‹ Le Faust de GoetheChapitre 126 sur 166 · DEUXIEME PARTIE. ô^l · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. ô^l

Le paysage agréable aux yeux s'en est allé rejoindre les siècles.

Faust, à son balcon, sur les dunes. Quels accents lamentables descendent d'en baut! cris et plaintes arrivent trop tard ici. Ma sentinelle gémit, et cet acte impatient m'afflige au fond de l'àme. La plantation des tilleuls est anéantie, il n'en reste plus qu'un affreux monceau de tiges qui cbarbonnent ; mais nous aurons bientôt un belvéder d'où l'œil plongera à l'infini ; delà, je verrai aussi la nouvelle babitation de ce vieux couple, qui, dans le sentiment de ma clémence magnanime, coulera paisiblement ses derniers jours.

Méphistophélès et les trois, en bas. Nous revenons au grand trot ; pardonnez ! les choses ne se sont point passées de la meilleure grâce. Nous avons frappé, nous avons cogné, et jamais on ne nous ouvrait; alors nous ébranlâmes la porte, nous heurtâmes, et le vieux bois moisi tomba sur le carreau. Nous avions beau appeler à grande voix, menacer, on faisait mine de ne pas nous entendre, et, comme cela se présente en pareil cas, ils ne nous écoutaient ni ne voulaient ; mais nous, alors, sans perdre de temps, nous t'en avons débarrassé promptement. Le couple ne s'est pas beaucoup débattu ; ils sont tombés tout d'abord pâmés de frayeur. Un étranger qui se trouvait là a voulu résister, nous l'avons étendu mort, et pendant le court espace du combat furieux, les charbons ont allumé la paille dispersée alentour. Maintenant cela flambe librement comme un bûcher préparé pour eux trois.

Faust. Ai-je donc parlé à des sourds? Je voulais un échange, et non une spoliation. Cette action malavisée et brutale, je la repousse et la maudis! Vous pouvez vous la partager entre vous.

Choeur. L'antique Parole, la Parole dit : Obéis de gré à la force ! et si tu es déterminé, si tu veux soutenir l'assaut, risque ta maison. Ion foyer et — toi.

[Exeunt.)

Falst, au balcon. Les étoiles voilent leurs rayons et leur clarté. Le feu brûle moins haut; un petit vent qui fait tressaillir l'attise, et m'apporte ici la fumée et la vapeur. Ordre donné en un clin d'œil, exécuté trop vite ! — Qui flotte ainsi vers mois d'un air de spectre?

MTINÜIT.

(Quatre femmes vêtues tie gris s'avancent.)

La première. Je me nomme la Détresse.

La seconde. Je me nomme la Dette.

La troisième. Je me nomme le Souci.

La yuvTRiÈME. Je me nomme la Nécessift^.

r>ÔO FAUST.

A TROIS. La porte est close, nous n'entrerons pas; là demeure un riche; impossiblej de nous introduire.

La Détresse. Je deviens fantôme.

La Dette. Là, je cesse d'être.

La Nécessité. Là, le regard se détourne de moi.

Le Souci. Vous, sœurs, vous ne pouvez et n'oseriez entrer; mais le Souci sait, lui, se glisser lestement par le trou de la serrure.

(Le Souci disparaît.)

La Détresse. Mes sombres sœurs, éloignez-vous d'ici.

La Dette. Je me joins à toi, et marche à tes côtés.

La INécessité. La Nécessité t'accompagne, et marche sur tes talons.

A TROIS. Les nuages filent, les étoiles se cachent derrière et arrivent de loin, de loin ! Voici venir le frère, il vient, — le Trépas.

Faust, dans le palais. J'en ai vu venir quatre, et trois seulement s'en retournent. En vain je cherchais à comprendre le sens de leur discours. J'ai senti quelque chose qui disait comme Souci, Remords. Puis une sombre rime... la mort. Ce discours sonnait creux, étouffé comme la voix des spectres. Quelque effort que je fasse, je ne puis me remettre. 0 magie! que ne donnerais-je pas pour t'éloigner de mon chemin et désapprendre à jamais tes formules! Nature! que ne suis-je un homme, rien qu'un homme vis-à-vis de toi! Oh! ce serait alors la peine de vivre.

Un homme ! je le fus jadis, avant d'avoir creusé les ténèbres, avant d'avoir maudit et blasphémé le monde et moi. Désormais l'air est si infecté de semblable nécromancie, qu'on ne sait plus que faire pour y échapper. Si le jour radieux et sensé vient à nous sourire, la nuit ne tarde pas à nous envelopper dans les sombres tissus des songes. Nous rentrons joyeux de la prairie en fleur; un oiseau croasse; que croasse-t-il ? Malheur! matin et soir, toujours la superstition nous enlace dans ses mailles, elle nous tient, elle nous possède, elle nous prévient, et nous demeurons seuls en face d'elle, seuls dans notre épouvante. La porte grince, et personne n'entre. [Avec terreur.) Quelqu'un est-il donc ici?

Le Souci. La question provoque le oui.

Faust. Parle donc ! qui es-tu ?

Le Souci. Je suis là.

Faust. Va-t'en.

Le Souci. Je me trouve à ma place.

^ Faust, irrité d\ihord, puis se modérant. Alors, tâche de t'observer et de ne pas dire un mot de magie.

Le Souci. L'oreille aurait beau refuser de m'entendre, je n'en grondcrais-pas moins au fond des cœurs, et j'ai plus d'une forme pour exercer ma cruelle puissance. Dans les sentiers, sur les flots, compagnon à jamais incommode, qu'on trouve toujours sans le chercher, qu'on maudit et caresse à la fois, n'as- tu donc jamais connu le Souci ?

Faust. Jo me suis contenté de passer à travers le monde, saisissant par

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