DEUXIÈME PARTIE
Les piiorkyades. Soit!
Méphistopiiélès, sous le profil d'aune Phorkyadc. Allons ! je me pose en fils bien-aimé du Chaos !
Les phorkyades. Nous sommes sans conleslc les filles du Chaos.
MÉPinsTOPiiÉLÈs. On me traitera maintenant , ô ignominie! d'hermaphrodite.
Les phorkyades. Dans le nouveau trio des sœurs quelle beauté î Nous avons deux yeux, nous avons deux dents.
Méphistopiiélès. Il faut que je me cache à tous les regards, pour aller effrayer les diables dans le gouffre infernal.
{E.vit.)
BAIE PARMI I-ES UCCHEns DE LA MER EGEE.
Li LUNE IMMOBILE AU ZÉMTH \
SrRÈNES, campées cà et là sur les rocs, murmurant et chantant. Jadis, dans l'épouvante nocturne, les Magiciennes de Thessalie t'ont, par sacrilège, attirée vers la terre. Du haut des voûtes de ta nuit, jette un regard paisible sur l'essaim doucement lumineux des vagues tremblantes, et éclaire le tumulte qui s'élève des flots. Lune, ô belle déesse, sois-nous favorable, à nous tes servantes empressées !
Néréides et tritons, sous Vaspcct de monstres marins. Que la vaste mer retentisse du son de votre voix éclatante ! appelez autour de vous le peuple de l'abîme! — En voyant s'ouvrir les affreux gouffres de la tempête, nous nous étions enfouis aux profondeurs les plus silencieuses ; vos douces chansons vous attirent à la surface.
Voyez! comme dans notre ravissement nous nous sommes parés de chaînes d'or! aux couronnes, aux pierreries, les agrafes et les ceintures sont venues s'allier. Tout cela, c'est votre œuvre, trésors engloutis par les naufrages. Les enchantements de votre voix nous ont attirés, ô démons de notre baie!
Les sirènes. Nous le savons bien, dans la fraîcheur marine, les poissons s'accommodent de leur vie flottante et sans chagrin; mais vous, troupes joyeusement émues, aujourd'hui nous voudrions apprendre que vous êtes plus que des poissons.
Les NÉRÉIDES ET LES TRITONS. Avaut quc de venir ici nous avons eu cette pensée; maintenant, alerte, sœurs et frères ! Il suffit aujourd'hui du plus
» Dans les nuits d'enchantements, la lune interrompt son cours et s'arrête fixée à quelque point du ciel par une influence magique.
26â FAUST.
cüiirl trajet pour démontrer pleinement que nous sommes plus que des poissons.
(Ils s'cloigiieiit.)
Les sirènes. Ils sont partis en un clin d'oeil! tout droit vers Samothrace M disparus à la faveur d'un vent proj)ice ! Que pensent-ils accomplir dans le royaume des puissants Kabyres '"? Quels dieux! étranges, singuliers, ils s'engendrent eux-mêmes éternellement et ne savent jamais ce qu'ils sont.
Reste sur tes hauteurs, douce Lune! répands sur nous tes grâces. Que la nuit se prolonge et que le jour ne vienne pas nous disperser!
Thalès, sur le rivage, à llomuncidus. Je te conduirais volontiers vers le vieux Nérée ; car, à vrai dire, nous ne sommes pas loin de sa grotte; mais le rêveur maussade a la tête dure. Le genre humain tout entier ne fait
1 Au nord-est de la Thessalie et de l'île de Lemnos, sur les côtes de la Thrace.
* Les Kabires, divinités mystérieuses ou plutôt démons qui, chez les Grecs, éveillent toujours l'idée de l'antiquité la plus reculée. Les Kabires avaient à Memphis un temple et des statues que les prêtres seuls visitaient ; ce fut sur ces images de formes grotesques que Cambyse accomplit, lors de sa conquête de l'Egypte, le fameux sacrilège dont parle Hérodote, liv. III. Les Kabires étaient surtout fêtés à Samothrace, oii se célébraient des orgies et des bacchanales en leur honneur. Hérodote fait venir ce culte des Pélasgcs. C'est d'ailleurs toujours le dogme de la fécondation de la terre et du principe généralif dans la nature. Une tragédie d'Eschyle, dont qucl([ues vers seulement sont venus jusqu'à nous, était Intitulée les Kabires. On confond souvent les Kabires avec les Telchines, les Kurètes, les Koribantes, et surtout avec les Dactyles du mont Ida. L'antiquité prête ftux Kabires la forme de nains à gros ventre, de cruches, etc. — Kreutzer représente les Kabires comme d'antiques divinités de la nature, apportées d'Egypte par les Phéniciens. Selon lui, les Kabires sont au nombre de sept, nombre déterminé par les planètes, et se joignent à Ilcphaistos le Iiuitième, Hephaistos à la fois Mars, Vénus et Mercure. Le feu se mêle à l'eau, la fécondation et la vie en résultent ; de là l'harmonie universelle. Schelling, dans son Traité des Divinités de Samothrace, cherche à résoudre l'énigme à sa manière; le culte des Kabires lui paraît devoir être phénicien; il y trouve des restes de la religion primitive. Les Kabires forment à son sens une échelle d'êtres surnaturels, qui va du plus bas au plus haut, et qui, partie de l'instinct grossier de l'appétit matériel, s'élève par l'intermédiaire de Kadmilos, le messager divin, jusqu'à la suprême sagesse, au Démiurgos, au Zeus. — Parmi les mythologues allemands qui se sont adonnés à l'étude de ces obscures questions, on doit citer au premier rang Ch.-A. Lobeck de Koenigsbei'g, iiu'il sera utile de consulter pour l'éclaircissement de cette scène. L'œuvre de Lobeck parut en 1829, en deux énormes volumes, contenant trois livres. Le premier livre traite d'Orphée, le second des mystères d'Eleusis , le troisième de toute rénigmati(|ue famille des Kurètes, des Koribantes, des Dactyles du mont Ida, des Teichines, des Kabires, des Kobales et des Kerkopes. Il est plus que vraisemblable que cette œuvre exerça une influence profonde sur l'esprit de Goethe, alors occupé comme on sait de cette partie du Faust. Les Kabires, collègues et commensaux des grands dieux, Tvâpîf^pci •/-•al irpoTToXot tuv u.t-^oilbu'i ûswv *. appartiennent à Samothrace ; ils ne viennent ni de l'Egypte ni de la Phénicie, et n'ont rien à faire avec 'es Koribantes, les Kurètes, les Dactyles ou les Dioscures. Divinités d'origine pélasgique, les Kabires sont au nombre de quatre: Kabciros, Kadmilos, Axieros, Axiokersos, et le secret de leur nom ne repose ni dans le grec, ni dans l'Iiébreu, ni dans toute autre langue. Leurs mystères com|)rcnaient l'agriculture, la fécondation de la terre, les semailles et les moissons, et se célébraient dans les orgies et les bacchanales; il suflisait, pour être initié, d'avoir les mains pures de sang répandu. 11 y avait aussi des purificatious dans le temple, qu'on venait visiter de toutes parts. Au temps des em])ereurs romains, on se pressait encore vers ces mystères, enveloppés d'une obscurité profonde. Tacite raconte que Germanicus voulait se faire initier. — Jaloux de montrer la divinité de leur nature et de donner un démenti aux Sirènes, qui s'obstinent à les vouloir traiter comme des poissons, les Tritons et les Néréides partent pour Samothrace, et vont à la conquête des Kabires.
■ Slrab. X, 3.
DEUXIKME PARTIE. ^C',
ricii quo co grontlcnir qninteiix approuve. Ccporidanl, il a don do liro dans Tavonir; àcotilre, chacun lo licnL (mi rospoct ol l'Iionoro dans son poslo. Plus d'un aussi lui doil du bien.
lïOMUNCULus. Tenions l'avonluro ot frappons! Il no m'en coulera pas le vcrro et la flamme.
Nérée. Sonl-ce des voix liumainos qui frappent mon oreille! Comme soudain lo courroux me travaille dans le plus profond do mon cœur! Images aspirant sans cesse à la liauleur des dieux, et cependant condamnées à ne jamais ressembler qu'à elles-mêmes. Depuis d'antiques années je pouvais m'cndormir dans lo repos des dieux; cependant mon instinct me portait à secourir les bons, et quand, à la fin, j'en vins à considérer les faits accomplis, je vis que tout s'était absolument passé comme si je n'y avais point pris part.
Thalès. Et cependant, ô vieillard de la mer! on se confie à toi ; tu es le sage, ne nous repousse pas d'ici ! Vois cette flamme semblable aux bommes! elle s'abaddonne h tes conseils tout entière.
Nérée. Que parles-tu de conseils! les conseils ont-ils jamais eu de la valeur pour les hommes? Une parole sage meurt engourdie dans leur oreille dure; si souvent que les faits se soient cruellement blâmés euxmêmes, la race n'en demeure pas moins entêtée. Ouels avertissements paternels n'ai-je point donnés à Paris, avant que sa convoitise eût enlacé une femme étrangère! Il était là superbe sur le rivage grec, et je lui révélai ce que dans mon esprit je voyais : les airs pleins de vapeurs épaisses, envahis par des flots de pourpre ; les édifices en proie à l'incendie, au-dessous le meurtre et la mort; le dernier jour de Troie consacré par le rhytbme, et durant des milliers d'années, aussi effroyable que célèbre. La parole du vieillard, à cet effréné, sembla un jeu; il suivit son désir, et ïlion tomba. — Cadavre gigantesque, roide après de longues convulsions ! magnifique festin pour les aigles du Pinde! Ulysse de même, ne lui ai-je pas dit d'avance les artifices de Circé, la cruauté des Cyclopes, ses propres lenteurs, l'esprit léger des siens, et que sais-je encore? Ouol profit en a-t-il tiré, jusqu'à ce qu'après dos cahotements sans nombre la faveur des ondes le porta sur une rive hospitalière?
Thalès. Une telle conduite afilige l'homnic sage; l'homme bon ne se laisse pas rebuter et revient à la charge. Une drachme de reconnaissance fait son bonheur, et pèse plus dans la balance que cent livres d'ingratitude. Or, ce que nous implorons n'est certes pas petite affaire; l'enfant que voilà est possédé du désir fort sage d'exister,
Nerée. Ne venez pas me troubler cette humeur rare oii je suis! une tout autre chose me tient à cœur aujourd'hui : j'ai convoqué ici toutes mes filles, les Grâces de la mer, les Dorides. Ni l'Olympe ni votre sol ne portent une belle image qui se meuve avec tant d'élégance. Adorables dans leurs allures, elles so jettent du dragon des eaux sur les coursiers de Neptune; tendrement unies à l'élément, on dirait que l'écume les soulève
Dans le prisme de la conque nacrée de Vénus, Galatée s'avance portée, elle, la plus belle aujourd'hui; elle qui, depuis que Cypris nous a délaissés, reçoit à Paphos les honneurs d'une déesse. Et c'est ainsi que la tout aimable possède, depuis longtemps déjà, comme héritière, la cité du temple et le trône du char.
Arrière! il ne convient pas, dans l'heure de la joie paternelle, d'avoir la haine au cœur, l'invective à la bouche. Allez vers Protée ! priez le magicien de vous dire comment on existe, comment on se métamorphose.
(11 s'éloigne du côté de la nier.)
Thalès. Nous n'avons rien gagné par cette démarche. Parvient-on à joindre Protée, il s'évapore aussitôt; et s'il vous tient tête, il finit par vous dire des choses qui vous étonnent et vous plongent dans la confusion. Cependant son conseil t'est nécessaire, tentons l'aiTaire, et poursuivons notre chemin.
(Ils s'éloignent.)
Les sirènes, en haut, sur les rochers. Que voyons-nous de loin glisser à travers le royaume des ondes? Comme si, poussées par les vents, de blanches voiles s'a])prochaient, ainsi sont éblouissantes à contempler les lemmes lumineuses de la mer. Descendons; entendez-vous les voix?
Les néréides et les tritons '. Ce que nous portons dans nos mains doit vous plaire à tous. L'écaillé gigantesque de Chelone ^ réfléchit une rude image : ce sont des dieux que nous vous apportons. Entonnez des hymnes sublimes !
Les sirènes. Petits de stature, grands de puissance, sauveurs des naufragés, dieux adorés de toute antiquité M
Les néréides et les tritons. Nous apportons les Kabires, pour mener une fête paisible ; car là où ils régnent saintement, Neptune se montre favorable.
Les sirènes. Nous vous cédons le pas; lorsqu'un vaisseau se brise, avec une force irrésistible vous protégez l'équipage.
Les néréides et les tritons. Nous en avons amené trois \ le quatrième
1 Cepemlant les Néréides et les Tritons reviennent de Samotbrace, apportant les Kabires, qui leur rendrontNeptunc. Les KaLircs, comme génies protecteurs de la navigation, sont en rapport d'alliance et d'amitié avec le dieu des eaux. Tritons et Néréides obtiendront par là une nuit lieureuse de Neptune, qui n'aura garde de troubler par quelque orage la fête qu'ils se font de visiter leur père, le vieux Nérée.
2 Cliclonc [yùMm, tortue). Le lecteur se rappellera la légende de la nymplie Chelone, la bcule, dans toute la nature, qui ne lut pas conviée aux noces de Jupiter et de .lunon, parce qu'elle avait osé s'égayer sur le couple immortel. Mercure in précipita dans les flots avec sa maison et la changea en tortue, lui iniligeant, pour châtiment, de porter dans un éternel silence sa maison sur son dos. L'écaillé de tortue polie servait aux anciens de miroir; c'est dans cette transj)arence que la rude ligure dcsivabires se réiléchit.
3 Les Syrènes se joignent à l'acclamation des Néréides, et célèbrent les Kabires , dieux sauveurs dos naufragés, avec ironie, s'entend.
* Les trois Kabires de Creutzcr : Axiéros, le puissant, Hepbaistos; Axiokcrsos, le principe générateur dans l'homme, Mars; Axiokersa, le principe générateur féminin, Vénus; le quatrième, celui qui n'a pas voulu venir, semble être Kadniilos ou (Jndmos, le véritable, la tète et la pensée de tous
DEUXIEME PAKTli:. 'i(;5
n'a pas voulu venir; il prétendait être le bon, celui qui pense pour tous les antres.
Les sirènes. Un dieu peut bien railler un autre dieu '. Honorez toutes les Grâces, et craignez tout ce qui nuit.
Les néréides et les tritons. 11 doit y en avoir sept.
Les sirènes. Où sont restées les trois autres?
Les néréides et les tritons. Nous ne saurions le dire ; c'est dans l'Olympe qu'il faut s'en informer. Là existe aussi un huitième auquel personne n'avait encore pensé M Ils nous attendaient gracieusement; pourtant tous n'étaient pas encore prêts.
Ces incomparables tendent toujours plus loin; pauvres malheureux, affamés d'inexplicable '. i
Les sirènes. Nous avons pour coutume, partout où trône le divin, dans le soleil et la lune, de prier; cela porte avantage *.
Les néréides et les tritons. Quel splendide éclat pour notre renommée de mener cette fête !
Les sirènes. Cette gloire-là manque aux héros de l'antiquité eux-mêmes, si glorieux qu'ils soient.
S'ils ont conquis la Toison d'or, vous avez conquis les Kabires.
(En refrain, comme un vieux chant '.)
S'ils ont conquis la Toison d'or, nous, vous, avons conquis les Kabires.
( Les Néréides et les Tritons passent outre.)
les autres. Peut-être aussi faut-il voir, sous ces paroles que Goethe a mises dans la bouche des Néréides, une allusion aux mystères de Samothrace, mystères profonds, comme on sait, et d'une obscurité si ténébreuse, qu'on ne pouvait jamais prétendre les avoir pénétrés. La sollicitude des prêtres, exploitateurs ingénieux du sanctuaire, inventait sans relâche de nouvelles pratiques. Il suflisait de quelques jours pour embrouiller le dogme de manière à désorienter toute espèce d'initiation. Vous quittiez Samothrace croyant avoir surpris le mot de l'énigme sacrée, croyant tenir les Kabires, et, à peine arrivé à Athènes ou à Rome, vous appreniez que votre éducation n'avait été qu'imparfaite , que vous aviez oublié le principal pour vous payer de vains détails, et que, si vous aviez emporté quelques notions superlicielles du culte, les éléments, le dogme, le vrai Kabire, celui qui pense pour tous les autres, était resté dans le sanctuaire.
' Au milieu de tant de haines et ùe rivalités qui divisent les dieux du paganisme, l'homme pieux qui cherche à se les concilier tous doit nécessairement encourir la disgrâce de quelques-uns. Le persiflage est à sa place dans la bouche des malicieuses Sirènes.
2 Sans doute la huitième planète. Kreutzer prétend que les sept Kabires correspondent aux sept planètes : « Le huitième, auquel personne n'avait pensé, » serait, à ce compte, la huitième découverte par Herscliel.
'^ « Est quœdam, ut Hermanni verbis utar, etiam nesciendi ars et scientia ; nam si turpe esnescire qua> possunt sciri, non minus turpe est scire se putare qu.-e sciri nequeunt. » Aglaophamus, p. IHO, vol. H, Goethe a déjà reproduit, dans une de ses pièces, le Cor Werke, Bd. h], S. li"), cette pensée d'Hermann, dont le couplet des Néréides est comme une réminiscence ironique.
* Les Sirènes, égoïstes de la nature. — Elles s'élevaient tout à l'heure contre le culte de tous les dieux, à cause des ennuis qui en résultent; elles le célèbrent maintenant à cause des avantages qu'il procure.
^ Tandis que les Néréides apportant les Kabires longent le rivage où se tiennent les Sirènes, les cantatrices de la mer entonnent un plain-chanld'uu rite solennel, espérant que les dieux ventrus de Saniotlii'ace leur saïu'ont gré de cet honnnage.
HoMUNCULiis. Les monstres difformes me font l'effet de vieux pots de terre; les savants s'y heurtent, et brisent leurs têtes dures.
Thalès. Voilà justement ce qu'on demande : c'est la rouille qui fait le prix de la monnaie.
Protée, inaperçu. Pareille chose me réjouit, moi, vieux radoteur! Plus c'est merveilleux, plus c'est respectable.
Thalès. Où es-tu, Prêtée?
Protei;, d'une voix de ventriloque, tantôt près, tantôt loin. Ici et ici!
Thalès. Je le passe cette vieille plaisanterie ; mais, pour un ami, trêve de vaines paroles! Je sais que tu ne parles pas de l'endroit où tu es.
Protée, comme dans léloignement. »Xdieu.
Thalès, bas à Homuncidus. 11 est tout près. Maintenant, brille vaillamment, il est curieux comme un poisson ; et, dans quelque endroit qu'il se tienne transformé, la flamme va l'attirer ici.
HoMUNcuLUs. Je répands sans tarder des flots de lumière; avec prudence toutefois, de peur que mon verre n'éclate.
Protée, sous la forme d'une tortue gigantesque. Qu'est-ce qui reluit avec tant de gentillesse et d'éclat?
Thalès, cachant Homunculus. Bon! si tu en as envie, viens-y voir de plus près. Ne t'épargne pas si petite peine ; et te montre sur deux pieds humains. Que celui qui veut voir ce que nous cachons, le fasse par notre grâce, et notre consentement.
Protée, dam une noble apparence. Tu te souviens encore des ruses du monde?
Thalès. Et toi, c'est toujours ton plaisir de changer de forme?
(Il découvre Homunculus.)
Vrotèe, étonné. Un petit nain lumineux!... Je n'ai jamais rien vu de tel!...
Thalès. 11 demande conseil, et serait bien aise d'exister. 11 est, comme il m'a dit lui-même, venu au monde d'une tout étrange manière, et seulement à moitié. Les facultés de l'intelligence ne lui font pas défaut; ce qui lui manque complètement, c'est le solide, le palpable. Jusqu'ici le verre seul lui donne la pesanteur, et il ne serait pas fâché de prendre corps an plus vite.
Protée. Véritable fils de vierge, avant que tu doives être, tu es déjà.
Thalès, bas. 11 me paraît aussi critique sur un autre point: je le soupçonne d'être hermaphrodite.
Protée. Il n'en réussira que plus vite; de quelque manière qu'il s'y prenne, cela s'arrangera. Mais il ne s'agit pas ici de délibérer. Tu dois prendre origine dans la vaste mer! Là on commence en petit, on engloutit les plus petits, on croît peu à peu, et l'on se forme pour de plus hautes fins.
IloML'NCULUs. Ici soufOc uttc doucc brise, cela verdoie, et la senleur me plaît.