XXIV LE DUEL
cheminée. Il était très-brave. Mais nous sen^ tions qu'il fallait vite Fenlever de là. Il avait tout dans la vie. Tout ! Sa femme, encore couchée, le fit demander. De loin, à travers les cloisons, elle nous cria: a Bonjour », en riant. C'était une enfant. Ils ne se quittaient, lui et elle, pas plus que deux chardonnerets au mois de mai. Elle ne se doutait de rien.
Mais les domestiques, inquiets, regardaient la figure de leur maître. L'aînée des petites filles était déjà levée, comme elles sont d'ordinaire, à la façon de l'aurore. Elle courait dans les chambres, comme une rouge-gorge qui saute en chantant de branche en branche.
Je la retins pendant que son père partait. Il n'osait pas l'embrasser. La petite me dit :
« Apporte-moi des bonbons où que tu vas ! »
En voyage, il riait. Mais c'était le rire de quelqu'un qu'on chatouille. Il fut superbe ;sur le terrain. Mais je me souviendrai toujours de la matinée à la maison. C'est qnrien ; vous voyez. Pas un incident. Pas un trait saillant.
Les tableaux vrais ont parfois cette surface plane. Mais combien en me lisant diront :
« Gomme c'est cela, la veille d'un duel au pistolet ! » Un duel à Tépée n'a aucune de ces émotions. Là, on sait qu'on se défendra. Il y a là une grande allure et de belles blessures que n'a pas l'autre duel, sombre et commun.
Enfin et surtout, il y a dans le duel à l'épée l'accompagnement de la stridente musique du fer frôlant le fer. Si l'aflaire à laquelle je fais allusion se présentait aujourd'hui dans la même espèce, je ferais ce que nous n'osâmes pas faire, parce que nous avions peur de l'opinion publique. Je signerais un procès-verbal déclarant qu'attendu l'exagération de l'insulte et le passé de mon. ami, il n'y a pas lieu à rencontre. Or, écoutez bien : notre responsabilité dégagerait celle de notre ami I — La plupart des duels pourraient être terminés sans combat, par les témoins. La nouvelle loi qui empêche les hommes de bonne honorabilité d'accepter le rôle de témoins, est une