ACTE m, SCÈNE IV
l'êvêquê
Pauvre enfant!
l'abbé
Mais pas comme vous poiirriez le penser. Dans mon attachement à cette créature d'élite, il n'entre, je vous le jure, aucun désir coupable.
l'évêque 5 Jusqu'à présent?
l'abbé
Non. Malgré les basses tentations que je réprouve, si j'aime trop quelque chose en elle, c'est son âme, fière et troublée, qui grandit et monte dans l'abattement. C'est elle seule, je vous le jure, que je réclame, que je
10 voudrais au moins garder parce qu'elle est im peu mon œuvre, l'enfant de ma sévérité, de mon absolution, le trésor de sacrifice et de repentir que j'enrichissais! Moi seul, id-bas, je sais ce qu'elle vaut, j'en connais les secrets, les chutes, les relèvements, les beautés splen-
15 dides et cachées, et je dis que personne ne la mérite! Donc, il ne la mérite pas.
l'évêque Pourquoi?
l'abbé Parce qu'il la perdra!
l'êvêque A moins qu'elle ne le convertisse!
l'abbé Il sera le plus fort.
l'êvêque
Elle, la plus patiente. En attendant, vous, il faut rester prêtre.
l'abbê Je n'ai plus l'esprit. Alors, à quoi bon la soutane? s
l'êvêque
Elle est votre seule sauvegarde. Si vous avez le malheur de la quitter, vous en serez inconsolable! Et puis, vous ne voyez pas clair en vous-même. Vous et votre pénitente, vous êtes les prisonniers, les forçats du scrupule! Il vous affole au point de vous avoir per- 10 suadés que vous êtes coupables d'une faute impossible et que vous ne commettrez jamais. Je connais cela, j'y aï passé. Vous vous accusez des pires hontes et vous n'avez pas la plus légère faiblesse à vous reprocher.
l'abbé Si. Moi, plus d'une! 15
l'êvêque
Allons donc! Vos deux consciences n'ont jamais été si belles qu'à la minute où vous m'étalez leur prétendue