DEUXIÈME PARTIE
des poêles, pour soulever l'envie du métier et de la corporation, et si je ne puis octroyer le talent, je pourrai du moins prêter l'iiabit.
(Elle s'assied sur le proscenium, au pied d'une colonne,)
Panthalis. Maintenant alerte, jeunes filles! nous voilà délivrées des enchantements,— délivrées des liideux liens fantastiques delà vieille gueuse Ihessalienne, comme aussi di\ cliquetis confus de ces sons discoi'dants qui troublent l'oreille et davantage encore le sens intérieur. Descendons à riladès! la reine, d'un pas solennel, déjà s'y est rendue. Que les pasdeses fidèles suivantes immédiatement s'attachent à sa trace ! nous la trouverons au trône de l'Impénétrable.
Choeur. Les reines, à vrai dire, sont bien partout ; même au sein de l'Hadès elles tiennent le haut rang, — orgueilleusement unies à leurs semblables, confidentes intimes de Persépbone. — Mais nous, au fond des champs d'asphodèles, compagnes des longs peupliers monotones, des saules inféconds, quel passe-temps avons-nous? de piauler, semblables à des chauves-souris; bruit fastidieux, fantastique !
La coryphée. Qui ne s'est pas conquis de nom et naspire à rien de noble appartient aux éléments. — Ainsi, allez! le désir me possède d'être avec ma reine. Ce n'est pas seulement le mérite, mais aussi la fidélité qui préserve la personne.
[Exif.)
Toutes. Nous sommes rendues à la lumière du jour, — mais nous ne sommes plus des l'ersonnes, — des Etres; — nous le sentons, nous le savons.— Mais pour l'Hadès, nous n'y retournerons jamais. La Nature, éternellement vivante, a de pleins droits sur nous, et nous sur elle '.
UNE PAKTIE m CHOEIR.
Nous, SOUS le frais murmure et les légers frissons
De ces mille rameaux, de ces épais feuillages,
Souriant, attirant en nos gais l)adinages
Les sources de la vie à la branche, aux bourgeons,
Riches en (leurs s;>ns nombre, en rejetons qui poussent.
Ornons en liberté les (lottantes toisons
Pour la prospérité des végétations.
Le fruit tombe, aussitôt s'assemblent et se poussent
Les honnncs, les troupeaux, heureux d'être; jaloux
De saisir, de goûter, ils s'arrachent la pomme,
Se heurtent à l'envi, se disputent, et comme
Devant les premiers dieux, tout fléchit devant nous.
* Après tant de vicissitudes, le chœur fait un retour sur lui-même, il comprend qu'on ne l'a évoqué du sein des Mères, des idées, que pour venir former le cortège d'Hélène, et jouer un rôle secondaire dans la fantasmagorie. Panthalis exhorte ses compagnes à suivre la reine, mais elles refusent de rentrer dans l'Hadès; l'éternelle Nature les attire irrésistd)lemenl. Goethe se souvient ici de la fable du berger Acis et de la nymphe Galathée * ; les unes, fenillnges épais, vont frémir au vent du soir; les autres, pampres verts, assister aux travaux des vendanges; celles-ci s'épancher en fleuves, celles-là gazouiller en petits ruisseaux de cristal ; et la symphonie du panthéisme accompagne les métamorphoses.
* Vovez Ovide. Métam. xiii.
l'RE AUTUE PAU'llE DU CIIOKUR,
Nous, dans le frais miroir de ces roches profondes, Doucement traînons-nous, glissons à molles ondes, Épions chaque bruit, la chanson des oiseaux, Les soupirs que, le soir, exhalent les roseaux. Est-ce la voix de Pan, efl'roi de la nature, La réponse aussitôt est prête ; s'ii murmure. Nous murmurons aussi, nous autres, en échos ; Et s'il tonne, dix fois nous roulons par derrière Eu un redoublement aifreux notre tonnerre.