L'ABONDANCE
AT OAUIENT
PEN à ne
cations es du vaste monde. Nous retrouverons dans son œuvre
première tout ce que la Bretagne a de simple, de pathétique et d’idéologiqué, et si plus tard, dans de belles créations décoratives, comme le cycle de Dieu ie voit, qu'il intitule lui-même « compositions pour une chambre de méditations », il a pu aborder une synthèse aussi auda- cieuse — en voulant montrer les faits et gestes des hommes sous l’œil éternel de Dieu —, c’est grâce surtout à son éducation d'homme du -Nord qu'il a pu tenter ceits périlleuse entreprise. Quoique Le Fau- __ connier reste toujours peintre avant tout, d’instinct et de métier — __ car il serait mesquin de le confondre avec un quelconque décorateur mystique aux allures pédantes et aux intentions absconses, mais sans ardeur et sans puissance —, il est parvenu à donner à sa peinture une valeur d'idée, une expressivité humaine plus considérable que la plu- part de ceux de son école, qui, eux, se sont trop divertis avec l’étude hermétique des cubes et des subtilités de la quatrième dimension. Il y a mis plus de rêve et de pensée, malgré sa grande maîtrise de la forme, et c’est ce qui principalement a fait le succès de son œuvre dans des pays très intellectuels et peu enclins au platonisme des volumes et des mesures, comme la Hollande, l’Allemagne, la Russie, etc.
A vingt ans, il débarqua à Paris, et c'était en 1901. Sa famille le des-
tinait à la diplomatie et il se fit inscrire, à son corps défendant, à l'Ecole
des Sciences politiques et l’Ecole de Droit. Mais il n’avait que de vagues
inclinations pour les manuels politiques et les codes et poussé par sor
désir de peindre, il délaissa bien vite les universités pour se faire
admettre comme élève à l’atelier de Jean-Paul Laurens. C’est une iro:
nie du sort qui le fit s'égarer dans le plus académique et le plus poncif des ateliers de Paris, où il ne put trouver aucun enseignement vivant et adéquat à sa propre inspiration. Il ne fit évidemment pas long feu dans ce milieu transi et poussiéreux et quitta l’atelier mondain et officiel du peintre des mannequins historiques pour aller, de conviction juvénile,
étudier à la source de l’art, devant les toiles du Louvre, sans autre maître. Et il apprit la vie dans le remous de Paris et dans les enchantements de la campagne. |
Comme tous les jeunes de son temps, il fut séduit, au début, par l'impressionnisme, et ses premières toiles sont donc tout luministes.
Mais, dès ce moment, un certain mécontentement le tenaille et le voilà déjà qui cherche, maladroitement encore, des représentations plus synthétiques des choses. Il visite les bibliothèques, espérant trouver dans. l’art des Egyptiens et celui des primitifs, dans leurs toiles et leurs œuvres architecturales, cette sobriété et cette sévérité qu’il sait être indispensables, à un moment où il commence à se rendre compte des faiblesses, des affadissements et des mièvreries impressionnistes. C'est se souci de réagir par plus de profondeur, par une discipline plus __ tonsciente et un équilibre plus constructif contre les déliquescences de Part luministe à son déclin, qu'on a baptisé plus tard de cubisme, en somme.
is. Sa volonté de rompre avec le luminisme était nettement arrêtée, mais il ne savait pas encore quels nouveaux moyens employer. Ce fut un séjour en Bretagne qui lui révéla les voies à suivre. Son premier
départ se place en 1908, et il avait à tout prix voulu fuir Paris, pour mieux réfléchir et mieux s’isoler afin de chercher plus tenacement, dans la solitude de la fruste contrée. Certes, il n’est pas seul à s’insurger contre les formules reçues, pas seul à chercher un mode propre et une technique plus avancée ; à Paris, il a vécu en contact avec de vibrants enthousiasmes, dans une fièvre ardente, et il y a senti croître son énergie, se développer son audace, s’élargir ses vues. Mais les milieux d’avantgarde de la capitale, tout en faisant œuvre critique excellente, ne lui ont pas laissé les loisirs et la concentration intellectuelle nécessaires pour réfléchir indépendamment, pour travailler longuement et patiemment, en tâtonnant, en essayant de tous côtés. C’est en Bretagne, qu'il espère trouver le calme et la tranquillité voulus.
Le voilà à Ploumanach, le petit village de pêcheurs, inconnu encore, situé dans le nord de la vieille province et dénué de tout moyen de communications pratique avec la ville et le monde. Ignoré de tous, ce Ploumanach sera célèbre quelques années plus tard, dans le milieu des peintres modernes, et beaucoup d'œuvres de l’école cubiste y verront le jour. La nature y est extraordinaire et féerique. Terre volcanique, elle exhibe partout les violentes conflagrations des granits rigides et les pétritications anguleuses et hérissées des cavernes et des falaises, elle scintille de cristaux multicolores et de quartz et de grès métalliques, le long de la mer grise et opalisée; les masses rocheuses se dressent puissantes et massives et comme figées en des géométries monumentales. Tout dans cette contrée élémentaire parle de légende et de foi, de mythes et de drames. Et c'était bien le décor qu'instinctivement le peintre fecherchait et qui devait combler ses vœux: décor si grandiose et si sobre, avec des lignes si puissantes et si émouvantes, une coloration si discrète, si graduée et cependant si riche, avec tant de dramatisme spirituel dans son ordonnance, et tant de variété et d’ordre dans son ensemble. |
Il y trouva ce qui devait devenir le triple élément de son art: une ligne ferme et intense, une couleur simple et expressive, une signifcation évocatrice et une portée intellectuelle dans le spectacle extérieur.
Nous connaissons tous Ploumanarch, dorénavant, grâce à ses tableaux. Voici La Falaise, avec l’humble chapelle blanchie à la chaux se dressant au-dessus de l’entassement cosmique des rochers et des falaises, sous la menace des nuages appareillant comme de lourds bateaux de pêche vers la mer souverainement plate et grise. Voici encore Le Phare, tout perdu au milieu de l’eau et du ciel, la mer écumant autour des récifs, à ses pieüs, les nuages se tassant autour de son sommet. Et voici encore le grouillement des masses compactes des rochers, des pyramides et des pics, la sombre splendeur des eaux et les bavements des écumes et des mousses, en une vision antédiluvienne, telle que la terre fut sans les hommes, éternelle, puissante et sommaire.
Il fit aussi des portraits des gens de là-bas, figures de vieux marins et de jeunes matelots au visage tanné par l’eau saline, creusé par les soucis, illuminé par la foi, aux yeux profonds et à la bouche têtue, tels que sont les gens simples dans un pays dur et grave.
L'artiste travailla plus d’une année dans cet entourage, où sa nature constructive et évocatrice se plut avec ferveur, où son intelli-