‹ Le Faust de GoetheChapitre 23 sur 166 · CUISINE DE SORCIÈRE · texte numérisé non relu

CUISINE DE SORCIÈRE

Sur un foyer très-bas, une grosse marmite bout ; dans les vapeurs (jui s'en élèvent, diverses formes tourbillonnent ; uuc GUENON, assise près de la marmite, l'écume, et veille avec soin à ce qu'elle ne déborde pas. Le MALE, avec ses petits, se tient à côté et se cbaufle. Les murs et le plafond sont couverts d'ustensiles bizarres à l'usase de la sorcière.

FAUST, MÉPIIISTOPIIÉLÈS.

Faust. Co fantasque appareil nie répugne : peux-tu bien me promettre que je recouvrerai la vie au milieu de ce latras d'extravagances? Irai-je prendre conseil d'une vieille femme? Attendrai-je qu'une sale mixture préparée ici m'ôte trente années de dessus le corps? Malheur à moi si tu ne sais rien de mieux ! J'ai déjà perdu tout espoir. La nature, nn noble esprit, n'ont-ils donc point découvert un baume quelque part?

Méphistophélès. Eh! mon ami, voiLà que tu te remets à parler raison. Pour te rajeunir, il y a bien aussi un moyen naturel; mais celui-là se trouve dans un autre livre, et c'est un curieux chapitre.

Faust. Je veux le savoir.

Méphistophélès. Bon, un moyen qui ne demande argent, médecine, ni sorcellerie. Rends-toi sur l'heure aux champs, prends la bêche et remue la terre. Sache te circonscrire, toi et ta pensée, dans un cercle étroit. Ne te nourris que d'aliments simples ; vis comme une bête au milieu des bêles, et ne dédaigne pas de fumer toi-même le champ où tu moissonnes. C'est là le meilleur moyen, crois-moi, de faire durer ta jeunesse jusqu'à quatre-vingts ans.

Faust. Je n'y suis point habitué, et ne saurais me résoudre à prendre en main la bêche. Une vie étroite n'est pas dans ma nature.

Méphistophélès. Il faut donc que la sorcière s'en mêle.

Faust. Mais pourquoi justement cette vieille femme? Ne peux-tu brasser toi-même le breuvage ?

Méphistophélès. Ce serait là un agréable passe-temps ! J'aurais plus tôt fait de bâtir mille ponts. L'art et la science ne suffisent point; en pareille oeuvre il faut encore de la patience. Un esprit calme passe des années à l'élaborer, — la fermentation subtile n'acquiert sa vertu qu'avec le temps, — et tous les éléments dont il se compose, ce sont choses tout à fait bizarres ; le diable le lui a bien appris, mais le diable ne saurait le faire. [Apercevanl les animaux.) Vois quelle agréable petite famille ! Voici la servante, voilà le valet. [Aux animaux.) La vieille, il me paraît, n'est pas à la maison.

LUS .VMM.\LX.

Au repas, Là-bas, là-bas !

Par le tuyau de clicmince !

PUEMIEHK l'AKTIK. 141

MEl'IUSTOriliaK.S.

Dites, combien de temps, famille abandonnée, La commère met-elle à faire ses ébats ?

LES ANIMAUX

Autant que nous mettons à nous cliaulTer les pattes.

MÉPIIISTOPHÉLÈS.

Gracieux animaux! quelles mœurs délicates! Gomment les trouves-tu?

Je les trouve ennuyeux.

Absurdes !

MEPHISTOPUÉLÉS.

Le discours n'était pas sans mérite, Il est de ceux que j'aime et qui me vont le mieux.

(Aux animaux.) Çà ! dites-moi, race maudite.

Que remuez-vous donc là, dans cette marmite ?

LES ANIMAUX

Nous cuisons la soupe des gueux.

MÉPHISTOPHÉLÉS.

En ce cas, vous aurez un public fort nombreux.

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