‹ Le Faust de GoetheChapitre 65 sur 166 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lorsque vous ne pouvez vous tenir en place, alors creusez résolument et piochez ! là est mon trésor enfoui.

Murmures. J'ai du plomb dans le pied. — J'ai des crampes dans le bras. — C'est la goutte. — Mon gros orleil se crispe. — J'ai le dos brisé. — A de pareils signes, je vois que nous devons fouler le sol le plus riche en trésors.

L'empereur. Vile à l'œuvre! — Tu n'échapperas plus..., prouve tes vaines paroles, et montre-nous sur-le-champ ces précieuses mines. Quant à moi, je dépose mon épéeetmon sceptre, et veux, si tu n'as point menti, accomplir l'œuvre avec mes propres mains impériales, sinon l'envoyer en enfer.

Méphistophélès. a vrai dire, j'en trouverais bien le chemin tout seul ; mais je ne puis me lasser de publier ce qu'il y a de trésors qui gisent partout en attendant d'être conquis. Le laboureur qui creuse son sillon remue avec la motte un pot d'or. Il ne demandait que du salpêtre au terrain ; étonné, ravi, il trouve des rouleaux d'or dans ses mains nécessiteuses!... Que de caveaux il faut forcer! dans quels gouffres, dans quelles carrières ne doit-il pas pénétrer jusque dans le voisinage des mondes souterrains, celui qui se sent l'instinct des trésors!.... Dans de vastes caveaux gardés de toutes parts, il voit rangé en ordre tout un appareil de vaisselle, de vieilles coupes faites de rubis ; et, s'il veut s'en servir, il trouve après une bourbe antique. Cependant, vous fierez- vous à un vieux connaisseur? Depuis longtemps le bois des douves est pourri, le tartre fait au vin un tonneau. L'essence de si nobles vins ne s'entoure pas seulement d'or et de bijoux, mais encore de nuit et d'épouvante. Le savant fouille sans relâche; vouloir comprendre au grand jour, c'est une véritable niaiserie; les mystères ont pour élément les ténèbres.

L'empereur. Pour ce qui est de cela, c'est ton affaire. A quoi bon l'obscurité? tout ce qui a de la valeur doit se produire à la lumière. Qui saurait distinguer un fripon dans la nuit épaisse? Toutes les vaches sont noires, comme tous les chats sont gris. Allons, ces pots enfouis pleins d'une masse d'or! pousse ta charrue, attire-les à la lumière.

Méphistophélès. Prends la bêche et la pioche, creuse toi-même; le travail du laboureur va te faire grand. Un troupeau de veaux d'or sortira du sein de la terre; alors, sans hésiter, avec ravissement, tu pourras te parer loi-même et ta bien-aimée, car un diadème radieux de couleurs et d'éclat relève la Beauté comme la Majesté.

L'empereur. Au travail donc! Combien cela va-t-il durer encore?

L'astrologue, répétant, comme tout à l'heure, ce que 3Jéplnstophélés lui souffle. Seigneur, modère un si pressant désir! laisse passer d'abord la fêle joyeuse et variée; jamais la distraction ne mène au but. Recueillons-nous d'abord dans le calme. Méritons l'inférieur par le supérieur. Que celui qui veut le bien soit bon d'abord ; que celui qui veut la joie modère son sang ; que celui qui cherche le vin foule des grappes mûres • et que celui qui veut voir des miracles fortifie sa foi.

L'empereur. Eh bien ! que le temps s'écoule dans la joie, et le mercredi

des cendres viendra fort à propos! En attendant, célébrons, à tout hasard, plus gaiement encore le fougueux carnaval.

(Fanfares. Exeunt.)

Méphistophélès. a quel point le mérite et le bonheur s'enchaînent, les insensés ne le comprendront jamais; ils auraient la pierre des sages, que le sage manquerait à la pierre.

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