec une telle force qu'il était tué sou- (c vent sur place. Celte fois seulement, le chancece lier Duprat, ou quelque bonne âme, avait imaginé , « au grand amusement des dames, de compliquer ce « supplice, trop doux pour des huguenots. Un vaste « bûcher avait été construit, à l'entour duquel se Qc dressaient des potences mobiles qui devaient « plonger les victimes dans les feux et les en retirer « pour les y replonger encore. L'assemblée était c nombreuse et brillante, le roi, du haut d'un trône, « présidait la fête entre sa maîtresse et son chancea lier. Quant à la reine, elle avait mieux aimé res-
ce ter à vêpres que d'assister à une exécution. Ce Cl n'était pas de Thumanité y mais un caprice de « femme dévote. Déjà les six condamnés, en robes « noires, sont attachés à l'estrapade, les mains liées « derrière le dos, avec une corde qui soutient tout c( le poids de leur corps; un silence avide règne « dans cette tourbe de peuple tout-à-rheure si « bruyante ; les religieux qui d'ordinaire assistent « les criminels murmurent les prières des morts ; « sur un geste du prévôt, on allume les fagots as- « pergés de bitume, et soudain, au milieu des a flammes, montent et descendent les patients avec Ci des hurlements auxquels la canaille répond par c< des rires et des cris de joie ! La cour regardait « avec insouciance les souffrances de ces malheuc< reux, sans doute innocents, et des railleries atro^ a ces, des propos d'amour et de galanterie accom- « pagnent leur mort lente et affreuse, a Sire, dit « madame Anne, en se penchant à l'oreille du roi, « je prendrais volontiers plaisir à cette comédie, (( n'étaient les plaintes des patients et l'odeur dés - « agréable de leur chair brûlée.
« Et tandis que les prêtres psalmodiaient le De « profundisy que faisait le roi?
ce II faisait éveiller un greffier qui dormait, pour « lui demander encre et plume, et sur un feuillet <( de son livre d'Heures, il écrivit de sa main le ronr-
c deau suivantj composé pendant rexécution, à la « louange de madame Anne de Pisse leu^ sa mal- « tresse:
Comme hérétique, eut-il lèpre ou pelade, « Pour Satanés est frillande grillade I « Roi très chrétien, ars aussi de franc jeu, « Et seulement demande une œillade, « Dedans mon ftme a bouté ce grand feu. « Anne l'avive avec mainte accolade ; « Serais-je pas d'esprit tout malade « Si j'agissais envers amour, mon dieu, « Gomme hérétique 1
« Anne raut bien que rondeau et ballade, 9 A son honneur sonne galante aubade; « Femmes, prenez modèle en si haut lieu I « Fi des cœurs faux, certe on en verrait peu « Si l'inconstance encourait estrapade « Gomme hérétique 1
c Et après avoir b^ûlé les hommes à petit feu^ il « brûla ce même joar la pensée. U supprima l'impri- « metie. »
(BiBLiopmLE Jacob.)
« Trop de rigueur contre un coupable révolte H rhumanité; et il n'est pas bien décidé, par les u principes du droit naturel, à quel point la vie c d'un homme est au pouvoir des autres hommes.
(Le BARON DE BlELFELD.)
c< La punition de noQrt ne se gradue point, c'est « la cessation de la vie. et pour l'enfant de dix-huit oc ans, et pour l'homme de soixante. Cela n'est poqrcc tant pas indifférent.
« Quand on met à mort un homme de trente ans, « on ne sait ce qu'on fait. On n'a pas compté que * cet homme est le seul survivant de vingt hommes. « Le législateur criminel ignore le prix de la vie a d'un homme de trente ans.
(Diderot.)