‹ Le Faust de GoetheChapitre 7 sur 166 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le travail que nous duniious aujourd luii au lecleur est le résultat de trois ans d'études et de méditations sur le poème de Goethe, la traduction complète, sans aucune espèce d'interpolation, des Deux Premières Parties, qui, avec les Paralipomènes récemment découverts et qui terminent ce volume, forment le cycle tout entier du Faust de Goethe. Avant nous, déjà les travaux si remarqués de M. Ampère dans le Globe, et de M. Lerniinier dans Au-delà du Rhin, avaient appelé l'attention du puhlic sur le second Faust, mais seulement en passant, à vol d'oiseau, comme fait la critique ou l'analyse. Nous pouvons donc dire que nul essai de traduction, même fragmentaire, n'avait encore été tenté lorsque nous puhliàmes, il y ajuste nn an, dans la Revue des Deux-Mondes, le morceau qu'on vient de lire, alors accompagné de plusieurs scènes et du troisième acte, l'acte d'Hélène tout entier.

Notre système de traduction est hien simple. Nous avons cherché, autant qu'il était en nous, à concilier le sentiment poétique à une fidélité scrupuleuse au texte de Goethe, à animer la lettre avec l'esprit, traduisant en vers les chansons, les chœurs de Sylphes et de Nymphes, tous les morceaux où la fantaisie, la grâce allemande, l'enthousiasme, en un mot les qualités de l'imagination, dominent; en prose, les scènes qui appartiennent à la discussion philosoj)hique, à la théorie, aux controverses de tout genre, ou se rattachent au mouvement de l'action dramatique. Toute œuvre d'imagination se compose de deux éléments bien distincts, même dans leur fusion apparente : il y a dans la poésie la plus élevée, dans la poésie transcendante d'Homère, d 'Alighieri, de Shakspeare et de Goethe, il y a

prose et le vers, le récitatif et l'aria ; nous avons traduit le récitatif en

y>2 AVANT-PKOPOS.

prose, nous coiitenlant de mettre en vers l'idée mélodieuse, la musique. On le voit, cette méthode pouvait seule convenir ici : les vers pour le sentiment poétique, pour la fidélité au sens poétique, à l'idée; la prose pour l'exactitude littérale.

Pour ce qui regarde le texte de Goetlie, nous nous sommes attaché à le rendre avec une exactitude religieuse ; et jamais les illusions de la poésie ne nous ont entraîné hors du cercle de la traduction. Nous pouvons dire aussi que nous ne nous sommes point avancé à la légère. Lorsqu'il nous est arrivé de rencontrer un passage sujet à controverse, nous avons dû recourir aux différentes éditions, et lorsque ces éditions ne se sont point trouvées d'accord entre elles, ce n'est qu'après avoir mûrement réfléchi aux probahilités logiques, et pris l'avis des hommes les plus compétents en Allemagne, que nous nous sommes décidé pour telle ou telle interprétation. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, nous prendrons un passage de la fête océanique au second acte. Les Sirènes chantent un hymne d'inauguration aux Kabires, que les Néréides et les Tritons viennent de conquérir à Samothrace , et c'est sur la reprise de cet hymne que les éditions varient : les unes portent Wiederholt als Allgesancj, c'est-à-dire, tout simplement, repris en chœur '; les autres Wiederholt, als Altgesany, c'est-à-dire en refrain comme un vieux chant ^ On le voit, il y a lieu à discussion; dans cette incertitude de la lettre, nous avons dû approfondir l'esprit, et nos investigations nous ont amené à nous décider avec le docteur Loewe ])our altgesang. Du reste, pour peu que le lecteur réflécliisse à la situation , il se rangera de notre avis. En effet, le caractère grotesque des Kabires, de ces vieilles divinités pélasgiques, qu'on représente sous la forme de pots de terre; l'ironie des Sirènes, dont le chant est un persiftlage d'un bout à l'autre de la scène, tout indique que altgesang est le mot du texte original.

Qu'il nous soit permis, en terminant, de remercier toutes les personnes dont les conseils nous sont venus en aide dans cette entreprise, et nommément M. le chancelier de Müller, ce noble archiviste de toutes les gloires de Weimar, qui s'est empressé avec tant de bienveillance à mettre à notre disposition tous les précieux documents qu'il possède, et, ce qui vaut mieux encore que tous les documents, ses souvenirs. Au reste, cette bonne grâce dont nous parlons est naturelle à la société de Weimar, société choisie, élégante, et pleine des traditions de la grande période littéraire, où l'étranger s'attarde volontiers, tant elle en fait les honneurs avec une rare complaisance.

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