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menl railleur de Fan.H (|un Ions les rul)ans dont il a pu se couvrir la poilrinc, c'est celle aflecliou sincrre donl il fut toujours péuciré pour (iharles-Augusle, cet inviolable attachement qui, loin de se démentir, ne fit que s'accroître dans sa mauvaise fortune. Ici je laisse pailer Falk : « Après la bataille d'Iéna, l'empereur, sensiblcmcul irrilé, permit au Grand-Duc de retourner dans ses lùats, mais non sans lui témoigner une vive méfiance. De ce jour, le noble et généreux Allemand fut environné d'espions, qui venaient presque s'asseoir à sa table. En ce temps-là, mes allaires m'appelaient souvent à Berlin et à Rrfurtb ; et comme dans ces deux villes je connaissais plusieurs autorités supérieures, j'eus l'occasion une fois de surprendre certaines remarques trouvées dans les registres de la police secrète, qu'on mellait tous les soirs sous les yeux de l'empereur, et que je m'empressai de jeter sur le papier , dans l'intention d'en faire part à noire souverain. — Goethe, à ce propos, me donna un si chaleureux témoignage de son attachement personnel au Grand-Duc, que je regarde comme un devoir pour moi de montrer au public allemand cette belle page de l'histoire de la vie de son grand poêle. — A mon retour d'Erfurth, je me rendis chez Goethe; je le trouvai dans son jardin; nous parlâmes de la domination des Français, et je lui rapportai ponctuellement tout ce que je venais de confier à Son Altesse.
« Il était dit , dans cet écrit , que le grand-duc de Weimar était convaincu d'avoir avancé 4,000 thalcrs au général ennemi Blücher, après la déroute de Lübeck; que chacun savait en outre qu'un officier prussien, le capitaine de Ende , venait d'être placé auprès de Son Altesse Royale la Grande-Duchesse en qualité de grand-mailre de la cour ; qu'on ne pouvait nier que l'installation de tant d'officiers prussiens n'eût en soi quelque chose d'offensant pour la France; que l'empereur ne laisserait pas une pareille conspiration se tramer contre lui dans l'ombre, au cœur de la Confédération Germanique; que le Grand-Duc semblait ne rien négliger pour réveiller la colère de Napoléon, qui cependant, sur le chapitre de Weimar, avait bien des choses à oublier ; que c'était ainsi qu'on avait vu Charles-Auguste, accompagné du baron de Muffling, visiter, en passant
dans ses Etals, le duc de Brunswick, l'ennemi mortel de la France
— Assez ! s'écria Goethe' l'œil enflammé de colère , assez , je n'y tiens plus ; que veulent-ils donc, ces Français? Sont-ils des hommes, eux qui demandent plus que l'humanité ne peut faire? Depuis quand donc est-ce un crime de rester fidèle à ses amis, à ses vieux compagnons d'armes, dans le malheur? Fait-on si peu de cas de la mémoire d'un brave gentilhomme , qu'on en vienne à vouloir que notre souverain efface les plus beaux souvenirs de sa vie , la guerre de sept ans, la mémoire de Frédéric le Grand, qui fut son oncle , enfin toutes les choses glorieuses de notre vieille constitution allemande, auxquelles il a pris lui-même une si vive part, et pour lesquelles il a joué sa couronne et son sceptre ? Votre empire d'hier est-il donc si solidement établi que vous n'ayez pas à craindre pour lui dans l'avenir les vicissitudes de la destinée humaine? Certes, ma nature me porte à la contemplation paisible des choses, mais je ne puis voir sans m'irriler qu'on demande aux hommes l'impossible. Le duc de Weimar soutient à ses dépens les officiers prussiens et sans solde , avance 4,000 Ihalers à Blücher après la déroute de Lübeck, et vous appelez cela une conspiration ! et vous lui en faites un crime ! Supposons qu'aujourd'hui ou demain un désastre arrivât à votre grande armée; tpiel mérite n'aurait pas aux yeux de l'empereur le général ou le feld-maréchal qui se conduirait en pareille circonstance comme notre souve-
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rain s'esl conduil ':' Jo vous le dis, le Grand-Duc fall ce qu'il doit : il se niaïKjuerail à lui-même s'il agissait autrement. Oui, et quand il devrait à ce jeu perdre ses Klals et son peuple, sa couronne et son scepire, comme son prédécesseur l'infortuné Jean , il faut qu'il tienne bon , et ne s'éloigne pas des généreux sentiments que lui prescrivent ses devoirs d'homme et de prince. Le malheur ! qu'estce que le malheur? C'est un malheur lorsqu'un souverain doit faire bonne mine aux étrangers (piise sont installés dans sa maison. Et si sa chute se consomme, si l'avenir lui garde le sort de Jean, eh bien ! nous ferons , nous aussi, notre devoir ; luHis suivrons notre souverain dans sa misère comme Lucas Kranach suivi! le sien, et nous ne le quitterons pas un seul instant. Les femmes et les enfants, en nous voyant passer dans les villages , ouvriront leurs yeux tout en larmes , et s'écrieront : Voilà le vieux Goethe, et le grand-duc de Weimar que l'empereur français a dépouillé de son Irène parce qu'il élait demeuré fidèle à ses amis dans l'adversité, parce qu'il visita le duc de Brunswick, son oncle, au lit de mort, parce qu'il ne laissa pas mourir de faim ses compagnons de bivouac et ses frères 1 » A ces mots , il s'arrêta suffoqué , de grosses larmes ruisselaient sur ses joues ; puis, après un moment de silence : « Je veux chanter pour mon pain, je veux mettre en rimes nos désastres. Dans les villages, dans les écoles, partout où le nom de Goethe est connu, je chanterai la honte du peuple allemand, et les enfants apprendront par cœur mes complaintes, jusqu'à ce qu'ils deviennent hommes et les entonnent en l'honneur de mon maître en lui rendant son trône. Voyez, je tremble des mains et des pieds, je n'ai pas été aussi ému depuis longtemps. Donnez-moi ce rapport, ou plutôt prenez-le vous-même, jetez-le au feu, qu'il bn'de , qu'il se consume; recueillez-en les cendres, plongez-les dans l'eau, qu'elle bouille, j'apporterai le bois ; qu'elle bouille jusqu'à ce que tout soit anéanti, que la dernière lettre, la dernière virgule, le dernier point, se soient évanouis en fumée, et qu'il ne reste plus rien de ce honteux manifeste sur le sol allemand ! »
Quel que soit son attachement pour la personne de Charles-Auguste, c'est avant tout ici le sort du grand-duc de Weimar, la cause de l'Allemagne perdue qu'il déplore ; la destinée du prince passe avant la destinée de l'ami. A ce compte seulement, Goethe donne des larmes et des regrets à Charles-Auguste; car, pour ce qui est de l'ami, il sait bien que toutes les vicissitudes ne peuvent rien sur lui. Avec le caractère impassible qu'on lui connaît, Goethe ne pouvait s'abandonner au lyrisme du moment , à cette expansion poétique qu'on ne rencontre que chez les natures exaltées, ardentes, subjectives. De ce sentiment que nous venons de lui voir exprimer, Koerner ou Weber auraient tiré un de ces hvnuics sacrés, de ces hurras sublimes que les étudiants transportés entonnaient, en 1}M2, sur tous les chan)ps de bataille de l'Allemagne; lui, au contraire, le refoule dans son sein, et, reprenant au plus tôt la paix sereine du visage , s'en va, dans la S(ditud(! , facvomier quehpie beau marbre de Paros. Mais de ce que Goethe renfermait dans le mystère de son âme ces sentiments généreux, "de ce qu'il n'a jamais laissé la multitude les surprendre chez lui, s'ensuit-il qu'il ne les ait point eus?
On pense bien, d'après cela, quelle vive part Goethe prit à la fête, lorsque les événements de 1814 lui rendirent son bien-aimé souverain. Ce jour -là, Goethe fut à Weimar le véritable niaitre des cérémonies. Il allait et venait, causant avec les bourgeois, donnant la main aux gens du peuple , saluant d'un air sympathique les jeunes lilles sur leur j)orte. Tantôt il s'arrêtait avec admiration devant
un arc de (riomplie, tantôt dovanl nne fonôlro pavoiscc do rnl)ans ol do fleurs; louant les uns, tançant les autres, eueourag(!ant tout le monde ; alerte, dispos , Iriompliant, heureux de vivre. Chaiiue fois que le eours du temps ramenait l'anniversaire de (Charles-Auguste, c'était chez Goethe le morne cmpressennmt, la même sollicitude matinale. Dès que le jour commençait à [xtindre, il sortait de la délicieuse maison de plaisance qu'il hahilait dans le parc du (Jrand-Duc, presque vis-à-vis de ses fenêtres, et, se glissant à pas de loup à travers les feuillages et les marhres du jardin, venait surprendre à son réveil l'ami de sa vie entière; « car, lui disait-il, je suis le premier et le plus vieux de vos amis , et je veux être aussi le premier à vous complimenter. » — Le soir, sa maison illuminée était ouverte à tous ; il y avait gala chez lui ; on causait, on huvait à la santé du prince, on chantait des vers en son honneur'; puis, quand l'heure de se reposer était venue, quand on avait porté le dernier toast, l'illustre vieillard se levait et reconduisait ses hôtes au milieu de la nuit. Ce fut à l'occasion d'un de ces anniversaires (3 septembre 1809) que Goethe reçut cette lellrc du Grand-Duc :
« Merci pour la bonne part que tu as prise à la journée d'aujourd'hui. Puissenî, Ion activité, ton contentement, ton bien-être, se prolonger aussi longtemps que j'aurai des^jours heureux à vivre avec toi ! Alors l'existence me sera d'un grand prix.
« Adieu. Charles-Auguste. »
Puis, en post-scriplum :
« Qui mettrons-nous à la place de Goeltling? Il faut un homme capable; pen-
ses-y. »
Le grand-duc Charles-Auguste mourut subitement. Lorsque Goethe apprit cette nouvelle, il était à table, au milieu d'un cercle d'amis qui se réunissaient chez lui régulièrement à certains jours de la semaine. Le bruit courut de bouche en bouche ; on hésita longtemps à l'en instruire, tant ses amis craignaient qu'il ne tombât terrassé par ce coup de foudre instantané ! Goethe reçut cette nouvelle avec cet impassible sang-froid qu'il opposait comme un impénétrable acier à tous les événements imprévus qui auraient pu troubler l'équilibre normal de son existence. « Ah! c'est affreux!... dit-il. Parlons d'autre chose. » Et le dîner continua.
Tout en faisant la part du calcul dans ce soin extrême avec lequel il évitait toute impression violente, il faut dire que cet instinct prodigieux de la conser-
' Voici les seuls vers dans lesquels Goethe ait jamais chanté l'amitié de Charles-Auguste : « Entre tous les princes de Germanie, le mien est petit ; ses États sont hornés, eu égard seulement à ce qu'il pourrait faire. Mais si chacun savait, comme lui, tourner ses forces au dedans et au dehors, ce serait une fête d'être Allemand avec les Allemands. Pourquoi le louer, lui que ses actions et ses œuvres proclament? Peut-être on doutera de ma honne foi, car il m'a donné ce que les grands ne donnent guère, sympathie, loisir, confiance, champs, et jardin, et maison. Je ne dois rien à personne qu'à lui, et, certes, il me fallait beaucoup, à moi, poëtc, qui comprenais si mal les soins de la fortune. L'Europe m'a loué : que m'a donné l'Europe? rien. J'ai payé bien cruellement, hélas! mes vers. L'Allemagne m'imita, la France put me lire; Angleterre, tu reçus en amie ton hôte en proie au trouble. Cependant, que m'importe que le Chinois lui-même peigne d'une main peu sûre Werther et Lolotte sur la porcelaine? Jamais un empereur, jamais un roi ne s'est enquis de ma personne ; lui seul fut pour moi Auguste et Mécène. »
valion persoiinellc, celle volonlé ferme de ne juiiiais inlcrveiiir, se trouve aussi dans le caractère de sa mère. A cet égard, Goethe enchérissait bien un peu sur la nature ; mais on doit convenir que la femme énergique et puissante à laquelle il devait le jour, lui avait transmis avec son sang cet esprit d'impassibilité souveraine qu'il avait fini par ériger en système ; système inexorable auijucl nous voyons qu'il ne dérogea pas même en faveur do Charles-Auguste, de l'ami qu'il devait par la suite le plus sincèrement regretter. — La mère de Goethe, lorsqu'un domestique, une servante entrait chez elle, lui posait ceci comme première condition : « Si vous apprenez qu'un événement allVeux, désagréable, inquiétant, est arrivé dans ma maison, ou dans la ville, ou dans le voisinage, ne venez jamais me le rapporter. Une fois pour toutes, je n'en veux rien savoir. S'il me touche de près, je l'apprendrai toujours assez à temps; sinon, qu'ai-je besoin d'en être alfectée? Ainsi, tenez-vous-le pour dit : quand il y aurait le feu dans la rue, je n'en veux rien savoir avant le moment. » Ces instructions furent si bien suivies, qu'en 1805, comme Goethe était dangereusement malade à Weimar, personne n'osa en parler ta sa mère. Quelque temps après, lorsqu'une amélioralion sensible se déclara , elle fut la première à rompre le silence et dit à ses amies : « Vous aviez beau vous taire sur l'état de Wolfgang, je savais tout. Maintenant vous pouvez parler de lui, il va mieux ; Dieu et sa bonne nature l'ont tiré d'affaire. Maintenant il peut être question de Wolfgang sans que son nom me soit un coup de poignard dans le cœur chaque fois qu'on le prononce. » Le jour que sa mère atteignit sa soixante-douzième année, Goethe reçut d'elle une lettre, et sur l'adresse de celte lettre une main inconnue avait tracé ces mots : «Dieu aurait dû faire tous les hommes de cette trempe. » Parmi les traits caractéristiques que Goethe tenait de sa mère, née sur les bords du Rhin, n'oublions pas de mettre cette verve mordante, celle causticité de bon aloi qui coulait dans sa veine comme un flot de Rudesheimer ou de Joannisberg. La mère de Goethe était une femme alerte et de bonne humeur. Mariée à seize ans, elle en avait à peine dixsept lorsqu'elle donna le jour à son fils. « Wolfgang et moi, disait-elle, noug'nous sommes toujours entendus à merveille ; cela vient de ce que nous avons été jeunes en même temps. La diflerence d'âge qui le séparait de son père n'existait pas entre nous deux.» Ce père était un homme froid et circonspect, un bourgeois tiré au cordeau, de la ville impériale de Francfort, qui mesurait ses pas et réglait sa vie avec méthode. Goethe le rappelait dans ses formes et dans sa démarche.
Goelhe sentit profondément la perte qu'il avait faite. Vainement il s'efforça de ne rien témoigner de sa douleur : plusieurs mois après, sa douleur se trahissait encore à son insu. Dans Charles-Auguste, Goethe perdait le dernier de ses amis, le dernier membre de celte union de génie et de gloire qui avait donné son grand siècle à l'Allemagne. Déjà, depuis longtemps, il avait vu partir l'un après l'autre Herder, Wieland, Schiller; et maintenant la mort venait d'abattre Charles- Auguste, le chêne royal sous lequel toutes ces renommées avaient pris leurs ébats en des jours plus heureux, et dont les rameaux avaient donné de l'ombre à sa vieillesse. Charles-Augusle mort, Goethe sentait que désormais pour lui tout était accompli {nun isl ailes vorbei). Il se voyait seul, égaré parmi les générations nouvelles, sans autre abri que le passé. Dans la mort de son auguste ami, c'était sa propre fin qu'il déplorait, et son émotion élait d'autant plus vive et plus profonde, qu'elle avait sa source dans son égoïsme.
Bien entendu que ce découragement dont il fut atteint vers ses derniers jours
(JOETHE. Si)
lui venail seulement de la ronsrieuce qu'il avait acquise que désormais son aclivitù avait touché à son terme dans cetle vie. Dans les regrets qu'il donnait à Charles-Auguste, le dernier représentant au (rône d'un âge aiujuel il avait communiqué, lui Goethe, l'impulsion souveraine, la misérable inquiétude du favori qui craint de manquer de prolecteur dans l'avenir n'entrait pour lien. Je ne soutiendrai pas que la douleur que le poëte ressentit de celte perte n'ait point été plus profonde, plus âpre et plus sincère que celle de l'ami ; mais, on peut le dire, le cœur de Goethe fut toujours fermé h d'indignes calculs d'intérêt personnel, (pie, du reste, les circonstances ultérieures n'eussent point justiliés. (]es nohies sentiments à l'égard du prince de la pensée en Allemagne étaient héréditaires dans la famille de Saxe-Weimar. Charles-Auguste, en mourant, les légua à son lus avec la couronne, et Goethe trouva jusqu'à la fin dans Charles-Frédéric, son royal élève, les délicates prévenances et la généreuse sympathie dont il ne cessa jamais d'être l'objet de la part de ses souverains.
Heureux temps que ceux vers lesfjuels Goethe se reportait alors par le souvenir ! Quelle cour que celle de Weimar, aux jours où florissait Charles-Auguste ! D'un coté, Wieland, Herder, Schiller, Goethe, tout ce que le génie a d'honneur et de gloire pour un règne; de l'autre, Charles-Auguste, les princesses Anne- Amélie, Louise et Maria-Paulowna, tout ce qu'un règne a de protection intelligente, de sollicitude généreuse, de grâce aimable pour le génie qui doit le relever dans l'avenir. Ces nobles princesses se succédèrent dans la cour de Weimar, pendant l'espace d'environ un siècle, et Goethe vécut assez pour les connaître et les apprécier toutes trois. Ce fut toujours, entre ces augustes personnes et le grand poète qui eut l'honneur d'être admis dans leur intimité, un rare commerce de sentiments généreux et de belles pensées. En échange de la sollicitude si délicate et si tendre, des prévenances si intelligentes, des sympathies de toute espèce dont elles ne cessèrent d'environner le génie, Anne-Amélie, Louise et Mai'ia-Paulowna eurent, chacune à son tour, les prémices de ses moissons. Goethe leur"^l-isait ses projets, ses plans, ses idées sur la nature et l'esthétique. H leur faisait part de son œuvre encore inachevée , et prenait conseil d'elles, heureuses de recevoir en secret les premières confidences du poëte. Goethe ne parlait jamais de ces trois nobles princesses sans rendre hommage aux égards qu'elles avaient eus pour lui, et disait volontiers que leur protection affectueuse nxa'ii ennobli et divi'^é sa jeunesse, enrichi el comblé de bonheur son âge mûr, et rcjoin et paré sa vieillesse. Ce fut sur le tombeau de la duchesseAnne-Amélie que Goethe prononça ces belles paroles, qu'on pourrait presque lui adresser : « Oui, c'est le privilège des nol)les natures, que leur passage dans les régions supérieures est une bénédiction comme leur séjour ici-bas; que d'en haut, étoiles de lumière, elles brillent à nos yeux comme des points vers lesquels nous devons diriger notre course dans une traversée trop souvent troublée par les orages ; et que ces mêmes êtres que nous avons aimés dans la vie , bienveillants et secourables, désormais bienheureux, attirent encore vers eux nos regards avides. « Le règne de Charles-Auguste a placé Weimar entre Athènes et Florence. C'est le siècle de Louis XIV en famille, dans un petit duché d'Allemagne. Le grand siècle, avec moins de magnificence et de faste, sans doute, mais aussi avec plus de loyauté, de franchise honnête et sincère. La nature, en doimant à ces activités un plus étroit espace pour théâtre, resserre les liens de sympathie qui les unissent , en même temps cpi'elle rend impossible la personnalité absorbante
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<lii monar(|UC. Vous ne (lislin^iioz pas le poêle du Grand-Duc ; Tun el l'autre porlenl les mômes insignes, habitenlle même palais. Leciuel des deux règne' AVeimar dit (pie e'esl Charles-Augusie, le monde dit »pie c'est Goethe, et Charles- Auguste laisse dire le monde. Au palais ducal, chez Goethe ; à Tierfurlh, dans la villa de la princesse Amélie, on discute, ou lit, on critique ; les chefs-d'œuvre naissent sans ciïoi'ts : partout le simple amour des lettres, partout le culte des idées ; à peine si le hruit rpie l'empereur fait en passant interrompt pour quel- »pics jours les études, qui reprennent bientôt. Quels temps ! Goethe les a vus s'ac- (■omi)lir et passer; il a vu s'éteindre une à une les étoiles de Weimar, satellites de sa gloire, et longtemps encore après elles son astre errant dans le vide des cieux a jeté çà et là sur la terre de mélancoliques rayons. Il est resté le dernier de la famille, seul avec ce chêne du Kickclhalm', qui })orte leurs grands noms écrits au cœur de son écorce, seul comme Ossian pour glorifier, en se contemplant lui-même, les esprits des héros trépassés, et c'est dans celte attitude imposante qu'il nous est apparu. Goethe résume en lui tout le mouvement intellectuel du nord de l'Allemagne au dernier siècle : il a le lyrisme de Schiller, l'idéalisme de Herder, le sentiment plastique de Wieland; il leur a survécu par celte loi de la nature qui consacre la force en tonle chose.
Maintenant il nous reste à demander grâce au lecteur pour les développements de ces études, hien longues, en effet, si l'on envisage noire propre faiblesse, mais encore incomplètes, eu égard à l'immeusilé du sujet. 11 y a des hommes en face desquels on ne saurait s'arrêter trop long-temps , car ils sont eux-mêmes un point de station dans l'histoire de la pensée humaine, car ils sont à la fois le but oii tendait le passé , et le point d'où les générations nouvelles s'élancent vers l'avenir.
' Clièno majestueux qui s'élève non loin de cette heureuse cliaiunière du Ivickellialiu, où Goethe se retira ([uclques jours pour écrire, nu milieu du plus romantique paysage, le cinquième acte de 0:1 Iphirjciüe, et sur lequel on lit encore son nom, inscrit de sa propre inain, auprès de ceux de Herder, de Gleim, de Lavatcr, de Wieland, de Sdiiller. Du reste, ce chêne n'est pas le seul priviléjtié dans la forêt, et l'on en trouve çà et lu hien d'autres, illustrés aussi par des inscriptions cliarniantes, dont le sens, toujours niélancolique. comme il convient au recueillement solitaire du lieu, rappelle les heaux jours d'une jeunesse ardente et poétique passée au sein de la nature. Ces insciiptions sont de Goethe, de Sclulier, de Herder. Les grands cerl's de laTliuriiige, errant au clair de lime, éveillent dans Les hois de mélodieux souvenirs, et la feuille cju'ils broutent leur jiai'le de ^^'crtlier et d'Oheron.
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