LES MÊMES, VIOLETTE
MERCADET
Le voici... mon ami/.. Ahl c'est le père Violette... (A Justin.) Après onze ans de service, tu ne sais pas encore fermer les portes? Allons! va guetter Verdelin, et cause spirituellement avec lui jusqu'à ce que j'aie congédié ce pauvre diable.
JUSTIN
L'une de ses victimes! (Justin sort.)
VIOLETTE
Je suis déjà venu onze fois depuis huit jours, mon cher monsieur Mercadet, et le besoin m'a obligé de vous attendre hier dans la rue pendant trois heures en me promenant d'ici à la Bourse. J'ai
vu qu'on m'avait dit vrai, en assurant que vous étiez à la campagne.
MERCADET
Nous sommes aussi malheureux l'un que l'autre, mon pauvre père Violette : nous avons tous deux une famille...
VIOLETTE
Nous avons engagé tout ce qui peut se mettre au Mont-de-Piété...
MERCADET
C'est comme ici...
VIOLETTE
Le mal de l'un ne guérit pas le mal de l'autre... Mais vous avez encore de quoi vivre, et nous sommes sans pain ! Je ne vous ai jamais reproché ma ruine, car je crois que vous aviez l'intention de nous enrichir... et puis c'est ma faute! En voulant doubler notre petite fortune, je l'ai compromise ; ma femme et mes filles ne veulent pas comprendre, elles qui me poussaient à spéculer, elles qui me reprochaient ma timidité, que lorsqu'on risque de gagner beaucoup, c'est qu'on est exposé à perdre autant... Mais, enfin, parole ne paie pas farine, et je viens vous supplier de me donner le plus petit à-compte sur les intérêts : vous sauverez la vie à toute une famille.