ACTE PREMIER
jetterais dans le cachot de mon cœur, je l'y laisserais crier, demander grâce, périr de faim, de soif, et rien, rien, vous entendez?... ne révélerait au dehors qu'il se tord et meurt dans Vin pace. Celui que j'aimerais, fût-il là, devant moi, ne s'en apercevrait pas.
LE DOCTEUR
Vous croyez?... Même, si lui aussi vous aimait?... et vous l'avait caché?...
LA DUCHESSE
Surtout si cela était !
En voilà un qui souffrirait !
LA DUCHESSE
Tant pis pour lui ! Vous intéresse-t-il ?
LE DOCTEUR
Assez pour en être un peu jaloux.
LA DUCHESSE
Oh ! Vous ! l'admirable ami que vous
êtes ! Vous auriez bien tort ! Vous avez mieux !
LE DOCTEUR
Vraiment? vous êtes persuadée, madame, que je suis votre ami dévoué ?
LA DUCHESSE
Loyal et désintéressé! Oui. C'est votre faute. Il ne fallait pas tant me le prouver. Avec vous, je me sens en confiance et... n'en soyez pas trop vain? vous êtes le seul, d'abord, dont je puisse le dire et à qui je n'aie pas peur de le dire. Mais je vous ai assez parlé de moi... Parlez-moi de vous ! . . . Votre passé ?
LE DOCTEUR
Il est un peu cousin du vôtre. Moi, mes parents m'ont élevé, mais sans savoir quel j'étais. Les murs du collège ont été le seul horizon de ma studieuse jeunesse. J'ai eu beaucoup de prix. J'étais très pieux alors, oui, et même mystique.