‹ Le Faust de GoetheChapitre 28 sur 166 · LE SOIR · texte numérisé non relu

LE SOIR

Une cliaml)rc petite et proprette.

Marguerite, tressaïit ses nattes et les relevant. Je donnerais bien quelque chose pour savoir quel était ce monsieur d'aujourd'hui; il avait à coup sûr très-bonne mine, et doit être de noble maison, cela se lit sur son visage, autrement il n'eût pas été si entreprenant.

[Exil.)

MÉPHISTOPHÉLÈS, FALST.

Méphistophélès. Entre tout doucement, allons, entre.

Faust, après un moment de silence. Je l'en supplie, laisse-moi seul.

Méphistophélès, furetant. Toute fille n'a pas cette propreté chez elle.

[Exit.)

Faust, regardant autour de lui. Salut, doux crépuscule qui règnes dans ce sanctuaire; surprends mon cœur, douce peine d'amour, qui vis altérée de la rosée de l'espérance ! Comme tout respire ici la paix, l'ordre et le

PREMIERE l'ARTIF.. 1^'.)

contentement! En cette pauvreté, que d'abondance! En ce cachot, que de félicité !

(Il se jeUc dans le fauteuil clc cuir auprès du lit.)

Oh! reçois-moi, toi qui, dans leur joie et leur douleur, as reçus les aïeux entre tes bras ouverts ! Combien de fois des groupes d'enfants ont dû se suspendre autour de ce trône patriarcal! Tci même, peut-être, reconnaissante envers le divin Christ, ma bien-aimée, enfant aux joues fraîches et pleines, est venue pieusement baiser la main flétrie de l'aïeul. Je sens, jeune fille, ton esprit d'ordre et d'économie murmurer autour de moi, cet esprit qui maternellement t'instruit chaque jour, qui le souffle comment on étend proprement le tapis sur la table, comment on saupoudre le carreau de sable. 0 douce main, si semblable à la main des dieux! tu fais de ce réduit un séjour céleste. Et là...

(Il soulÔYO nu des rideaux du lit.)

Quel délire s'empare de moi! Là, je pourrais m'ouhlier de longues heures; ô nature! c'est là qu'en des songes légers tu complétas ce bel ange incarné! là que reposa cette enfant, son tendre sein tout palpitant de vie et de chaleur! là qu'en une activité sainte et pure se développa Timage des dieux.

Et toi, qui t'a amené ici? Quelle émotion profonde me pénètre! Que viens-tu faire ici? Pourquoi ton cœur est-il si lourd? Misérable Faust, je ne te connais plus.

Quelle atmosphère enchantée m'enveloppe! Je voulais de brusques jouissances, et je me perds en rêves amoureux! Sommes-nous donc le jouet de chaque impression de l'air?

Et si tout à coup elle entrait, comme tu payerais cher ton audace! comme il serait petit, comme il se fondrait à ses pieds, le grand homme!

Méphistophélès. Preste, je la vois en bas qui arrive.

Faust. Eloignons-nous, je ne reviens jamais.

Méphistophélès. Voici une cassette passablement lourde, je suis allé la prendre quelque part. Placez-la toujours dans cette armoire, et je vous jure que la tête lui tournera. J'ai mis dedans bien des petites choses pour en gagner une autre. Vous savez, un enfant est un enfant, un jeu est un jeu.

Faust. Je ne sais si je dois.

Méphistophélès. Vous demandez beaucoup? Voudriez-vous par hasard vérifier le trésor? en ce cas, je conseille à votre convoitise d'épargner son temps et ma peine. Je n'espère pourtant pas vous voir avare ; je m'en gratte le front et m'en lave les mains

(Il place la cassette dans l'armoire et ferme la serrure.)

Alerte, vite et décampons, afin que la douce jeune enfant se tourne à vous au gré de son cœur. Bon, vous voilà comme s'il s'agissait de faire

une leçon, comme si vous aviez devant vous en chair et en os, et grisonnant, la Physique et la Métaphysique. Partons.

[Exeunt.)

Marguerite, une lampe à la main. Quelle odeur de renfermé! on étouffe ici, et cependant il ne fait pas si chaud dehors! Je suis toute je ne sais comment! Je voudrais que ma mère fût rentrée. Un frisson me court par tout le corps. Folle et craintive femme que je suis !

(Elle se met à chanter en se déshabillant.)

Il était un roi clans Thiilé, Jusqu'au tombeau toujours fidèle, Auquel avait laissé sa belle Une coupe en or ciselé.

Rien pour lui ne valait ce vase, A tout repas il le vidait ; i Et SCS yeux rayonnaient d'extase

Aussi souvent qu'il y buvait.

Lorsqu'il fallut quitter la vie, Il compta ses villes partout, A son héritier laissa tout, Excepté sa coupe chérie.

Il rassembla tous ses vieux pairs Autour de sa table royale, Dans la haute, l'antique salle De son castel au bord des mers.

Puis, se levant, le vieux compère Huma le dernier coup vital.

Et jeta le sacré métal Dans les vagues de l'onde amère.

Il le vit tomber, s'engloutir ; Et quand il n'eut plus aucun doute, Sentit ses yeux s'appesantir.

Puis jamais ne but une goutte.

(Elle ouvre l'armoire pour serrer ses vêtements, et aperçoit la cassette de bijoux.)

Comment celte riche cassette est-elle là? J'avais pourtant hien fermé l'armoire. C'est étrange! que peut-elle contenir? Quelqu'un peut-être l'aura-t-il apportée en gage, et ma mère a prêté dessus. Du reste, en voici laclefàun ruhan; si je l'ouvrais! Qu'est-ce là! Dieu du ciel! je n'aide mes jours rien vu de pareil. Une parure dont une dame de qualité se ferait honneur aux plus grandes fêtes. Je voudrais savoir comment le collier me siérait. Â qui peut appartenir ce trésor?

(Elle se pare et va au miroir.)

Si seulement les boucles d'oreilles m'appartenaient! On est tout autre ainsi ! A quoi te sert donc la beauté, ô jeunesse? Tout cela est bel et bon, mais personne ne s'en soucie ; à peine s'ils vous donnent un compliment,

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