‹ Le duel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 7 sur 16 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

Il en est sur les théâtres comme dans les romans; mais ici Talteinte est plus profonde. Le cœur bat, le sang boaillonne ; on touche, on voit; on s'enfièvre, et tout cela reste dans Tesprit.

« Le bien qu^on peut y faire est immense^ et a immense le mal. ^

CLxxxvni.

On fait tout ce qu'on veut des hommes.

Aux Étrusques ont succédé les Romains d'agriculteurs on a fait des soldais.

les

Où est l'Espagne de Charles^ Y et de Philippe IX?

Il appartient à ceux qui pensent de n'inoculer que de bonnes pensées à ceux qui ne pensent pas.

Le maoTais livre est an cœur et i Tesprit ce que serait du virus rabique placé dans le vaccin.

cxcu.

Avec qael charme ne lit-on pas ces œuvres qui reposent le cœur! Pan) etYirginiei Télé* maque, la Chaumière indienne, le Vicaire de Wakefield, le Voyage Sentimental de Stem, le Philosophe sans le savoir, qui entre dans notre sujet.

Comparez ces écrits avec cette littérature sanglante et enfiévrée qui s'est produite depuis quarante ans, et qui affole la pensée. La lecture est l'éducation de tous les jours, et quand cette éducation est mauvaise, on la traîne après soi, toujours au service des passions qu'elle surexcite ; et cependant on court aujourd'hui après ceslectures qui faussent l'esprit, gâtent le cœur, etl'on n'étudie plus. Autrefois «n grand maitre était un demi-dieu (1).

(1) Foulques écrivait à Abailard :

« Rome t'envoyait ses enfants è instruire, et cello qu'on

Où visait Diderot avec sonathéisipe affectéV Diderot, phis poissant que Voltaire, que ce grand écrivain^ auquel la postérité ne pardonnera pas d'à voit souillé Jeaif ne d'Ait êtm tine œuvre de génie, et qui cependant a dit :

« Si Dieu n'existait pas» il faudrait Tinventer. »

« avait entendue enseigner toutes les sciences montrait, en te c passant ses disciples, que ton savoir était encore supérieur « au sien. Ni la distance, ni la hauteur dea niontagnes, ni la k profondeur des vallées, ni la difficulté des chemins parsemés « de dangers et êe brigands , ne pouvaient retenir ceux qui 'X s'empressaient vers toi. La jeunesse anglaise ne se laissait « effrayer ni par la mer placée entre elle et toi , ni par la ter- « reur des tempêtes , et à tan nom seul , nséprisani les pévHs, « elle se précipitait en foule. La Bretagne reculée t'envoyait « ses enfants pour les instruire (ïii« siècle) ; ceux de TAnjou « venaient sotimettre leur férocité adoucie. Le Poitou, la Gas- « cogne, ribérie, la Normandie, la Flandre, les Teutons, les d Suédois, ardents è te célébrer, vantaient et proclamaient N sans cesse ton génie. Et je ne dis rien des habitants de la « ville de Paris et des parties de la France les plus éloignées « comme les plus rapprochées, tous avides de recevoir tes tf leçons, comme si près de toi seul ils eussent pu recevoir V l'enseignement »

(Traduction de ilf"» Guizot.)

Goo^q:

Et personne n'a pardonné à l'auteur de la Métromanie les turpitudes où sa muse s'est complue, ivre par trop souvent.

En mourant avec la liberté romaine, Caton d'Utique lisait le Traité de l'immortalité de l'âme de Platon. — Quel beau livre sur le même sujet, par l'abbé Delile.

Que de livres poussent à mourir I Nous en citerons un bientôt.

Supposons an de ces hommes auquel une douce médiocrité^ la médiocrité d'Horace ne saurait suffire ; un de ces hommes pour qui la prière^ le travail, Taffection, le bonheur du foyer, l'étude ne comptent pas, auquel il faut les incessantes agitations de la vanité, les eihibitions de l'orgueil, le bruit continu des passions. Oh I bien moins encore : supposons un homme attristé, fatigué de malheurs^ ils pullulent dans la vie l ce n'est pas l'exception, c'est la règle, et dans les mains duquel tomberaient ces lignes :

a La mousse mûrit sur la roche battue des t flots, mais son fruit périra. La violette fleu- « rit inutile sous le buisson du désert. Ainsi « l'homme désire et mourra. Il va au hasard, « il s'essaie sans but, il lutte sans objet, il sent « et pense en vain ; il passe sans avoir vécu.

« Aussi César a gagné cinquaQte batailles ; il c( a vaincu la terre^ il a passé! Mahomet et « Pythagore ont passé. Le cèdre qui ombra- « geait les troupeaux a passé comme les grâce metaS' q«e les troupeau foutaient. Mais « poucqHoi vivre» pourquoi se perpétuer? Je tf l'entcwifi rien à cela. La bète brovte et a raant.. L'faMnuB mange et meurt: Hm ma* « tih » je songeais à toM « qu'il faîB avant ée m mourir, j^eu&telleinent besoin As* rire, ete;^ Mats ceci, tombant comme duc ^omb fioiilii sur le cœur d'un homme malheureux , n'est pas autre chose cpie le suicide (1). Et analysez ce verbiage, il ne restera rien.

(1) Le suicide prend chaque jour des proportions effrayantes. Ce dêMftrement de l*àine, oette rehonéiation dé Di6« , de la famiUe, de soi-mên^; ceMe suprême lâcheté, celle désertion devant la douleur, doivent être flétries comme on flétrit le ▼ol et Tassassinat Nous transcrivons ici de bien nobles pensées à cet égard.

« Qui es tu? qu*as-tu fait? Crois- tu t*excuser sur ton obscurité? Ta faiblesse t'exempte-t-elle de tes devoirs? Et pour n'afeîr ni nom, ni rang dam la pMxt, en ea^tu m^ns soiimts

L'ayteur que non» aYims cité prononce le nom de P^thagore. Pythagore parlait autrement que lui aux hommes ; il disait :

« N'^àl^apn^nne pas tes yeux aux douceurs *i du sommeil avant d^avoir examiné par trois ce fois les actions de la journée ! Quelle faute

à ses lois? Il te sied bien d'oser parler de mourir, tandis que lu dois Tusage de ta vie à tes semblables 1

« Apprends qu'une mort, telle que tula médites, est honteuse et furtive, c*est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rends-lui ce qu*tl a fait pour toi. — Mais je>ie tiens à rien, je suis inutile au monde....— Philosophe d'un jour, ignores^tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans j trouver quelque ikfoir à r«anplir, etqie tout homme est utile è Thumaniu^, par cela seul qu*il existe ? Écoute moi, jeune insensé : Tu m'es cher, f ai pitié de tes erreurs. S'iï te reste an fond du cœur le moindfe sentiment de vertu, viens, çue je t'apprenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras (enté d'en sortir, dis en toi-même : Que je fasse encore une bonne action avant de mourir. Puis va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortune h consoler, quelque opprimé h défendre! .. Si cette considération te retient aujourd'hui, elle te retiendra encore demain, aprôs>demain, toute la vie, etc. »

J.-J Rousseau.

« ai-je commise? Qa'ai-je fait? A quel devoir a ai-je manqué? Commence par la première « de tes actions, et parcours ainsi toutes les « autres.

« Reproche-toi ce que tu as fait de mal, « jouis de ce que tu as fait de bien.

« Ptthagou. »

L'homme qui réfléchit ainsi son existence va-t-il au hasard (1), et s'essaie-t-il sans but? La moralité humaine, conquérant Tétemité, n'est donc pas un but? Et un être susceptible d'erreur, et ramené sans cesse au bien, par Texamen et le repentir, ya-t-il au hasard ?

(1) Si tous ceux que l'ignorance écrase vivent au hasard, c*e8iun malheur qui tient à b pauvreté; ils ont bien droit à rindulgence.

ce.

Après la désolation jetée dans le cœur d'un homme malheureux, comme un sarcasme à la douleur, après Taridité de cette citation si yide de savoir, de religion et de philosophie, supposez un autre malheureux dans les mains duquel tomberaient aussi les lignes qui suivent:

« Quel est Thomme invincible ? Celui qui, « ferme dans son assiette (1), ne peut être

(1) c Depuis Sanchomalon et Moïse, j'ai tout lu. Je sais Thu- « manité par cœnr. Tai obéi, commandé, et je n'ignore rien « de toutes les douleurs humaines. Guerre, blessures, incendie* « noyade, famine, misère, horrible pauvreté, celledeBélisaire

• ou d'Hégésippe Moreau.rabsence du pain t Calomnie, envie, « jalousie, vol, banqueroute, odieuse ingratitude, lâches dé- « fections dans l'adversité , noires perfidies , assassinat phy- « sique* assassinat moral, souffrances corporelles intolérables c et longues, de plus grandes infirmités de cœur , d'esprit et « d'âme, tout s'est abattu sur moil Et toujours quand mon m llime, pleine de religiosité, a appelé Dieu , Dieu est venu m aussi manifestement, aussi visiblement que son soleil dans

• l'espace. Homme, appelle Dieu, el sois fort. »

ANOPSTiie.

H ébranlé par aacoDe des choses qoi ne sont u pas en son pouvoir. Je le regarde comme « on athlète.

« MaRG-AuEÈLB ÀNTONIlf. >

a Bilang kammavelh. »

u n détruira la mort à jamais I Le Seigneur « Dieu effacera les larmes de dessus tous les a visages, et il ôlera t^oppfobre de son peuple u de dessus toute la terre, car le Seigneur a < parlé.

a Vos morts vivront, et, de même que mon c( corps, ils se relèveront! Réveillez-vous el <' chantez, ô vous, habitants de la poussière^ (( car votre rosée est comme la rosée des « herbes, et la terre jettera dehors les tré-

« Votre soleil ne se couchera plus, et votre (( lune ne se retirera plus , car le Seigneur (( vous servira de lumière éternelle, et les « jours de votre deuil seront finis.

u Je vous consolerai de même qu'une mère console ses enfants.

c ISAÏE. »

Ces bénédictions de la philosophie et de la religion, jetteront une vie nouvelle dans le cœur de cet homme malheureux.

CCïl.

L'auteur de la première citation dit :

tf L'homme meurt sans avoir vécu. »

Quoi? rhomme qui souffre , pleure, espère, aime^ prie et travaille, cet homme n'a pas vécu.

caii.

Quiconque a honoré sa ?ie, une seule fois, par une bonne action ^ celui-là a vécu, et nous connaissons des hommes qui ne permettent pas au soleil de se coucher, sans avoir accompli Tœuvre immense de la fraternité.

cav.

Moïse n'a pas vécu ; Socrate , Epictète , n'ont pas vécu! Henri 1*', de France, qui se laissait voler les galons d'or de ses habits par les pauvres, quand il n avait plus d'argent à leur donner, n'a pas vécu.

L'auteur aurait bien dû nous dire ce qu'il entend par vivre? Est-ce Sardanapale et Trimalcion qui ont vécu?

L'auteur dît : Pourquoi ^ivre? Pour associer son intelligence à la suprême intelligence, dans le grand œuvre de la perfectibilité humaine, qui est simple comme toutes les œuvres de Dieu. Accessible à tous par une science égale de Tàme.

« Être bon. »

Et au bout, rélemité de l'Éternel I

Combien d'hommes ont fait pour la religion et pour la morale, ce que la Condamine a fait pour la science ! Combien d'hommes ont fait^ dit et conseillé ce qui suit :

ecJ'ai parcouru le monde sous cet habit

a modeste, et un bâton à la main. J'ai vu tous

ce les puissants de la terre, et leur ai demandé

u de Tor pour ceux qui n'avaient pas de pain.

~ 178 — « Je me suis appliqué à secourir toutes les « misères de la vie de l'homme. J'ai arraché a des fers des milliers de captifs et d'esclayes. c( J'ai fait sécher bien des larmes, fait taire T bien des douleurs. Et, dans cette abnégation « de moi-même, j'ai trouvé un si grand bon- « heur, un si grand repos, que rien de tous <( les maux ne m'attriste, ni ne m'eSraie. J'en « suis sûr, ce que j'ai fait et senti, d'autres « le feront et le sentiront, et l'idée du bien, c( une fois enracinée dans dix têtes, germera . a dans cent, dans mille ; elle se propagera, «c s'agrandira, parce que le bien, c'est la véc( rite, le bonheur, la paix, et qu'il n'y a rien « sur la terre qui , à une heure donnée, puisse « étouffer la conscience de l'humanité qui est « l'œuvre de Dieu.

« Lève-toi ; va-t-^n parmi les hommes , « console, conseille, éclaire I Va, et ne rec( garde ni les sourires de ceux qui n'ont pas « de cœur, ni les sarcasmes de ceux qui ne ^i regardent pas en haut. Ne te détourne pas

« da but ; descends dans la fange de la corrupa tion, dans la fosse da crime. Proclame Dieu! c( provenance étemelle de rétemelle morale, a La méchanceté est un faux calcul ; Tégoïsme, « un amour mal entendu ; le crime, une détf mence. 11 faut une pitié incommensurable u pour tout ce qui déchoit ; car la misère en « est la cause cruelle par trop souvent. Aie « pitié de Thomme qui n'est qu'un enfant^ et a qui aimerait le bien» s'il en connaissait tou- « tes les bénédictions.

ce Arme-toi contre le fort injuste, pour se- « courir le pauvre opprimé , et reste ferme c dans cette croyance : Que du plus grand des « scélérats, c'est un devoir d'en refaire un M homme de bien ; qu'on le doit, qu'on le (< peut, parce que l'homme ne peut pas dé-* « truire l'œuvre, de Dieu, qui est le sentiment a du juste et du bon.

« Et quand tu auras accompli ta tâche d'où* « vrier Je Dieu, couche-loi avec délice dans ce la tombe ; retire-toi vers ta mère, et rap-

« pelle-toi cette grande parole d'un philosophe « qui erra beaucoup lui-même^ parce qu'il « était homme :

« Qui â' endort dans les bras d'un père, n'est « pas en souci du réveil. »

Les hommes qui ont fait , dit et conseillé tout ceci, ces hommes-là avaient vécu.

La psychologie et la vulgarisation de la morale semblent être encore dans les langes de la barbarie. Toute la profondeur du mal se révèle par les nécessités du rouage dé nos sociétés. Il faut éduquer des hommes à être bourreaux. — Il faut des huissiers pour contraindre, des nolaires pour attester. La force

puMique dans un labeur incessant, cet Hobbes tout armé) par le fait, l'état permanent de guerre de Thomme contre Thomme^ et cet état est menteur, contraire à la nature de rhomme, à ses instincts, à ses sentiments, à sa religiosité native (1), à sa moralité innée, et cet état des choses cessera comme la torture, comme Tinquisition, comme Teiposition, devant l'exercice de la religion, le progrès des sciences et l'action honnête des hommes de lettres.

Si l'on nous disait :

« Voici dans votre main gauche le duel (2),

(1) Celte loi, qui, en imprimant dans nous-mêmes Tidée du

créateur nous porte vers lui, est la première des lois naturelles

par son importance, etc.

Montesquieu.

(2) Ainsi le duel offre de telles ressources h la méchanceté que, dans une déc^tion de la iranité, un simple contre-temps de la vie commune, un grand seigneur, plus soigneux de son orgueil que de sa vertu, ose mettre l'autorité d*une simple

« voilà^ans votre main droite le crime, il vous a est donné d'étouffer Tun db Tautre, choisis- « sez. > — Nous serrerions la main gauche, et nous élottflerions le duel. Ceci paraîtrait paradoial, si nous n'expliquions notre pensée.

cax.

Esl-il un homme de sang froid, un homme

recoihmandatioii de sa part sous la protection d*ane épée de duel. L*amiralSuffren, au moment de s'embarquer, reçut d*uii grand seigneur, sous Louis XVI, une recommandation en faveur d'un neveu que Thomme de cour jugeait digne de servir à la mer» parce qu'il était indigne de vivre dans sa famille. L'amiral refusa. L'homme de cour envoya une provocation. L'amiral répondit : Qu'embarqué et sous son pavillon, il ne connaissait plus d'ennemis que ceux de la France. Après un temps écoulé, l'amiral Suffren était revenu à Paris ; le cartel lui fut reporté. Faux point d'honneur! faiblesse d*un brave 1 Tamiral accepta , et il fut tué» de nuit, sous un arbre des Champs-Elysées. Ainsi, pour avoir respecté l'honneur de son ame , un brave officier donnait sa vie à limpudente vanité d'un grand seigneur.

Cette anecdote a été racontée par M. l'amiral Hugon. Nous remercions infiniment la personne qui a bien voulu la porter à notre connaissance ; elle est d'une grande valeur dans cet ouvrage, et nous la consignons avec empressement.

(NoU d$ VAvUwr.)

Goo^q:

jouissant de la plénitude de son intelligence, au dix ^neuvième siècle, avec nos lois, notre police, nos moyens de répression, nos croyances, qui puisse, impassible calculateur, faire ce thème et en chiffrer les chances.

« Je vais tuer cet homme parce qu'il fait «c obstacle à mon avenir, parce que je serais a riche, parce qu'il nuit au parti politique qui « est mon parti, parce qu'il nuit au culte qui a est mon culte, enfin par une des causes qui « déterminent la perpétration du crime. L'état « de la question posé, qu'on prenne celle qu'on a voudra. — Voilà le côté d'une balance, c< voyons l'autre.

« Je vais tuer un homme, verser le sang de ce mon semblable, et sur mille crimes, pas un « n'échappe à la vindicte des lois 1 Si je n'é- « chappe pas, la honte^ les fers, le cachot, la « cour d'assises, l'arrêt, puis la toilette, le « dernier quart-d'heure, le bourreau et Té- « temité.

« L'ignominie sur le front de ma mère, de

« ma femme et de mes enfants! Je m'écrase ce devant Dieu, devant les hommes et devant « moi-même 1... »

Mais osez donc proposer un pareil marché au premier de vos concitoyens que vous rencontrerez! Osez vous le proposera vous-même!

Vous verrez ce que vous répondra votre concitoyen, et vous verrez ce que vous vous répondrez à vous-même! Et cependant, il y a des assassins, des meurtriers, des parricides, des incendiaires. Où trouvez-vous la raison d'être de cette anomalie ? Chez vous, l'idée sans le fait produit Thorripilation, et d'autres cependant marchent dans le fait. Du contrat que vous ne voulez à aucun prix, dûssiez-vous mourir même, d'autres en acceptent toutes les clauses. Mais cependant, Dieu n'a pas créé deux humanités ! Il n a privé personne de la réverbération de la conscience. 11 n'a pas créé une âme spéciale pour M. l'abbé Morel, le digne pasteur, et une âme spéciale pour Lacénaire, le terrible assassin.

C'est que le crime est invinciblement inintelligenl, c'est que c'est une démence plus ou moins longue, et si Ton en doute> sur mille criminels, voyons le dernier quart-d'heure du patient!

La pâleur qui se fait, la lèvre qui se contracte, la larme qui coule, la bouche qui prie, s'accuse et demande pardon ! Voyez comme l'idée de la famille revient et crie, et comme crie la conscience, et comme disparaît l'égarement. Cet égarement, vous ne l'aviez pas, vous, qui n'acceptiez pas le marché, et vous ne l'avez refusé que parce que, intelligent, vous restiez moral, et lui, qui l'a accepté, que pouvait-il être autre chose qu'un insensé.

Mais le duel est bien autre chose I Le duelliste marche dans sa force d'action, la tète

haute, le front serein, souriant et la main sur la hanche, coràm populo. H se couche dans sa pensée, fait siffler son épée quand il s'éveille, il tue avec préméditation, avec calcul, avec science, et vise la place par où la mort doit entrer, et quand cette mort est faite, il n'a pas, Dieu merci, le dernier quart-d'heure et le bourreau, il est réputé brave, l'opinion l'applaudit, le mal peut se faire à la légère, sans trop d'obstacles, la tète haute !... Dieu et la conscience restent seuls!... Le dueUiste passe devant la mère dont il a tué le fils ; il recommencera à la nuit ce qu'il a fait le matin ! — Ce qu'il a fait, son ami le fera, son voisin, tous ses concitoyens, la France, depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées!...

Et se figure-t-«on cependant que le crime soit plus cruel que le duel ? Dans cet écrit

sur le duel, nous eussions pu en colliger des milliers; nous l'aurions dû peut-être, mais nous avons senti le besoin personnel d'être sobre.

Un, entre mille :

Un homme se croit offensé, et semble convaincu qu'un autre lui a nui. Il exhale sa plainte. Le prétendu offenseur apprend ces récriminations et s'empresse de provoquer une eiplication. Il prouve par A plus B, il prouve jusqu'à la dernière évidence que l'imputation est entièrement erronée, et maigre cette justification, celui qui persiste dans sa rancune, répond par une offense qui entraîne une rencontre. Voici ce que fut ce duel :

On se plaça à dix pas, chacun armé de deux pistolets^ et avec la faculté convenue de marcher (1). Celui qui s'était innocenté fait trois pas^ tire et manque ! L'autre ne bouge pas.

Celui qui a tiré fait encore deux pas, et fait

(1) Jusqu'à bout portant

Goo^q:

feu. Il manque (1) à cinq pas. Ce fut au tour du véritable oflTenseur* Il marche jusqu'à bout portant et dit : « Je pourrais vous tuer, mais t je ne le veux pas ; je veux seulement vous « casser un bras. » 11 tire, et la balle traverse le corps. On nous a montré, il y a trois mois, l'homme qui avait reçu le coup.

El si l'on veut faire entrer en ligne de

(t) La plupart des peuples anciens vifaient sous des gouvernements qui ont la veriu pour principe, et lorsqu'elle y était dans sa force, on y faisait des choses qne nous ne voyons plus aujourd'hui , et qui étonnent nos petites âmes. Leur éducation avait un autre avantage sur la nôtre : elle n'était jamais démentie. Épaminondas, la dernière année de sa vie, disait, écoutait, voyait, faisait les mêmes choses que dansTâge où il avait commencé à être instruit.

Aujourd'hui nous recevons trois éducations différentes ou contraires : celle de nos pères , celle de nos maîtres , celle du monde. Ce qu'on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières. Cela vient, en quelque partie, du contraste qu'il y a parmi nous entre les engagements de la religion et ceux du monde , chose que les anciens ne connaissaient pas. Montesquieu.

Voilà la critique la plus sanglante de Topinion qui pousse au duel.

compte toutes les anxiétés du criminel ^ toules les appréhensions qui précèdent la perpétration du crime, qu'on veuille considérer combien les duels sont plus faciles, plus nomlft*eux, moins sévèrement poursuivis, point réprimés par la honte, de plus, admis par l'opinion, on comprendra pourquoi nous avons dit que :

(( S'il nous était donné de pouvoir étouffer le « meurtre ou le duel, c'est le duel que nous u étoufferions. »

Qu'on veuille bien étitdier cette sanglante histoire du duel^ on y verra que très souvent ils ont été comme une partie de ^ilaisir, un passe-temps, une chose de bon goût, de beau style et très bien portée, et toujours chose de fort peu d'importance.

La femme brune et la femme blonde de la noie ci-dessous (1).

(1) Napoléon à Schœnbrunn arriva au moment où deux officiers, déjà l'épée b la main, allaient se batlre. 11 demande

Faisons un rapprochement.

Mirabeau, ce grand génie, ce tribun aux proportions athlétiques, cet immense orateur, et nous regrettons de ne pouvoir plus rien ajouter à sa gloire, Mirabeau étant chez une de ses parentes, s'avisa de vouloir connaître la saveur du crime, ek par recherche philosophique, par expérimentation, il voulut se rendre compte de ce que pouvait éprouver un criminel.

la permission de servir de témoin ; il s'informe de la cause du duel, et cette cause était fort grave aux yeux des adversaires. 11 s'agissait de laquelle, de la femme brune ou de la femme blonde, avait une plus grande puissance affective. L'un tenait pour la blonde, Vautre pour la brune, et Ton conçoit que pour ce fait, il fallait au moins la mort d'un homme. Napoléon arrangea cette affaire. Ne commentons pas.

Un soir, que beaucoup de monde devait se retirer du château où il demeurait, il s'embusqua, et un fusil à la main, il demanda la bourse ou la vie à tout le monde, l'un après l'autre. L'expérience faite et les bourses restituées^ il avoua qu'il avait éprouvé d'atroces douleurs.

Est-ce que l'homme peut en vain cesser d'être homme?

(( pauvre homme ignorant, que portes-tu « enfermé dans les profondeurs de ton sein ?

« Quels joyaux, quelles richesses y sont conte-

u nus? quels trésors dans une si faible envea loppe.

c< Dàyies. »

ccxvm.

En descendant dans les cryptes, dans les arcanes de l'humanité, ne pourrait-on pas trouver des causes déterminantes des actions des hommes, et rapporter à ces causes les phénomènes de certaines existences qui font exception?

DAt-on se tromper en cherchant, il faut toujours chercher. Il est sorti tant de bonnes choses de l'alchimie!

Sans Kepler et Descartes^ Newton eût passé inaperçu^ sans doute.

Tel homme fait monter le thermomètre scientifique ou littéraire à dix degrés, tel autre à vingts et ainsi arrive la vérité à Thomme, qui a un si grand besoin de la connaître.

Toute rhistoire accuse qu'il a plu à la divine Providence, dans des vues dont elle a gardé le secret, de créer des organisations qui se sentent à l'étroit dans le cabanon de la vie

commune, et qui y étouffent.

Ces organisations ont présenté des phénomènes bien différents, selon l'idée -mère qui a présidé aux premières lueurs de l'intelligence , ou plutôt , selon le sentiment qui 9 le premier, a pénétré dans le cœur.

Celui qui est le maître de l'éducation peut changer la face du monde , a dit Leibnitz.

CCXXIÏI.

Donnez-moi un enfant qui ait été privé de sa mère, disait Napoléon, et je le connaîtrai.

Oui; la mère, l'édacation de la mère (1), cette providentielle tutellç, à l'ombre de laquelle croît ce roseau si faible, de Pasbal, mais ce roseau pensant ; la mère faisant défauty Tenfant en ressentira la perte.

Les premiers cris de la mère, dans le cœur de l'enfant^ sont indélébiles. Ils j restent et dominent au milieu des orages des passions, ils persistent dans tous les âges, et nous finissons la vie avec la même idée que notre mère y a déposée.

(1) Ici, par éducation , nous irentendons pas rinstruclion, mais la morale.

GCXXYI.

Nous connaissons tel homme, auquel sa mère a dit en mourant :

« Prie tous les jours^ « Donne tous les jours. »

et il ne Ta pas oublié.

ccxxvn.

Ceux-là, à qui il a été donné d'être bien persuadés d'abord (1), et puis bien convaincus de cette vérité biblique (2) :

Cl Que toute science , toute intelligence , « toute grandeur, que toute sagesse et que « toute félicité consistent à aimer Dieu , »

ceux-là^ ont été ces incommensurables poètes

(1) L'éducation de la mère.

(2) L'instruction du mattre

de Dieu, ces prophètes d'Israël on Socrate, Epictète, saint Louis, Fénelon, saint Vincent de Paul.

ccxxvm.

Vous toutes, saintes jeunes femmes de Dieu, anges de la terre (1), qui ne rivez que pour prier et consoler, et qui enfouissez dans Tair putride des hôpitaux une existence

d'amour et d'abnégation! Vous, devant

lesquelles tout homme de bien devrait faire halte et saluer; vous, qui bandez si souvent les plaies que font l'épée des duellistes.

La vie en Dieu, c'est le besoin de l'infini

(1) Les sceurs de charité.

Goo^q:

compris, expliqué; ce yagae sentiment qni accuse notre exil sur la terre, et notre aspiration vers le ciel.

Mais ce besoin^ détourné de sa véritable route par des organisations égales à celles des prophètes d'Israël, mais mal dirigées, ces organisations, en terrestrant leur action, ont produit d'effrayants génies, de monstrueuses anomalies, aussi bien chez les héros que chez les brigands.

Granique,

Issus,

Arbelle, c'est Alexandre,

Thèbes, Gaza, Persépolis,

Tyr, détruites et incendiées, c'est encore Alexandre, Cet Aléxandre-le -Grand donnant tout en partant , pour vaincre Darius, en ne se réservant

« Que respérance.^>

Assassin de Clitus et de Ménandre , et pour repentir, ne comprenant que Tidée du suicide, cet insolent affront, ce vol fait à celui qui seul crée la vie, et qui doit seul disposer de la mort!...

ccxxxn.

Cet homme, qui ne s'était réservé que l'espérance , et qui , en mourant , léguait l'empire

« au plus digne, «

cet homme, ivre (1)» donnait pour fête à une courtisane,

« le spectacle de Persépolis incendiée.»

Et dans Tordre de nos idées^ quelle difiérence morale y avait-il entre le corsaire qu'interpella Alexandre, et Alexandre luimême?

ccxxxin.

Cest que le sentiment et l'idée d'un Dieu vengeur et rénumérateur étaient absente, aussi bien du cœur du monarque que du cœur du corsaire, et que l'âme, veuve de ce ressort puissant, allait égarée aux hasards des passions de ce corsaire et de cet Empereur.

« AU is in God.

« Deyden. »

(1) Ivreeiifrognev

Quel sublime génie qu'Annibal! quelle conception large et hardie! quelle ténacité, quelle force dans Feiécutionl

Les Alpes, Trasimène, Trébia, Cannes!

Et quelle hyène que cet atroce enfant de Tatroce Carthage I La Sicile a voilé sa gloire d'un crêpe

CCÎXXVI.

it Le plus beau traité de paix dont This-

— 2<tt —

« toire ait parlé, est, je crois, celui que « (jélon fit avec les Carthaginois. 11 voulut < qu'ils abolissent la coutume d'immoler leurs u enfants.

c( Montesquieu. »

Et rhistoire des grands criminels démontre que si l'idée morale eût dominé en eux, ils eussent fait pour le bien ce qu'ils ont fait pour le mal.

CCXXXVIL

Pharsale , Munda , la Gaule vaincue y les gloires de la tribune et des lettres, el la personnificalion de la corruption romaine , c'est César!

CCXÎXVIII.

Que la mère dise à l'enfaot que le duel est

on crime ; que le précepteur le lui répète ; que la loi, mais une loi large, grande, profonde, sentie , comme Moïse seul savait les faire, crie très haut à tous :

<( Le duel est un crime ! »

et le duel restera crime.

II ne manque au duel pour qu'il puisse être sans crime, que la suppression de Dieu du mi- ' lieu de son univers, la suppression de la religion , de la philosophie, de la raison et de la conscience humaine.

Il n'y a pas de transaction possible.

Optons I

Nous le répéterons cent fois.

CGXXXIX.

Y a-tr-il un appel possible contre les lois

de la divinité. G)HtuiDes (1) barbares, mœars atroces y préjagés stupides , pourrez-vous jamais crier plus haut que la voix de Dieu!

Vivant dans un milieu organisé comme celui de nos sociétés, il est presque impossible à l'homme de ne pas errer. Les flots de l'Océan emportent le grain de sable. Mais de l'erreur, où tout est remédiable à l'irrémédiable, il y a un abîme; et la mort donnée à un homme est irrémédiable. Halte donc! devant l'irrémédiable , pjgmées révoltés que nous sommes ^ tous.

(I) « Il est une loi non écrite, mais née, que nous n'aTons tf pas apprise, reçue, lue, mais que nous avons tirée de la « nature elle-même , que nous y avons puisée, que nous en « avons exprimée , qu'on ne nous a point enseignée , mais « pour laquelle nous n'avons pas été faits; qui n'est pas le ic résultat de l'éducation, mais qui est comme empreinte dans c tout notre être. » CicfeoR.

— ao5 —

Quelle félicité taroayer à répandre da sang I Carrel, ce noble cœar^ étant blessé à mort par son adversaire qui était blessé lui-même, souhaitait que cet adversaire ne souffirlt pas plus que lui. Il n*y a dans le duel que ce rongement d'esprit dont parle Salomon^ barbarie et irrationalité. L'adversaire étant abattu^ on lui tend la main. D est convenable, s'il est blessé, de le visiter ou d'y envoyer les témoins, et de lui procurer tous les soins et tous les secours nécessaires. Mais en vérité la folie elle- * même serait moins folie ; et si Ton nous prouvait que le duel n'est pas un crime, nous ne savons pas comment on nous prouverait que ce n'est pas une démence, mais une démence différente de celle du crime : la démence de la raison, pour cette fois.

Nous YOudricMis une clameur terrible et

— 20« — profonde contre Topinion qai applaodit au mal. L'erreur de Findividu est combattue par la censure de la généralité, mais celle de la généralité semble emprunter force de loi à l'assentiment universel. Et qu'advient-il quand Topinion générale impose à l'individu jusqu'à des décrets sanglants I

L'action de l'homme sur l'homme a dépeuplé l'univers; les deux tiers du monde ont été égorgés. Le monde est un désert (!)• L'Eu-

(1) Chapitre IX. Dépopulation de Cunivers.

(1 Toutes ces petites républiques furent englouties dans une « grande, et Ton vit insensiblement Tunivers se dépeupler. Il • n'y a qu'à voir ce qu'étaient iltalie et la Grèce avant et aprAs « les victoires des Romains.

« On me demandera , dit Tite-Live , où les Voisques ont pu (t trouver assez de soldats pour faire la guerre après avoir été u si souvent vaincus? Il fallait qu*il y ait un peuple infini dans « ces contrées, qui ne seraient aujourd'hui qu'un désert sans ti quelques soldats et quelques esclaves romains. Le« oracles

Goo^q:

rope entière serait bien loin de peupler une partie du Nouveau-Monde. La France, Tltalie, l'Espagne et le Portugaj ne pleureraient pas le Brésil. L'Espagne n'a pas la moitié de sa population, et les deux tiers de la terre sont jachères en France. Et comme si ce n'était pas assez des malédictions de la guerre^ de l'échafaud et du suicide, il faut encore la malédiction du duel.

a ont cessé, dit Plutarque, parce que les lieux où ils parlaient « sont détruits. A peine trouverait-on aujourd'hui dans la « Grèce trois mille hommes de guerre. Je ne décrirai point,

• dit Strabon, l'Épire et les lieux cîrcon voisins, parce que ces « pays sont entièrement déserts. Cette dépopulation , qui a a commencé depuis longtemps, continue tous les jours, de « sorte que les soldats romains ont leur camp dans les mai- « sons abandonnées. Il trouve la cause de ceci dans Polybe, « qui dit que Paul Emile, après sa victoire, détruisit soixante a dix villes de TÉpire et emmené cent cinquante mille es-

• daves. » Montesquieu.

Dans une seule semaine, sous Vespasien, dix mille Israélites entrèrent par la porte de la vie et sortirent par la porte de la mort dans ce charnier qui a bu plus de sang humain qu*il n'en a coulésur mille champs de bataille, le Col jsée ! Chaque pierre de celte vaste enceinte maudite pourrait redire un gémissement, une douleur et une malédiction !

(Noie de l'auieur.)

GCXLm.

Après la déYoration romaine, qui se dévora elle-même, vint la dévoratioD des Barbares, puis celle des Tatars et des Tartares, et puis celle des Arabes et des Sarrazins - rhumauité ne s'en est pas relevée. Les idées d'Aristote et de Malthus sont des monstruosités. Si l'on avait fait pour l'agriculture ce qu'on a fait pour la guerre, on aurait pour deui ans de réserve dans les greniers d'abondance.

CCXJLIV.

^ Mais il y a deux choses dont on n'a pas eu « le souci (1) : la morale et l'agriculture. »

(1) « On n'apprend pas aux hommes à ôtre honnêtes gens*

« et on leur apprend tout le reste, etcependant ils ne se piquent

« de rien tant que cela ; ainsi, ils ne se piquent de savoir que

« la seule chose quMls n'apprennent pas. »

Pascal.

Voici une bien sombre et bien véridique épopée.

a C'est effrayant que l'histoire du monde ; « c'est éternellement la mer qui monte en c mugissant, et la mer qui se retire colère et « irritée.

Mi.

« Toujours les mêmes causes et toujours les

« mêmes effets. La bataille quotidienne de

c( I individu contre l'individu, et la bataille des

G peuples complétant les déchirements de la

« vie humaine.

Q^oo^z

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