DEUXIÈME PARTIE. 22Ö
Faust. Le chemin?
Mépiiistoimiélès. Aiicnii chemin! à travers des sentiers qui n'ont point été foulés et ne le seront pas; un chemin vers l'inacccssihle et l'impénétrable. Es-tu prêt? Il n'y a point de serrure à forcer, point de verrous ; tu seras poussé parles solitudes. As-tu l'idée du vide et de la solitude?
Faust. Tu pourrais l'épargner, je pense, de semblables discours; cela sent le bouge de la sorcière, cela sent un temps qui n'est plus. N'a-t-il pas fallu avoir commerce avec le monde, apprendre le vide, en instruire à mon tour les autres? — Si je parlais raison, selon qu'il me semblait, la contradiction éclatait deux fois plus haut; j'ai dû, contre ces coups rebutants, chercher un refuge dans la solitude et le désert, et, pour ne pas vivre complètement oublié, tout seul, me donner enfin au diable.
Méphistopiiélès. Livre-toi h l'Océan, perds-toi dans la contemplation de l'infini, là du moins tu verras la vague venir à toi sur la vague, à l'instant même où l'épouvante te saisira, en face de l'abîme entr'ouvert. Tu verras au moins quelque chose. Dans les vertes profondeurs de la mer paisible, tu verras les dauphins qui glissent, les nuages qui filent, le soleil, la lune et les étoiles; dans le lointain éternellement vide, tu ne verras plus rien, tu n'entendras plus le bruit des pas que tu feras, et tu ne trouveras rien de solide où te reposer.
Faust. Tu parles comme le premier des mystagogues qui ait jamais trompé un fidèle néophyte; au rebours seulement. Tu m'envoies dans le vide pour que mon art et ma force s'augmentent. Tu me traites un peu comme le chat, afin que je te tire les marrons du feu. N'importe, nous voulons approfondir ceci; dans ton néant, j'espère, moi, trouver le tout.
MÉPinsTOPiiÉLÈs. Que je te félicite avant de nous séparer! Je vois maintenant que tu connais ton diable. Prends-moi cette clef '.
Faust. Quoi ! cela?
Méphistopiiélès. Prends-la d'abord, et garde-toi d'en méconnaître la puissance.
Faust. 0 prodige! Elle grandit entre mes mains, elle s'enflamme, des éclairs en jaillissent!
Méphistopiiélès. Commences-tu à t'apercevoir de ce que tu possèdes en elle? Cette clef te flairera la place. Suis-la, elle va te guider près des Mères.
Faust, frémîstianl. Des Mères! le mot pénètre toujours en moi comme un coup de foudre. Qu'est-ce donc que ce mot que je ne puis entendre?
sur i'arklo bruyôre, laiidis que fout autour s'ôtcndcnt tic licaux pâturages; » et quohjuos pages plus loin, dans la scène de ITcolier : «Mon bon ami, la théorie est grise, et l'arhre doré do la vie est vert. » Tel nous l'avons connu, tel nous le retrouvons.
' On peut voir dans cette clef un symbole de la spéculation, ou de la philosophie de la nature. Elle ouvre les éléments, source de toute vérité. — Il y a aussi un fameux livre de magie intitulé laClef deSalomon. — Faust en parle dans la première partie : « Sur de pareils Esprits la clef de Salomon est infoillible. »