‹ Le Faust de GoetheChapitre 80 sur 166 · DEUXIEME PARTIE. â^i · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. â^i

Une dame plus âgée. Oui, vraiment, un souffle embaumé pénètre dans les cœurs; ce souffle vient de lui.

Une vieille. C'est la fleur de croissance, fleur d'ambroisie, qui s'ouvre dans son sein juvénile, et parfume l'atmosphère autour de lui.

(Hélène paraît.)

Méphistophélès. C'est donc elle ! Ma foi ! devant celle-là je ne craindrais rien pour mon repos! Elle est jolie, mais ne me dit pas grand'chose.

L'astrologue. Quant à moi, cette fois, je n'ai plus rien à faire, et, comme homme d'honneur, je l'avoue et le confesse. La déesse s'avance, et quand j'aurais des langues de flamme... — On a de tout temps beaucoup célébré la beauté. Celui à qui elle apparaît est ravi hors de lui ; celui à qui elle appartint fut trop heureux.

Faust. Ai-je donc bien mes yeux encore? N'est-ce pas la source de la pure beauté qui s'épanche à torrent dans l'intérieur de mon être? Prix fortuné de ma course terrible! Néant du monde avant cette révélation ! combien ne s'est-il pas transformé depuis ce sacerdoce que je viens d'accomplir ! Pour la première fois le monde me paraît désirable, solide, plein de durée. Que le souffle de la vie s'éteigne en moi, si jamais je puis m'acclimater loin de ta présence ! — La douce figure qui jadis me ravit, et dont le reflet magique m'enchanta, n'était que l'ombre d'une telle beauté. C'est à toi que je voue toute force active, toute passion ; à toi sympathie, amour, adoration, délire.

Méphistophélès, du fond de son trou\ Contenez-vous et ne sortez pas de votre rôle.

Une dame âgée. Grande, bien faite, la tète un peu petite seulement.

Une dame plus jeune. Mais voyez donc le pied! comment ferait-il pour être plus lourd '?

Un diplomate. J'ai vu des princesses qui lui ressemblaient ; pour moi, je la trouve belle de la tête aux pieds.

Un courtisan. Elle s'approche du jeune homme endormi, d'un air malin et doux.

La dame. Qu'elle est affreuse à côté de cette image si pure de jeunesse !

Un POETE. Elle l'éclairé de sa beauté.

La dame. Endymion et la Lune! un vrai tableau !

Le POETE. Précisément ! la déesse semble descendre, elle se penche sur lui pour boire son haleine ; ô moment digne d'envie! — un baiser! — la mesure est comblée.

' Dès le Commencement de la scène, Mépliistopliélès s'est tapi dans le trou du souffleur, et c'est de là qu'il prend part à l'intermède. Le dial)le n'a que faire de tous ces artilices du beau langage dout un avocat tire profit; il veut tenter et nou persuader. C'est un serpent qui s'insinue par l'oreille dans le cœur. A ce compte, que lui serviraient tous ces grands mouvements oratoires et ces grands gestes de tribune? Il ne professe pas le mai, il le souftle. Qnon se rappelle la niagni(l([ue scène de Téglise dans la première partie.

iôU t^AUST.

Une DiÈGNE. Devant tout le monde ! cela devicnl par trop cxlravnjjçant.

Faist. Faveur formidal)le à l'adolescent !

Méphistophélès. Paix donc ! silence ! laisse le spectre faire comme il lui plaît.

Le coiRTiSAN. Elle s'éloigne sur la pointe du pied; il s'éveille.

La dame. Elle regarde autour d'elle, je l'avais bien pensé.

Le COIRTISAN. Il s'étonne! ce qui lui arrive est un prodige.

La dame. Pour elle, ce qu'elle voit n'a rien qui l'étonné, je vous assure.

Le COIRTISAN. Elle retourne à lui avec Ijienséance.

La dame. Je remarque qu'elle lui fait la leçon ; en pareille occasion, Ks hommes sont tous des sots. Il croit être le premier.

Un chevalier. Oli ! de grâce ! souffrez que je l'admire. — Élégante avec majesté !

La dame. La drôlesse ! voilà qui passe toutes les convenances !

U.N PAGE. Je voudrais bien être à la place du jeune homme !

Le courtisan. Qui ne serait pris en de pareils filets?

La dame. Le bijou a passé par tant de mains, que l'or en a souffert un peu.

Une autre dame. Dès l'âge de dix ans elle n'a plus rien valu.

Un chevalier. Chacun prend à loisir ce qu'il trouve de mieux ; pour moi, je me contenterais de ces beaux restes.

Un cuistre. Je la vois clairement devant mes yeux, cependant j'ose douter encore de son authenticité. Avant tout, je m'en tiens h ce qui est écrit. Je lis donc qu'elle a réellement tourné la tête à toutes les barbes grises de Troie. Et, toute réflexion faite, ceci s'accommode assez bien à la circonstance. Je ne suis pas jeune, et pourtant elle me plaît.

L'astrologue. Ce n'est plus un adulte ! Hardi héros, il l'étreint; à peine peut-elle se défendre. 11 la soulève d'un bras puissant. Va-t-il donc l'enlever ?

Faust. Téméraire insensé ! tu l'oses, tu ne m'entends pas ! arrête ! c'en est trop !

Méphistophélès. C'est cependant toi-même qui produis la fantasmagorie.

L'astrologue. Un seul mot. D'après ce qui s'est passé, j'appelle l'intermède l'Enlèvement d'Hélène.

Faust. Qu'est-ce enlèvement? Ne suis-je donc pour rien à celte place? Ne l'ai-je pas dans la main cette clef qui m'a conduit à travers l'épouvante, et la vague et le flot des solitudes, sur ce sol ferme? Ici j'ai pris pied, ici sont les réalités ; d'ici l'Esprit peut combattre les Esprits et se préparer à la conquête du double royaume. De si loin qu'elle était, comment aurait-elle donc pu venir près? Je la sauve ; elle est deux fois à moi ! Courage donc, ô Mères! Mères, vous devez m'exaucer! Celui qui la connaît ne peut j)lus vivre sans elle.

L'astrologue. Faust! ô Faust! que fais-tu? — Il Tétreint avec force;

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déjà la vision S(3 brouille ; il marche avec sa ciel' sur le jeune homme, il le louche ! — Malheur à nous! malheur ! là ! là !

(Explosion ; Faust tombe sur le sol ; les Esprits se fondent en vapeurs.)

Méphistopiiélès. // prend Faust sur ses épaules. Voilà ce que c'est que de se charger d'un fou ! Vous vous en trouvez mal, seriez-vous le diable?

(Ténèbres, tumultes.)

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