‹ Le duel, pièce en trois actes (volume 4)Chapitre 91 sur 118 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

LA DUCHESSE

Je faillis tomber, mourir devant lui de révolte et de honte! Et puis, dans mon âme, l'ivraie des insinuations scélérates a sourdement levé ! Bien que je sache, à en être certaine, que le docteur a menti, je frissonne à la seule idée qu'il aurait pu dire vrai. Et s'il avait, par hasard, prévu, devancé l'avenir ? Si j'étais sur le point de rouler dans ce gouiFre ? Ah ! alors, ma raison chancelle et me quitte, j'ai peur de tout, des hommes et du ciel, et ma pensée n'arrive pas à se détacher de ce prêtre, noble et pur, que je n'ai pas osé revoir.

L'ÉVÊQUE

Vous n'aimez donc plus M. Morey ?

LA DUCHESSE

Si. Mais il n'est plus seul, comprenez* vous? lia un frère. Dissemblables en tout, ils se ressemblent. Leurs deux voix se mêlent, exprès pour m 'égarer. La nuit, elles

retentissent et, dans les ténèbres, je les confonds!... C'est celui qui m'aime, l'athée, qui me relève, m'absout... et c'est l'autre qui m'implore avec des mots d'ivresse...

L'ÊVÊQUB

N'écoutez pas.

LA DUCHESSE

J'entends.

L'ÊVÊQUB

Cherchez un refuge.

LA DUCHESSE

Dans la chambre de mon mari, peutêtre... cette chambre où, sous l'œil interrogateur des portraits de chanceliers, de légats et de maréchaux, leur dernier descendant, une seringue de morphine à la main, parmi des draps tachés de sang, délire à la lueur d'une lampe ? Ignominie !

Je rentre chez moi, je sanglote, je mords ces mains déchues qui ne savent plus se

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