‹ Le farfadet operacomique en un acteChapitre 8 sur 22 · AIR · texte numérisé non relu

AIR

Récitatif.

Personne en bas dans le moulin.

Point de bruit, point de lumière.

v J’ai grimpé la chaussée, et par un tel chemin Ici j’arrive avec mystère.

Ah ! vous me croyez mort, monseigneur le Bailli !

Nous allons voir, et me voici !

Chant piano.

On dirait que tout sommeille Au murmure du ruisseau ;

Aucun bruit à mon oreille

S ue la brise au bord de l’eau.

ais la nuit et le silence Aux amants plaisent toujours î <

Et j’ai là tendre espérance Pour mes vœux et mes amours I Gaiement.

En passant la rivière Ah I j’étais si content De revoir ma chaumière Et mon vallon charmant!

Non, non, non, non, ma belle Ne saurait me trahir !

Et de son cœur fidèle J’attends doux souvenir!

On m^a dit dans le village Que, grâce à son héritage,

Le Bailli me l’enlevait Et que Bastien l’épousait;

Mais je veux voir ma Laurette,,

Et lui dire : Sois discrète,

SGËNE III.

Je t'adore et je revien Pour rosser monsieur Bastion.

(Parcourant la scène.)

Voyons, faisons ma ronde.

A Babet j’ai fait peur Et son cri de frayeur

A-t-il donc du moulin fait partir tout le monde? Voyons, soyons prudent :

Ecoutons doucement.

(Après avoir écoulé.)

Reprise.

On dirait que tout sommeille Au murmure du ruisseau ;

Aucun bruit à mon oreille Que ta brise au bord de l’eau ;

Mais la nuit et le silence Aux amants plaisent toujours :

Et j’ai là tendre espérance .

Pour mes vœux et mes amours !

Je n’entends rien. Ils sont donc retournés passer la nuit au village. Le vieux Jacques m’a dit, cependant, qu’on faisait ici le souper des fiançailles. Il est vrai qu’il n’avait guère sa tête à mon apparition sur le rivage ; et j’avais beau lui dire que j’étais bien vivant, que je m’étais sauvé à la nage quand ma barque fut engloutie, et que l’ennemi m’avait recueilli pour m’emprisonner pendant deux ans, le bonhomme tremblait toujours et voulait me soutenir que j’étais un échappé de l’autre monde. 11 a fallu la double croix d’une pièce blanche pour lui prouver que j’étais encore bon chrétien. (Ecoulant encore.) Toujours même silence. J’ai envie de courir toute la maison, Voyons, que je me rappelle. Le moulin sous mes pieds. Ici, une porte ; des chambres ensuite, et plus loin la cuisine qui ouvre sur la campagne ; là-haut, le mauvais plancher du grenier où je montais la nuit par la poulie au foin pour aller manger les pommes de la meunière qui criait au revenant toute la semaine!... Hein?... il me semble entendre marcher... (Il ouvre la porte a droite.) Ah ! voilà de la lumière dans la cuisine.

bastien, criant de loin.

Holà! hé! Babet?

babet, criant aussi de loin de l'aulrc côté.

Qu’est-ce que tu veux, Bastien?

bastien, criant.

Savoir ce que tu deviens. Où vas-tu donc courir pour me laisser tout seul comme ça?

babet, criant.

Tu n’es donc point parti?

bastien, criant.

Eh non; il pleut à verse. Mais où es-tu donc encore une fois?

babet, criant.

Dans le grenier où je grignotte des noisettes pour passer le temps.

bastien, criant.

Dans le grenier?... Et qui est-ce donc qui vient d’ouvrir la porte de la salle où nous avons soupé ?

babet, criant.

Comment, la porte de la salle?... Il n’y a que nous dans la maison.

BASTIEN, criant .

Je ne sais pas; mais je viens d’entendre glisser la porte, et un vent coulis agite ma lumière.

babet, criant.

La peur te fait rêver.

bastien, criant.

Descends, je t’en supplie, ma petite Babet ! et allons-y voir de compagnie.

babet, criant.

Attends-moi : me voilà.

Marcelin, refermant doucement la porte.

Je retrouve, du moins, ma cousine et mon rival ; mais où sont donc allés Lauret te et le Bailli? Voyons, écoutons bien. (Il se cache derrière le tas de sacs h gauche. Musique.)

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