‹ Le Faust de Christophe-MarloweChapitre 27 sur 43 · UNE COUR DANS LE PALAIS DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

UNE COUR DANS LE PALAIS DE L'EMPEREUR

Entrent Martino et Frédéric par deux portes opposées.

MARTINO

Holà I hé I oflSciers, gentilshommes I rendez-vous vite dans la salle de présence pour escorter Tempereur. Bon Frédéric, veillez à ce que les chambres soient vidées immédiatement ; Sa Majesté va venir ; veillez à ce que le trône soit prêt.

FRÉDÉRIC

Mais où donc est Bruno, notre pape d'élection? Il s'est échappé de Rome jsur le dos d'une furie. Sa Grâce n'accompagnera-t-elle pas l'empereur ?

MARTINO

^ Ohl si, et avec lui viendra l'enchanteur allemand,

le savant Faust, la gloire de Wittemberg , la merveille du monde pour l'art magique. Celui-ci a Fintention de montrer au grand Charles l'imposante procession de tous ses prédécesseurs et d'évoquer, en présence de Sa Majesté, le fantôme royal et la belliqueuse apparence d'Alexandre et de sa belle maîtresse.

FRÉDÉRIC

Où est Benvolio ?

MARTINO

Profondément endormi, je vous le garantis ; la nuit dernière, il a vidé les cruches de vin du Rhin à la santé de Bruno si généreusement, qu'il gardera le lit toute la journée, le paresseux I

FRÉDÉRIC

Voyez, voyez ! sa fenêtre est ouverte. Appelons-le i

MARTINO

Holà! Benvolio!

Benvolio parait à une fenêtre avec son bonnet de nuit et se

boutonnant.

BENVOLIO.

Que diable avez-vous, vous deux?

MARTINO

Parle bas, seigneur, de peur que le diable ne t'en-

FAUST. 1i&

tende ; car Faust vient d'arriver à la cour, ayant sur ses talons mille furies prêtes à exécuter tout ce qu'il plaira au docteur.

lUit lia

BENVOLIO.

Eh bien ! après ?

MARTINO

Allons, quitte d'abord ta chambre, et tu verras l'enchanteur accomplir, devant le pape et l'empereur-roi, des exploits comme jamais on n'en a vu en Allemagne.

gljt I BENVOLIO.

Est-ce que le pape n'en a pas assez de ces sorcelleries? Il était, tout récemment encore, sur le dos du

, ' diable ; s'il est à ce point épris de lui, qu'il relourn.^

1 avec lui à Rome 1

itse

FRÉDÉRIC

Voyons, veux-tu venir voir ce spectacle ?

BENVOLIO.

Non.

MARTINO

Aimes-tu mieux te tenir à ta fenêtre et voir de là ?

146 FAUST-

BEMV0LI9-

Oui, si je ne tombe pas de sommeil dans l'intervalle.

MARTINO

L'empereur approche. Il vient voir quels miracles peut oblenir la magie noire.

BENVOLIO.

Soit I Allez, vous, dans le cortège de Tempereur. Je me résignerai, pour cette fois, à passer ma tête à la fenêtre. On dit que, quand un homme a été ivre toute la nuit, le diable ne peut rien contre lui le matin. Si cela est vrai, j'ai un charme dans la tête avec lequel je viendrai à bout du diable aussi bien que votre enchanteur, je vous le garantis.

Fanfares. Entrent Charles, empereur d' Allemagne Bruno, le duc de Saxe, Faust, Mephostophilis. Gens de la suite.

, l'empereur.

Merveille des boulines, renommé magicien, trois fois savant Faust , sois le bienvenu à notre cour. Eq délivrant Bruno des mains de son ennemi, de notre ennemi déclaré, tu as prouvé Texcellence de ton art mieux que si tu pouvais te faire obéir du monde entier

FAirsT. 447

par les channeè puissants de la nécromancie. Sois à jamais le bicn-aimé de Chartes. Et si un jour ce Bruno que tu viens de sauver possède en paix le triple diadème et s'assied, en dépit des hasards, dans la chaire de saint Pierre , tu seras fameux par toute l'Italie et honoré de l'empereur allemand.

FAUST

A tes gracieuses paroles, très-royal Charles, le pauvre Faust répondra en aimant et en servant de tout son pouvoir l'empereur d'Allemagne, et en mettant sa vie aux pieds du saint Bruno. Et pour preuve," s'il plaît à Votre Grâce, le docteur est prêt, en vertu de son art, à lancer ses charmes magiques de manière à percer les portes d'ébène de l'enfer toujours brûlant, et à tirer de leurs caves les furies revôches pour leur faire exécuter ce que Votre Grâce ordonnera.

BENVOLIO.

Sang Dieu ! il n'y va pas de' main morte t Malgré tout, je ne le. crois pas énormément ; il ressemble à un enchanteur comme le pape à un marchand de pommes.

, l'empereur.

Eh bien î Faust, ainsi que tu nous l'as promis, fais-

148 FAUST

nous voir ce fameux conquérant, le grand Alexandre et sa maîtresse ; montre-nous-les sous leur vraie forme, dans toute la majesté de leur pompe, que nous les admirions.

FAUST

Votre Majesté va les yoir immédiatement. Pars, Mephostophilis, et, au son solennel des trompettes, fais paraître devant ce royal empereur le grand Alexandre et sa belle maîtresse.

MEPHOSTOPHILIS.

Faust, j'obéis.

Sort Mephostophilis.

BENVOLIO.

Bon ! monsieur le docteur, si vos diables n'arrivent pas vite, vous allez me voir dormir dans un instant. Morbleu I je me mangerais moi-même de rage, de penser que j*ai été assez âne tout ce temps-ci pour rester bouche béante à regarder le gouverneur du diable, sans rien voir du tout,

FAUST à part.

Va ! je vais te faire sentir quelque chose tout à Theure, ^ si ma science ne me fait pas défaut... (Haut.) Monseigneur, je dois avertir Votre Majesté que quand mes

FAUST. I4

génies lui présenteront les royales ombres d'AiexMât^ et de sa maîtresse, Votre Majesté ne devra adresner ato roi aucune question. Il faut que ces apparitions tiennent et partent dans le plus profond silence.

l'empereur.

Quoi qu'il plaise à Faust, nous serons contents.

BENVOLIO.

Oui,' oui, et moi aussi je serai content. Si tu amènes Alexandre et sa maîtresse devant l'empereur, je veux être Actéon et être changé en cerf.

FAUST à part.

Et moi, je veux être Diane et t'envoyer les cornes immédiatement.

Fanfare. Entre, par une porte, Tempereur Alexandre ; par Fautlre, Darius. Ils ont une rencontre. Darius est renversé ; Alexandre le tue, lui prend sa couronne, et, au moment où il fait mine de sortir, il rencontre sa maltresse ; il Tembij-asse et lui met sur la tête la couronne de Darius. Puis tous deux reviennent saluer l'empereur d'Allemagne qui, se levant de son trône, fait mine de vouloir les embrasser. Faust s'en aperçoit et arrête l'empereur. Alors la fanfare cesse, et on exécute une symphonie.

FAUST à Tempereur.

Vous VOUS oubliez , mon gracieux seigneur ; ce ne sont que des ombres, et non des corps.

450 FAUST

l'rmpereur.

Oh I pardonne-moi ; ma pensée est tellement ravie de la vue de cet empereur glorieux, que j'aurais voulu le presser dans mes bras. Mais, puisque je ne puis leur parler, pour satisfaire pleinement mes désirs, laisseHn<Â te dire ceci, Faust : J'ai entendu dire que cette belle dame, tant qu'elle vécut sur la terre, avait au cou une petite verrue, un signe. Puis-je, maintenant, m'assm^er que ce qu^on a dit est vrai?

Votre Majesté peut hardiment aller le vérifier.

l'empereur.

Oui, voici le signe, Faust. Je le vois parfaitement. Je suis plus charmé de ce spectacle que si je gagnais m aiitr9 empire.

F-AUST

Hors d'ici i partez I

La ptotontim* tort.

FAUST désignant Benvolio à la fenêtre.

Voyez donc, voyez donc, mon gracieux seigneur I Quelle est donc là-bas cette bète étrange qui passe sa tête à la fenêtre ?

FAUST. 151

l'empereur.

rétonnant spectacle 1 Voyez , duc de Saxe , ces deux cornes proéminentes si étrangement chevillée» au chef du jeune Benvolio.

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