HAUTE MONTAGNE
Cimes de rochers aigus, énormes ; un nuage passe, s'accote, s'aflaisse sur un plateau en saillie, se
sépare.
FAUST en sort .
Le regard abaissé vers les solitudes profondes qui se déroulent sons mes pieds, je parcours le bord de ces sommets, laissant là le cbar de nuages qui, cheminant à travers la terre et la mer, m'a conduit au séjour de la pure lumière. 11 s'éloigne de moi avec lenteur, sans se fondre en poussière. La masse se dirige vers l'orient comme un ballon qui roule, et le regard étonné la suit. A mesure qu'elle avance, elle se dissout, ondoyante, changeante; la voilà maintenant qui prend forme et paraît vouloir se modeler! Non ! mon œil ne m'abuse pas! sur des coussins inondés des clartés du soleil, royalement étendue, gît, colossale, une image semblable à quelque divinité. Oui, Junon, par exemple, Léda, Hélène, une image de femme grandit et flotte majestueuse et charmante à mes yeux ravis. Hélas! déjà tout se brise! et la masse informe désormais s'arrête du côté dcroricnt, assez
' Faust met pied à terre sur le plateau d'une haute monlagnc Le nuage merveilleux, après l'avoir déposé, s'en retourne du côté de l'est. Faust, les yeu\ perdus dans l'infini, suit la masse vaporeuse et contemple une deinicre lois dans ses transparences les types éternels du beau dont son âme est possédée. — C'est ici, à cette période de la tragédie, où Faust, échappé aux fascinations de l'antique, passe à d'autres sphères d'activité, qu'en mai 1817 Goethe renoua le fil longtemps interrompu de ses idées, et se remit à l'œuvre, «grâce à l'instigation sympathique de bons esprits.» (Goethe an Zeller. Th. IV, S. 318.)