‹ Le Faust de GoetheChapitre 92 sur 166 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

teindraient à peine; ce sont les Stymplialidcs ^ rapides ; leur salut est li bonne intention. Avec leur bec do vautour et leur pied d'oie, elles auraient envie de se montrer dans notre cercle en parentes.

Méphistophélès, comme effarouché. Quelque chose siffle encore là dedans, sous les feuilles.

Le sphinx. N'en ayez point de crainte, ce sont les tètes du Serpent de Lerne; séparées du tronc, elles s'imaginent encore être quelque chose. — Mais dites, que pensez-vous devenir? Pourquoi ces gestes inquiets? Oii voulez-vous aller? Partez donc d'ici ! Je le vois, ce chœur là-bas vous donne le torticolis. Ne vous contraignez pas, allez saluer maint gracieux visage. Ce sont les Lamies, gaillardes au sourire sur les lèvres, au front hardi, telles que les Satyres les aiment; un pied de bouc doit là tout oser. i

Méphistophélès. Vous restez ici, vous, cependant? que je vous retrouve.

Le sphinx. Oui! mêle-toi à l'essaim vagabond. Nous, venus d'Egypte, nous sommes dès longtemps accoutumés à voir trôner chacun de nous durant des siècles, et pourvu qu'on respecte seulement notre lit, nous réglons le cours des jours de lune et de soleil ; nous siégeons devant les Pyramides, jugeant les peuples, les inondations, les guerres et la paix, — et restons la face immobile.

PÉJNÈIOS.

PÉNÉIOS

Entouré d'eaux et de Nymplies.

LE PÉNÉIOS.

Balancez-vous , plantes des eaux ; Respirez doucement, roseaux; Branches flexibles des saules, Frémissez; — gazouillez.

Rameaux tremblants des peupliers; Charme/ par vos douces paroles , Vos bruits incertains et confus ,

Mes rêves interrompus !

Mais une secousse profonde , Un tremblement soudain dont mes bords sont émus, Vient m'évciller du frais repos de l'onde.

^ Les Stymphalides, oiseaux monstrueux du lac Stymphalique , en Arcadie. Les Styniphalides avaient le bec et les griffes d'airain, et le bouclier le plus solide ne résistait pas à leurs efforts. Les Stymphalides combattaient par phalanges, et, dans la chaleur de l'action, s'arrachaient leurs plumes et les jetaient comme des dards sur l'ennemi. Hercule les chassa en les épouvantant au moyen d'une espèce de cymbale qu'il tenait de Minerve, et les tua de ses flèches.

Faust, errant SMr/t'èor(/</u/?eMue. Si j'ai bien entendu, sous ces épais rideaux de branches et de fouillée, une voix humaine s'est exhalée. Le flot ici semble gazouiller des paroles mystérieuses, et la brise qui passe a comme des sifllements badins.

LES NYMPHES, à Faust.

Plonge au sein de l'onde ; Dans notre fraîcheiu" Limpide et profonde Retrempe ton cœur.

Dans l'humide plaine Ici viens jouir De la paix sereine Qui te semble fuir ; Viens calmer ta peine ; Viens, nous ruisselons ; A toi notre haleine, A toi nos chansons I

Faust. Oui, je veille ! Oh! flottez, flottez, formes incomparables que mon œil caresse çà et là! Quel ravissement me pénètre au fond de l'âme! Sont-ce des rêves ou bien des souvenirs? Une fois déjà, volupté pareille t'enivra! '. Les flots se glissent à travers la fraîcheur des rameaux épais doucement émus. Ils ne murmurent pas, à peine s'ils grésillent. De tous côtés, les sources se joignent et vont se creusant en un limpide espace propice au bain. Formes juvéniles, grâces féminines, que le cristal humide offre doubles à l'œil enchanté ! Puis des troupes de baigneuses lascives, les unes nageant avec hardiesse, les autres timidement embarrassées; des cris, des combats folâtres! Ce spectacle devrait me satisfaire pourtant, et mon œil n'en pas demander davantage; mais non, il faut que mon esprit s'élance plus au loin; mon regard plonge, aigu, jusque sous cet épais taillis où l'opulente rumeur du feuillage vert cache la souveraine. 0 merveille ! échappés des bosquets profonds, voici venir à la nage des cygnes majestueux; calmes dans leurs élans, doux, mais superbes et le sein tout enflé de leur gloire, voyez-les mouvoir leurs têtes etleurs becs. ..Un d'eux, surtout, se rengorge avec complaisance et fait voile hardiment à travers les autres; son plumage orgueilleux se gonfle, et, poussant la vague sur la vague, il se dirige du côté du sanctuaire. Les autres naviguent çà et là d'une aile calme et resplendissante; mais bientôt les voilà qui livrent un assaut glorieux aux jeunes filles effrayées, qui toutes, oubliant leurs fonctions autour du berceau sacré, ne songent plus qu'à leur propre siàreté.

' Souvenir du laboratoire de Wagner, des illusions du rêve charmant où l'a berce Homunculus. Peut-être aussi observation psychologique du poëtc. L'homme, dans l'ardeur du sentiment qui le domine, perd toute idée de temps et de lieu. Il lui semble reconnaître le rivage où son pied touche pour la première fois ; les événements qui se déroulent devant ses yeux sont pour lui comme s'il les avait traversés déjà; et la plupart du temps, il ne se trompe pas, car ce monde, ces événements, tout cela existait dans son esprit à l'état d'idée ; les images de la divination se sont imprimées en lui SI profondément, qu'il les prend pour les souvenirs d'une période révolue.

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