‹ Le duel: ses lois, ses règles, son histoireChapitre 17 sur 29 · DUEL AU PISTOLET · texte numérisé non relu

DUEL AU PISTOLET

C'est le genre de combat le plus en usage en France, depuis que l'art de l'escrime n'est plus que le passe-temps des races privilégiées I

Cependant il n'en est pas dont on se soit moins occupé et que Ton connaisse moins.

Tous les écrivains qui ont parlé du duel,

— au point de vue spécial qui nous intéresse,

— ont élevé un piédestal à Tépée et fustigé le pistolet de la belle façon, sans consentir à lui faire les honneurs d'une simple analyse.

L'un d'eux, un historien studieux et un zélé défenseur de l'escrime, en parle ainsi :

« Dans le duel au pistolet, le courage est de luxe, un instant de respect humain, une détermination passive, voilà tout ce qui est nécessaire.

» Restez-là, fermez les yeux si vous voulez

devant l'explosion, pressez la détente et Thonneur est satisfait. Vous aviez une effroyable peur, et le hasard peut-être dirige votre balle dans les entrailles du brave adversaire qui succombe sous la main d'un poltron. Cependant, il y a des amateurs exercés, pour qui un duel au pistolet est un infâme jeu à coup sûr; ils vous arrêtent tout court un homme à cinquante pas, et presque sans voir, lui logent à volonté, une balle dans l'œil gauche ou dans l'œil droit. L'habitude de l'escrime n'a jamais donné une aussi terrible supériorité; elle ne supprime pas le danger d'un côté, elle vient en aide au courage; mais sans paralyser celui de l'adversaire. »

Le baron de Bazancourt a dit : « Le duel au pistolet est une monstruosité, il ne demande ni énergie ni courage. »

Grisier le stigmatise crime, assassinat.

Voilà maintenant le langage d'un homme du monde, parlant sans préférence : «Toutes ces batailles à coup^ de pistolet ne valent rien : ou l'on se fait trop de mal, ou Ton s'en fait trop peu. Celui qui sait bien tirer a. trop d'à-

vantages. Si Tun et l'autre ne le savent point, cela devient un jeu d'enfant; et la politesse de tirer son coup en Tair, dès qu'on est manqué, est si connue, qiie la politesse de manquer est devenue habitude. »

Toutes ces tirades partent évidemment d'un sentiment louable, celui de discréditer un genre de combat peu compatible avec nos traditions et nos habitudes. Mais elles ont le tort, ne pouvant rien empêcher, de fausser les idées.

En effet, si le duel au pistolet est anti national dans son essence, dans la pratique il a conquis une place importante, fait chaque jour de nouveaux prosélytes, et à ce titre il mérite d'arrêter notre attention.

Il est inexact, dirons-nous d'abord, en réponse aux écrivains que nous venons de citer, qu'il ne soit nécessaire d'aucun courage pour aflronter les péripéties d'un duel au pistolet. Nous soutenons, au contraire, qu'il en faut beaucoup plus que pour le duel à Fépée.

Dans le duel à Tépée, l'émotion ne peut être que passagère, parce qu'il y a « la stri-

dente musique du fer frôlant le fer » qui grise beaucoup plus que l'odeur de la poudre dans la mêlée; il y a la menace qui jaillit, comme le reflet de deux glaces, de ces deux visages ennemis qui se déOent; il y a Tentralnement, les mouvements gymnastiques : tout cela suffît pour faire, neuf fois sur dix, d'un poltron au début un brave dans l'action.

Tandis qu'au pistolet, les apprêts sont lents, solennels, silencieux, terrifiants. Là, aucun entraînement, c'est un but que l'on a en face de soi et non un visage; le courage indispensable est le courage à froid, — le plus.rare; c'est la bête qu'il faut mater.

Et si cependant, dans le duel à l'épée, l'appréhension persiste, le trembleur n'en est souvent que plus dangereux parce qu'il est plus circonspect.

Quand un combattant a armé son pistolet, il ne doit plus y avoir chez lui la plus infinitésimale partie d'émotion; car rien d'aussi délicat qu'une détente de pistolet; il suffit delà moindre saccade du doigt pour faire dévier la balle et vous livrer à merci.

Le duel au pistolet est celui qui doit être entouré de plus de garanties, et Ton ne saurait trop insister sur certaines prescriptions trop méconnues.

Au point de vue technique d'abord.

La position du tireur au pistolet doit toujours être parfaitement équilibrée : pour ce, l'index, agent principal de la volonté, a besoin d'être engagé jusqu'au milieu de la deuxième phalange, afin de se mettre en rapport avec la délente, en évitant tout à coup, et de la sentir plus ou moins selon son degré de sensibilité.

Une erreur très-commune, est celle qui prête à certains tireurs au pistolet, les exploits les plus mirifiques. Que quelqu'un ait été aperçu dans un tir de banlieue faisant «sauter la renommée » et immédiatement s'élèvent des spectateurs enthousiasmés qui vont partout colportant le récit merveilleux, Tagrémentant etTamplifiant.

Le vrai tireur au pistolet est rare. Je parle de qelui qui peut répondre de son adresse, soit sur le terrain, soit devant un carton de tir, — ce véritable critérium de Thabileté.Les

autres sont des acrobates et font acte d'acrobatie. Leurs prouesses abracadabrantes ne sont que le résultat de trucs qu'il nous serait facile de dévoiler. En voici un par exemple : il s'agit de l'exploit le plus en renom ; jeter une pièce de monnaie en Tair et la toucher d'une balle. Eh bien! après huit jours d'exercice, le premier venu pourra conquérir ce titre à Tadmiration de la postérité; il n'y a, tout simplement qu'à lâcher le coup au moment où la pièce retombe sur le bout du canon, c'est-à-dire, se rappeler comment Ton jouait au bilboquet étant au collège.

Une preuve que toutes les fois qu'il s'agit d'un objet mobile, il faut compter non avec son adresse, mais bien avec le savoir-faire, c'est que dans les tirs sérieux, comme chez Gastinne, par exemple, nous ayons vu pratiquer, entre temps, le tir des assiettes, qui consiste à lancer une assiette et à l'atteindre. Le vainqueur, est toujours celui qui ne tire pas au moment ou Tassiette roule, mais bien quand elle commence son mouvement circulaire.

On ne tue que par exception des oiseaux au vol avec un pistolet. Cela est arrivé une fois, à notre connaissance, à M. Henri Cartier; mais, ce leader parisien du tir au commandement ne put. jamais recommencer.

Pour la gouverne des incrédules, voici <l'ailleurs la progression du véritable tireur au pistolet : débuter par le tir des poupées en plâtre, passer ensuite aux œufs, à la mouche ; ^t lorsque Ton est sûr de soi, — mais alors seulement, — tirer au carton et de temps à autre au mannequin, destiné à iamiliariser le tireur avec la structure humaine.

L'excellent comte d'Houdelot, dont tous les chasseurs et les tireurs ont conservé le meilleur souvenir, racontait souvent un fait qui prouve ce qull faut penser des tireurs fantaisistes. Et il était compétent, passant à juste titre pour l'émule de Th. de Varaigne, — le champion imbattable au tir au visé.

a C^était au Havre, disait-il, je tirais au milieu d'un cercle de curieux émerveillés, lorsque je fus interpellé par un officier, que je sus

depuis être M. Garant, lieutenant-adjudant de place.

» Cet officier me paria cinq cents francs, qu'il ferait plus fort que moi.

» J'acceptai, il prit une pièce de cinqfrancs, se mit en équilibre sur une seule jambe, ôta son soulier, plaça la pièce sur le bout de son orteil, saisit mon pistolet et avant que j'eusse le temps de lui faire la moindre observation, le coup était parti, la pièce enlevée 1 Je m'avouai vaincu; car je ne me sentais guère en goût de tenter l'aventure.

» Quelques années plus tard, je rencontrai cet étrange viseur.

» — Eh bien, lui dis-je, faites-vous toujours le coup de Torteil ?

» — Non, me répondit-il. Un jour mon pistolet à fait long feu et... vous devinez le reste. J'ai renoncé au tira cloche-pied, mais en revanche, j'ai inventé un autre exercice.

)) — Je devine, interrompit d'Houdelot, vous débouchez des bouteilles, vous tirez des globules de verre, qu'un jet d'eau met en mouvement... vous mariez des ,balles, etc.

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» — Vous n'y êtes pas, reprit l'officier. Je place une pièce de cinq francs entre le pouce et rindex de la main gauche, comme ceci, (parlant ainsi il avait saisi un pistolet), j'allonge le bras de toute la longueur comme

ceia, eXaaa

» Une détonation m'annonça que la pièce était enlevée.

» — Malheureux! m'écriai-je, vous enverrez votre pouce rejoindre votre orteil. »

Toutes les prouesses des fantaisistes au pistolet sont là.

Le duel au pistolet a besoin par sa nature, d'être réglementé avec le plus grand soin. Un oubli, un légère faute, un rien peut amener un assassinat. Quelle terrible responsabilité pour les témoins !

On a dit et répété bien des fois que ce n'était pas ,les pistolets qui tiraient, mais bien les témoins. Ce n'est malheureusement que trop vrai.

Le témoin cependant est ûls de famille et compte parmi ses ancêtres des têtes couronnées. Charles VI et Charles VIII consen-

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tirent à être témoins de duels ; François I" assista à Moulins à celui de Cersay et de Viguier, Charles IX à celui de Luynes et Passier, Henri II et toute sa cour en 1547 à celui eu de la Châtaigneraye fut tué par Guy de Chabot plus connu sous le nom de Jarnac.

C'est le cas de dire qu'ascendance oblige.

Bien peu de témoins sont persuadés de importance de leur mission. Combien, lorsqu'ils ont accepté leur mandat, ne connaissent pas les simples préliminaires d'un duel, ignorent que, après s'être entendus avecle champion qu'ils assistent, aûn de ne laisser échapper aucune chance qui lui soit favorable, il leur faut se réunir, faire tous leurs efforts pour arranger l'affaire si elle est arrangeable, discuter entre eux les armes, les distances, fixer l'heure du rendez-vous, etc.

Nous ne reconnaissons au duel au pistolet que deux sortes de combats sérieux : celui au visé et celui au commandement.

Bans l'un comme dans rautre,il est certaines règles d'honneur qu'il importe d'observer.

Une fois arrivés sur le terrain, parexemple, les témoins doivent déterminer les places des combattants, qui sont après tirées au sort. On procède ensuite à l'ouverture des boîtes, apportées cachetées comme une lettre chargée. L'insulté doit pouvoir se servir do ses armes, à charge d'en donner une à son adversaire qui peut, soit l'accepter, soit préférer se servir des siennes propres.

Nous sommes d'avis que Ton doit laisser aux combattants, quoique cela ne se passe pas ainsi, la libre disposition de leurs armes, à la condition, toutefois, que ce soit des armes conventionnelles.

Au pistolet, le calibre d'une arme de tir, la seule que Ton doive tolérer, est généralement le même ; en tous cas , Ja grosseur des balles ne peut varier que dans de très-minimes proportions.

Le tireur habile, s'il est en possession d'une arme connue et qu'il ne veuille pas aller jusqu'à mort d'homme, pourra blesser son adversaire au défaut de l'épaule, à la cuisse, tandis que s'il a un pistolet dent le

pointage est défectueux, il frappera la poitrine en visant les jambes, ou la tête en visant répaule ou le bras.

Autre observation qui a bien son importance en raison de ce qui se passe journellement dans les duels de ce genre. C'est un témoin qui est désigné pour charger les armes sur le terrain, en présence de tous. Eh bien, rien n'est difficile, n'est délicat comme de charger un pistolet de tir, c'est pourquoi, une fois sur trois, un des deux pistolets rate ; qu'il s'agisse d'un duel au commandement, vous avez laissé commettre un meurtre puisque les chances n'étaient plus égales.

Il est de beaucoup préférable que les pistolets soient réglés, chargés, par l'arquebusier qui les a vendus, en présence des témoins. Là et là seulement on peut être sûr que l'arme est chargée convenablement. Que l'on songe que dans le chargement d'un pistolet de tir, il suffit d'un coup de baguette donné en trop sur une balle pour lui faire perdre de sa forme sphérique ; qu'une capsule mal

assm'ettie ne s'enflammant que peu ou point, occasionne un long feu ou un raté.

L'arquebusier lui-môme est tellement conyaincu de ce fait, qu'il fait grand cas et conserve longtemps à son service les bons chargeurs.

Dans le duel au pistolet, les témoins se placent tous du môme côté.

Si l'affaire est de première gravité, choisissez le visé ; les chances sont moins aléatoires. Dans l'autre cas, battez-vous au commandement.

En tant que distance, nous voulons pour tout duel au pistolet, soit au Aisé, soit au commandement, que les adversaires soient placés à vingt-cijfiq pas l'un de l'autre.

Au VISE. —Une fois en place, le témoin que le sort a désigné dit à celui que le sort a favorisé : Tirez! Et celui-ci tire, en évitant avec un soin scrupuleux, de ne pas essayer la détente et de ne pas viser un temps anormal — ce qui serait lâche et barbare et nécessiterait rintervention des témoins.

Tout coup raté compte pour tiré ; c'est

pourquoi tout à l'heure nous insistions tant sur le bon chargement des armes. Après chaque balle échangea sans résultat, on rapproche;les distances.

Le duel au visé en marchant^ suppose deux adversaires placés à trente pas environ, auxquels est accordé le droit d'avancer Tun sur l'autre d'un nombre de pas fixé à l'avance»

Dans ce cas, l'homme de sang-froid, qui attend son adversaire sur sa marche, aura un avantage mathématique.

Au coMMANDBMBNT. — Lo témoûot désigné doit s'avancer entre les combattants et bien leur spécifier les conventions du duel et il ajoute : MessteurSy souvenez-vom que Phonnear exige que chacun de vous, ait tiré au troisième coup frappé.

Le duel au commandement se pratique de deux façon.

Ou, à l'indication : a Êtes-vous prêt ? Feu I un l deux I trois l qui est celle en usage dans les tirs ; ou mieux, pour dérouter les grands tireurs, par trois coups frappés.

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Au premier coup frappé, les combattants — qui tant au tisé qu'au commandement tiennent U plus généralement le canon baissé vfrs la terre en attendant le signal *— doivent lever l'arme ; entre le second et jusqu'au troisième, viser et tirer.

Si Tun des deux combattants a tiré après le troisième coup, il a forfait à l'honneur. Ce que voyant, les témoins doivent se jeter sur lui, l'empêcher de tirer à leurs risques et périls sans la moindre hésitation; car il importe qu'ils ne laissent pas se perpétrer une lAcbeté.

Tels sont les deux modes de combat au pistolet les plus en usage.

Nous allions oublier le duel à mort, impitoyable, sans merci, exigeant la disparition de Tun ou l'autre des adversaires — il répugne tant !

Celui-ci se liquide à cinq pas, une seule arme chargée.

Je ne parle pas des duels imaginés par de piètres farceurs avides de réclames, se battant avec des armes anodines, bouchons de

liège, etc.. Le nombre de ces héros de baudruche est plus grand qu'on ne saurait Le supposer. Certains armuriers que je pourrais citer en savent quelque chose...

Ce qui m'étonne, en pareil cas, c'est qu'il y ait des témoins — gens soi-disant sérieux — qui se prêtent à de pareilles pasquinadesl

Vous avez aussi le duelliste d'occasion, arrivant sur le terrain avec un parapluie comme Sainte-Beuve et des pistolets antidiluviens. Rien ne part... et les témoins se hâtent de déclarer Thonneur satisfait... à la grande joie des champions.

Il y a encore Thomme d'esprit, qui sait qu'il ne doit pas se battre dans telle circonstance et qui esquive une rencontre par une heureuse boutade; témoin cette anecdote empruntée au troisième volume de V Année théât7'ale de Georges Duval.

a Un jour — par quelle suite de circonstances ? — Augier adresse un cartel à Labiche. Celui-ci lui renvoie, plié en forme de lettre de faire-part, un dessin représentant

deux duellistes mutuellement pourfendus, et au bas, cette légende :

Ils se sont battus, et ik se sont fait mal,

Augier, néanmoins, insiste dans ses propositions malsaines.

Labiche cette fois lui renvoie un paysage à la plume, de sa façon :

Deux saules pleureurs, deux tombes, entourés de la même grille et soignés par le même jardinier. SurTun des monuments:

Ci-gît Labiche; sur l'autre, ci-git Augier. Et au bas du dessin :

La mort les a réunis!

Le lendemain^ les deux adversaires étaient les meilleurs amis du monde. »

Quelques duels au pistolet ont laissé dans l'histoire un sillon sanglant.

C'est d'abord celui qui coûta la vie à M. Dujarier, administrateur du journal la Presse. On retrouve encore dans la collection des journaux de 1845, les détails de cette

longue et minutieuse affaire, qui fut jugée par la Cour d'assises de Rouen :

La déposition d'Alexandre Dumas à laquelle nous avons déjà fait allusion, est surtout intéressante au point de vue pratique que nous traitons.

M. de Beauvallon, l'adversaire de Dujarier était une fine lame, renommé à la salle Grisier que fréquentait également Dumas fils.

Le père de ce dernier, quf était l'ami de Dujarier, lui conseillait néanmoins de ite pas choisir le pistolet, comme il en manifestait l'intention, pensant que lorsque M. de Beauvallon, en vrai gentilhomme qu'il était, verrait la façon primitive dont son adversaire se servirait de son épée, il ne prolongerait pas le duel, ou le rendrait inoflensif.

M. Dujarier répondit qu'au pistolet il avait une chance d'échapper, qu'à Tépée il n'en avait point.

A Berryer qui posa au témoin cette question : — Monsieur Alexandre Dumas dit que dans la journée de lundi, il avait envoyé son fils au Tir avec Dujarier pour s'exercer au

pistolet, — il fut fait cette réponse : — Mon fils m'a dit en revenant que Dujarierne savait pas tirer; sur douze ou quatorze balles, Dujarier avait touché la poupée deux fois seulement I

Gomment I est-ce possible? Voilà un homme de lettres appartenant à la presse militante, qui ne sait ni tenir une épée, ni se servird'un pistolet. Triste I triste I

On se rappelle le dénoûraent — dont nous n'avons jamais bien compris la sigrnification... M. de Beauvallon lut acquitté. Mais ce procès eut une suite. M. Arthur Bertrand, un des témoins de M. Dujarier, ûvaitdéclaré qu'avant le duel, ayant introduit son doigt dans le canon d'un des pistolets apportés par M. de Beauvallon, il l'avait retiré tout noirci.

M. d'Ecquevilley, qui avait assisté ce dernier et qui, dans sa déposition, avait affirmé que les pistolets n'avaient pas été essayés, fut traduit en cour d'assises, sous la prévention de faux témoignage et condamné à dix années de réclusion. M. de Beauvallon, appelé à son tour à déposer, fut arrêté comme faux témoin

et, comme tel, condamné à huit années de la même peine.

Quoique le duel entre M. É. de Girardin et Armand Carrel soit très-connu, nous croyons devoir, en raison de l'immense retentissement qu'il a eu et de ses tragiques conséquences, en rappeler le dénoûment.

A. Carrel avait pour témoins MM. Maurice Persatet Ambert; M. de Girardin, MM. Lautour-Mezeray et Paillard de Villeneuve. Les combattants furent placés à quarante pas, et il avait été décidé quïls pouvaient s'approcher jusqu'à une distance de vingt. Armand Carrel s'avança et tira après avoir franchi les dix pas. M. É. de Girardin, qui n'avait fait que trois ou quatre pas, avait tiré presque en môme temps. Une double détonation se fit entendre.

— Je suis touché à la cuisse! s'écria M. É. de Girardin.

— Et moi à Faine, dit Carrel.

Et il eut encore la force d'aller s'asseoir sur un tertre. — A côté de lui, fondait en larmes un de ses témoins, M. Persat. Carrel

oublia sa blessure pour le consoler. Lorsque, porté dans les bras de ses amis, il passa près du rédacteur de la Presse:

— Souffrez-vous beaucoup, monsieur de Girardin ? demanda-t-il.

Je désire que vous ne souffriez pas plus que moi.

C'est à la suite de cette affaire que M. de Girardin entreprit une nouvelle croisade contre le duel.

Mais hélas ! en dépit des éloquentes objurgations du célèbre publiciste, on continue et on continuera longtemps encore, sans doute, à <c sacrifier au monstre » .

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