‹ Le duel: ses lois, ses règles, son histoireChapitre 19 sur 29 · LB BUIL · texte numérisé non relu

LB BUIL

Dès qu'on connut celte insulte à Versailles» le conseil des ministres décida qu'il fallait laire enlever et ramener en France rim pertinent secrétaire. Mais le roi dont il était le correspondant secret, l'en prévint. Il se retira dans la Cité où sa personne devenait inviolable.

Débarrassé des affaires publiques, notre chevalier se livra tout entier à son goût prononcé pour l'escrime. Un coup de fleuret qu'il reçut dans un assaut produisit une tu** meur glanduleuse qui exigea une opération chirurgicale. Ce fut ce qui donna lieu au bruit qui commença à se répandre relativeà son sexe.

L'incertitude, dit Fougeroux, s'augmenta de l'indifférence qu'Eon affecta pour tous ces bruits et de son refus obstiné de satisfaire, par une explication catégorique, à la curiosité publique, Ahl si l'on avait pu questionner, dès celte époque, une impératrice de Russie, une reine d'Angleterre et plus tard la favorite d'un roi de France I...

Quoi qu*il en soit, il paraît que le duc d*Ai-

guillon avait cru devoir profiter de ces bruits pour défendre à Tex-diplomate de reparaître en Franche — si ce n'est en habit de femme.

On s'est épuisé en conjectures sur les motifs d'une mesure aussi singulière. Les deux principaux biographes de notre héros, M. Gaillardetet M, Louis Jourdan, — ce dernier auteur de V Hermaphrodite^ — ont défilé récheveau des hypothèses et donné à penser que la politique avait intérêt à cela. De son côté, d'Éon chercha à faire croire que c'était pour mettre à couvert l'honneur du comte de Guerchy qu'il avait si gravement insulté.

Ce ne fut qu'après la mort de Louis XV et la disgrâce du duc d'Aiguillon que d'Éon put revenir en France. Le comte de Guerchy n'existait plus, il demanda au premier ministre, dans une curieuse requête, de redevenir ce qu'il était, un homme, et de se débarrasser de son incommode travestissement. Mais un obstacle imprévu se présenta. Le comte de Guerchy avait un fils qui voulait venger son père, sans crainte de la redoutable épée du chevalier. La tendresse maternelle s'a-

larma de rimminence du danger qu'allait courir le dernier rejeton de sa famille. La comtesse de Guerchy courut se^ jeter aux pieds du ministre pour le supplier d'empêcher cette rencontre. Celui-ci crut qu'il n'y avait pas de moyen plus sûr à prendre que de maintenir ce qu'avait ordonné son prédécesseur, et la requête du'chevalier d'Éon fut mise à néant.

Il fallut en prendre son parti et se résigner au costume féminin. Aussi bien, d'ailleurs, notre chevalière se retrouvait enchaînée aux volontés ministérielles par le brevet d'une pension de 12,000 francs, fruit delà munificence du feu roi. et qu'on pouvait lui retirer d'un coup de plume. Cette position équivoque attira à d'Éon des scènes de toute espèce. Il eut à ce sujet une violente querelle au spectacle et, pour en prévenir les •suites, on l'envoya à la citadelle de Bijon.

A la Révolution de 1789, le chevalier d'Éon retourna en Angleterre, où, au dire de Fougeroux^ il se créa d'abondantes ressources on doiitiant des leçons d'escrime.

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Il mourut à Londres à New Wilman Street n"* 2Ç, le 2\ mai 1810, âgé de 83 ans.

Saint^Georges était mort le 12 juin 1799» à r&ge de 54 ans.

Dénoncé à la Convention, il n'avait dû sa délivrance qu'au 9 thermidor. Celui qui avait mené une si brillante existence, qui inspira, à Roger de Beauvoir un de ses romans les plus attachants, mourut dans Tobscurîté et dans un état voisin de la misère.

Un préjugé contre lequel il sera toujours difficile de lutter est celui qui attribue une force invincible au «jeu dit de terrain. »

£h bienl il n'y a pas plus de jeu de terraixi qu'il y a de botte secrète, et de tireur improvisé.

Il peut y avoir l'habitude du terrain, un certain aplomb resté à la suite de nombreuses affaires desquelles on e3t sorti peu ou point endommagé. Certains combattants ont, à la vérité, pour eux l'avantage de la taille, l'allonge, ont une garde éloignée, exceptionnellement effacée, à la façon d'un duelliste

connu... qu'il est difficile de joindre dans une rencontre. C'est indéniable. Mais tout cela ne constitue des chances de succès qu'en présence d'un adversaire de force médiocre.

L'habile tireyr des assauts publics, habitué à pénétrer dans tous les jeux, du premier coup d'œil, voit clair dans celui qu'il a en face de lui. Et comme les coup portés par le tireur de tempéramment sont en dehors de toutes les règles, vingt fois sur dix, Tépée passant à faux, il sera à la merci de son adversaire, parce qu'il se sera complètement découvert.

Donc, pour nous résumer, il est utile d'apprendre à tenir une épée, afin de savoir défendre sa vie. C'est d'ailleurs un exercice hygiénique par excellence, attrayant, empoignant, qui donne de la crftnerie, du coup d'œil, de la spontanéité, et ce qui n'est pas à dédaigner à notre époque, de brillantes relations, que Ton retrouve un jour avec plaisir. Une particularité — au moins digne de remarque, — c'est que tous les tireurs en renom de Paris ont été décorés pendant le siège.

L'épée, a dit M. Legouvé, est l'arme française par excellence. Porter l'épée, tirer Tépée, sont deux mots que vous ne trouverez, dans leur singniQcation un peu crâne, que dans notre langue.

Quand on est Français, on doit choisir de préférence, le duel à l'épée pour régler un différend.

C'est le mode de duel dont nos auteurs se sont le plus sérieusement occupés. A peine s'ils ont effleuré les autres! Entre tous, le comte de Châteauvillard a donné une réglementation du duel à l'épée qui, à quelques erreurs près, telle que celle par laquelle il tolère que l'on se serve de la main non armée pour détourner un coup, peut être utilement consultée

.C'est, en encadrant quelques-uns de ses préceptes dans les nôtres, que nous établissons les règles suivantes à observer dans le duel à l'épée.

CONSEILS AUX DUELLISTES A l'ÊPEE

... Arrivés sur le terrain, les témoins ont à s'entendre sur Tendroit le plus favorable aux champions, de telle sorte que les places ne présentent au(mn avantage. Ils marquent ces deux places, qui se trouvent à une distance de deux pieds plus longue qu'il ne faut pour joindre les deux épées, les adversaires étant fendus.

On tire ensuite au sort quel est celui des adversaires qui sera placé de tel ou tel côté.

Les épées sont sorties de leur enveloppe et mesurées. Un des témoins, désigné par le sort, les croise et dit : Allez!

A ce moment, les témoins sont rangés de chaque côté des combattants, armés euxmêmes^ — qu'ils ne l'oublient pas, — d^une canne ou d'une épée.

Si un coup a porté, ils crient: « Arrêtez ! » Les adversaires rompent d'un pas, — sans négliger de rester sous les armes, — afin d'être en mesure de reprendre l'attaque si la blessure est légère.

... Le combat recommence* Laissez les tireurs se dépenser à leur guise, et si l'un deux seulement est hors d'haleine, ne vous interposez pas ; pourquoi ne s'est-il pas ménagé?

Ne pas arrêter non plus dans son élan un coup que Ton croit mortel. **

Une question sujette à contestation est celle de la tenue sur le terrain. Comment doit-on se battre au sabre, au pistolet, à l'épée?

En présence de certains faits malheureux qui se sont produits depuis quelque temps, nous répondrons catégoriquement :

Dans une rencontre à l'arme blanche, sabre ou épée, soyons nus jusqu'à la ceinture — si la température n'est pas trop rigoureuse, — en simple chemise de flanelle si le thermomètre est par trop bas.

Au pistolet, il est également préférable de n'avoir qu'une simple chemise de flanelle, avec pantalon de même nuance, de façon à ce que la couleur tranchante ne vienne pas servir de point de mire à l'adversaire. Pas de chemises trop empesées !

— Mais les questions de bandages, comnae celle qui vient de se présenter à Marseille, qu'en faites-vous? nous dira-t-on.

Nous répondrons à cela : de deux choses Tune, ou vous, l'adversaire d'un homme quia le malheur d'avoir une pareille infirmité, vous avez foi dans votre habileté, alors que vous importe que la ligne basse soit sauvegardée, puisque votre fer comporte plus d'élévation; ou, ne sachant que rompre ou tendre le bras, vous perdez le seul objectif qu'il vous soit donné d^atteindre, alors les chances ne sont plus égales.

Dans ce dernier cas, demandez le pistolet.

D'ailleurs dans les questions de toilette, les témoins, qui ont à sauvegarder toutes les chances possibles à leur champion, doivent s'interroger mutuellement sur le dessous de la partie adverse et, s'il y a doute dans leur esprit, — mais dans ce cas seulement, cette enquête frisant la méfiance — ils prient les combattants de découvrir leur poitrine.

Autre détail de costume :

Se battre à l'arme blanche avec des gants qui permettent de tenir l'arme avec phis de solidité et de confiance et rendent difficile le désarmement — ce grand engouement des duellistes d'autrefois.

Dans le duel àl'cpée, les deux cas les plus communs sont ceux-ci :

Ou c'est un novicequi a pour adversaire un tireur ;

Ou ce sont deux tireurs à peu près d'égale force qui se battent. '

Dans la première hypothèse, aller trouver un maître habile, ils sont nombreux à Paris, et demander deux cachets, pas davantage, surtout ne pas donner dans la Botte secrète ; le cachet monterait alors de 25 à 50 fr. et la préparation, —ce que seul on peut espérer, — serait illusoire.

La première leçon consistera à apprendre à se placer d'aplomb sur soi-même, à obtenir une position équilibrée le plus en rapport possible avec les attitudes naturelles, à s'ef-

facer, à tenir Tépée, à tomber en garde bien assis sur les jarrets, à se couvrir surtout dans les parties basses avec son arme comme derrière un bouclier.

La seconde, initiera le novice aux seuls coups qui lui soient permis sans danger :

rompre en menaçant, rompre et tendre si* multanément Tépée. Il pourra aussi demander à faire quelques changements de ligne pour donner de la variété à son jeu et inquié* ter Tadversaire, mais le dégagement terminé, il aura soin de reprendre aussitôt sa garde.

Ceci connu, que le novice prie le Dieu des combats que son adversaire y mette la plus grande bonne volonté, et qu'il regrette de n'avoir pas fréquenté une salle d'armes I...

Quand deux tireurs en renom sont en présence, ils savent par avance ce qu'ils ont à faire pour se combattre avec avantage. En cas de doute, qu'ils aillent à leur salle respective prendre conseil. Le point capital dans un duel comme dans un assaut,c'est d^ètre édifié sur le jeu que l'on a à combattre. Cet important renseignement incombe aux témoins

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qui doivent faire part à leur champion de tout ce qu'ils ont appris à ce sujet,

Qu'ajouterons nous ? Un mot seulement.

Sur le terrain, c'est affaire d'inspiration de voir s'il y a lieu d'attaquer à coups répétés l'adversaire ou s'il vaut mieux le tftter, le dévoyer de ses moyens pour le surprendre et le frapper avec plus de sécurité. Ces choseslà se lisent dans les yeux de l'adversaire et ne peuvent se préméditer. Avec un adversaire sujet à s'émouvoir le premier moyen offre des chances; avec un adversaire calme, froid, le second est préférable.

Assurément il y aurait autre chose à dire sur le duel à l'épée. Un pareil sujet avec ses controverses, ses points litigieux, ses anecdotes, comporte un plus grand développement. Mais ce que nous aurions à ajouter a été dit avant nous par les nombreux auteurs qui ont écrit sur l'escrime.

Dans le duel au sabre et le duel au pistolet, n'ayant eu à nous inspirer que de nousmêmes, nous n'avions doncpasà redouter les

redites. Dans ce dernier chapitre du duel à répée, nous nous sommes contenté de relever les points négligés par nos devanciers et ceux que de récentes affaires avaient le plus mis en lumière.

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