ACTE II, SCÈNE IV
LA DUCHESSE
Je croyais que cela me donnait de la force! Insensée! Cela m'en retirait! Et maintenant, plus de mensonge! Plutôt que de passer à vos yeux pour une Célimène dévote, je préfère me montrer telle que je
5 suis. Tant pis si je me fais du tort! Eh bien, oui, sous ma fierté, je suis faible, tendre, incertaine, ballottée parj Forage de Tamour terrestre à Tamour divin. Ils me prennent, me reprennent. . . . Aucun ne me garde.; Mon cœur est l'éternel champ de bataille oîi, saccagée!
10 par eux deux, je suis toujours vaincue ... et je ne | cesse pas de souffrir.
LE DOCTEUR
y Et c'est pour éviter la souffrance que vous souffrez / dix fois plus! •
LA DUCHESSE
Je vous parais indéchiffrable, odieuse? Oh! plaignez- 15 moi! Je ne m'explique pas moi-même! Quand je suis avec vous, que je ne veux pas aimer, que je n'aime pas ...
LE DOCTEUR
Eh bien?
LA DUCHESSE
. . . par quelle magie de vos regards . . . quel 20 sortilège de vos paroles? Voilà qu'aussitôt, j'oublie
çS LE DUEL
tout! et je goûte un alanguissement profond . . . pareil à ces félicités meurtrières qu^éprouve mon mari dans l'ivresse de la morphine. Et alors, je glisse, je promets, je consens. . . .
LE DOCTEUR
Comme hier!
LA DUCHESSE
Mais vous n'avez pas plutôt disparu de mes sens que ma vertu s'émeut, mon honneur se réveille! Je cours chez le prêtre. Il le faut! J'y suis projetée par ces forces mêmes qui, devant vous, me paralysent!
LE DOCTEUR
Et une fois là? lo
LA DUCHESSE
C'est la lumière. Elle m'inonde. Je ne suis plus femme. Les désirs qui m'étreignaient se relâchent et tombent comme des serpents morts. La vérité luit, éclate. . . . Elle est partout! C'est l'air que je respire. Je vois le néant des spasmes d'un jour . . . et mon 15 cœur se rompt de joie de se retrouver pur!
LE DOCTEUR
Vous ne dites pas la suite? Le lendemain, vous me recherchez! Je vous reprends! Et c'est le dernier qui parle qui a raison.