‹ Le duel, pièce en trois actes (volume 4)Chapitre 80 sur 118 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

qui, précisément, se trouve, entre tous, le mieux placé pour l'arracher à l'homme qui la convoite... Son propre frère... moi!

Nous nous étions perdus de vue depuis dix ans ! Elle, toi et moi, tout nous tenait éloignés, à d'infranchissables distances :

condition, fortune, milieux sociaux... nous devions mourir sans jamais nous rencontrer!... Mais Dieu dirige, et alors tout nous rapproche, tout se précipite ! et nous voilà serrés ensemble dans cet étau !... Eh bien, penses-en ce que tu voudras ? Moi je dis que cela est lumineux... que cela parle!... et j'en reste frappé de joie !...

Tu te frappes de peu ! Mais tu prêches très bien et tu es mûr pour Notre-Dame !

Seulement ce n'est pas moi, mon pauvre petit, qui m'illusionne... c'est toi !

L'ABBÉ

En quoi ?

ISO LE DUEL

LE DOCTEUR

Tu planes dans les hauteurs du spirituel et tu n'as que l'âme à la bouche !...

Tu te fatigues à me donner de ta conduite de belles raisons détachées et divines?...

Tu ne dis pas les vraies !

L'ABBÉ

Lesquelles ?

LE DOCTEUR

A l'ardeur avec laquelle tu défends trop bien ta pénitente, à l'espèce d'âpreté jalouse qui saigne à travers ta plainte... à ta colère, à ton geste, à ta voix... il est aisé de sentir le tressaillement d'une passion!

L'ABBÉ

Qu'est-ce que tu veux dire ?

LE DOCTEUR

Que la cause de la créature t'est aussi chère que celle du Créateur !

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