‹ Le Faust de GoetheChapitre 127 sur 166 · DEUXIÈME PARTIE. %7A · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. %7A

los cheveux chacun de mes souhaits, laissant aller ce qui ne pouvait me contenter; et quant à ce qui m'échappait, ne cherchant jamais à le retenir. J'ai désiré, accompli, puis encore désiré, et de la sorte vaillamment promené le tourhillon de ma vie, de ma vie d'abord grande et puissante, désormais sage et circonspecte. Je connais autant qu'il me faut l'horizon terrestre ; quant à ce qui se passe au delà, la vue nous en est interdite, insensé qui tourne, en clignant les yeux, de ce côté! et qui, dans ses rêves, s'imagine dépasser ses égaux de la hauteur des cieux ! Qu'il s'attache plutôt à la terre et regarde autour de lui. Non, pour l'homme fort, le monde ne reste pas muet. Qu'a-t-il besoin d'errer à travers les espaces éternels? Ce qu'il découvre, au moins, se laisse comprendre; qu'il marche ainsi le temps de sa journée laissant les spectres mener leurs rondes; mais s'ilvaplus loin, il trouvera angoisse et bonheur, sans jamais pouvoir se satisfaire.

Le Souci. Pour celui qu'une fois je possède, le monde entier ne compte plus; d'éternelles ténèbres s'épaississent autour de lui; le soleil à ses yeux ne se lève ni ne se couche; et ses sens extérieurs ont beau être lucides, la nuit n'en règne pas moins au fond de son âme. De tous les trésors, il ne sait comment jouir ; heur et malheur, tout le chagrine ; dans la plénitude, il a faim; plaisir, ennui, il remet tout au lendemain ; et dans la continuelle attente de l'avenir, jamais il ne se trouve prêt.

Faust. Assez ; n'espère pas me prendre ainsi ; je n'ai que faire d'entendre de pareilles sottises. Ya-fen ! ta fâcheuse litanie troublerait la raison au plus sensé.

Le Souci. Doit-il poursuivre ou revenir? La résolution lui manque, et le voilà au beau milieu du chemin, qui hésite et marche à tâtons; de plus en plus il se perd, voit de travers toute chose, à charge à lui-même et aux autres, respirant pour suffoquer ; point mort et cependant sans vie; également incapable de désespoir et de résignation. Ainsi un ballottement continuel, indolence douloureuse, activité qui répugne, délivrance et servitude, demi-sommeil, réveil funeste, le cloue à la même place et le prépare à l'enfer.

Faust. Spectres maudits ' ainsi vous vous plaisez à torturer de mille façons l'espèce humaine; les jours indifférents eux-mêmes, il faut que vous les enveloppiez dans les inextricables peines de la confusion. Démons, je sais que de vous on ne se débarrasse pas aisément. Le lien fatal imaginaire, on ne le brise pas! Mais, ô toi le Souci, quelque grand, quelque insinuant que puisse être ton pouvoir, je me refuse à te reconnaître.

(Le Souci lui souffle au visage.)

Le Souci. Eh bien! éprouve-le du moins à cette heure où je te fuis en te maudissant; les hommes sont d'ordinaire aveugles toute leur vie, deviens-le, toi, Faust, à la (in.

Faust, devenu aveugle\ La nuit se fait de plus en plus profonde, mais au

' L'infirmité qui vient de l'atteindre, loin d'élouffer son activité, l'aiguillonne et la provoque. La lumière qui rayonnait au dehors va se concentrer désormais tout entière au dedans de lui-inèine.

dedans une clarté snreine m'illumine. Ce que j'ai pensé va s'accomplir. La parole du maître a seule du poids. Debout, mes serviteurs ! debout l'un après l'autre! Faites que ma pensée hardie se réalise avec gloire. Allons, tous, à la pelle, à la bêche, à l'ouvrage! que notre plan soit exécuté ; l'ordre et l'activité recevront leur prix; que l'œuvre la plus grande qui soit au monde s'accomplisse! un esprit suffit pour diriger mille bras.

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