CLXXXVIII
On fait tout ce qu*on veut des hommes. Aux Étrusques ont succédé les Romains : d'agriculteurs on a fait des soldats.
Où est l'Espagne de Charles* V et de Philippe II?
Il appartient à ceux qui pensent de n'inoculer que de bonnes pensées à ceux qui ne pensent pas.
Le mauvais livre est au cœur et à Tesprit ce que serait du virus rabique placé dans le vaccin.
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cxcu.
Avec quel charme ne lit-on pas ces œuvres qui reposent le cœur! Paul' efe Virginie, Télémaque, la Chaumière indienne, le Vicaire de Wakefield, le Voyage Sentimental de Stern, le Philosophe sans le savoir, qui entre dans notre sujet.
Comparez ces écrits avec cette littérature sanglante et enfiévrée qui s'est produite depuis quarante ans, et qui affole la pensée. La lecture est l'éducation de tous les jours, et quand cette éducation est mauvaise, on la traîne après soi, toujours au service des passions qu'elle surexcite ; et cependant on court aujourd'hui après ceslectures qui faussent l'esprit, gâtent le cœur, etl'on n'étudie plus. Autrefois un grand maître était un demi-dieu (t).
(1) Foulques écrivait à Abailard :
« Rome t'envoyait ses enfants à instruire, et celle qu*on
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Où visait Diderot avec son athéisme affecté? Diderot, plus puissant qtte Voltaire, que ce grand écrivain, auquel la postérité ne pardonnera pas d'avoin souillé Jeanne d'Atb dttti^ utle œuvre de génie, et qui cependant a dit :
« Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. »
« avait entendue enseigner toutes les sciences montrait, en te « passant ses disciples, que ton savoir était encore supérieur « au sien. Ni la distance, ni la hauteur des montagnes, ni la (* profondeur des vallées, ni ladiffîculté des chemins parsemés « de dangers et dé brigands , ne pouvaient retenir ceux qui « s'empressaient vers toi. La jeunesse anglaise ne se laissait « effrayer ni par la mer placée entre elle et toi , ni par la ter- « reur des tempêtes ,«t à ton nom* seul , méprisant lespérils, u elle se précipitait en foule. La Bretagne reculée t'envoyait M ses enfants pour les instruire (xii« siècle) ; ceux de FAnjou « venaient' soumettre leur férocité adoucie. Lé Poitou, la Gas- M cogne, ribérie, la Normandie, la Flandre, les Teutons, les u Suédois, ardents à te célébrer, vantaient et proclamaient et sans cesse ton génie. Et je ne dis rien des habitants de la « ville de Paris et des parties de la France les plus éloignées « comme les plus rapprochées, tous avides de recevoir tes « leçons, comme si près de toi seul ils eussent pu recevoir « l'enseignement. »
{Traduction de ilf •»« Guizot.)
Et personne n'a pardonné à Fauteur de la Métromanie les turpitudes où sa muse s'est complue, ivre par trop souvent.
En mourant avec la liberté romaine, Caton d'Utique lisait le Traité de l'immortalité de l'âme de Platon, — Quel beau livre sur le même sujet, par l'abbé Delile.
Que de livres poussent à mourir 1 Nous en citerons un bientôt.
Supposons un de ces hommes auquel une douce médiocrité, la médiocrité d'Horace ne saurait suffire ; un de ces hommes pour qui la prière^ le travail, l'affection, le bonheur du foyer, l'étude ne comptent pas, auquel il faut les incessantes agitations de la vanité, les exhibitions de Torgueil, le bruit continu des passions. Oh I bien moins encore : supposons un homme attristé, fatigué de malheurs^ ils pullulent dans la vie ! ce n'est pas l'exception, c'est la règle, et dans les mains duquel tomberaient ces lignes :
c( La mousse mûrit sur la roche battue des t flots, mais son fruit périra. La violette fleu- « rit inutile sous le buisson du désert. Ainsi a l'homme désire et mourra. Il va au hasard, a il s'essaie sans but, il lutte sans objet, il sent c( et pense en vain ; il passe sans avoir vécu.
« Aussi César a gagné cinquante batailles ; il c( a vaincu la terre, il a passé! Mahomet et « Pythagore ont pasisé. Le cèdre qui ombra- « geait les troupeaux a passé comme les gra- « meo» que les troupeaux foulaient. Mais « pourquoi vivre, pourquoi se perpétuer? Je « n'entends rien^ à cela. La^ bête broute et ce meurté L'hommei mamge et meurt^lln-^m»s' iib ,.je sofl^aîs'à toutiœ qu^'il fàit^a^ant de « meuinr, j'eusvteNemeiil bctsoinHddri^^
Mai» ceei^ tombant comme du p1o]Él>fon^ sur le cœur d'un homme malheureux , nr'est pas autre chose que le suicide (1). Et analysez ce verbiage, il ne restera riem
(1) Le suicide prend chaque jour des proportions effrayantes. Ce dérâbrement'de Tâme,' celte rèïiondaiion de^Dieu , de la famille, de soi-même; cet^e suprême lâcheté, cette désertion devant la douleur, doivent être flétries comme on flétrit le vol et l'assassinat. Nous 'tratiscnvons ici' de bien nobles' pen sées à cet égard.
« Qui es tu ? qu'as-tu fait? Crois- tu t'excuser sur ton' obscurité? Ta faiblesse fexempte-t-elle de tes devoirs? Et pour n'aVûîrDi'nôm, ni'rftiigdans>tâ pétrie, efii e^^^m miAlfi'-sotilliis
L'auteur que nous* avons cité prononce le nom de Pytiiéagore. Pythagore parlait autrement que lui aux hommes ; il disait :
« N-abenëbiine pas tes yeux aux douceurs (( du sommeil avant d'avoir examiné par trois c< fois les actions de la journée I Quelle faute
à ses lois? Il te sied bien d'oser parler de mourir, tandis que lu dois l'usage de ta vie à tes semblables !
« Apprends qu/une mort, telle que tu la médites, est honteuse et furtive, c'est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rRndé-lai ce qu'il a fait pour toi. — Mais je ne tiens à rien, je suis inutile! au monde.... — Philosophe d'un jour, ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans 7 trouver quelqueii^voirà reitiplir, et que tout homme est utile à Thuma* nité, par cela seul qu'il existe ? Écoute moi, jeune insensé : Tu m'es cher, j*ai pitié de tes erreurs*. S'iVte reste au fond du cœur le moindre sentiment de vertus viens, que je t'apprenne à ai* mer la vie. Chaque fois que tu seras tenté d'en sortir, dis en toi-même : Que je fasse encore une bonne action avant dô mourir. Puis va chercher quelque indigente secourir, quelque infortune h consoler, quelque opprimé à défendre I .. Si cette considération te retient aujourd'hui, elle te retiendra encore demain, après^demein; toute la vie, etc. »
J.-J. Rousseau.
« ai-je commise? Qu'ai-je fait? A quel devoir « ai-je manqué? Commence par la première « de tes actions y et parcours ainsi toutes les « autres.
a Reproche-toi ce que tu as fait de mal, « jouis de ce que tu as fait de bien.
« Pythàgorb. )>
CXCEX.
L'homme qui réfléchit ainsi son existence va-l-ii au hasard (1), et s'essaie-t<il sans but? La moralité humaine , conquérant l'éternité, n'est donc pas un but? Et un être susceptible d'erreur, et ramené sans cesse au bien, par l'examen et le repentir, va-t-il aîi hasard ?
(1) Si tous ceux que Tignorance écrase vivent au hasard, c'est un malheur qui tient h la pauvreté ; ils ont bien droit à Tindulgence. .
ce.
Après la désolation jetée dans le cœur d'un homme malheureux, comme un sarcasme à la douleur, après l'aridité de cette citation si vide de savoir, de religion et de philosophie, supposez un autre malheureux dans les mains duquel tomberaient aussi les lignes qui suivent :
« Quel est Thomme invincible? Celui qui, « ferme dans son assiette (1), ne peut être
(1) « Depuis SanchomaloTi et Moïse, j'ai tout lu. Je sais Thu- « manité par cœur. J'ai obéi, commandé, et je nMgnore rien « de toutesles douleurs humaines. Guerre, blessures, incendie, «r noyade, famine, misère, horrible pauvreté, celle de Bélisaire tf oud'HégésippeMoreau,rabsencedu pain 1 Calomnie, envie, « jalousie, vol, banqueroute , odieuse ingratitude , lâches dé- «ifections dans l'adversité, noires perfidies , assassinat phy- « sique, assassinat moral, souffrances corporelles intolérables « et longues, de plus grandes infirmités de cœur , d'esprit et « d'âme, tout s'est abattu sur moi! Et toujours quand mon « âme, pleine de religiosité, a appelé Dieu , Dieu est venu u aussi manifestement, aussi visiblement que son soleil dans « l'espace. Homme, appelle Dieu, et sois fort. »
Anonyme.
u ébranlé par aucune des choses qui ne sont « pas en son pouvoir. Je le regarde comme « un athlète.
a Marg-Aueële Antqniv. >
ce Bilang hammavelh. »
« Il détruira la mort à jamais I Le Seigneur ce Dieu effacera les larmes de dessus tous les « visages, et il ôlera l'opprobre de son peuple « de dessus toute la terre, car le Seigneur a « parlé.
a Vos morts vivront, et, de même que mon a corps, ils se relèveront! Réveillez-vous et (' chantez, ^ vous, habitants de }a poussière; (( car votre rosée est comme la rosée des a herbes, et la terre jettera dehors les Iré-
« Votre soleil ne se couchera plus, et votre (c lune ne se retirera plus , car le Seigneur u vous servira de lumière éternelle, et les « jours de voire deuil seront finis.
« Je TOUS consolerai de même ()u'une mère console ses enfants.