‹ Le Faust de Christophe-MarloweChapitre 19 sur 43 · UN APPARTEMENT DANS LE PALAIS DU PAPE · texte numérisé non relu

UN APPARTEMENT DANS LE PALAIS DU PAPE

Entrent Faust et Mepbostophilis.

PAtST.

A rheure qu'il est, mon bon Mephostophilis, nous avons traversé avec délices la majestueuse ville de Trêves, environnée de toutes parts de montagnes aériennes, de murs de roche et de fossés profonds, imprenable à tout prince conquérant. Puis, ayant passé par Paris, nous avons longé les côtes de France; nous avons vu le Mein se jeter dans le Rhin, dont les bords sont couverts de nmssifs de vignes fructueuses. De là, nous avons gagné la riche Campanie, Naples, avec ses monuments superbes et splendides à voir^ ses rues droites pavées de la plus belle brique; nous avons vu le tombeau doré de Virgile qui fait à la route une ba-lafre longue d'un miU& à travers un sevA rocher pleio

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d*UQe immense, nuit. De là à Venise, à Padoue et en Orient; dans une ville, entre autres, où se dresse un temple magnifique qui menace les astres de sa flèche ambitieuse, dont tous les murs sont pavés de mosaïques et dont la voûte étonnante est taillée dans For. C'est ainsi que Faust a jusqu'ici passé son temps, mais dis-moi maintenant quelle est cette résidence? M'astu, comme je te Tai commandé tout d'abord, conduit dans les murs de Rome?

MEPHOSTOPHILIS.

Oui, mon Faust, et la preuve, c'est que c'est ici le somptueux palais du pape ; et, comme nous ne sommes pas des hôtes ordinaires, j'ai choisi pour notre usage ses appartements privés.

FAUST

J'espère que Sa Sainteté va nous offrir la bienvenue*

MEPHOSTOPHILIS.

Ce sera juste la même chose : caT nous allons user familièrement de son gibier. Mais auparavant, mon Faust, afin d'avoir un aperçu de ce que Rome contient pour charmer les yeux, sache que cette cité s'appuie sur sept collines qui en supportent las fondements; juste au milieu courent les flots du Tibre dont les

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rives sinueuses la coupent en deux parties ; sur ces bords s'appuient deux ponts majestueux qui établissent un sûr passage entre tous les côtés de Rome. Sur le pont appelé le Pont-Saint-Ange, est érigée une forteresse formidable, à ce point munie d'artillerie que sa double rangée de canons de cuivre égale le nombre des jours compris dans une année entière. Tu y verras en outre les portes et les hautes pyramides que Jules César apporta d'Afrique. . .

FAUST

Par les royaumes de l'infernale puissance, par le Styx, par FAchéron, par le lac ardent du Phlégéthon toujours brûlant (*^), je jure^qu'il me tarde de voir les monuments et les sites de cette splendide Rome. Sortons donc, dépêchons-nous.

MEPHOSTOPHILIS.

Non, demeure, mon Faust ; je suis sûr que volontiers tu verrais le pape et tu prendrais part à la fête de saint Pierre qui est célébrée aujourd'hui en grande cérémonie dans Rome et dans toute l'Italie, en l'honneur de la victoire éclatante du pape.

FAUST

Tu me plais, mon doux Mephostophilis : tandis que

122 FAUST

je suis ici sur terre, que je sois gorgé de toutes les délices qui peuvent charmer le cœur de Thomme. Mes vingt-quatre années de liberté, je veux les passer dans le plaisir et dans la volupté ; je veux, pour cela, que mon nom de Faust, tant que durera ce monde brillant, soit illustre jusqu'aux plus lointaines régions.

MEPHOSTOPHILIS.

Voila qui est bien dit, Faust. Allons I tiens-toi prés de moi et tu vas les voir venir immédiatement.

FAUST

c'est cela. Restons, mon gentil Mephostophilis ; accorde-moi ce que je vais te demander et je repartirai ensuite. Tu sais que dans l'espace de huit jours, nous avons vu la face du ciel, de la terre et de l'enfer. Nos dragons planaient si haut qu'en regardant en bas, la terre ne m'apparaissait pas plus grande que ma main. Alors nous vîmes les royaumes de l'univers, et je contemplai tout ce qui pouvait plaire ^ mes yeux. Mais, aujourd'hui, je veux être acteur dans cette parade, pour que ce pape orgueilleux connaisse l'habileté de Faust.

MEPHOSTOPHILIS.

Ainsi soit-il^ mon Faust ; restons ici d'sJ)ord pour

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voir au passage le cortège triomphal ; et tu chercheras ensuite ce que ton esprit peut t'inspirer de mieux pour déconcerter le pape par les ressources de ton art ou détruire la majesté de cette fête. Veux-tu que ces moines aient Fair de singes et fassent des grimaces à sa triple couronne ? Veux-tu battre les caboches des frères avec leurs chapelets ou flanquer d*énormes cornes sur la tête des cardinaux? Invente tou^ les tours possibles et je les exécuterai, mon Faust. Écoute 1 ils viennent ; ce jour va faire de toi Tadmiration de Rome.

Entrent les cardinaux et le» évêques, les uns portent des Grosses, les autres des châsses ; puis le pape, et Raymond, roi de Hongrie, suivi de Bruno, chargé de chaînes ; Moines et Frères en procession^ chantant.

LE PAPE

Qu'on abaisse notre marchepied.

RAYMOND

Bruno le Saxon, courbe-toi, que Sa Sainteté monte sur ton dos jusqu'à la chaire de Saint-Pierre, sur le trône pontifical.

BRUNO

Orgueilleux Lucifer, ce trône m'appartient; mais ce n'est pas devant toi que je m'agenouille, c'est devant Pierre.

LE PAPE

C'est devant moi et devant -Pierre que tu vas ramper; tu vas te prosterner devant la dignité papale. Sonnez, tompettes, car voici l'héritier de saint Pierre qui monte sur les épaules de Bruno à la chaire de saint Pierre.

On sonne une fanfare pendant que le pape monte. LE PAPE.

De même que les dieux s'approchent d'un pas caressant avant de châtier les hommes de leurs bras de fer, de même notre vengeance endormie va se lever et punir de la mort ton odieuse entreprise. Seigneurs cardinaux de France et de Padoue, rendez-vous immédiatement à notre saint Consistoire et lisez, parmi les statuts canoniques, celui que dans sa sainte réunion tenue à Trente le synode sacré a décrété contre quiconque usurpe la puissance papale sans élection et sans le véritable consentement du collège : allez, et rapportez-nous rapidement la sentence.

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