DANS\GEMVAGCESIERE (LAC D'ANNECY
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à soir, La emballé d’avoir Fou tant de force cosmique et de sens dramatique dans un pays aussi sobre. Tout y est action : les rochers sont des gestes brandis; le ciel et la mer sont deux drames
qui se développent toujours. Tout se trouve dans une unité suprême, obéissant à des lois intangibles, alors que la vie se refrène et s’apaise dans un rythme très grand et profond. Le peintre étudie de plus en plus près les relations des phénomènes et des formes naturels et la marche dramatique de la vie. Il sent combien mâle est l’impression
dégagée par cette nature et par son genre d’existence; un tel paysage
n’a pas d'influence émolliente sur l’artiste qui cherche, mais le stimule
constamment, le rend plus sérieux, plus sain et plus têtu, condense
mieux ses idées et ses aspirations, intensifie sa volonté de créer selon son propre rythme le plus intérieur. Et cet endroit dut être une terre promise, si dénudé et sombre qu'il fût, pour un jeune peintre heureux d’avoir trouvé sa voie, et qui, mécontent non seulement des procédés et des moyens picturaux de l’impressionnisme voulait aussi poursuivre une inspiration nouvelle, un idéal plus moderne, et rendre un sentiment plus énergique par une plastique et un coloris plus âpres. Il jouissait et peinait en pleine nature, sa toile au vent, pour
atteindre dans son œuvre quelque chose de la densité, de la synthèse
de forme et de couleur, du dynamisme que le monde étalait à ses YEUX, dans ce village breton.
Les luministes ne s’étaient jamais préoccupés de tout cela. Maniaquement ils peignirent la lumière et encore une fois la lumière et
toujours la lumière, comme si toute la vie n'avait été que vibrations
de clarté, ondes lumineuses, reflets de soleil et jeux de petites brumes fines. Ils en arrivèrent à oublier la Vie en faveur de la Lumière. Et même perdirent-ils de vue cette humble vérité qu'il y a aussi de l’ombre à côté de la lumière et qu’il n’y a même pas de clarté possible sans cette ombre: ils ne se souvenaient plus qu'il y avait eu des peintres de l'Ombre comme ils étaient eux les peintres de la Lumière : ils ne se réclamèrent plus de Rembrandt et de Carrière. Le Fauconnier, lui, s’en souvint et se rappela les luttes de Cézanne et de Gauguin et
il vainquit la Lumière tyrannique.
Il avouera plus tard être allé trop loin dans sa réaction, comme
cela arrive toujours à ceux qui combattent une tendance haïe. Il pécha
par un renoncement presque absolu de la couleur et de ses œuvres bretonnes bannit les teintes fraîches et fines, les nuances jolies et vibrantes, les tonalités somptueuses pour peindre en gris et noirs mats, ocres et verts décolorés, osant à peine recourir aux tubes plus clairs des rouges, des bleus et des jaunes. Ces œuvres premières sont là, tron austères, trop étouffées, sacrifiant toute la volupté de la couleur
à l’intensification du sentiment et au dynamisme de la composition,
à la fermeté de la contexture et à {a construction des volumes. Elles
nous paraissent un peu ternes maintenant, trop monotonement grises
parfois. toutes en tons plats, étendus ei amortis. Je ne continue pas moins à en admirer le sentiment large et sérieux, la tragique simplicité et le caractère absolu et essentiel.
Lorsque ces paysages de rochers firent leur apparition à Paris,
ils firent sensation et provoquèrent bien des oppositions : plus de la
part des luministes, qui se sentaient directement attaqués, que de la
part des académiques; c'était le « pleinairisme » qui était battu en
brèche par ces toiles ardues, et tous les artistes purent s’en rendre compte. Le mot de « cubisme » fut vite trouvé, pour s’appliquer à ces représentations géométriques d’un monde vu en cubes et en masses, en volumes et mesures, sans recherches luministes, sans intervention
de l’impression fugace et momentanée, tout exclusivement individua-
liste. Un effort se révélait ici qui émanait de la pensée créatrice et d'un sens d'équilibre intérieur et qui osait tendre à une synthèse universelle et éternelle, vers toute la terre, vers toutes les choses, vers tous les hommes... : | |