‹ Le Faust de GoetheChapitre 27 sur 166 · UNE RUE · texte numérisé non relu

UNE RUE

FAUST, MARGUERITE, passant.

Faust. Ma belle demoiselle, oserais-je vous offrir mon bras et ma conduite?

Marguerite. Je ne suis ni demoiselle ni belle, et n'ai besoin de personne pour rentrer à la maison.

(Elle se débarrasse et s"cnfiilt.)

Faust. Par le ciel, cette enfant est belle; de ma vie je n'ai rien vu do pareil : l'air si convenable et si modesle, et avec cela quelque cliose de piquant ! Le rouge de ses lèvres, l'éclat de ses joues! Non, de mes jours je ne les oublierai. La façon dont elle baisse les yeux s'est gravée à fond dans mon cœur. Et cette jupe courte! d'bonneur, c'est à ravir!

Entre MÉPHISTOPUÉLÈS.

Faust. Ecoute, il faut me procurer la jeune fille.

Méphistophélès. Eb! laquelle?

Faust. Elle vient de passera l'instant.

Méphistophélès. Celle-là, bon; elle vient de chez son prêtre, qui lui a donné toute absolution. Je m'étais glissé derrière sa place; mais c'est l'innocence même que cette fille; elle venait à confesse pour rien; je n'ai aucun pouvoir sur elle.

Faust. Elle a pourtant plus de quatorze ans.

Méphistophélès. Tu parles bien là comme Ilans Liederlich, qui veut pour lui toute gentille fleur, et s'imagine qu'il n'y a ni honneur ni faveur qu'il ne puisse cueillir; mais il n'en va pas toujours ainsi.

Faust. Assez! monsieur le magister; laisse-moi la paix, et tiens-toi-le pour dit une bonne fois. Si, cette nuil même, la douce jeune fille ne repose pas dans mes bras, à minuit nous nous séparons.

Méphistophélès. Mais pense à tout ce qu'il faut faire; j'ai besoin au moins de quinze jours pour épier seulement l'occasion.

Faust. Et si j'avais seulement sept heures devant moi, je n'aurais pas besoin du diable pour séduire une sem!)lablc petite créature.

Méphistophélès. Vous parlez déjà presque comme un Français; mais, de grâce, n'en prenez pas tant de souci. Que sert-il de précipiter la jouissance? L'ivresse en est beaucoup moins vive que lorsque auparavant, d'en haut, d'en bas, par toute sorte de brimborions, vous avez pétri et ajusté vous-même la poupée, comme nous l'apprend maint conte italien.

Faust. Qu'importe, si j'ai de l'appétit sans tout cela?

Méphistophélès. Maintenant, injure et raillerie à part, je vous le dis une fois pour toutes, n'allez pas si vite avec la belle entant; il n'y a là rien à prendre d'assaut, il faut nous arranger de la ruse.

Faust. Procure-moi quelque chose du trésor angélique, conduis-moi vers la place oii elle repose; procure-moi un fichu de son sein, une jarretière à ma convoitise.

Méphistophélès. Pour que vous voyez si j'ai bonne envie de vous être utile et de vous servir eu votre peine, ne perdons pas de temps; je veux vous conduire aujourd'hui même dans sa chambre.

Falst. Et dois-je la voir, la posséder?

Méphistophélès. Non; elle sera chez une voisine. Cependant vous pourrez tout seul vous repaître à loisir, dans son atmosphère, de l'espérance des voluptés à venir.

Falst. Pouvons-nous partir?

Méphistophélès. Il est encore trop tôt.

Faust. Va me chercher un cadeau pour elle.

[Exil.)

Méphistophélès. Déjà des cadeaux! c'est bien, il réussira ainsi. Je sais mainte bonne place et maint vieux trésor enfoui, j"y vais donner un coup d'œil.

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