LE MALE
Prends ce goupillon ; — bravo! — Et sieds-toi sur cet escabeau.
(Il force Méphistophélès à s'asseoir.)
FAUST, qui, tout ce temps, s'est tenu en contemplation devant unmiroirt
tantôt s' approchant , tantôt s'éloignant. Que vois-je? quelle céleste image apparaît dans ce miroir enchanté? Amour, oh! prctc-moi la plus raj)ide de tes ailes, et me conduis en sa région. Ah! dès que je bouge de cette place, dès que je tente de m'enrapproher de quelques pas, je ne la vois plus que comme à travers un brouillard !
PREMIKRE PARTIE. 143
— La plus parfaite image de la f(!mnie! — Esl-il possible que la femme ait tant do beauté? l)ois-jc, en ce corps clciulu devant moi, voir l'abrégé de tous les cieux? Se trouve-t-il rien de pareil sur la terre?
Mépiiistopiiélès. Naturellement, lorsqu'un dieu s'est mis six jours l'esprit à la torture, et lui-même à la lin dit bravo, il en doit résulter quelque cbose de passable. Rassasie toujours tes yeux pour cette fois; je saurai bien te flairer tantôt un trésor de ce genre, et beureux celui qui aura la bonne fortune de l'emmener chez lui pour en faire sa femme !
(Faust demeure les yeux plongés clans le miroir; Mépiiistopiiélès, s'ctendant sur le fauteuil et jouant avec le goupillon, continue de parler.)
LES ANIMAUX, Qui, jtisque-là, ont exécuté entre eux toute sorte de mouvements bizarres, apportent, en poussant de grands cris, une couronne à Méphistophélès.
Soyez assez bon, monseigneur, Avec du sang, de la sueur.
Pour rajuster cette couronne.
(Ils sautent gauchement de côté et d'autre avec la couronne et la brisent en deux morceaux, avec lesquels ils dansent en rond.) Maintenant c'est fait, nous parlons, Voyons, entendons et rimons.
FAUST, tourné vers le miroir.
Misérable que je suis, j'en ai la tête presque perdue!
MÉPHISTOPHÉLÈS, montrant du doigt les animaux. Peu s'en faut, moi-même, que la tête ne m'en tourne.
LES ANIMAUX
Si tout cela nous réussit
Si tout cela s'assortit,
Voilà les pensées !
FAUST, comme plus haut, .le sens mon cœur qui commence à s'enflammer... Éloignons-nous vite, éloignons-nous...
MÉPHISTOPHÉLÈS, daus lu positiou indiquée tout à l'heure. Au moins doit-on convenir que ce sont de véritables poètes.
(La marmite, que la guenon avait jusque-là négligée, commence à déborder ; il s'élève une grande flamme, chassée violemment dans le tuyan de la cheminée. La SORCIERE, traînée sur son char, descend à travers les llammcs en poussant d'horribles cris.)