‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 89 sur 122 · RICHARD III, DUC DE GLOCESTER · texte numérisé non relu

RICHARD III, DUC DE GLOCESTER

Et qu'en aurais-tu fait de ce cheval ?... L'ange de Dieu, placé devant toi, t'aurait barré le passage. Où aurais-tu fui, que tu n'eusses trouvé l'Éternel? LÉtemell debout devant ta conscience pour te crier : Assassin I assassin ! Quels fantômes, la nuit d'avant la bataille où tu demandais un cheval pour un royaume, apparurent à ton esprit troublé ? Deux pâles figures d'enfants sous les ailes d'un ange, ne te dirent-elles pas :

ce A demain! à demain I »

Tu essuyas ton front pâle et soucieux, assassin des enfants d'Edouard I... Tu restas cloué où Dieu t'attendait, où il te fixait I... Tu calculas la mort comme on calcule la marée qui monte, et de ta voix de hyène tu criais :

c< A horse, a horse for a kingdom ! »

Non, non, Dieu t'avait jugé. Il n'y avait pas de cheval, il y avait les enfants d'Edouard, et la terre de Bosworth avait mission de boire ton sang (1485).

Et comme tu mourais, tu passas ta main devant tes yeux. Ah I c'est que tu t'éveillais en mourant I... c< Laissez donc passer la justice dé Dieu. »

HENHI YIII.

L'œil hagard roulant dans un orbite sanglant, l'écume à la bouche, exhalant la putréfaction de son âme^ rejetant au loin cette couronne et ce manteau royal teints de sangl répondant à un juge invisible I frappé à mort et ne pouvant mourir, tenu en instable équilibre, et écoutant l'arrêt de l'Éternel, et flagellé par sa main, Henri VIU parlait, parlait, mais sa voix privée de son, et sans écho, se perdait dans la mort!

Agonie du crime I. .. Mort qui eut pour apothéose la soif des dogues qui burent son sang !

« Laissez passer la justice de Dieu I »

FoUQUIER-TiN VILLE .

c< Mais regarde, mais regarde bien I La Seine n'a « plus d'eau, elle ne roule que du sang I Je te dis 4< que c'est du sangl moi ! »

(c Laissez passer la justice de Dieu I ]» Celui qui a placé dans la conscience humaine le besoin de la moralité, a-t-il besoin, lui, du con«-

cours sanglant des hommes, pour aboutir dans sa justice éternelle? Instruisez les masses^ moralisezles, donnez-leur leurs droits de créatiùnj le travail productif; faites de bonnes lois, faites de la religion, et défaites vos échafauds

Orgueilleux vermisseaux que nous sommes , à genoux, sur cette terre qui s'est ouverte pour engloutir les générations de soixante siècles I A ge-* noux , sur cette terre épaissie par la poussière de ceux qui furent des hommes! A genoux, sans bruit, sans ostentation, sur cette terre que le fossoyeur creuse chaque jour pour nous tous !... Mais à genoux, la tête tournée vers la patrie du genre humain, les mains élevées vers cette patrie, mais ces mains pures des taches ineffaçables que l'eau de l'Océan ne peut faire disparaître.

« Caïn, Caïn, c'est ton Dieu, c'est l'Éternel. Le « sang de ton frère a crié de la terre à moi I • . •

« — Mais les hommes me tueront.

« — Non, je mettrai un signe sur ton front!... »

Dieu n'a pas tué Caïn, et les hommes ont laissé passer sa justice I... Ne tuez pas Thomme, vous qui n'êtes qu'hommes, et laissez passer la justice de Dieu , qui est l'Éternel I

Dans une question aussi grave que celle-ci, qui emporte tout un ordre dcpolice sociale, l'émission de la pensée la plus simple doit être corroborée

par ime multitude de preuves^ comme fondements sur lesquels repose la vérité de cette pensée.

Certes; nous ayons devers nous des milliers de preuves acquises par nous-mêmes, pendant vingt ans 9 qui attestent que le criminel le plus atroce tombe comme un faible enfant sous la pression des remords, quand le jour se fait dans sa pensée, mais nous aimons mieux chercher dans les œuvres des autres des arguments et des preuves pour corroborer nos propres pensées.

Voici les preuves qu'a colligées M. Charles Lucas :

« Champion^ cordonnier^ est accusé de parricide, (r Le magistrat le fait conduire devant le corps du « vieillard, et lui fait tâter le pouls, qui reste calme.

a Traduit devant la cour d'assises de Douai^ il a 4 renouvelé l'aveu qu'il avait déjà fait de son crime, <( et il a entendu son arrêt sans émotion et sans « abattement. // a seulement prié les juges de le « laisser vitre encore pour faire pénitence ! »

€ On a exécuté le 15 mars, sur la place d'armes c( de Strasbourg , le nommé Runth , condamné à a mort le 10 mars. // s^ est empressé de recevoir les^ <( secours de la Religion y et a montré beaucoup de « repentir. »

« Le nommé Delien^ âgé de vingt--un ans, con- « damné à mort le 18 mai^ par la cour d'assises de

<( Rouen^ coarme coupable d'assâ^siimt. En enten^ a daiit sa candamfiation, il a protesté de son repentir, u et imploré la miséricorde de Dieu, h

« L'accusé Pierre Segain^ de Coufracourt, accusé iir d'incendie, a été acquitté par la cour d'assises de « Yesoul. Lorsqu'on lui a annoncé qu'il allait éU^e « renvoyé de l'accusation, il lui est échappé cette « exclamation : Mon Dieu 1 serait-il possible. Puis^ « se précipitant à genoux, il a baisé la terre et det( mandé pardon à Dieu. Ses traits étaient attérés, t tout le corps lui tremblait, et^ allant entendre Var- « rél de son absolution , il a montré tout V abattee: ment d'un homme condamné au dernier supplice. » "^ « Mardi dernier, 29 août, François Gampel, âgé « de vingt-trois ans , condamné au supplice des « parricides, a subi sa peine à Mont-de-Marsan.

« Avant la décision de son pourvoi, il avait tou- « jours nié son crime, quoiqu'on lui eût entendu a dire, pendant qu'il était seul : Je soufre bien, « mais je V ai mérité. Sur Véchafaud, il recommanda a aux assistants de prier pour lui! »

« Jean Mayer, est un profond scélérat, un scélérat «endurci; ses atrocités^ nous les passerons sous « silence^ elles révoltent par trop le cœur, comme H nous avons passé sous silence les incroyables fori( faits du maréchal de Raiz I Eh bien I dit la Gazette % des Tribunaux, d'où tous ces faits sont extraits.

« toutefois la nature eut enfin son tour. Mayer, dans « son cachot^ connut le remords, et la Religion lui « prêta ses secours consolateurs. Le vendredi 13 « octobre, Mayer monta sur l'échafaud d'un pied c ferme, et fit de touchants adieux aux fonctionnai- « res supérieurs qui l'accompagnaient Durant les « préparatifs du supplice, on le vit priant etpresc< sant dans ses bras un crucifix. »

Oh! laissez passer la justice; de Dieu! la justice sanglante des hommes est inutile. Elle est effrayante par le mal qu'elle produit, et M« Charles Lucas, dans son beau livre, dit :

« Que les hommes y songent donc bien, Técha- « faud a peut-être fait plus de criminels que lé « crime. »

(Charles Lucas.)

Nous rapportons tout à Dieu, de qui tout émane sur la terre et dans le ciel , hors le mal ; nous disons, dans la conviction profonde de notre conscience :

« L'échafaud, c'est la chaîne électrique qui at- « tracte sur la terre les malédictions de l'Éternel!... « Et Dieu, quand nous nous présenterons devant lui^ ff ne nous en donnera pas le démenti I »

Un fait encore, et nous finirons tous les tristeâ gémissements de ce chapitre :

Écoutez ces cris du coupable qui va mourir, que

la main moite et froide du bourreau touche déjà I... C'est

ce MalaguttillI... d

Malagutti^ qui crie d'une voix déchirante à la foule qui l'environne :

« Pardonnez-moi, priez les autres de me par-a donner aussi!... Je demande pardon à Dieu et

« aux hommes! Pardonnez-moi , pardonnez-

a moi I » Et le couteau de la justice humaine, en coupant sa tête, coupa en deux son dernier cril

Pard ! Le reste se perdit dans le sang, mais non

pas dans la mort peut-être.

« Oh I laissez-donc passer la justice de rÉtemel. » M. Duport disait à l'assemblée nationale : « Comme la nature vous défendez le meurtre ; « ne contrevenez-vous pas à cette même loi de la c( nature, lorsque vous assassinez le meurtrier? »

(Duport.)

AUGUSTE GUYAllD (1).

c< La vraie justice consiste à opposer le bien au c mal afin de rétablir l'équilibre^ Tordre, l'harmo-

(1) Nous remercions infiniment notre confrère Auguste Guyard du morceau de marbre noir qu'il nous a apporlé pour Tédificalion de ce triste tumulus, et c'est avec plaisir que nous joignons son nom aux noms de tous ceux qui ont réclamé Tinyiolabilité de la vie humaine.

( Note de l'Auteur.)

a nie dans le monde moral. La justice qui punit ^ « ajoutant un mal à un autre mal, trouble encore « cet équilibre, loin de le rétablir. Si tuer un homme « offense Dieu une fois, si c'est une injustice^ un <( mal; en tuer deux n'est-ce point une double offense, a une double injustice, un double mal?

a Non, non, le crime d'homicide ne s'expie point c< par un crime semblable ; le sang versé ne lave « point le sang ; le meurtre légal souille la victime « et la société qu'il prétend venger, et ne fait qu'ace jouter une souflrance nouvelle à la somme des « maux de l'humanité .

« Le procureur du roi demande des têtes, le juge « les donne et le bourreau les coupe ; cependant, c( quel est le juge ou le procureur qui voudrait « dîner avec le bourreau! Égalité devant la guilloa tine ; inégalité à table et dans un salon. »

(ÂUG. GuYARD, Quintessences.)

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