PAYSAGE DE BRETAGNE (PLOUMANA CA
pu trop souvent à un rébus. Il n’y eut pas de discipline suffisante pour
coordonner les différentes interprétations, dans le langage nouveau, et
les cubistes manquèrent autant de grammaire que de syntaxe. C'est ce
qui les empêche — et j'emprunte encore à M. Lhote cette très perspicace observation.—de multiplier leurs sujets et d’embrasser toute la vie : «Les cubistes, dit-il, ont borné leur effort à l’étude de la seule nature morte,
dont on connaît les sempiternels éléments: guitare, bouteille, verre,
pipe, etc. ; les motifs étaient limités à l’extrême » et il en tire la con-
clusion: que la forme a dû, comme avec l’impressionnisme, être
subordonnée finalement à la couleur et détournée de son rôle traditionnel, qui est de constituer l’architecture du tableau. M. Lhote n’en aporécie pas moins la conquête la plus importante qu'aient faite les cubistes : la composition, ce souci d'ordonnance, qui réunit tous les éléments d’un tableau non pas d’après un arrangement aussi aisé à
défaire qu’à constituer, mais avec une rigueur sans défaillances : « un
tableau cubiste est une véritable conglomération d’objets et un tout indéfaisable, dont on ne peut rien ajouter sans le détruire ».
M. Lhote n’a pas poussé plus loin son étude et n’a guère envisagé les attributions intellectuelles du cubisme, son rôle moral autant qu’esthétique. Et c’est de cette mission que nous nous rendons mieux compte maintenant aue dix années se sont écoulées depuis ses tumultueux débuts au « Salon d'Automne » et que nous avons pu suivre simultanément les courants littéraires de cette même énoaue. Ajoutons qu’il s’est débarrassé de maintes excentricités et de maintes outrances, qui sont fatales aux insurrections artistiques.
Essayons à notre tour une « rétrospective ». l’affirme en toute conscience que le cubisme a été un renouvellement nécessaire et une base puissante. Le peintre a pris connaissance nouvelle de l’objef et ne le considère plus dans sa monotone apparence linéaire ou dans son aspect décoratif ou pittoresque. Il le « cube ». il le voit en densité, dans son entièreté par conséquent. et il veut en dériver des sensations non seulement optiques mais intellectuelles autres que celles du passé. En même temps la palette du peintre a pris des colorations plus sobres, plus profondes, plus synthétiques et l'emploi des dissonnances auxquelles il a osé avoir recours, avrès les fadeurs et toutes les témérités luministes, a réagi contre la monotonie et nous a rapprochés de la vérité
‘primitive. En un mot, tous les grands problèmes nicturaux et plas-
tiaues ont été repris par lui dans le plan nouveau qu’impose la sensibilité rajeunie de notre temps. On a pu, non sans raison, le aualifier de mouvement de stvle, et lorsque dans son article des Marches du Sud-Ouest Roger Allard a maraué tout ce aui le rattache à la grande conception idéaliste et classique de Claude Poussin, nous n’avons pas
souri. Parce que nous avons compris, dès ce moment, la vérité pro-
fonde d'une constatation qui cependant paraissait bien paradoxale à fous ceux qui détestaient lé modernisme soi-disant anarchique du cubisme et son dérèglement tant honni.
C'est à ce stade du mouvement nouveau en peinture que la personnalité de l’artiste a pu jouer son rôle le nlus subjectif, malgré lobjectivité de la forme à laquelle il s’est volontairement soumis. Et c’est alors que nous découvrons en même temps l’apport intellectuel de
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ce mouvement, son modernisme intrinsèque à côté de son modernisme extrinsèque. | Car, après tant de recherches et de trouvailles, le problème de !a
rénovation de notre art se pose plus intéressant et plus passionnant :
encore, et beaucoup de connaisseurs se demandent quelle sera la phase décisive d’un courant qui a soulevé tant de curiosité et tant de discussion. Il faut d’abord préciser qu’en art pictural et plastique les évolutions doivent compter avec le temps, pour être de quelque valeur et ne pas se présenter comme de brusques sautes de sensibilité, ce qui a été trop souvent le cas avec le EG PE CSSICRRRNE ou chez les « fauves », qui suivirent M. Henri Matisse,
Par réaction contre l’impressionnisme, la tendance actuelle a été vers la sobriété, l’abstraction et la mathématisation de la sensation, tant chez les cubistes de France que chez les peintres allemands et russes qu’on a appelée expressionnistes; [a distance qui sépare Gleizes, Le Fauconnier, Marie Laurencin, de Franz Marc ou de Kandinsky n'est pas si grande qu’on le suppose chez les Béotiens.
Mais l’art actuel prendra-t-il une orientation plus abstraite ou partira-t-il de l’abstraction posée pour s'enrichir d’un cycle de nouvelles
conceptions ? C’est ce que j'espère, et je ne suis pas le seul à le sou-
haïîter. L’abstraction, passé un certain point, devient de la plastique métaphysique, et nous ne désirons pas retomber dans les anémiques fantaisies de M. Burne-Jones et de ses disciples préraphaélistes ; elle perd de sa force en perdant les moyens propres d'expression de l’art pictural. Je ne puis insister beaucoup sur ce point, mais je renvoie au grand écrivain d'art français Elie Faure, qui à curieusement étudié, dans son livre sur l’art gothique — qu’il oppose à l’art de l’Alhambra, — Ja sécheresse de cette abstraction qui n’admet plus la représentation directe et réelle des choses. Il montre très persuasivement combien
l’art essentiellement nordique des gothiques s’est haussé à une gran-.
deur et une humanité que n’a pu atteindre la sèche abstraction arabe, en admettant dans la décoration des cathédrales le principe de Îa représentation de l'animal ou de la fleur. Je puis ajouter que le fait se répète, et nous pourrons constater ce que l’art également très nordique de Le Fauconnier — et qui doit beaucoup à l’étudé que ce peintre a entréprise des cathédrales et des anciennes œuvres sculpturales — a pu produire en tant aue symboles concrets, dans certaines de ses grandes compositions comme Le songe du vagabond ou L’abondance. C’est donc à juste raison qu'on.a évoqué, à diverses reprises, le gothique à propos du cubisme: Le Fauconnier ne fut pas le seul à étudier beaucoup cette époque et je crois savoir que Braque et Derain s’y revortèrent souvent.
En plus de ses simplifications de plan et de conception, le gothique contient un fort élément de vie spirituelle qui devait attirer les peintres venus tant après le naturalisme qu'après Je symbolisme. Il est en contraste avec la calme et mesurée esthétique méditerranéenne, dont l’in-
fluence faiblit de jour en jour. I1 possède un dynamisme et une variété. tout nordiques. N'oublions point qu'il a été également une grandiose
expression de l’âme des masses, la floraison d’une collectivité. En cela son étude pouvait être suggestive pour réagir contre le mallar-