‹ Le Faust de GoetheChapitre 110 sur 166 · LE CHŒUR · texte numérisé non relu

LE CHŒUR

(Les jeunes lilles entrant rapiticnicnt une à une.)

11 nous a bien vile passées; — et, nous raillant avec dédain, — il traîne ici maintenant — la plus sauvage de nos groupes.

ErPHORioN, portant une jeune ßlle dans ses bras, .l'entraîne ici la sauvage petite — pour la forcer à se rendre à mes désirs. — Pour mes délices, ma joie, — j'étreins sa poitrine rebelle, — je baise sa boucbe mutine, — je f;\is acte en vérité — de force et de volonté.

La jeune fille. — Laisse-moi ! sous cette enveloppe — est aussi le courage et la force d'esprit ; — notre volonté vaut la tienne, — on ne la dompte point facilemcnl. — Tu me crois donc ta captive? — Tu comptes donc bien sur Ion bras! — Tiens ferme, et je te brûle, — insensé, c'est mon plaisir. —

(Elle s'allume et llanihoie dans l'espace *. )

' La Nvniplie incandescente écliappe à son étreinte : Eu])horion s'élance à l'encontre des venfs et des flots, et se précipite dans la mêlée 11 vent porter secours au peuple (pii combat dans la plaine pour sa liberté, au peuple grec.

Snis-nioi dans les airs légers, — sous les stalactites des grottes. — Attrape ton but qui t'échappe.

Elphorion, secouant les dernières flammes. Entassement de rocs ici — entre les bois et les broussailles. — Espace étroit on j'étouffe! — je suis pourtant jeune et vaillant. — Les vents grondent, — les flots bouillonnent là-bas. — J'entends les vents, les flols au loin; — je voudrais bien m'en rapprocher.

( Il bondit toujours plus haut le long du rocher.)

Hélène, Faust, le choeur. Yeux-tu donc ressembler aux chamois? — L'idée de ta chute nous épouvante.

EupiiORiON. Toujours plus haut je dois monter, — toujours plus loin je dois voir. — Je sais maintenant où je suis ! — Au milieu de l'île, au milieu — du pays de Pélops, qui tient — de la terre et de la mer !

Le choeur. Dans le bois, sur la montagne, — ne peux-tu l'arrêter en paix? — Venez, allons chercher à cette heure — des pampres verts, — des panjpres sur les coteaux, — des figues et des pommes d'or. — Ah! dans ce pays aimable, — reste aimable.

EuPHORiON. Rêvez-vous le jour de la paix? — Rêve qui peut rêver! Guerre est le mot d'ordre ! — et victoire c'est la chanson.

Le CHOEUR. Qui dans la paix — regrette la guerre — a renoncé pour jamais au bonheur — de l'espérance.

EuPHORioN. Ce sol en enfanta plus d'un — toujours prêt à s'élancer du sein du péril dans le péril. — d'un courage libre, sans borne, — prodigue de son propre sang, — d'un esprit sacré, — inaccessible aux ténèbres! — Qu'il porte bonheur à ceux qui luttent!

Le CHOEUR. Voyez là-haut comme il s'élève — 'Sans nous paraître petit, — tout armé, prêt à la victoire, — éclatant d'airain et d'acier!

EuPHORioN. Point de flols, point de murailles! — la conscience de soimême est assez! — La poitrine d'airain de l'homme — est un fort inexpugnable.

Voulez-vous rester inconquis? — armez-vous à la légère, — et fondez ainsi dans la bataille! Femmes deviennent amazones, — et chaque enfant un héros.

LE CHOEIR.

Sainte, sainte Poésie!

Vers le lirmament sois ravie !

Monte cl brille, étoile de feu, [voin, toujours plus loin, dans le bleu! En vain jusques à l'Enipyrée Tu t'élèves en ton essor.

Toujours, toujours ta voix sacrée, Chaste lumière au timbre d'or.

Nous atteint et nous charme encor.

EuPHGRioN. Non, ce n'est point un enfant que vous voyez! — Tadoles-

DEUXIEME PARTIK. Su-

cent vient tout en armes! — joint aux forts, aux libres, aux braves, — il a déjà agi dans sa pensée. — Maintenant en avant! maintenant là-bas — le champ va s'ouvrir pour la gloire.

Hélène et faust. A peine appelé dans la vie, — à peine au jour serein donné, — tu tends à l'élancer du point où le vertige t'a déjà pris — dans un espace plein de douleurs. — Ne sommes-nous — donc rien pour toi?

— Le doux lien est-il un songe?

EuPHORmN. N'enlendez-vous pas — tonner sur la mer? Les échos des vallons — -roulent les tonnerres. — 'Dans les flots et dans la poussière, — légion contre légion; — dans la mêlée, à la douleur, au martyre; — et la mort — est le mot d'ordre; c'est compris maintenant!

Hélène, Faust, le choeir. Quelle horreur! quelle éj)ou vante! — La mort est-elle la loi?

EuPHORiON. Dois-je voir cela de loin? — Non; il faut que je partage — les alarmes, les périls.

Les précédents. Orgueil et danger ! — Sort fatal!

EuPHORiON. Mais, — deux ailes — se déploient! là-bas! j'y vais, j'y vais.

— Laissez, que je m'envole!

(Il se lance dans les airs ; ses vêtements le portent un instant; sa tête rayonne ; une traînée de feu resplendit sur sa trace.)

Le choeur. Icare! Icare! assez de malheurs!

(Un beau jeune homme tombe aux pieds d'Hélène et de Faust. Son visage rappelle des traits connus^; cependant le corps se dissipe dans l'air, l'auréole monte comme une comité vers le ciel ; il ne reste sur le sol que la tunique, le manteau et la Ijre.)

Hélène et faust. A la joie aussitôt succède — une affreuse douleur.

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