‹ Le duel: ses lois, ses règles, son histoireChapitre 3 sur 29 · VS · texte numérisé non relu

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Un sénateur excellent et de bonne volonté vient de présenter un projet de loi contre le duel. A coup sûr, le duel est une maladie sociale. Celui qui la fera disparaître aura mérité de la patrie, encore plus que celui quitrouve* rait un remède contre la rage et la goutte.

Malheureusement, le remède du sénateur n'est qu'un remède de bonne femme. Il ne guérira pas. Il aggravera le mal. M. Hérold a trouvé le moyen juridique d'enlever les armes aux mains de deux marionnettes qui obéiraient mécaniquement à des lois — et il n'arrêtera pas deux hommes qui obéiront aux cris de l'âme et aux frissonnements de la chair.

Son système est plus ingénu qu'ingénieux. Le président Dupin avait inventé mieux. Richelieu avait fait davantage. M. Guizot, ce monumental vieillard qui a gardé dans la tombe la

qualification de « Monsieur », avait déjà répondu du haut de la tribune à toutes ces tentatives vaines : — « La société française doit renoncer à empêcher un duel qui aura juste cause. »

C'est vrai de dire que M. Guîzot limitait singulièrement le nombre de ces justes causes. Je suis sur ce point avec lui. Le grand stoïque avait raison de dire que le duel doit être une exception des plus rares. J'estime que sans ôtre jamais autorisé^ il peut ôtre toléré pour des motifs particulièrement graves. M. Hérold condamne les combattants, les témoins, la seule provocation, le reproche fait à quelqu'un de n'avoir pas accepté un duel.

C'est certain que la menace d'une peine de cinq ans de prison fera peur à quelques duellistes. Mais dans les grands cas, ce danger ne sera qu'un excitant pour les combattants, comme le danger de l'adultère l'est pour les deux amants. En certaines espèces, plus la

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menace de la loi sera forte, plus le combat sera terrible. Yous ressemblerez à ceux qui battent des dogues aux prises, pour les se* parer. On n'ignore pas que les dogues battus s'en mordent à plus rudes dents. Cette imagelà est vraie, savez-vous !

Imaginez que le sentiment qui de tout temps a poussé l'homme à se battre en duel, appartient aux trois catégories de sentiments humains : — les divins, les sociaux, les bes* tiaux. L'homme a inventé le duel — pour en appeler à un juge divin — pour faciliter la vie sociale -^ pour assouvir des haines, éclatantes comme dans Homère ou noires comme dans Balzac. Voilà les trois branches de racines enfoncées dans le cœur humain. Plus tard, le duel a dégénéré . Il est devenu un outil d'attaque autant que de défense. Il n'a plus cru à l'intervention divine... 11 est devenu une cause de troubles. Les hommes d*État se sont émus.

Vingt fois ils ont voulu le détruire. Il a tou-

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jours résisté parce qu'il est essentiellement humain, dans le sens large du mot. Il résistera toujours, parce qu'il est dans le tempérament national. C'est une grande imprudence que d'opposer une loi à des mœurs. M. Hérold veut redresser ce vieux pli national. Ce serait aussi facile de redresser un vieux chêne. Il dit que le duel est la source de toutes les ignominies — et il veut boucher cette source avec son papier ! Il dit que c'est la honte sociale — et il veut nettoyer les écuries d'Augias avec ce cure-dents I Mais descendons dans le cœur humain. Sans crainte, si ce n'est sans prudence. Prenez la lampe. Je prends le crayon.

Quand le duel a lieu entre jeunes gens, il n'est pas si vilain qu'on le dit. A coup sûr, il est une faute, car, la plupart du temps^ il n'a pas la « juste cause » que demandait M. Guîzot. Une petite grue, blonde ou brune, qui souvent ne vaut pas le prix d'une montre, ne

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