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XVI

Le brait de plusieurs voix^ des éclats de Tire, et un* grand mouveinent dans le château, annoncèrent Tarrivée du docteur et de M. deHosac. Déjà le baron avait fait avertir sa nièce ; et Théobald, guettant l'occasion de lui dire un mot, se promenait dans le corridor où elle devait passer pour se rendre dans le salon, lorsK qu'il apprit de Zamea que Céline venait de descendre par le petit escalier qui conduisait chez sa mère, et que toutes deux étaient avec ces messieurs. Théobald,. perdant Teapoir de témoigner particulièrement son repentir à Céline, se promit de le lui prouver e;i obéissant à ses démra, et se disposa à paraître le plui^ aimable qu'il lui serait possible. La gaieté familière de M. de Rosac le mit bientôt à son aise. A peine \» baron Teut-îl présenté comme son neveu, que M.. 4» Rosat^le traita comme un frère, etThéobs^d^ dontU malice s'amusait tout bas des airs protecteurs de soa nfêly répondait à: toutes ses avances avec une bOQr^

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faomie qui confondait Céline. C'était surtout les éloges que M. de Rosac faisait du prétendu Léon à madame de Lormoj et à sa fille, qui charmaient Théobald. •

— Vraiment, disaiUl bien haut à Céline, le docteur avait raison ; votre frère est un cavalier charmant. Il est bien rare de trouver dans les gens de son étal une^ tournure si élégante^ et des manières si accortes. Avec tous ces avantages-là, pour peu qu'il ait de l'esprit, il troublera plus d'un ménage bordelais, je le prédis. Ma foi, il fait bien d'être votre frère, ajouta-t-il, en se rapprochant de l'oreille de Céline^ car je le sens je le prendrais en horreur.

Ravi d'avoir lancé ce traita M. de Rosac se leva d'un ulr dégagé; mais moins adroit que vif dans ses mou- Tementsil s'accrocha le pied dans le tabouretde madame deLormoy^ et il serait infailliblement traibé^si le docleur, menacé de le recevoir dans sa chute, n'était Tenu à son secours. Ce petit échec ne le déconcerta point; il vint dennei^ avec assurance son avis sur une nouvelle politique dont s'entretenait M. de Melvas avec Théobald ; puis, revolant auprès de Céline, lorsqu'on vint avertir que le dîner était servi, il s'empara €e sa mam comme d'une propriété incontestable, la conduisit dans la salle à manger et se plaça près

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d'elle à table sans même attendre qu'on l'y invitât.

rhéobald s'étonna d'abord de voir le cérémonial habituel du baron s'arranger, pour ainsi dire, si bien, du 50115 façon de M. de Rosac. Mais cette indulgence }«i fut bientAt ^liquée par l'exception que l'élégant bordelais faisait en faveur de M* de Melvas* Jamais il Be lui adressait la parole qu'avec tous les signes d'ua respect exagéré; comme cette retenue n'était point dans ses habitudes, elle passait toutes les bornes et donnait à sa conversation avec M. de Melvas un ton de soumission servile, qui ressemblait à celui d'un subalterne avec son chef. Mais il était facile de remarquer que M. de Melvas lui savait gré de cette distinction, et que, tranquillisé pour sa part sur les familiarités, les inconvenances de H. de Rosac, lui permettait d'en accabler sans pitié tous les autres.

Cependant M. de Rosac ne manquait ni d'esprit, ni d'instruction; mais la gaucherie et l'assurance lui prévient souvent Pair et les manières d'un sot.

Fils d'un conseiller au parlement, autrefois fort ricbe> et qui avait perdu une partie de sa fortune dans l'i^gration, il se destinait à suivre la carrière de son pè^^, et déjà quelques succès, quelques causes plaidées avec éclat, lui avaient donné la plus grande idée de

lui-même. Un des inconvénients attachés à Téducation du Barreau, c'est d'apprendre à parler, avant de savoir penser. Dans Tâge où les idées sont à peine écloses^ les jeunes avocats les revêtissent de phrases pompeuses que le vulgaire applaudit sans les comprend dre ; ravis de ce premier triomphe^ ils portent dans k société le talent d'improviser sur tout sans rien dieei et se font quelquefois les ennuyeux bavards des salons dont ils auraient pu devenir les plus amusants eaut- «eurs.

C'est ce qui arriva à M. de Rosac; il parlait sans s'inquiéter du plaisir ou de l'ennui qu'il causait à ses auditeurs, pourtant un hasard malheureux et qui m renouvelait souvent, aurait dû Téclairer; car il no manquait jamais de raconter Taventure qu'il aurait fallu taire, de lancer des sentences contre les manies des gens qui se trouvaient présents, de vanter les personnes avec lesquelles on était brouillé; enfin de dé^concerter les intérêts de chacun, et cela, le plus innocemment du monde.

Théobald ne fut pas longtemps à s'ftpercevoir des f&cheux à-propos de M. de Rosac, en l'entendant raconter la mort d'une femme de ses amis, qui venait de succomber à la maladie dont madame de Lormx>y

i^esseûtait tous les symptômes. La pâleur de Céline aurait dû l'avertir du mal que ce récit Lui faisait ; mais ti^p occupé de lui pour rien voir, M. de Rosac s'éteadaii avec tant de complaisance sur les moindres détails de cette agonie, que ThécJWd prit le parti de Tinterrompre^-en lui demandant s'il ne pourrait pas les entretenir d'un sujet plus gai.

— Comme il vous plaira, répondit M. de Rosac» nous ne manquons pas à Bordeaux d'histoires fort divertissantes.

— Et dont vous êtes le héros, je gage, dit Théobald d'un ton flatteur et malin.

— Qni, moi? repi^tM. de Rosac en jetant un regard sur Céline; j'ai donné ma démission de toutes ces affaires- là. C'est à vous, cher Léon, à vous lancer sur oette mer orageuse; vous n'y manquerez pas de bonnes prises, armé comme vous Tètes; moi^ je suis au port, et à moins qu'on ne me repousse cruellement du rivage, j- espère bien m'y fixer pour jamais.

— Oui, je sais que Ton dit toujours ainsi, reprit Théobald, au risque de s'enfuir avec la première baique qui se^ présente.

— Pas mal, vraiment, répliqua M. de Rosac avee rappTcfbation la plus humiliante ; pas maVil suit très*

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bien la métaphore. Mais il devrait nous raconter quelques-unes des aventures galantes qui lui sont arrivées dans ses forêts du Nord. On dit que les Sibériennes «ont charmantes, et que les glaces de leur pays n'empêchent pas qu'on ne brûle pour elles. ^

'— De deux choses Tune, reprit Théobald, ou je n'ai point eu de succès auprès d'elles, et c'est trop m'humilier que d'en convenir, ou j'en ai obtenu, et j'en dois le secret Ainsi vous voyez que je ne puis imiter votre aimable confiance.

La réponse déplut à M. de Rosac, car avant d'en venir à son récit funèbre^ il avait raconté quelques histoires dans lesquelles il trahissait les regrets amoureux de plusieurs de ses victimes. 11 ne savait comment, disait-il, on avait appris qu'il voulait se marier ; cette nouvelle levait semé Palarme parmi les jolies femmes de Bordeaux, et il était accablé de lettres, d'explications, de reproches interminables. Théobald, devinant bien que cette fatuité provinciale ne pouvait plaire A Céline, l'encourageait de son mieux. Mais M« de Melvas, qui voulait montrer son favori plus à son avantage, mit la conversation sur un sujet plus intéressant. On parla des afiTaires publiques, de rechange des prisonniers, du retour de plusieurs officiers

que Ton croyait morts. M. de Rosac raconta qu'un de ceux-là étant arrivé inopinément chez sa femme, Tavait trouvée établie conjugalement avec un autre ; qu'il s'était fâché ; mais que la femme, armée d'un extrait mortuaire bien en forme^ Tavait contraint de chercher ailleurs un asile.

-^Vous verrez, ajouta M. de Rosac, que cette misérable guerre de Russie amènera une quantité de procès de ce genre ; tant de soldats ont été retrouvée morts dans les neiges, et tellement défigurés, qu'on a bien pu se tromper sur leur nom ; sans compter que ceux qui n'étaient pas satisfaits du leur, pourront faci* lement le changer contre celui d'un autre à la faveur de tout ce désordre. Et Dieu sait comment les fripoM et les intrigants vont en profiter.

A ces mots, une rougeur subite couvrit le front de Théobald. Emporté par mi mouvement irrésistible, il dit:

•— Peut être aussi cette faculté de passer pour ub autre, servira-t-elle à quelque bonne action; l'arme qui assassine peut aussi défendre la vie d'un honnête homme, et tout dépend de la main qui s'en sert.

— Soit, reprit M. de Rosac, mais croyez bien qu'une semblable ruse ne protégera jamais Tinnocence. A

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propos de prisonniers, n'avez-Vous pas nn ami qBÎ doit être encore en Russie?

— Oui, monsieur, répondit Théobald d'un air accablé.

— Eh bien, vous allez le revoir,

— Ne parlons pas de cela, interrompit le baron.

— Quoi ! serait-il mort?

A cette question, l'effroi se peignit dans les yeux de Céline.

— Non, répondit M. de Melvas, mais des raisons de famille...

'^ Je comprends, dit M. de Rosac, bon chien chasse de race et bon tigre aussi, n'est-ce pas?

— Monsieur, dit fièrement Théohjild, ITionneur de l'homme dont vous voulez parler m'est aussi cher que le mien; il n'a rien fait en sa vie qui démente cet honneur, et je vous préviens qu'en douter c'est m^in- ♦ sulter moi-même.

— Dieu m'en garde, reprit M. de Rosac, je respecte toutes les amitiés si aveugles qu'elles soient ; et puis le sang lave le sang. Quanti on s'est bien battu, mèàie pour une mauvaise cause, on doit être regardé comme un honnête homme.

Celte profession amena une longue discussion sur

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le» nmux aitftchés à la gueiise» i rambition et mèoie à la gloire, m

Théobald, animé par la sortie qu'il veàaii de faire contre M* de Bosae, défendit avec chaieur les intérêt^ dB Tarmée française; il cita des traits de bravoure et èe dévouement dont Tantiquité même n'ofirait point es modèle. Entraîné par sa belliqueuse éloqnence, on écoutait avec ai/âdité le récit de ces fatales victoires, Gà la flamme restaiflieule en possession du cbamp de bat^lle, et après avoir déploré av^lui tant de malheurs irréparables^ on se vit forcé de convenir que ceux qui lea avaiei^ a&ontés A courageusement^ seraient longtemps les fn^emiers soldats de l'Europe.

Les sentiments patriotiques triomphent ordinaire* ttient des opinions les plus opposées. M. deMeLvas lèborhait eelui qu'il appelait l'ogre de la jeunesse française, le diable incarné de la gi^rre, et il ne pou^ tait se défendre d'un mouvement de fierté en pensant que son fils avait partagé quelque temps la gloire d& ses armées, et que s'il n'était pas mort à la victoire d'Eylau, il aurait pris sa part de tant de nobles revers. Mais honteux d'avoir cédé un moment à cet orgueil national, M. de Melvas fit une longue diatribe contro la rage des «onquètes et les désastres qu'elles entrai-

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nent, et tout cela finit, comme de coutume, par des regrets sur le passé, et quelques injustices pour le temps présent. ^

En sortant de table, M. de Rosac s'empara de nouveau de la main de GélinCi et la conduisit vers la terrasse. Théobald se disposait à les suivre, espérant trouver enfin Toccasion de dire à Céline qu'il la onjurait de ne plus être triste^ qu'il était au désespoir de lui avoir déplu, et que jamais il ne l'avait trouvée si jolie qu'avec sa robe bleue. Mais le baron le retint par le bras en lui disant : Laissons-les causer ensemble; il faut bien se connaître un peu avant de rien conclure. Alors il ramena Tbéobald vers le docteur, qui s'en-* tretenait avec madame de Lormoy , en prenant son café*

Si Théobald avait été moins occupé de ce qui sa disait sur la terrasse, il n'aurait pu s'empêcher de rire du plaisir que le docteur semblait prendre à prescrire la diète la plus austère, après s'être donné pour son propre compte la satisfaction de diner le mieux possible. Mais Théobald, les yeux attachés sur Céline, cherchait à deviner à sa contenance ce que lu. disait M. de Rosac. 11 la voyait tour à tour rêveuse, embarrassée ou riant aux éclats. Cette gaieté n'avait rien d« naturel, et paraissait naître seulement de l'envie de

toarner en plaisanterie le sérieux que M. de Rosac voulait imposer à la conversation. Malgré tous les signes qui devaient prouver à Théobald que cet entretien importunait Céline, il la trouvait encore trop patiente à l'écouter, et il l'accusait même de le prolon* ger en se montrant si tolérante pour les aveux que sans doute elle était forcée d'entendre. Enfin madame de Lormoy, fatiguée d'avoir assisté à un dîner bruyant, se trouva plus souffrante, et le docteur lui ordonna de se retirer. Céline fut appelée pour l'aider à se mettre au lit, ce qui interrompit l'entretien, au grand regret de M. de Rosac. Alors Théobald, rentrant dans ses droits, soutint madame de Lormoy et la conduisit dans sa chambre.

Pendant que Zamea déshabillait sa maîtresse, il passa dans la bibliothèque sous prétexte d'y prendre un livre ; mais dans l'espérance que Céline viendrait bientôt l'y trouver. Il s'en flatta vainement, et se vit réduit à retourner dans le salon ; là, il s'assit à côté de la porte par laquelle C^ne devait passer en sortant de chez sa mare, et dès qu'il la vit paraître ; il lui dit tout bas :

— Par grâce, écoutez-moi.

~ Je ne le puis en ce moment, répondit-elle ; mais

iSO LE FAUX FRÈRE

moi aussi j*ai à yous parler; et quand tout le monde f«ra parti...

^' — Votre oncle restera encor».

— C'est vrai, reprit-elle, ^ réfléefaissant, et il ne font pas qu'il nous entende.

— Gonnnent faire? dit Tbéobald.

'— Vraiment, rien n'est plus simple, r^liqi^ naïvement Céline ; quand ee soir lu m'entendras monter dans ma chambre, tu viendras m'y trouver.

— Ahl non, s'écria. ThériMdd épouvanté de cette confiance fraternelle... Non.r. pas ee soir. Demain avant le réveil de sa mère, Céline me trouvera ici; mais elle m'a déjà pardonné, n'estHse pas? ajouta-t-il en lui prenant la main.

— Ah 1 je ne suis pas si bonne : mais comme j'ai besoin de toi en ce moment, je feindrai Findulgence. A demain*

En finissant ces mois, Gétina alla faire apprêter la partie de son oncle, et l'on vint passer le reste de la soirée dans la chambre de sa mère. H. <^e Rosac affecta de parsdtre lêvenr. M. de Melvas lui en fit des plaisanteries qui alimentèrent sa gaieté et celle du docteur Frémont. Quelques jkistsMtioi» de la part de Céline vinrent y mettre le comble ; car c'était à leurs

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yeux les symptômes certains d'un «Knoar naissant, et chacun d'eux s'applaudissait de cette tiympatbie Istvec un amoùr-ptopre d'auteur qui imfpaiientait %éobaId^^ — Yoîlà pourtant comme sefontla plupartdes mariages, pensait-il; Fami de la maison présente un htinnoê ridie; le chef de la famille raecepte;#nmet les Muiv en présence; l'emibarras les saisit; on leur persuade^ que c'est l'amour et on les enchaîne pour la Tie l'uni Tautre. Non, jamais je ne serai complice de ces sortes de trahisons. Et si je ne puis $tre l'époux de Céline, je la protégerai du moins contre eeux qui fuient la^^ sacrifier.

xvn

Le leûdeffiain Théobald était dans le salon bien avant qoe-Céliné s^ rendit. H s^aitendait à lui trouver l'air sévère d'une penonne qui s'apprête à faire de justes reproches; mais l'amenr seul conserve un long ressentiment des légers torts que l'amitié pardonne mftme sans explication, ^éebald avait paru triste du chagrin de Céline : cela su&ait pour en efiacer jus-

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qu'au souvenir. EUe lui tendit la main en arrivant| et sans vouloir écouter ses excuses, elle dit :

— Ne parlons plus de cette querelle ; je ^ois que tu m'aimes, que tu voudrais me voir heureuse, et ma confiance va jusqu'à te montrer tout ce que j'attends de toi. N'ayant jamais eu l'occasion d'éprouver mon caractère, on me suppose des qualités que je n'ai pas^ entre autres celle d'une soumission aveugle aux moindres désirs de ma mère et aux volontés de mon onde; c'est tout simple : jusqu'à présent l'obéissance dont on m'a su tant de gré, consistait & sacrifier sans regret les plaisirs d'un monde que je ne connais pas» aux soins qu'exige la santé de ma mère ; à ne point contrarier mon oncle sur des opinions, des manies^ dont je n'avais rien & souffrir ; et pour prix de cette conduite si facile, j'étais comblée chaque jour de nouvelles preuves de teur tendresse. Ainsi trompés par mon empressement à leur plaire^ ils ont pris mon bonheur pour de la docilité» et ils en ont conclu qu'ils pouvaient m'imposer le lien qui leur semblerait le plus convenable, sans avoir à craindre le moindre refus de ma part.

' ^ Quoi 1 dit Théobald en cachant mal la joie qu'il ressentait, leur cho|x ne serfôt point ap^^ruiîvél Cc«

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pendant M. de Rosac ne parait pas avoir cette erai nie; je suis certain qu'il iserait impossible de trouver une faison à ce refus. >«,^

^— Le malheur est, reprit Céline, que je n'en trouve pas davantage; car, d'après ce que j'entends dire des jeunes gens du monde, M. de Rosac ne me parait pas plus méchant, ni plus ridicule qu'un autre ; H est aux petits soins pour ma mère ; il prétend m'aimer : sa fortune m'assurerait une existence agréable. <— En ce cas^ interrompit Théobald avec humeur/ pourquoi motif le refuser?

— Pour un motif qui n'a pas le sens commun, et q/ie je me garderai bien d'avouer.

— Âhl Céline 'm'a promis toute sa confiance : ne m'en croirait^elle plus digne?

•^Jete crois fort discret pour les intérêts sérieux; mais je crains ton ironie sur certains sujets^ et d'ailleurs, il est fort inutile de savoir pourquoi je résiste i ce projet de mariage ; l'essentiel est de m'aider à trouver un moyen de le faire manquer sans m'attirer la malédiction de mon oncle.

— Si je connaissais l'obstacle qu j ffj oppose, je pourrais peut-être m'en servir.

-* Ah 1^ curieux I ttt ne penses qu'à deviner mon

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secret, et point du tout à me aoirtir d'embarras. Cependant je n'ai pae un instant à perdre* H. deEosac m'a instruite de la demande qu'il avait faite à ma mère, en ajoutant d'un ton solennd, que ma réponse déciderait de son sort.

^ — Au fait, si ce n^est qu'une idée folle, qu'un caprice d'enfant, qui s'opposent à ses vceux, je ne vois pas pourquoi Ton contrarierait les désirs de sa famille €t ceux d'un homme qui ne déplait point| pour satisfkire ce caprice*

*— C'est fort bien raisonné... et pourtant je ma ferais conscience de contracter un lien sacré avec le cœur occupé d'un sentiment semblable.

— Ah I c'est un sentiment qui est l'obstacle?

— Non, c'est plutôt un rêve; mais, comme ni l'un ni l'autre ne parsdtront jamais des raisons suffisantes, ]'ai envie de dire à ma mèce que M. de Rosac te déplaii.

— A moi!

— Sans doute; je lui laisserai entrevoir que vos «araetètes ne s'accorderaient point, et que je serais trop malheureuse de vous vdr mal vivre ensemble.

— Mais ce n'est pas moi qu'il épouse^ et ce serait me rendre odieux à toute la famille inutilement : on rirait de mon antipathie pour M. de Rosac, et le

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mariage ne s'en conclurait pas moins. Il est bien plus 5Ûr d'aYOïrer le sentiment qui s'y oppose ; il n'en peut naître que de nobles dans une âme aussi pure que celle de Céline, et die ne doit pas craindre de les eenfier.

— J'admire avec quelle ténacité tu reviens toujours à ce que tu veux savoir. }e te le dirais peut-être, si tu me promettais de ne pas te moquer de moi, et surtout de ne jamais en parler à celui. ••

£t Céline s'arrêta, ne sachant qud nom donner à l'objet de sa pensée. Son visage s'embellit alors d'une expression que Théobald ne lui avait jamais vue ; son regard s'anima, comme à l'apparition de ce qu'on aime, et le plaisir de parler de cet êti*e inconnu qui do* minait son imagination, tr ionij^ant de san tfouble, elle ajouta vivement :

— Tu le promets, n'estKje pas?

— Oui, tu peux tout exiger de moi, répondit Théobald, ému d'une crainte involontaire : il n'est rien que je ne puisse sacrifier à ton bonheur.

— Hélas I il est impossible, le bonheur que tu me désires; tout me prouve qu'il faut renoncer à ce rêve charmant, et pourtant rien ne peut m'en distraire. Au reste ma folie est ton ouvrage, et tu dois l'excuser.

— Quoi! je serais!...

— La cause de ce prestige, et, comme tu Tas fait naître, tu pourras peut-être le détruire.

En cet instant, Théobald sentit battre son cœur avec tant de violence^ qu'il Ini fut impossible de proférer un mot, et Céline continua.

— Élevée dans notre colonie, je suis arrivée en France avec des idées toutes différentes de celles des jeunes personnes que j'ai vues ici. Toutes occupées de leur toilette, du soin d'attirer les regards de quelques héritiers bien riches, elles ont tenté vainement de m'inspirer la même ambition ; j'ai senti que l'existence qui faisait leur envie me paraîtrait insipide, et que je ne pourrais jamais me résoudre à faire ce qu'elles appelaient un mariage de convenance. Dès-lors, éprouvant le besoin de placer sur un objet quelconque le vague sentiment qui r^nplissait mon âme, je me suis créé un être imaginaire, que j'ai paré de toutes les qualités, et même des défauts qui devaient Tembellir à mes yeux. Quand je l'ai vu si aimable, tu penses bien que je l'ai rendu fort amoureux, et que je ne me suis donné d'autre rivale que la gloire. Mais chaque jour je le noyais, conduit par un sentiment généraux, exposant sa vie pour sauver celle d'un ami, s'illustrant

sur un ebamp de bataille; puis se dévouant sans faste à secourir le malbeur. Pour acbever la séduction, il m'apparaissaitj après ces actions d'éclats, livré à une douce rêverie, les yeux attachés sur mon portrait tt m'adressant tout bas les plus tendres aveux. Enfin, à force de le rêver, j'ai cru le connaître; et^ ne doutant pas de son existence^ j'attendais le moment où elle me serait entièrement révélée, lorsqu'une lettre de toi vint me frapper d'une lumière subite. C'était la triste relation de ce qui était arrivé à ton ami et à toi, depuis le combat oûf après avoir été si dangereusement blessés, on vous avait faits prisonniers. Tu dois te rappeler ajouta Céline, en s'étonnant du silence de Théobald, que ce paquet fut confié par toi à un négociant

d'Oriembourg, qui nous l'a fait exactement parvenir. — Oui, répondit Théobald d'une voix étouffée, et

je n'oublierai jamais la reconnaissance qui lui est

dû.

-.— Eh bien, dans cette relation où tu semblais te

complaire à faire valoir les soins de ton ami, où tu

peignais son caractère avec des couleurs si séduisantes ;

où tu vantais ses actions avec un enthousiasme si vrai, je crus retrouver l'image de celui qui captivait

ééjk toutes mes pensées.

— Gomment I ce serait moi, s'écria Tbéobald, prêt à se trahir dans l'excès de son émotion.

— Oui^ c'est toi qui me Fas fait aimer, reprit Céline; et c'est ce Théobald^ auquel je suis presque étrangère^ que j'ai associé à mon sort. Je l'avais prévu, tu ris de ma folie?

— Oh non 1 je n'en ris pas • seulement je ne puis concevoir... Quoi I c'était dans le même instant. •• mais, tu savais la haine qu'on lui porte ici. Tu savais que jamais cet amour...

— Hélas I oui ; et, malgré cette triste certitude, les préventions de mon oncle, celles de ma mère, n'ont fait qu'ajouter à mes sentiments pour ton ami ; je me, regarde comme le vengeur des torts que le monde a envers lui, comme la consolation que le ciel lui destine, en compensation des malheurs qu'il doit à son père; enfin, soit générosité, soit amour, ce qu« j'éprouve pour cet être inconnu ne me permet pas d'accepter sans trahison la main qu'on me propose; je sens que ta sagesse même ne suffirait pas pour me détacher de lui, et que, pour renoncer à l'espoir d'en être aimée, il faut que tu me prouves que son cœur est jpour jamais à une autre.

— Ah I son cœur t'appartient tout entior t s'éwa

Théobald puis, cherchant à réprimer le sentiment qui régalait : Oui, je suis-garant des efiforts qu'il a faits pour surmonter la passion qui l'entraîne vers toi ; mais la même puissance qui te révélait son amour Tenchai^ natit à ton imag«»; il te voyait partout : il croyait t'entendre parler, lorsque ton frère lui laissait lire les expressions si touchantes de ta tendresse. Il regrettait i^ ne pouvoir t'apprendra qull existaitau bout du monde un malheureux dont tu charmais l'exil. Ah I s'il avait pu deviner que ses vœux parvenaient jusqu'à toi, que tu daignais y répondre, tous les supplices de la captivité ne l'auraient point empêché de bénir son sort ; et pourtant, ajouta Théobald comme frappé d'une reflexion sinistre, son sort ne peut être qu'à jamais misérable !

— Ehl pourquoi? reprit en souriant Céline, si tu

dis vrai , s'il m'a devinée , s'il m'aime, crois-moi : nous braverons tou3 les obstacles.

-—Non, j'en prévois d'invincibles ; etle plus grand de tous est l'excès même de son amour pour toi ; il ne voudra jamais te faire partager la honte de sa naissance ; le temps n'est plus où Ton pouvait couvrir de lauriers les taches de son nom, et tu dois en porter un plus noble.

— Qu'entends-je ! c'est Léon, c'est Tami de Théo-

bald qui m'ordonne de l'oublier 1 de l'abandonner à son malheur!...

— Oui, lorsqu'il s'agit de ton intérêt, je dois sacrifier tous les miens. J'avoue qu'un moment, séduit par l'idée de voir Théobald le plus heureux des hommes, j'ai oublié l'arrêt qui le condamne à vivre éternelle*ment loin de ta famille.

— Cet arrêt, peux4u l'approuver? N'ai-je pas vu ton amitié en gémir? Ah ! tu veux imiter en vain la sévérité de mon oncle ^ je vois des larmes dans tes yeux; mon bonheur et celui de ton ami triomphent d'un préjugé barbare. Ton estime, ta reconnaissance pour Théobald avaient déjà su vaincre cet affreux préjugé, pourquoi l'amour n'âurait-11 pas la même puissance?

— Ah ! c'en est trop, s'écria Théobald en se levant, cet effort est au-dessus de mon courage : il faut te fuir, pour résister à ta prière... l'aveu que je viens d'entendre a jeté trop de trouble dans mon esprit, pour qu'il me soit permis de te donner un conseil... Je vais réïBlécbir sur le parti qu'il nous faut prendre,.. Crois que le soin de ton bonheur m'occupera uniquement... Chère Céline, si tu savais !... Mais non, ajouta-t-il en s'éloighant, tu ne comprendrais pas... comment tant de désespoir... peut s'allier à tant de joie.

LE FAUX FRÈRE il^i

Ces derniers mots, à peine articulés, ne furent point entendus de Céline. Elle attribua l'extrême agitation de son frère au combat qui s'élevait entre son amitié et ses devoirs de famille ; en se livrant à ses conseils, elle le rendait responsable de sa destinée entière, et Céline ne s'étonna point de le voir chercher la solitude pendant toute cette journée qui devait décider d'un si grand intérêt.

Depuis plusieurs jours Théobald cherchait à sortir d'une situation dont les motifs les plus généreux ne lui dissimulaient pas la honte et les dangers ; la contrainte qu'elle lui imposait, la nécessité d'entendre souvent des choses dont sa fierté se révoltait, lui faisaient trouver quelque mérite à maintenir son rôle ; mais dès qu'il apprit qu'il pouvait être aimé de Céline, ce bonheur vint changer en remords le reproche qu'il fe faisait de n'avoir point encore détrompé M. de Melvas. Ce n'était plus tin ami offensé, méconuu, qui se sacriflait par égard pour la vie de la mère de Léon : ' c'était un amant qui s'introduisait par ruse dans une

famille, pour y séduire une jeune personne doat la main lui était refusée d'avance. Le caractère de Théobald ne lui permettait pas de prolonger davantage une

erreur dont on pourrait Taccuser d'avoir voulu profiter, et il se décida à partir au plus tôt, en laissant à M. de Melvas une lettre qui lui expliquerait les motife de sa conduite. Mais, avant de&'éloigner pour toujouss de Céline , il voulut la préparer par quelques mots à cette séparation ; et c'est la veille du jour fixé pour son départ, qu'il la pria de venir le rejoindre dans un endroit du parc où elle se promenait tous les soirs.

Avec quelle douloureuse impatience il l'attendit sous ces beaux ombrages, où il ne devait plus la revoir I que de tristes adieux il adressa à tout ce qui l'en» tourait ! Combattu entre la résolution d'accomplir son devoir, et le désir de rester un Jour de plus auprès de Céline, il frémissait d'entendre le bruit de ses pas ; il aurait voulu qu'un obstacle la retînt près de sa mère, et pourtant, lorsqu'il aperçut sa robe blanche à travers le feuillage, le malheur présent, les regrets à venir, tout céda au charme de sa présence.

— Eh bien, Léon, qu'as-tu décidé? dit Céline; M. de Rosac vient demain cherchei^ ma réponse; que lui dirai-je? Ah 1 mon Dieu, ajouta-t-elle en voyant

la {^leur de Théobald, tu souffres, ou peut-être quelques tristes nouvelles. .»

— Non... je ne sais rien qui doive alarmer ma chère Céline. Seulement un devoir impérieux m'oblige i la quitter demain, et ce départ m'afCiige.

— Où vas-tu? dit vivement Céline; quel intérêt peut t'éloigner de ma mère dans l'état où elle est ?

— Mais le docteur la trouve mieux, il me semble ; et d'ailleurs, s'il m'est permis de revenir bientôt...

— Hélas ! le docteur nous flatte, j'en ai peur ; ellemême cherche à nous tromper sur ses souffrances; mais, hier soir, plus inquiète de son état, j'ai bravé sa défense : je suis restée, sans qu'elle le sût, toute la nuit dans sa chambre; elle n'a point dormi, sa toux a redoublé, et Zamea m'a dit que jamais elle ne lui avait paru plus agitée.

— Cela me désespère^ reprit Théobald^ car il m'est impossible de retarder mon départ; mais Céline lui reste» et ses tendres soins Tempêcheront de s'apercevoir de mon absence.

— Comment le supposer^ quand tu vois chaque jour l'effet de ta présence? C'est toi seul qui l'animes; quand tu lui parles, elle oublie ce qu'elle souffre, et je ne sais ce qu'elle deviendrat maintenant qu'elle est si

iUU LE FAUX FRÈRE

contente de le revoir, s'il lui fallait renoneer tout i coup à ce bonheur. Va, quel que soit le devoir qui te réclame, il ne saurait l'emporter sur celui qui t*enchaîne ici. Mon oncle sait-il ce départ ? — • Non ; mais il l'approuvera, j'en suis certain.

— Moi, j'en doute, et je vais à l'instant même lui en demander son avis.

— Par grâce» Céline, laissez-moi l'instruire de ee projet; moi seul je puis lui en expliquer les motifs.

— Et pourquoi m'en faire un mystère? Pourquoi répondre si mal à ma confiance? Ce projet, tu vien'â de le concevoir; sans doute, quelque malheur l'a fait naitre, car ton cœur ne se résignerait pas à nous affliger ainsi pour une cause légère, et si tu t'obstines plus longtemps à me la cacher, je croirai que tu crains de me frapper d'une affreuse nouvelle. •• Je croirai que Théobald... Tu détournes les yeux... tu trembles... Ahl je ne ine trompe pas... Malheureuse... il se meurt!... Et Céline fondit en larmes, en se laissant aller dans les bras de Théobald.

— Non 1 il vit pour Vaimer, s'écriart-il, pour te regretter toujours, et c'est toi qu'il implore pour qu'il ait le courage de renoncer à toi... Il ne peut plus t'auuser; son amour était une folie ; le tien en fait ua

LE FAUX FUÈRE U5

crime: Théobald doit rejeter ton noble sacrifice; pourrait-il 1*nccepter sans t'associer % son malheur, sans tî aliir la c^jnfiance de ta famille? Oui, tout lui ordonne d'abandonner l'espoir qu'il tenait de ton frère : ce vœu d'une si sainte amitié ne doit point s'accomplir...

— Que dis-tu?... Quoil c'est après avoir mis tant de soin à créer, à maintenir cette espérance dans

on âme, que tu veux l'anéantir? Quel changement s'est donc opéré dans ton amitié pour lui ? As-tu donc oublié ces lettres où tu semblais m'ordonner de l'aimer? Ah ! je ne puis croire à tant d'inconséquence^ ta me trompais alors, ou tu me trompes aujourd'hui; mais je saurai la raison d'une conduite si étrange, et si je l'apprends par d'autres que par toi, je sens que mon cœur t'en gardera un éternel ressentiment.

— Ah I n'ajoute pas au tourment que j'éprouve.

— Eh bien, é&-moi ce qui t'afflige.

— Je ne le puis.

— Théobald serait-il de retour en Fance I... Tu ne me réponds pas?... Il est ici peut-être?

— Oui... répondit Théobald , d'une voix presque éteinte.

— C'est lui qui te réclame. Son cœur a changé. Je l'avais pressenti : c'est lui qui te dicte leti fa^'^^ atis

tua LE FAUX FKÈRE

^iuti^ tu me doanes... Ua bonheur réel a remplacé sans pemQ Tespoir le plus incertain., et mlà ce cjue tu crains de m'apprendre. Je te rends grâce dfe cette pitié, mais je n'en suis pas digne, ajpuia Céline d'un Ion dédaigneux. Je a'avais aucun dro|t sur le cœur de Théobald, il en peut disposer, sans blesser le mien; d^ailleurs il n'est point de rêve sans réveil, et je ne doute ptas que mon sentiment ne s'évanouisse avec rillusion. q\ii Ta. fait naitce. Je pourrais, te reprocher de L'aviaâr.sL lodig^mps entretenu; mais, je te pardonne. : à J'ii;s:enir na me trompe plus,'car je hais toute €&(VdCd^. ruse, et celle qui servirait Théobald en ce moment, lui ravirait pour jamais mon estime.

— Eh„ bien,, accable-moi doue de ton mépris, s'écria Théobald:,, ne pouvant plus contenir le secret qui l'oppresse.,, oui I jp te trompe; la plus étrange fatalité m'a conduit à l'actioiiKxla. p^us coupable, et pourtant le ciel sait que j'en suis innocent; mon amour mènie n^en.piBut toa accusé : ta.mère seule a tout fait... Je ne suis pas Léon^

 cas. mots, Céline, glacée dWroi, se lève pour s'éloigner de Théobald ; mais se précipitant à ses pieds^ U la retient et dit :

f^i\(à fhis pas sans, m'entendre, ou j^te le jure, je

mefursFici... Ta me dois ta pitié; mais Mitoa cœur me 1.1 refuse^ pense à tamèrei ^.

^ — Ma mère I répéta, Célin^. avec l'accent de U terreur ; si elle sanrait^ ô* mon Dieuil.^.. maîsr qui donc peut ravoir trompée aânsi ?'

— Tu Tas trop deviné! Quel amtref (pie. l!ami de Léon pouvait s'exposer à perdiBitcn estnae pour; épargner là vie' de ta mare?'

— Bt mon frère !•.. où est^il?^demanda Céline d'un air égaréi

A cette quesëtm leei yeiix< de> ISiéabaidj! av. remplir rentd^ liarmes. HélasI c^était lépondre^ et iBimidheu^ reuse Gélihe^ saeeombant au: oonpi quialladtcfrap^er sa mère^9 tdmlya inanimée dans les bras de Théobald:

Eh'la voyant" ainsi; il- S'âbandonnvan^ plus* violent désespoir, s'accusant de n'avoir pa» sui ménager* sa» douleur : iPFâcppBiàitêr grands" crîs^ lui-prodi^ait les noms'lès' plus tendres. Bbfinr lès anmots^' de^ sai voix: suppliante parvinrent au'corardëSéline; s»?' yeux. serouvrir^înt; nmàppeine'eureBt-il^' rencontré^ le brûlant reguid^ de Théd)»!*, qu^Wlé^ fit^ un' mouvement pourse dcgaj^^rde'sefr brw% Offensé de cette marqua* d'effi-oi.

148 LE FAUX FKÈRE

— Ne craignez rien, dit-il, celui que vous avez pv nommer un instant votre frère, peut-il jamais vous offenser ? Ah l c'est pour vous conserver la paix, l'honneur, qu'il s'exile de ces lieux. Songez-y donc, Céline^ je vous aime depuis longtemps... j'ai reçu votre aveu. .. et je pars !•«.

— Vous partez I... et ma mère !

— Hélas ! j'aurais voulu prolonger éternellement son erreur. Mais forcé de vous quitter, je vais écrire à M. de Melvas de préparer sa sœur à la triste nouvelle que je venais vous apprendre ; qu'il blâme ou non la faiblesse qui m'a fait accepter le rôle qu'on m'a prèsque imposé ; qu'il m'accuse d'avoir cédé à l'effroi que m'inspirait l'état de votre mère, peu m'importe : la résolution de vous fuir, de renoncer à Céline m'acquitte assez envers lui ; et sa colère ne peut rien ajouter à mon malheur.

— Mais elle en va mourir, disait Céline en versant un torrent de larmes ; que faire ? ciel I qui me guidera dans cet affreux moment !

— Ordonnez : quel que soit le sacrifice que vous exigiez de moi, vous l'obtiendrez, Céline ; ma vie vous appartient ; je ne l'ai .conservée, après avoir perdu Léon, que pour vous la consacrer tout entière : il en a

reçu le serment. Ah I c'est au nom de ce frère chéri que je réclame mon pardon.

— Et suis-je donc en état de juger votre conduite? reprit Céline; puis-je m^occuper de vous et de moi, quand je pressens le désespoir de ma mère? Que dcviendra-t-elle, lorsque mon oncle... Là, des sanglots étouffèrent la voix de Céline. Non, reprit-elle avec force... sa vie avant tout... et si je ne puis la sauver, qu'elle meure du moins heureuse... Moi seule je serai coupable^ et le courroux de mon oncle ne tombera que sur moi. Ah ! Théobald, ajouta-t-elle avec Taccent de la prière, si vous m'aimez, soyez encore son Sis ; oubliez ce malheureux amour qui ne doit jamais être sanctifié, cet ambur qui nous placerait aujourd'hui dans nne situation déshonorante. Enfin, rendez-moi mon frère.

— C'est demander ma vie, reprit Théobald ; car le sacrifice de cet amour n'est pas en ma puissance: avant même de te voir, ne Tavais-je pas vainement combattu? et depuis que je suis ici^ depuis que ta présence en a fait un délire, combien de fois n'ai-je pas tenté d'en triompher? Va, si les reproches que je m'adressais, si les humiliations qu'il m'a fallu supporter, si ton intérêt même n'ont pu l'étouffer en mon âme, il c^X indestructible. •

•150 iLE FAUX FnÈaE

— Airfêi doac, je n'.ai plus rien à espérar, dit d?line accablée de douleur. Vous prononcez l'arrêt de ma r.iére... le .mien peut-être...

— Non ! je t'obéirai, s'écria Théobald, je ne partirai .point ; et, s'il le faut, je te le jure, tu n'entendras jamais .parler de cet .amour. Sans cesse jesjposé aux injures de vton oncle, tujne verras écouter, sans pâlir., ses discours injurieux pour Théobald ; j'attendrai patiemment lejour qui, détruisant son illusion, me livrera «à toute sa colère; je supporterai jusqu'à ta froideur même; je puis me résigner à tout, ,mais non à ton .malheur. Ah I tant de soumission ne me rendra-t-elle pas ta confiance?

Il y avait trop de vérité dans l'accent de Théobald, pour ne pas rassurer Céline, et c'est le cœur ému des plus généreux sentiments d'amour, qu'ils se promirent de renoncer l'un à l'autre.

Céline, ne devant plus voir désormais qu'un frère dans Théobald, lui interdit tout ce qui devait leur rappeler une autre affection. Ils convinrent de réunir leurs soins pour empêcher la triste vérité d'arriver à madame de Lormoy tant que sa santé la mettrait en péril ; ils devaient surtout éviter d'instruire M. de Melvas ; car, au moindre soupçon de sa part, son indigna-

LE FAUX FirËRE tSÊL

iim ratrrait -eraporté sur sa pradence ; mais, en é>cccfdant sur tous ces points, Céline ne s'apercevaH p.^s qu'elle n'osait plus prendre le bras de Théôbald pour retourner au château, et qu'elle ne pouvait plus liii 'parlcr/sans rougir, que de «i mère.

A dater de ce jour, il n'y eut plus de repos pocor Céline. Sous le poids d'un secret qui alarmait sa conscience^ elle se faisait des scrupules des moindres actions auxquelles Tobligeait sa feinte parenté, et plus d'une fois son extrême retenue faillit la trahir. M. do Hosac fut le premier à s'apercevoir de l'embarras qui régnait entre le frère et la sœur, et comme ses remarques étaient à peine faites qu'il les confiait ordinairement à tout le monde, il dit :

— Eh bien, que se passe-t-il donc ici ? l'on se boude,

'^ sœur baisse les yeux, le frère ne dit mol, et ni Tim

- j Tautre ne nous écoute! il ne faut pas socfTiii' celii^

jt m jnadame de Lormoy le permet, je vais ni^enipcuer

de non autorité pour mettre fin à cette bromlle.

Eit disant ces mots, M. de Rosac saisit la main db

i52 LE FAUX FRÈRE

Céline qui, s'étonnant de cette liberté, lui en demande la raison.

— Laissez-moi faire, reprettd-il, il faut bien vous prêter un peu à la réconciliation.

— Mais, monsieur, je ne suis brouillée avec personne.

— Sans doute on dit toujours ainsi; lorsqu'on veut garder rancune, le plus sAr moyen est de la nier. Mais nous sommes venus à bout de conciliations plus difficiles; d'abord la galanterie avant tout; les hommes ont toujours les premiers torts^ c'est convenu. Léon ne voudra pas aller contre l'usage, il va confesser à genoux sa faute, la jolie main de sa sœur va l'absoudre, et puis ils s'embrasseront le plus cordialement du monde.

Pendant ce discours, M. de Rosac forçait Tbéobald à se prosterner devant Céline, à prendre la main de sa sœur, et il s'étonnait de son peu d'empressement à ])roriter de tous les avantages de la réconciliation. Mais Théobald, craignant d'offenser Céline, lui baisa respectueusement la main et certifia avec tant d'assurance Cju'il n'y avait pas eu la moindre querelle entre Céline tllui, que M. de Rosac fut à la fin obligé de le croire,

La contrainte qui régnait entre Céline et Théobald

n'avait point échappé à M. de Melvas, mais il l'attribuait à la différence de leurs opinions sur M. de Rosac ; car il était assez visible que Théobald ne le trouvait pas aimable^ et le baron supposait que Céline était blessée de vair son frère témoigner si peu d'estime à Phomnie qu'elle devait épouser. Malgré les représentations de sa nièce, et sa volonté expresse de ne point entendre parler de mariage avant le rétablissement de sa mère, le projet de cette union était fixé dans l'esprit de M. de Melvas, et il n'admettait point l'idée que rien pût s'y opposer.

Cependant l'état de madame de Lormoy devenant chaque jour plus inquiétant, le docteur eut recours au moyen usité par la médecine lorsque tous les autres ont échoué. Il ordonna les eaux thermales, et Théobald fut chargé de conduire la malade et sa fille à Bagnères, où M. de Melvas viendrait les rejoindre, après avoir terminé quelques affaires indispensables.

A la nouvelle de leur prochaine absence, M. de Rosac se récria sur l'impossibilité de vivre loin de ces dames^ et sollicita vivement la faveur de les accompagner. M. de Melvas la lui accorda aussitôt sans confiulter personne ; on fixa le départ au surlendemain, et M. de Rosac se fit garant des plaisirs du voyage.

i5/i :IiE FAUX FR&flï:

Théobald, qui redoutait de fâcheuses rencontres, essaya de prouver à ces dames qu'il leur était inutile dans ce voyage, puisqu'-eltes avaient pour défenseur un chevalier si accompli. Maismadame de Lormoy déclara qu'elle croyait avoir trop peu de temps à vivre pour sacrifier un seul des moments qu'elle pouvait en- »core passer avec ses enfants. Céline, iaprès avoir entendu ces tristes mots, avait dit à Tbéobald :

— Ne Fafïligez pas, venez av«c nous.

Cet ordre n'était-il pas-irrésistible?

La veille du départ, Théobald écrivit à Marcel de venir l'attendre à Bordeaux, où il comptait -se rendre incessammei^. Sans l'instruire de sa situation présente, il lui manda qu'une affaire imprévue Tiayant contraint à.garder quelque temps l'incognito, il île priait de ne pas prononcer «on nom aux#gens qu'il pourrait rencontrer à .Bordeaux, se réservant de lui eaqjliquer plus tard la cause de ce mystère.

En écriviant cette kttre, Thobald s'étonna de l'espèce de honte qu'il éprouvait.à n'Bser caavenir du titre qu'il usurpait; malgré lui, auprès de madame de Lormoy» Il lui semblait enteaadre Marcel dire a^ec son ton brusque et sa vieille franchise : Un brave officier comme vous peut-ils'abaisser à passer pour xin. autre; doit-il

LE FAUX FBÈRE 155

usurper un titre sacré, et proflter d'une tendresse qui

se changerait en haine, en mépris, si on venait à découvrir la vérité? C'est risquer de se déshcnorer qae de continuer plus longtemps un rôle semblable, et vous avez beau y chercher des excuses, mon capitaine, la vie d'une vieille femme ne vaut pas l'honneur d'ua brave ciflficier.

Mais la volonté de Céline, l'intérêt de sa mère l'emportèrent sur toutes ses réflexions, et Théobald partit sans oser s'avouer l'étendue du sacrifice qui! faisait à sa propre faiblesse.

Le chaugemeut d'air, et la distraction du voyage ranimèrent d'abord les forces de madame de Lormoy. C& premier succès ée l'ordonnance du docteur en fît espérer un plus grand ; cette idée dissipa un moment la tristesse de Céline, et doana un libre mms à \dt gaieté de l'élégantiBusrndelais. X'inlimité était avantageuse à j|&. de Hosac, elle auto^rise ordijaairementi moins de re- . tenue dans ies .madiièËes, qI Ja i familiarité ides si'e<rti;tôs a'y.para&s)3aiit<ça£;&i.ciioqAiaaite. Tihéobald fit cette je»marque dver pripe; mais il se consola en pensantigu» pour peu qsrcAL d«)Eû&a£C6acoDJl£àt(auxeâux«|t(âel4ue& élégaatsde sa pTOvince,^il nemanquerait pasàreprenidce l&ii.ms^qgés q^ui le reodaicint ^i ridicule. ^Du

attendant, il remarquait ses soins empressés pour Céline, et Théobald , qui était sans cesse contraint à ]ni céder le plaisir de lui donner le bras à la promenade, et à le voir jouir du droit de se consacrer à elie ■nu'ii qu*oa pût le blâmer, en ressentait un dépit difficile à cacher. Céline s'en aperçut, et tout en accusant Théobald d'injustice, elle chercha un moyen de le rassurer. Mais, dans la crainte de se laisser aller à quelques reproches amers, il fuyait les occasions de parler à Céline, sans penser que sa tristesse et son regard courroucé lui disaient tout ce qu'il voulait taire.

Enfin, au dernier relais, avant d'arriver à Bagnères, -Céline profita d'un moment où sa mère causait avec M. de Rossac pour engager Théobald à l'accompagner jusqu'au sommet de la montagne où la voiture viendrait les joindre. Alors prenant son bras sans attendre «a réponse, elle l'entraîna vers la route et lui dit :

— J'étais reconnaissante de votre résignation à nous «uivre, mais si vous montrez tant d'humeur, vous me ferez repentir d'avoir exigé de vous ce nouveau sacrifice.

— Résignation, sacrifice, pouvez-vous employer ces mots, répondit Théobald, quand il s'agit du bonheur 4b vous suivre? Ne savez-vous plus tout ce que votre

présence est pour moi? mais vous voir sans cesse Tobjet des soins d*un homme qui se croit déjà des droits à votre main, être témoin de votre préférence pour lui, voilà ce qui est au-dessus de mon courage.

— Et voilà pourtant ce qu'il vous faut supporter, reprit Céline d'un ton absolu. Je ne puis excuser à mes propres yeux les rapports où nous sommes qu'en \fis sanctifiant par un grand sacrifice. J'ai juré de m'y soumettre, et c'est de vous que j'attends la force de l'accomplir. C'est le seul moyen de n'avoir point à rougir lorsqu'il faudra détromper ma mère.

» Certaine que vous n'avez agi que dans son intérêt^ €l non dans le nôtre, elle vous pardonnera d'avoir prolongé son erreur. Je n'aurai point de honte à convenir de tout ce que j'ai fait pour vous empêcher de confier notre secret à mon oncle. Votre séjour à Melvas ayant contribué à sauver sa sœur^ sans nuire à aucun de ses projets sur moi, je ne doute pas que ses préventions ne cèdent à la reconnaissance qui vous sera due, et cette certitude m'a fait prendre la résolu-* tion...

— D'épouser M. de Rosac, interrompit Théohald avec amertume : le moyen est ingénieux, j*en con-

158 LE FAUX FRÈnE

viens, et je voudrais pouvoir l'adopter aussi, facilement que vous ; mais c'est assez de renoncer au seul bien qui m'attache à la vie, je ne saurais le voir posfjlé par un antre. Là, ma soumission expire.

— Eh bien dit Céline en pleurant, plongez-nous donc dans le désespoir, car je puis tout supporter plutôjt qu'un soupçon déshonorant. Songez que vous n'êtes point mon frère, que Je le sais, et que si? Vvn ^ pouvait me supposer capable d'avoir -siecondé cette ruse pour encourager votre amxMir, je serais déshonorée à jamais; «ar je n'ignore pas que oéft amour ne peut être approuvé de ma famille. Ah ! puisque vous oubliez la promesse que vous m'avez faite, puisque ma réputation, mon repos, vous sont indifférents, je ne vous demande plus rien, partez : ima mère ne me pardonnerait point d'avoir «^iompromiis imon i honneur pour sa vie.

Gesdermers B¥Ois,'dits^vec toute la fkité qu'inspire une réBokttion icourageuse, ne lais^èfent plus d'espoir à TFbéobald. Gependant il «essaya de^furouver à Céline que son maciage avec )M. de)R)Osac n'était pas absolument nécessaire à leur justification ; mais elle persista dans le dessein de paraître eonsenlir à cette union; seulement .elle s'/eDg8^a.à iifi «point en fixer

LE FAUX FUÈRE 159

l'époque, avant que .Théobald reùt quittée pour toujours, .^-i

Cet entrelian n€ paraissait pas devoir dissiper le chagrin de Théobald, et pourtant, lorsqu'il remonta en voiture, sa poitrine okiit moins oppressée, î:on visa?;e avait pris unii expression plus douce, et son esprit, plus libre, se mêlait avec grâce à la conversation. Où donc avait-il puisé tant de courage? Était-ce dans Tordre qu'il avait reçu de sacrifier son amour au bonheur de M. de Rosac!? Était-ce dans l'arrêt irrévocaiile qui le condamnait à se séparer bientôt de Céline? Non; mais la rigueur .même de.jcet ordre prouverait quel se.ntiment levait dicté. On .ne craint autant que l'amour qu'on. partage, et.cette pensée entraînait à sa suite tant de douces réflexions, qu'elle triomphait da toutes les autres.

Ainsi l'on; sort. q.uelquefois. du plus triste entretien .le cœur: soulagé, cemme l'on revient d'une fête accablé de tristesse. Ces différentes impressions semblent iiLcon^préhensibles, et cependant l'événement prouve bientôt qu'elles étaient fondées. Ce mystère de l'âme ferait supposer que ce qu'on sent trompe moins que ce qu'on voit, et qu'il existe, pour ainsi dire, en nous un instinct du vrai que rien ne peut abuser. Sans cela»

560 LE FAUX Fi;Èr»E

comment expliquer la sécurité dans le péril, la persévérance dans Taraour malheureux, l'obstination dans un ]projet ambitieux, dont le succès semble impossible, et tant de sentiments invincibles ? Oui, tout porte à croire que si l'on était de bonne foi avec soi-même, les impressions guideraient mieux que tous les calculs.

Ce triste entretien, où Céline venait de faire preuve de tant de raison et de courage, produisit sur elle le même effet que sur Théobald. En s'imposant un cruel devoir, elle avait rassuré sa conscience, elle s'était donné le droit de rester innocemment auprès de Théobald , et, malgré la décision qui lui ôtait toute espérance, elle se sentait plus calme. Il était là, chacun de ses regards lui peignait ses regrets^ son amour, et il n'est point de malheur qui n'ait quelque charme à supporter lorsqu'on en voit souffrir aussi celui qu'on aime.

Cependant, chaque jour amenait une circonstance qui rendait la situation de Céline plus embarrassante.

A force de réserve envers lui, Théobald la voyait sans cesse au moment de se trahir, etJes moindres indices redoublaient ses alarmes ; ceux-là échappent à la prudence. En voici un de ce genre qui faillit les dénoncer.

Lorsque Céline remonta en voiture, les rayons du soleil, donnant sur la place qu'elle occupait, M. de Rosac lui proposa la sienne^ où elle serait, disait-il, moins importunée de la chaleur. Elle l'accepta^ et se trouva, par ce moyen, en face de sa mère et près de Théobald. Le soleil disparut bientôt, et la fraîcheur du soir, la fatigue de plusieurs nuits passées dans l'insomnie^ l'accablement qui succède aux larmes, plongèrent Céline dans un assoupissement profond ; ses yeux se fermèrent, et sa tète s'inclinant du côté de Théobald, vint se poser sur lui. A l'approche de ce doux fardeau, il tressaillit ; mais madame de Lormoy lui fît signe de respecter le sommeil de sa ûlle.

— La pauvre enfant, dit-elle à voix basse, a veillé près de moi toute la nuit, laissons-la reposer.

En disant ces mots, madame de Lormoy écartait les beaux cheveux qui tombaient sur les yeux de Céline, et rétablissait le plus doucement possible sur le sein de son frère.

IG'J Lî:: FAUX FRÈRE

Il se fit un long silence pendant lequel Théobald s'abandonna aux rêves les plus doux. Avec quel soin il protégeait cette tête charmante contre les moindres cahos I Dans la crainte de troubler son sommeil, il respirait à peine; mais il contemplait avec ravissement l'expression céleste répandue sur les traits de Céline. C'était la douce sérénité de la confiance et de l'amour. Tant de pureté ne pouvait inspirer que des idées dignes d'elle, et ce moment de bonlieur affermit encore la résolution que Tliéobald avait prise de tout sacrifier à la réputation de Céline. Une seule pensée troublait le charme douloureux de ses réflexions. Il redoutait avec raison, le moment où Céline s'éveillant tout à coup, se trouverait si près de lui. Il aurait voulu pouvoir la prévenir d'un seul mot, Tempêcher de témoigner sa surprise ; mais c'était impossible : les regards de sa mère, ceux de M. de Rosac étaient attachés sur elle , et il fallait se résigner à ce qui arriverait.

On allait changer de chevaux ; la voiture s'arrête ; Céline se réveille, jette un regard dWroi sur Théobald, et .l'éloigné de lai en s'écriant :

— Ma mère I

Heureusement l'agitation qu'elle éprouve, son air

égaré pa?c:ent pour être Tefifet d'un rêve péniblB ir>terr^*^pu^ brusquement, M. de Rosac Ixr Tacouto commeDt elle s*est endormie sur le bra«5 de son ir-crs, et, sang s'apercevoir de la rougeur qui couvre alors le front de Céline, il lui dit combien il avait envié, pendant ce moment, ices 'droits de lafraternité qui avaient permis à Théobald^de la presser si longtemps sur £on rr-iir, et icent discours de ce genre qui Ja mirent au .. ;plice, etlUndisposèrent ipjustemeut contre Théobald. Mais M. de.Rosac ajouta :

— Eh bien, le <yroiriez-vous? cette faveur que j'aurais payée de ma vie, Léon en faisait si peu de cas, que, sans madame votre mère, il vous posait tout doucement dans le coin de la voiture, au risque de vous rompre le cou. Ah! la fraternité est une belle chose î

Ces mots désarmèrent Céline, et valurent un regard reconnaissant à Théolbald, Mais cet événement, quoique. fort simple, jeta un grand trouble dans Tâme d^ Céline. Elle était déjà résolue à ce qu'il ne fût plus question d'amour entre eux. Elle se décida encore à fuir toutes le? occasions où elle serait forcée de lui léniwisrïTer un3 amitié fraternelle, et c'est dans toute la bonr'^ ioi de son âme qu'elle crut triompher bientôt d'ui: fcL'iit^r?/'^?tqui l'exposait à tant de honte.

16â LE FAUX FRÈRE

A peine arrivé à Bagnères^ M. de Rosac distribua un si grand nombre de cartes chez tous les buveurs d'eau que, dès le lendemain, il fut accablé de visites, n apprit^ en moins d'une heure, le nom de tous les malades de considération qui se trouvaient à Bagnères, «t même celui des oisifs que les plaisirs y attiraient. Malgré le désir que lui avait témoigné madame de Lormoy de voir fort peu de monde, et la répugnance fie Théobald à faire de nouvelles connaissances, il trouvait toujours moyen de leur présenter quelques amis de la veille, auxquels il avait grand soin de faire «ntendre qu'il serait bientôt l'heureux époux de la belle Céline. Théobald était rarement témoin de ces visites importunes. La froideur que lui marquait Céline lui était si pénible, qu'il passait tout le jour loin d'elle, dans les montagnes, à dessiner les points de vue que la faiblesse de madame de Lormoy ne lui permettait pas d'aller voir. L'exactitude, la grâce de ses dessins, étaient le sujet de la conversation, jusqu'au

LE FAUX FRÈRE i6&

moment êù M. de Rosac revenait de la redoute^ l'esprit orné de tout ce que le commérage d'une ville de bains peut fournir à la plaisanterie médisante.

Madame de Lormoy, craignant que cette. vie retirée ne finit par ennuyer Théobald^ l'engageait à se faire écrire chez plusieurs personnes distinguées, qui avaient témoigné le désir de se lier avec lui. Mais il s'y refusait toujours sous différents prétextes, ne pouvant s& résoudre à faire graver sur des cartes de visites un nom qui n'était pas le sien ; et Céline, tout en approuvant ses scrupules, frémissait en pensant aux soupçons qu'ils pouvaient exciter.

Un soir que M. de Rosac revint plus tard qu'à l'ordinaire, Théobald s'empressa de dire que^ sans doute, il avait été retenu par quelque rencontre heureuse. C& sont de ces petits soins auxquels un rival ne manque janmis. Loin d'en être déconcerté, M. de Rosac répondit qu'en efl^t il en avait fait une des plus agréables^ et dont madame de Lormoy ne se réjouirait pas moins que lui; alors, sans attendre de question, il ajouta : J'arrive de la vallée de Gampan où j'ai trouvé, instailée dans un vieux ch&teau, une femme adorable, pleine d'esprit, et qui a le bon goût d'aimer ces dames à la folie ; du moins madame de Lormoy, ajouta-l'il; car

16» LE FAUX FUÈRE

je ae crois pas qu'elle ait.le bcmliet»r de. coMiai^are-la: 'Charmaixte Céline;.

— Et moi, deffîândft* viveioentThéoMd?.

— Vraiment^ je n!eBisais rien,. reprit M. deRosax^ £x€iKôz^fflodi,vje ne lui ai point parlé de vous. Bfailrleursy elle était si contenta ds? retrouver: sa< compagne de prisQOj L-^mie quilulv donnai tant desoins pendant, une longnA maladief^^qu'elle^nfa^p^sét qu'à <me prier d'obtifliirdeniadaBie le^bo&heufi de la» revoir le plus tôt possible^

— âfivaiiToe Is painness» VolinskiT dit- vivemenlr. madame de Lormoy.

— PtéBisémont.. Elle est ii» depuis troisi semaines dans libspéraujaii de: s^y- guério dlun. rhxmmtisme qui rempèebe db maroher. Oa luiiapporteses bainsi Ëil^m'aohacgàdavoas dire que si elle pouvait quitter sa iîhaise longue^ elle se femt Ueit vite^ transporter ckez vousi.Mkisielkie^pèretcpifi tousf aureiLpitiétdeseii infirmité^ et que : vous paa*tag6frBs un peu: l!impatii»iice qu'elle; ai de voasi embrasser;

-<- Mlle a raison: de la: ecoire,. repritr madame de Lormo}> : je: iD^ûttUieraii jamaia les^ consdatioBS que j*ai r^çuesfdfelia'daasile plusf<tidste>memeat;dema;vie^; ^Wa^^ éiaitibofflDX^uiteîaiûi^â, quiandjelkisec fédicitait d-a^i-^'

YoiriObtdDUide Eos geôlies» Isu permission d&. soigner sa vieille: tAote^, la^duclafissefdaM^.,,. qui était dans la^ même prison que moi. C'est là que nous avons vu. ^^ rir teAiteôideux,Câ.€|ia0 noua avionfridecpbis cher. Après la mort de sa tante, se trouvant sans asile, n'osant pas se moi&treE,, da^lao c&ââata de. s'attira, de. nouvelles pearsé6uJikNa% ,«Ue dsésiirajrestoir.pnèSidfr.moi;, nouspassâme& pràs dr'uneu aonéa. cBSBOibk»; après g« temps, une dô ses .pareatea vinl la. Ghâcchar i pûUbTi la^ meoar. ea Russie^ ,oùr j^ai apprb^ qu^idle r a»ai^ fait . uar grand ma^ ria^- A.cette àpoqufi: jje pactis pouc les coknies, et l'éloignemenl; ai fait cai^ei.notre; cocireâpûndanGe sans rieui €^n au . toadoraj a^uveaisr q^i^ j^: canserveidBtson: amitiév Je;VfiisLavec:plitfir <|u!âlil£ qa;. m'ai paîntour blléanûft pLaftf,et<.vou6 UhiSâfJDligecfflT d'atier lui demaa^ de£ dàs dsmaiA) cpetudjei pourrai, k. voir;, maigre €a:qui» j# sâu&^vjl^ SAiiSrqud^ œtta viaîte met fera, du^ bien*. Mair eomoBAQtu se». Mt-riL qpei vous nfi mius z^z i^pajrlfl^. i^RiKh tôt dUi séjpufrdAlft.^iB^esserioi?: -» Cest^ jiépofiditi M^. dar.EosaA,,gar0aq«e(j^ lligqy»^ raifi m»i-4iiâittâ„ et qpa d'ailk«Eary,att£att .pia.lâ:saîvoir i5a&sdeyiaerFnitécâik.(|UfifV9Udk j^ grimiez.. Un basaidi dS98&.siQgulier. oa'ai conduit. cbez! elle. J'ai rencontréicile^i^ue. mar^vûs de. Boisvilliess à qui j'ai fait ga-

gner un procès l'an passé, et qui m'ayant toujours confié ses affaires, a pensé devoir aussi me confier ses amours.

— Quoi I il est amoureux de la princesse? demanda Théobald.

— Non, vraiment, il n'est pas si raisonnable ; mais la princesse a près d'elle une denioiselle de compagnie dont il raffole. C'est une merveille, un ange, une de ces hé* roïnesdont on nesaitqueles vertus etjamaisla naissance; elle fuit le monde, à ce qu'il prétend, et ne reste dans le salon de la princesse qu'autant qu'elle est obligée d'en faire les honneurs; elle est d'une grâce et d'une mélancolie ravissantes ; enfin, il fallait bien voir toutes ses perfections pour être en état d'en causer avec le marquis, et il m'a présenté chez la princesse unique* ment pour me prouver qu'il avait raison d'être fou de mademoiselle Oliska. Mais la sauvagerie de sa belle ne m'a pas permis de lui payer le tribut qu'il exigeait de mon admiration. Elle venait de quitter le salon de la princesse quand nous y sommes entrés. Le marquis a demandé de ses nouvelles; on lui lU dit qu'elle répon* dait à des lettres que venait de recevoir la princesse, et la scli ée> s*est écoulée sans que le pauvre marquis vil ^Jcu\ii..'u l'objet de sa passion; nous serons sana

LE FAUX FRÈKE 16^

doute plus heurdux demain, et je reviendrai, madame, vous rendre compte de mon ambassade*

— Savez-vous, dit Céline, que c'est fort mal à vous d'encourager ainsi ce monsieur dans son amour pour une jeune personne dont la condition est au-dessus de la sienne?

— Vraiment, je n'ai pas besoin de Tencourager; son amour est déjà asseis violent.

' — Eh bien, il faut le combatte, dit Céline, car il n'en peut résulter que du malheur. '

— Pourquoi Âonc ? Le marquis est fort aimable.

— C'est justement pour cela ; il se fera aimer, et la pauvre fille pleurera toute sa vie. Ah! si l'on savait tout ce qu'il y a de barbare à provoquer un amour que les préjugés du monde condamnent à n'être jamais heureux, on se garderait d'une légèreté si cruelle.

— Bah ! reprit en riant M. de Rosac, l'on voit tant de victimes de ce genre se consoler gaiement^ que Ton ne se fait pas un crime de leur plaire.

' — Mais celles qui ne se consolent pas en meurent,

dit Céline, d'un accent qui fit tressaillir Thépbald.

Alors il se leva pour cacher ce qu'il éprouvait, et

chacun se sépara, f

^ Le léndefnain matin madame de Lormoy re^ut uii

179 LE FAUX FJIÈRE

billet par lequel la princesse Volinsk!, f engageait à venir passer la soirée chea elle. Cette invitation était accompagnèe de tant de témoigm^es d'amiti/^^ qu'il était impossible d'y résister : tfailleura le plaâsir de revoir une amie semblait raiiimer ks forces de madame de Lormoy. Elle essaya de se parer autant que son état de malade le lui perraetteit : elle voulait, disait-elle, être reconnue de la princesse. Elle voulait surtout qu'elle admirât Céliae« Tbéobald cbercba en vain à se dispenser de cette visite : madame de Lormoy prétendit que la princesse serait charmée de revoir, après tant d'années , celui qu'^e «vait si seuvent caressé lorsqu'il était enfant r il follwl obéir. M. de fiosae vint prendre ces dames à llieure convuntie. A son attitude» à sa mise recherchée, ThéobaM devioa les airs qu'il allait prendre^ et sourit anlgré liû en regardant Ce* Une ; mais elle ne fit pas semdbltnt de 1* voizr et de remarquer Fespèce d'enivr^neBl eè se tfoufaili AL ée Rosac» en pensant qull était l'iolerméiiaiate d'om le^ connaissance dramatique entre une fonlDoeBSBet sou amie, qu'A allait accompagner dttHS eette maésoB une femme charmante qui serait bientft la sdemM, et qu'enfin en montrant Céline à M. tfe BoisviUees, il pourrait prendre sur le marquis tone tes avantages

d*un homme mieux favori'sé -que Im dians wm choix.

Quand s^^ crises de Vanité preHaieni à M. de Tîosac, il devenait complètement ridicute , «t ses <x)iniqiies à-propos triomphaient alors de la tristesse de 7 héobald. Aussi, lorsqull le vit en si bonnes dispositiv>Qs, il se réjouit de l'effet que produirait M. de Rosac chez la princesse, et se promit bien d'encourager sa gaieté ; mais ce projet malin fut bientôt déconcerté par les plus vives craintes.

Au moment où Ton annonça &hez la princesse madame, mademoiselle de Lormoy, et M. le comte de SPvint-Irène, un cri se fit entendre, et plusieurs personnes volèrent au secours d'une femme qui tombait évanouie ; cette voix avait frappé Théobald, il s'approche de la femme que l'on s'empressait de transporter liOis du salon, et reste immobile de surprise. U croit se tromper, il cherche à se persuader que son imagination, troublée par quelque ressenablance , a seule produit cette vis^ion ; mais l'effroi qu'il éprouve est bientôt confirmé par ces mots de la princesse, à maciaine de Lormoy :

— En vérité, je. suis désolée que l'indisposition de et. le pauvre Nadège soit venue troubler ainsi le bopheur de ce moment.

Théobald n'en entendit pas davantage : tout au malheur qui le menaçait, il cherchait un prétexte popr s'éloigner, lorsqu'une femme de la princesse vint dire que mademoiselle Oliska avait repris connaissance; mais que le docteur, lui trouvant de la fièvre, lui avait ordonné de se mettre au lit. Alors, la princesse, après avoir recommandé qu'on lui donnât les plus grands soins, se plut à dire toutes les raisons qu'elle avak de s'intéresser à cette jeune fille.

•— C'est, dit-elle, une personne charmante, que j'ai trouvée au fond de la Russie^ dans une de mes terres où je ne croyais rencontrer que des sauvages. Sa douceur, sa distinction naturelle m'ont séduite au point de vouloir me l'attacher. Elle ajoute chaque jour quelque talent à la bonne éducation qu'elle a reçue, et j'espérais la marier heureusement; mais elle ne veut pas se séparer de moi : sa santé est délicate, et je n'aurais jamais une occasion de la gronder, si elle ne se rendait pas malade à force de me soigner. Je veux que mademoiselle de Lormoy me promette ses bonnes grâces pour Nadège ; je suis certaine qu'elle s'en montrera digne.

Céline répondit qu'elle aimerait sans peine une perbonne douée de tant de qualités, et qui avait su mé-

riter une protection si honorable. En écoutant cette réponse, M. de Boivilliers se tourna vers M. de Rosac et lui dit :

— Vous avez raison , mademoiselle de Lormoy est on ne saurait plus aimable^ et vous m'obligerez beaucoup en me donnant l'occasion de lui faire ma cour.

— Rien de si simple, reprit avec assurance M. de Rosac, cependant il me semble plus convenable que vous vous adressiez pour cela à son frère.

Alors il conduisit M. de Boisvillers vers Théo* bald. Celui-ci, absorbé dans ses réflexions, fut longtemps à comprendre ce qu'on attendait de lui, et c'est presqu'à son insu que M. de Rosac lui fit traverser le salon pour aller présenter le marquis à madame de Lormoy.

— Ah, mon Dieu ! qu'avez-vous, Léon ? s'écria-t-elle aussitôt, en remarquant la pâleur de Tbéobald.

Mais il s'empressa de la rassurer, et, prétextant un léger mal de tête causé par la chaleur qu'il faisait dans le salon, il demanda la permission d'aller prendre l'air un instant.

Dès qu'il se vit seul, il voulut rassembler ses idées, et trouver un moyen de parer au coup qui le mena-

çait; car un seul mot de Nadège pouvait le perdre, et il ne savait comment arriver jusqu'à elle pour implorer sa pitié, lui avouer sa faute et se faire un droit à sa discrétion en lui rappelant la tendresse de ce Léon^ que tous deux pleuraient encore. Pendant qu'il désespérait de trouver aucun secours contre l'affreux malheur qu'il pressentait, plusieurs domestiques de la maison, portant différents objets, traversaient le jardin pour se rendre dans un pavillon. Théobald s'approcha de l'un d'eux, le questionna sur l'état où était en ce moment la jeune dame qui venait de se trouver mal, et apprit de lui qu'elle habitait ce pavillon, et que la princesse avait spécialement chargé lui et sa fille du service de mademoiselle Oliska.

— C'est un vrai présent que nous a fait la princesse, ajouta le domestique, car c'est bien la plus douce personne...

- Ainsi, vous lui êtes fort attaché, interrompit Théobald ?

— Sauf le respect que je lui dois, comme à ma propre fille.

— Eh bien , aidez-moi à lui rendre un service important.

— De tout mon cœur. Je vais lui porter cette eau

LE FAUX Fr.ÈRE 17^

de fleur d'oranger qu'où a recommandé de lui faire prendre tout de suite, et je reviens vers vous.

Théobald profita de cette courte absence pour îniaginer îe service important dont il avait parlé au hasard, et il ne trouva rien de mieux que de dire ce qui approchait le plus de la vérité, sans pourtant trahir entièrement son secret

Alors, prenant un feuillet de ses tablettes, il écrivit ces mots au crayon :

« Si Nadège veut sauver Tami de Léon du plus grand malheur , elle consentira à l'entendre ici même, demain avant le réveil de la princesse. »

Ce papier fut confié au domestique, avec la recommandation de ne le remettre que lorsque mademoiselle Oliska serait seule. Il promit d'être prudent; mais Théobald s'aperçut qu'il hésitait à se charger d'une commission qui lui paraissait suspecte ; et craignant qu'il n'en parlât à la princesse, il jura sur rhonneup, que le service qu'il réclamait ne pouvait en rien compromettre sa jeune maîtresse; qu'il n'existait aucun sentiment d'amour enti^e eux, et bientôt, raigsuré par les manières franches de Théobald^ la

vieux François consentit au service qu'il réclamait de lui, et même à favoriser l'entretien qui devait rendra la paix à un ami de sa maîtresse.

Ranimé par cet espoir, Théobald rentra dans le t^a- Ion en disant qu'il se sentait beaucoup mieux, et il iô prouva en se mêlant à la conversation, qui fort heureusement n'avait plus Nadège pour objet. M. de Rosac s'efforçait en vain de faire causer Céline; elle gardait un profond silence, et, les yeux fixés sur Tliéobald, semblait vouloir deviner ce qui se passait dans son âme. Ces regards, si vivement souhaités et que, depuis si longtemps, Théobald n'avait point obtenus, redoublaient maintenant son trouble ; il se sentait questionné par eux sans pouvoir leur répondre. Ce tourment ne devait point finir avec la visite chez la princesse ; il dura autant que la soirée, et lorsque Théobald, au moment de se retirer, vint baiser la main de madame de Lormoy, Céline, impatiente, trouva le moyen de lui dire, à voix basse :

— Vous m'apprendrez demain ce qui vous trouble si vivement, n'est-cô pas?

Et Théobald répondit en soupirant : *-

— Hélas 1 oui. vous le saurez.

LE FAUX FnÈllE 177

Tourmenté par tant d'inquiétude, Théobald se leva dès que le jour parut, pour se rendre à la vallée de Campan ; lorsqu'il y arriva, les gens de la princesse dormaient encore : il s'en étonna; car il est de certaines agitations où Ton ne conçoit plus le repos^ même dans les autres ; cependant il fallut se résigner à attendre. Une heure se passa sans qu'il se fît le rnoindre mouvement dans la maison. Enfin le vieux François vint ouvrir la grille du jardin, fit entrer Théobald, et lui montrant une allée couverte, il lui dit mystérieusement qu'il y trouverait quelqu'un : c'était sans doute Nadège. L'idée de la revoir triompha en cet instant des nouveaux chagrins de Théobald; tout à ses anciens regrets, il lui sembla que l'ombre de Léon assisterait à cette entrevue, et qu'elle lé pro* tégerait auprès de son amie.

I\îais si le souvenir de Nadège était présent à son cœur, il ne savait comment aborder mademoiselle Oliska, et cette crainte redoubla lorsqu'il l'aperçut ail fond derallée. La mise élégante d'une Française avait

178 LE FAUX FRÈftE

remplacé son costume de paysanne russe ; la dignité de son maintien ne rappelait en rien ses manières vives et franches, et il paraissait impossible qu'un si grand changement dans sa personne ne fût pas la conséquence d'un plus grand encore dans son caractère et ses sentiments. Ces réflexions glaçaient Théobald, et lui faisaient ralentir ses pas à mesure qu'il s'approchait de Nadège : elle s'en aperçut, et, devinant ce qui l'intimidait, elle lui tendit la main avec tant d'affection qu'il se précipita vers elle, saisit la main qu'elle lui présentait et la couvrit de larmes.

— Et Léon ! s'écria Nadège, n'est-ce donc pas lui que j'ai entendu nommer?

Cette question rappela Théobald au danger qui le menaçait, et il fît à Nadège le récit des événements qui l'avaient entraîné malgré lui dans l'affreuse situation où il se trouvait.

— C'est pour Léon, c'est pour sauver la vie de sa mère que je suis devenu si coupable, ajouta-t-il; Nadège me punira-t-elle d'un tort que mon amitié pour Léon pouvait seule me faire commettre I ^

— Non, reprit Nadège en pleurant, vous m'avez cruellement trompée par cette lueur d'espoir qui m'a oavcri uii instant le ciel pour me faire retomber plus

tioulouieusemeat sur cette terre de regrets ; mais je Yous le pardonne, et ce que je fais en ce moment vous prouve assez mon dévouement pour Tami de Léon; €ar je serais perdue si la prûicesse pouvait soupçonner eefcte déniaiTche que toute la pureté de ma conduite a'eiEqpèefaerait; pas de mal i&terpréter. Sans lui avoir dit jamais le nom de celui que je pleure, elle sait c|u'aucun autre sentiment ne peut le remplacer dans mon eeuir; j'aà souvent blessé par mes refus l'intérêt qu'elle me porte;, et si elle pouvait me soupçonner eoupaUe de qiadqiie intrigue romanesque , je perdrais sa protection ; je sacrifierais ainsi le seul bien qui me reste, et Funiq^ne consolation de mon père.

A ces mots, Tbéobald voulut s'éloigner ^ mais Na- <}ège le vetint poser convenir de ee qu'dle devait répondre à la pniBceBse : car il était probable que celle-ci rinteirrogevttt sur k cause de l'émûtion violente qn^eUe avaiC éprouvé la mite»

— GonSes-M toot^ dit Thécd»ald, eicepté le nom qTr*6lIe ^ore ;^ £les4tLi qa» je voos ai cmmie chez votre père et qtss j'élm l^nri de eekd que vous re-

^ Vf.

gretter, et eonfrmj;nez vos larmes, lorsque vous m'entendrez appelé de sen nem. Avant trois jeun , /^espère avoir trouvé un prétexte ra^iminable pour m^'éloignek'

ISu LE FAUX FRÈRE

d'ici. La santé de madame de Lormoy tne permettra de la quitter, et préparée par mon absence à la triste nouvelle qui l'attend, elle la supportera, j'espère sans danger. Si sa douleur m'accuse, Nadège me justifiera, en kl disant combien j'aimais son fils; elle sait que si j'ai pu lui survivre, c'était pour obéir aux dernières volontés de Léon ; mais j'iai trop acquitté ma promesse, elle me coûte plus que la vie. Adieu.

En vain Nadège voulu retenir Théobald et savoir de lui ce qu'il allait deVenir : il était parti.

De retour chez lui, l'insomnie^ la fetigue lui causèrent un mouvement de fièvre qui le forcèrent de s& mettre au lit ; il se fit excuser de ne pouvoir se rendre au déjeuner, en donnant pour prétexte des lettres à écrire. Céline inquiète envoyait à chaque instant dans^ sa chambre pour lui demander une foule de chose» dont elle n'avait nul besoin ; enfin M. de Rosac arriva accompagné de son ami, et Céline perdit l'epérancede pouvoir causer un instant seule avec Théobald.

Après les politesses d'usage, M. de Boisvilliers d^ manda des nouvelles de M. de Saint-Irène.

— Je suis presque inquiète de lui, répondit madame de Lormoy, car je ne l'ai pas vu de la matinée ; et il était un peu souffrant hier. i ,

— Tranq aillisez-vous, madame, dit en souriant M. de Rosac, il est tout au plus un peu fatigué de la promenade qu'il a faite ce matin.

"^ — Je ne croyais pas qu'il fut sorti, ajouta Céline.

— Si vraiment, reprit M. de Rosac^ il est sorti, et même de fort bonne heure, car monsieur Ta rencontré au point du jour^ vers le petit bois de la vallée de Campan.

— Sans doute, il allait y dessiner, répliqua madame de Lormoy.

— Non pas ; M. de Boisvilliers, qui Ta vu passer sans en être aperçu, prétend qu'il était occupé d'un tout autre soin ; mais ces sortes de confidences ne se font point aux mères, ajouta M. de Rosac , en prenant un air fin.

— Pourquoi pas? je serais charmé d'apprendre quelqu'bistpire romanesque sur son compte, ne fût-ce que pour l'en tourmenter un peu.

— Oh I oui, racontez-nous cela, dit Céline, en s'efforçant de sourire. *

— Le faut-il ? demanda M. dé Rosac au marquis.

— Je n'y vois pas d'inconvénient, répondit-il, cela

ne peut être désagréable qu'à moi ; et j'en prends mon

parti ; je suis seulement fiché de n'avoir pas été pri-

18<r LE FAUX FRËBE

sonnier en Ruade, car il y a, j'en suis témoin, beaucoup d'avantaiges «ttadiés à «e malheur-là*

— Tout cela veut dire, mesdamea, que révanouissem«fll d'hier était tUM recosmaissancd ^ui a été probablement suivie d'une explication, oonune dans les opérasHComiqnes, et les dédains de la beUe Oliska sont maint^s^ assez eaLpliqués«

— Quoi ! vous pensez que Léon l'a connue en Rus- »e ? Il ne m'en a jamais parlé ; et à toi, Céline ?

— Jamais, répondit-elle en pâlissant.

— En ^eiy reprit madame de Lorœoy, j'ai jpemarqué hier dans Léon un trouUe que je ne lui ai jamais ^^ ; mais aussi comment s'attendre à retrouver ici une personne que l'on n'espérait plus rencontrer de sa vie?

— Et qu'on avait quittée sans doute avec désespoir. Savez-vous bien qu'on ne trouve rien de mieux dans les mélodrames, et que sans la peine que cela cause au marquis, je serais dans le ravissement de cette histoire.

— Je ne vois pas ce qu'elle a de si divertissant, dit avec humeur Céline, et je ne vous conseille pas d'en faire un sujet de plaisanterie devant Léon, car il pourrail s'en offenser justement ; si cette jeune personne est telle que nous l'assure la princesse, elle mérite

Testime, et il serait désolé qu'on lui causât ht moindre peine à propos de lui, j'en suis certaine.

— Vous avez mille fois raison, mademoiselle, et personne ici ne pense à lui nuire ; mais est-ce fléirir la réputation d'une jdEe femme que de supposer qu*eii l'a aimée en la voyant pour la première fois, sens un climat glacé, et qu'on l'aime encore ^en h retrouvanft plus séduisante que jamais, dans le plus beau pays du monde?

— N'importe, interrompit madame de Lormoy, je vous prie de ne point parler de cela; l'intérêt que la princesse porte à cette jeune HUe, nous impose des égards envers elle, et le moindre mot à ce sujet pourrait lui faire un tort irréparable. Il ne saurait y avoir d^aveniT heureux dans l'amour de mon fils pour elle, et le mieux est de ne pas paraître s'en apercevoir.

— Vous en parlez bien facilement^ madame, mais mon ami, qui n^e^ pas aussi philosophe, tous dira quels sont les sentiments qu'inspire ceftte charmante Tartare : eTle séduit d'abord, ensuite on l'adore : puis on veut l'épouser, voilà la gradation subite ; il en est là, lui.

— Et je n'aurais pas rougi de l'avouer hier, dit ]\î . de Boisvilliers ; mais alors je croyais son cœur libre*

^t je ne sais pas lutter contre une préférence si bien méritée,

— Bah I pourquoi se décourager ainsi répliqua M. de Rosac. 11 faut combattre en ennemi généreux. D'ailleurs il n'est pas sûr que Léon soit aussi captivé que vous. Je vais l'observer; et, dans peu, je saurai vous dire au juste ce qu'il en faut penser.

— Ah I si vous la connaissiez ! dit en soupirant le marquis... et il commença un éloge d'Oliska, qui livra Céline à un tourment nouveau.

En ce moment Théobald entra; M. de Rosac fit signe au marquis de se taire, et cela si maladroitement que chacun s'en aperçut. H en résulta cette sorte de gêne que Ton éprouve en sentant qu'on interrompt une conversation dont on veut vous faire mystère. Ne sachant trop s'il devait rester ou sortir pour rendre la parole à l'orateur, Théobald regarda Céline comme pour lui demander conseil. Mais l'altération qu'il remarqua sur son visage acheva de le déconcerter. Heureusement pour lui, la gaieté de M. de Rosac vint à son secours. Sans rien comprendre à tout ce qu'il débitait de maximes, de sentences sur la nécessité de bien vivre avec ses rivaux, sur ce que le plaisir de les supplanter valait mieux que l'honneur de les vaincre.

Théobald approuva tout et se contenta de chercher, pendant ce temps, ce qui rendait Céline si rêveuse et si sombre. Il crut d'abord que désirant savoir ce qui l'avait vivement préoccupé la veille, Céline ne lui pardonnait pas d'être resté toute la journée loin d'elle. Empressé de lui confier les nouvelles inquiétudes qui l'avaient assailli à l'aspect de Nadège, il s'approcha de Céline au moment où l'on sortait de table, et dit^ de manière à n'être entendu que d'elle :

— Je suis prêt à vous répondre ; venez vous promener un instant.

— Non, reprit Céline d'un ton sévère, j'en sais plus que je n'en voulais apprendre ; et elle s'éloigna de lui brusquement.

Ce ton si étranger à Céline aurait cruellement affligé Théobald, «'il n'y avait dans les accents de la jalousie une sorte d'amertume qui porte avec elle un baume consolant L'exagération de la haine est toujours un aveu, et sans se rendre compte de la colère de son amie, Théobald en ressentit une secrète joie. Depuis leur séjour à Bagnères, rien n'avait démenti l'indifierence que Céline lui témoignait, et il rendait grâce, malgré ce qu'il en pourrait souffrir, à ses injustes

soupçoDs ; car ils lui valaient une preuve de Tamour qu'il inspirait encore.. ^ ^^

Sans deviner sur qqoi s'appuyait ce soupçon, il préisuma que quekjnes mauvaises plaisanteries de M. de Rosac l'avaient fait nidtre,, et il se promit de le détruire plus sérieusement en racontant comment il avait connu autrefois Nadège; mais une visite imprévue ne lui laissa pas le mérite de l'aveu.

— Une voiture s'arrête ici, dit ML d-e Rosac en s'approchant de la fenêtre. Ce sont les gens de la princesse Wolinski ; et, si je ne me trompe, c'est la belle Naclège qui descend ici. Léon, allez donc lui donner la main, sinon le marquis...

— JY cours, répondit Théobald, inquiet de savoir quel motif amenait Nadège chez madame de Lormoy.

— Ma visite vous éto&ne,dit Nadège en le voyant si «mpressé, rassurez-vous. Je suis tout simplement changée d'une eommiasboa de laprijacesse auprès de nkauiame de Lormoy, et |e pro&te âeecite occasion pour venir la remercier de l'intérêt qu'elle a bien voulu me témoigner en ^voyant m msiim s'inibrmer de mes nouvelles.

— Avez- vous causé avec la princesse?

— Oui, j'ai dit ce qui pcwoivait expliquer Fetfetda v«tre apparkion^r et je l'ai priée de n'en point parler à

LE FAUX FRÈUE 187

«on ancienne amie, afin qu'elle n'en tirât aucune conjecture. Il luisufiBt de savoir que nous nous sommes TUS en Russie ; le reste est inutile à confier. -* *Théobald fut touché de ce soin prudent, et il en remercia vivement Nadège. Mais pendant qu'il exprimait ainsi sa reconnaissance, il oubliait que tous deux étaient attendus dans le salon, où l'on avait annoncé mademoiselle Oliska depuis longtemps. La manière dont elle fut accueillie de Céline aurait pu le lui apprendre. Quant à madame de Lormoy, elle avait cette «orte d'indulgence qu'ont si souvent les mères pour les faiblesses dont leur fils est l'objet. Aussi reçut-elle Nadège de la meilleure grâce ; elle s'engagea de plus à dîner le lendemain chez la princesse, si le docteur le permettait. Pendant qu'elle parlait, Nadège la regardait avec tous les signes d'une émotion visible. L'idée de se trouver auprès de la mère de Léon, de cette mère qu'il désirait tant revoir, remplissait à cha^ 4|ue instant ses yeux de larmes.

— Vous paraissez souffrir encore, dit madame de Lormoy en voyant îa tristesse qui se peignit tout à coup sur le visage de Nadège?

— Non madame, s'èmpressa-t-elle de répondre, mais excusez-moi de ne pouvoir toujours surmonter

de tristqs souvenirs. Il sait, ajouta-t-elle en montrant Tliéobald, dans quel trouble peut plonger tout à coup un souvenir de la patrie.

*— N'en ayez point de honte, reprit madame de Lormoy en serrant la main de Nadège, de semblables émotions n'appartiennent qu'à un noble cœur. Il est tout simple^ qu'en revoyant mon fils, vous pensiez à votre père^ dont il nous a si souvent raconté les bons soins pour lui ; car^ je n'en doute plus, vous êtes la fille de ce brave Phédor qui lui adonné asile.

— Il est vrai madame, dit alors Théobald d'une voix émue, c'est à son père, c'est à elle, que nous avons dû plus d'une fois notre salut.

— Croyez que je ne l'oublierai jamais, répondit madame de Lormoy, d'un ton solennel.

— Ni moi non plus^ ajouta Céline, en tendant la main à Nadège, tandis que de l'atttre elle essuyait ses yeux.

— Tout cela est fort bien, dit en se levant H. deRosac, comme pour triompher de Tattendrissement générai^ mais le plaisir de retrouver les gens qu'on aime ne doit pas être mêlé .de tristesse, et je suis d'avis^ moi, qu'on prenne le bonheur en gaieté. ^

Cette saillie ramena la conversation à des intérêts

moins graves. On forma le projet d'une grande promenade pour le lendemain. Nadège, qui était depuis longtemps à Bagnères^ devaitconduire Céline sur une montagne, d'où l'on découvrait un site admirable ; et Céline se promettait de mettre à profit cette promenade, pour apprendre^ de Nadège^ une foule de détails sur le séjour de Théobald à Oriembourg. Dans les entretiens qu'ils avaient eus ensemble, Théobald avait toujours évité de parler de Nadège ; il ne pouvait se dissimuler qu'elle était la cause innocente du départ précipité, et par conséquent, de la mort de Léon^ et c'était pour ne pas lui entendre reprocher ce malheur, qu'il avait gardé le secret sur Tamour de Nadège.

Tant qu'on est sous le charme d^in sentiment que l'on combat en vain, on croit que celui qui l'inspire exerce le même pouvoir sur tout ce qui l'approche. Aussi, Céline ne doutait-elle point que Nadège n'aimât Théobald. Son incertitude portait seulement sur la manière dont il répondait à son amour. Cette passion avait commencé en Russie : elle croyait pouvoir en être sûre ; car^ sans cette raison, Théobald n'aurait pas g^éé le silence sur Nadège. Il m'a tfompée, pensait-elle, il s'est trompé lui-même, en croyant le souvenir de ce premier attachement effacé pour jamais..*

ifîO LE FAUX FRÈRE

si» pourbaoi, il l'avait fait naître, saofi le partager... si le désir de m'oublier» bélae ! de m'obéir ! l'engageait seul à répondre: à cet amour l... Ainsi l'esprit agité de Céline se livrait à toutes les suppositions les plus pénibles, et ce touirmeEt s'augmentait encore par la crainte 4a le laisser apercevoir.

Tbéobald, qxuL en jouissait,, ne voulait pourtant pas le prolengei? i aussi, dès que Nadège se leva pour prendre oongé de madame de Lormoy^ il laissa à M. de BoisvilUevs le plaisir de la reconduire à sa voiture, et il ¥int se placer sur la. balcon, près de Céline.

— Ah! c'est voiasi dit-ella, étonnée de le trouver Ik, lorsqu'elle croyait le veir paraître à côté de mademoisdla (Hiska..

— Je n.'ai pas voulu priver M. de BoisvilUers d'un bonbauc qif il envie.

— C'est fort généreux, vepeit Céline avec iir^nie.

— Ah ! généreuxl ja voudrais que cela put Tèlare; i^ous m'en aamiez bon gr&

— Aussi, iQA voyezrvous très-reconnaissante de votre dociitti ; j/d suis seulement fâcbée qu'elle ait devancé mes ordres, «r

— Si cela pouvait vous les Mra rétracter, je vous j^doo&erais d'oser lie croire ; mais vous m'inventez

<les consolations^ aiia de mdiis vous reprocher ma peine : yotlàtout.

— Jô n'inTente pas, j« vofe. ♦

— It que voyez-voB» qui m'accuse?

— Hélas 1 rien, répondit Célioe en sc^npifrant; >pou8 ne sauriez avoir de torts, puisque...

— Ah 1 je les aurais tous interrompit Théobald^ si je Vous affligeai? volontairement un seul instant de ma vie.

— Je vous crois, reprit Céline d'un ton plus doux^ votre amitié pour moi vous fera toujours éviter ce qiM vous croirez m'ètre pénible. Mais on foit se«ivent tant de mal sans le savoirl

— Vous vous trompez, Pamitiéy répéta-t-il avecaffec^ Cation, ne tombe jamais dans de semblables torts.

— Eh bien, oui, je me trompe, dit Céline, ne se sentant plus la force de poursuivre cet entretien sans trahir le sentiment qui l'agitait Et elle quitta le balcon pour aller retrouver sa mère.

Mais Théobald avait deviné, à racoent de sa voix» les pleurs qu'elle lui cachuit, et se reprochant sa souffrance, il aurait voulu la calmer à tout prix. V s'assit près d'elle, décidé à ne la pas quitter qu'il n'eût trouvé un moyen de se justifier. Son albmm étsôl sur 1% même

table où Céline appuyait le bras charmant qui soutenait sa tète^ il se mit à la dessiner dans cette attitude; chacun s'aperçut bientôt de ce qu'il faisait, excepté elle^ tant sa rêverie était profonde. Quand M. de Rosac crut le dessin assez avancé pour que Ton pût juger de la ressemblance, il vint se placer derrière Théobald et s'écria :

-^ Gela est frappant, divin, enfin c'est elle.

A cette exclamation^ Céline se réveille comme d'un songe douloureux, et demande ce qui cause tant d'admiration.

— Un portrait enchanteur, répond M. de Boîsvilliers, et fait par monsieur avec autant de vivacité que de grâce.

—» Ah! je devine, reprit Céline d'un ton indifférent et sans témoigner le moindre désir de regarder ce portrait, que sa mère demandait à voir.

-^ Il est impossible de ne pas le reconnaître^ et je suis certaine que Céline elle-même en conviendra, dit madame de Lormoy en passant le dessin à sa fille ; mais Théobald s'en empara vivement et prétendit qu'il y voulait retoucher quelque chose avant de le soumettre d une si grande autorité ; puis saisissant un moment où M. de Boisvilliers racontait un fait qui

captivait rattention générale, il glissa le dessin devant Céline ; elle y jeta nonchalamment les ymix, puis, les relevant aussitôt sur Théobald, il les vit s'animer du regard le plus tendre. Le nuage qui obscurcissait son visage avait fait place au doux sourire. Sa respiration était libre, tout semblait ranimé ec elle. Quelle pouvait être la cause de cette résurrection subite? Était-ce un miracle? non, mais Céline avait lu ces mots, tracés au bas de son image :

a Elle seule et toujours, »

La raison^ le devoir, le malheur même, tout dispa* raît, dans cet instant d'ivresse où l'on retrouve le bien que l'on croyait perdu : le bonheur d'être aimé sans lequel il n'en est plus au monde. Mais quelle est cruelle la réflexion qui succède à cette extase du cœurî Comment voir^ sans frémir, qu'un sentiment roupablo est devenu la vie ! Après un court moment de joie, Céline venait de faire cette triste découverle ; mais elle espérait triompher de sa faiblesse, assez, du moins.

i9A LE FAUX FRÈRE

pour la cacher à tous les yeux. La corrfianee était rentrée danc coa âme ; ce calme passager lui répondatl de sa prudefice ; elle ne voyait plus de danger à rester auprès de Tbéobald, sans penser que cette confiance, due à quelques mots de lui, pouvait s'altérer encore; que le moindre événement peut troubler la paix d'un oœur jaloux, à peine revenu des soupçons de la veille. Elle se disposait à passer une journée agréable, et prétendait même employer l'ascendant de Théobald sur I^adège, pour l'amener à mieux accueillir les vœux de M. de Boisvilliers. C'était ime bonne action dont sa générosité naturelle lui dissimulait l'avantage qu'elle «n pouvait tirer pour eUe-même. Ainsi^ dans les âmes délicates, l'intérêt personnel est obligé de se cacher pour agir, c'est un sujet soumis à toutes les qualités nobles. Il n'est le tyran que des âmes vulgaires.

Madame de Lormoy se portait mieux depuis quelque temps. Céline paraissait d'une gaieté charmante, Théobald en était fier ; MT. de Rosac semblait avoir fait provision de bons mots, et le marquis de Boisvilliers, rassuré paip la conduite de celui qu'il croyait être son rival, avait repris son courage ; enfin, chacun était bien disposé, en partant pour se rendre chez la princesse.

LE FAUX FRÈRE tdS

B n'était pas entsore ITieure du dîn«r lorsqu'on arriva ; les femmes se mirent à causer, les hommes i jouer au billard, et Nadège prenant le bras de Céline, lui proposa de gravir ensemble la montagne qui dominait le jardin. Arrivées au sommet, elles se reposèrent sur un bane de mousse, et Céîine demanda à Nadège si le cSmat du midi de la France, si différent de celui de son pays, ne Fincommodait point. C'était mettre assez naturellement la conversation sur la Russie, et, ce premier pas fait, les questions que Céline voulait adresser arrivaient sans paraître étranges.

Nadège mit d'abord une grande réserve dans ses rêponsçs-; mais bientdt, entraînée par le charnra aUaché à €éfine, à sa grâce affectaeuse, elle se livra au

plaisir de lui parler de son cœur, de ce qu'il avait souffert, et du chagrin qui l'oppressait encore. Sans fa crainte djètre indiscrète, Céline lui aurait demandé le nom de celui qui causait sa peine ; mais ce soin même lui semblait inutile, car tout ce qu'avait dit Nadège de son sentiment pour un jeune Français, du désespoir qu'elle avait éprouvé en le voyant partir, (le la constance qu'elle lui gardait, sans an^e espoir que de lui être unie dans un meilleur monde, tout b'accordait parfaitement avec Tamonr qu'elle lui sup-

IQd LE FAUX FRÈRE

posait pour Théobald. Une seule chose lui importait encore à savoir. Nadège ne tarda pas à la satisfaire sur ce point

— J'accepte avec reconnaissance, dit-elle, les consolations que m'offre en ce moment votre tendre amitié; mais je n'en puis accueillir d'autres; obligez-moi de le dire à M. de fioisvilliers. Son hommage m'honore; il me toucherait sans doute, si quelque chose pouvait me distraire d'un sentiment qui durera autant que moi. Ah t si rapide qu'ait été mon bonheur, je sens que ce doux souvenir sera l'unique intérêt de ma vie.

Ces derniers mots frappèrent douloureusement Céline, et la plongèrent dans de nouvelles incertitudes. En vain elle excusait Théobald d'avoir respecté le secret d'une autre ; il lui semblait impossible qu'il ne revint pas à Nadège, et cette triste pensée ne le cédait qu'à celle, plus humiliante encore, de le voir partager son amour entre elles deux.

En descendant , elles rencontrèrent plusieurs personnes qui venaient les avertir que le diner était servi : Théobald était du nombre.

— Je le vois, dit-il à Céline, cette promenade vous a fait du mal ; pourquoi être sortie par une chaleur si

accablante, et nous avoir privés du plaisir de vous accompagner?

En disant cela, il offrit son bras à Céline, qui, sans^ daigner lui répondre, prit celui de M. de Rosac. Il n'àa fallut pas davantage pour inquiéter Théobald sur Fen* tretien qui venait d'avoir lieu. Il demanda tout bas à Nadège ce qu'elle avait dit, pour avoir ainsi changé la disposition de Céline.

— Rien, répondit-elle, vous vous trompez en prenant de la pitié pour de la tristesse.

On se mit à table : la princesse invita Théobald à se placer auprès de Nadège ; il fallut obéir, non pas sans regarder Céline; mais ce mouvement ne fut pas aperçu : un autre objet captivait son attention ainsi que celle de sa mère ; toutes deux avaient les yeux fixés sur un médaillon garni de turquoises qu'un simple ruban noir suspendait au cou de Nadège. Ce médaillon, caché jusqu'à «e moment par le châle qu'elle venait de quitter en rentrant, se faisait remarquer par la manière dont il était monté, qui rappelait les bijoux mexicains. Il était impossible de ne pas le reconnaître : c'était bien le même qu'avait possédé Céline, le même qui renfermait autrefois les cheveux de sa mère, enfin le même dont elle s'était séparée pour l'envoyer à son frère.

A cette vue^ un esprit moins préveon que le siett aurait deviné la vérité. C'est ce que fit madame de Lormoy, en pensant qu'après avoir substitué ses proprès cheveux à ceux de sa mère, Léon avait fait {Mrésent du médaillon à Nadège. C'était féclairer sofiiéaaK ment sur le sentiment qui existail entre eux ; mai% Céline, loin d'en tirer la même conséquence, supposa^ qu'ayant hérité de ce bijou à la mort de Léoo, "Hiéobald Tavait donné à Nadège, non-seulement comme un témoignage de la reconnaissance des deux prison* niers, mais comme un gage des serments que Nadège avait reçus de lui.

Cette supposition une fois adoptée, Céline s'aban-* donna à tous les soupçons qui pouvaient la rendre plus cruelle, et sa raison s'égara de nouveau. Passant tout à coup d'une profonde rêverie à une gaieté sans objet, elle semblait tour à tour ranimée ou accablée par la fièvre. Cependant on la voyait rire, ef chacun se trompait sur la cause de son agitation. TbéobaM seul y reconnut l'effet d'une viye souffrance q«^eïle vewlait dissimuler, et il chercha plus d'une fois Foecasiop de demander à Céline ce qui k tourmeirtait ainsi , mais

elle mit tant dWcclatîon à éviter de se trouver un instant près de lui, quH prît le parti de se retires,

LE FAUX FKÈRE 199

avant tout le monde, de chez la princesse ; car il pouvait tout supporter de Céline, excepté la crainte de la voir se compromettre pour lui, et son bonheur même l'avertissait d6 la nécessité de la fuir pour toujours.

De retour chez elle, madame de Lornioy, se trouvant seule avec sa filb, lui conf&ti les conj^ectores qu'elle avait faites, peztdant cette journée, sur Tintel* ligence qui paraissait enster entre Nadège ^ LéoE.

— Ce que noos 9.TeuB vu, dit-eUe, soijourd'hui, joint à rémotion quils ont éprouvée tous d«Qi, en se revoyant, ne me» laisse afircuii dotate sur leur amour, et m'effraie peur ravemi. J<e voiaidrais prévenir les chagrims inévitables qu'il en résulterait pour tous deux, et tu peux m'aider dans cetLs circoofitance.

— Moi, ma mère ! dit Céline avec éicms^ayànX. •— Oui; tan ùàf» t'a p^aft-èke eonfié cet amour?

— Nom^ jia&aisy répôudat-elle ^i respirant à peine.

— Eh bien , il faut lui dire que tu t'en es aperçue; que d'autres peuvent s'en apercevoir aussi ^ et que tu lui conseilles da ne pas entretenir chez Nadège une cspéranee ipod ne se réaliserait pas ^ car, tu sais, comn^ moi, ajouta niadani& de Lormoy, que ton oncle ne consentiratit jamais i un pareil mariage*. L'intérêt qu'inspàre eette jeums personne, les égardft que nous

î>00 LE FAUX YWlWvI

devons à la princesse, tout m'engage à détourner Léon d'un penchant qui aurait, tôt ou tard, de funestes conséquences. «^

•— Mais il vaudrait mieux, je crois, lui donner cet avis, vous-même.

— Non ; il le prendrait pour un ordre, et il se ferait peut-être un point d'honneur d'y résister : venant de toi, U n'y verra qu'un conseil d'amitié ; vous discuterez ensemble; tu pourras combattre ses raisons, le plaindre, le blâmer, et ta jeunesse même saura mieux le persuader que ma vieille expérience.

— Mais, nous nous abusons peut-être? Ce que vous prenez pour de l'amour, pourrait bien n'être que de la reconnaissance, reprit Céline en tremblant de s'entendre contredire.

— A l'âge de Léon, ces deux sentiments se confondent toujours, quand le bienfaiteur est une jolie femme.

— Mais, comment lui dirai-je?...

— Je n'ai pas besoin de te faire la leçon; je m'en fie â ton cœur, pour trouver le meilleur moyen de se faire écouter. Mais, comme il n'y a pas de temps à perdre, je veux que dès demain tu parles à Léon. J'aurai soin que M. de Rosac ne vienne pas se mêler de l'en-

tretlen; il est essentiel que tout ceci ne soit connu de personne. On est si sévère dans le monde pour les amours qui ne doivent pas finir heureusement ! ^^ Cette sentence, qui condamnait Céline encore plus que Nadège, vint augmenter l'efiroi qui remplissait son âme. A travers le désordre de son esprit, elle conserva assez de jugement pour pressentir qu'elle perdrait bientôt complètement la raison, si les tourments de la jalousie venaient se joindre à tous ceux de sa situation : et, pour la première fois, elle sentit qu'il était nécessaire d'éloigner Théobald ; l'intérêt de Nadège ferait consentir madame de Lormoy à ce sacrifice : elle n'en doutait pas. Enfin, tout l'ordonnait, et l'avenir de Céline semblait borné à l'accomplissement de ce cruel devoir.

Elle passa la nuit entière à s'afiermir dans cette résolution, et la journée était déjà fort avancée, qu'elle ne cherchait point à rencontrer Théobald ; elle espérait même qu'il allait sortir^ comme il le faisait chaque soir, lorsqu'elle le vit entr'ouvrir la porte du cabinet où elle travaillait, en disant :

— Est-il vrai que vous m'avez fait demander?

— Non, répondit-elle d'abord; et puis, devinant que c était probablement sa mère qui le lui envoyait :

Ah ! QQi,... je voulais toos pacler^*^. aîf^Ha-t-elle en n'osant lever les ye^a,

— Et moi aussi, f ai beanotnip de ehoses à vous dire; fai même à vam gvender. Jiaia, avant tout^ qu'exiges-vcoB de moi ?

— Que vous pai*t»9e au pi» tâi.

— Hélas ! j^y étais décidé ; maïs que te soit par votre ordre^ voilà une douleur que je n'avais pas prévue^ ajoiita-4-il du I<mi le plas trisle.

— Espériez -vous dbne eêcher plus ion^iops les sentiments qui vous unissent, et pensiez^vous que ma mère viendrait à les connaître sans ks bUbmer, sans vous reprocher votre nutnqiie de confiance en <elle^ et la légèreté qui vous fait «exposer le bonheur, la j^[mtition de celle qui vous aime? Non, votre oondiiite est inexcusable, barbare, et vous ne savez pas tous les maux qui ^© peuvent résultOT,

— Ah ! s'écria ThéobaM, ^i voyant les krmes qui inondèrent tout à coup le visage de Céline^ je ne vous comprends plus ; mais vous pleurez, Céline, c'en est assez pour que je m'accuse^ pour que je supporte vos reproches sai» me plaindre.

— Des reproches I n'en redoutez point de ma part, reprit Céline^ s'efibrçadit de paraître calme; je suis

eneere plus coupable que vous ^ en me rendant complice de vos torts, «n vous aidairt à prolonger l'erreur qui voii'' a fait adopter par ma famille, j'ai mérité tout ce que je souffre. t».

— Que dites-vous? oh ciell votre mère connaîtrait mon amour?...

— Eh I ne se trahit-il pas aux yeux de tout le monde? Oui^ ma mère sait que vous aimez Nadège.

— Je respire, dit Théobald en prenant la main de Céline... est-il possible que vous vous plaÎBiez à me causer de semblables terreurs ? est-ce bien Céline qui peut s'abuser ainsi sur l'objet de mon amour ? Ah ! sans la défense qu'elle m'a faite de lui parler de cet amour, elle saurait que rien n'en pourra jamais triompher ; qu'il est à la fois mon repentir, ma gloire, mon tourment, ma joie, et qu'en ce moment même, où tout m'ordonne de le sacrifier, je sens qu'il est ma vie

— Pardon I fut le seul mot que proféra Céline, dans ht douce émotion qui calmait sa souffrance.

— Non, réprit Théobald avec feu, je ne saurais te pai*donner d'avoir ainsi calomnié mon cœur ; toi, pour qui j'oublie les devoirs les plus sacrés ; toi, aui deviens aujourd'hui mon excuse, ma conscience... je cesserais de t'aimer I... une autre ?••. Non, tu n'as pa

le crojire... ta mère seule devait s'y tromper. Mon amitié pour Nadège, Tamour qu'elle garde à Léon, et €e triste souvenir dont nous ne parlons jamais sans nttendrissement, tout devait lui donner le change sur nos vrais sentiments... *^

— Nadège aimait Léon ? interrompit Céline, pourquoi ne me l'avoir pas dit? cela m'aurait épargné bien des larmes.

— Ah ! ne me les reproche pas ces larmes qui m'apprennent que je te suis cher ; elles compensent toutes mes peines ; le souvenir en deviendra ma vertu, mon courage, contre le malheur qui m'attend ; je leur devrai jusqu'à la force de te quitter, car je saurai que tu me pleures.

— Oui, je la pleurerai, cette cruelle absence ! mais, Théobald le voit, je ne puis plus feindre. Hélas ! je m'étais promis de le guérir de son amour^ en lui cachant celui qu'il m'inspirait, et la crainte de le perdre m'a fait oublier toutes mes résolutions. Je frémit^ «n pensant que j'ai été vingt fois prête à me trahi?, à îe livrer au courroux de ma mère ; je sais, enfin, que ma raison ne peut plus me guider, et j'implore la tienne, dit Céline, en laissant tomber sa tête sur le bras de Théobald.

— Hélas! en ai* je encore... mais l'honneur m'en tiendra lieu, s'écria-t-il en pressant Céline contre son sein, et le ciel me récompensera, peut-être, de m'arracheràtoi, au moment où ton cœur me répond... Ouil je partirai... cette nuit même... il le faut... mon âme accoutumée à la souffrance, serait sans force contre tant de bonheur, ajouta-t-îl en contemplant Céline; mais que j'entende, une fois encore, mon nom prononcé par ta bouche. Ah ! s'il est vrai que tu m'aimes, ne me laisse rien ignorer de la félicité que je perds. Songe que je n'ai pas d'autres biens à prétendre, et que l'écho de tes paroles retentira chaque jour dans mon cœur.

— Théobald !... cher Théobald !... dit Céline, et ses pleurs l'empêchèrent de continuer.

En ce moment, la chaîne d'or qui retenait la montre de Céline s'embarrassa dans la petite croix suspendue a l'habit de Théobald ; il fallut les détacher toutes deux po;ir les séparer.

— Changeons, dit Céline en cachant la croix dans son sein, elle sera là pour justifier mon amour.

— Et cette chaîne sera la seule que je porterai de ma

vie, ajouta Théobald, en rassemblant son courage pour

s*arracher d'auprès de Céline, avec l'affreuse liée de Qe la revoir jamais.

Aptes de si tristes adieux, Géliiie ttmiba dans un ao cablement insurmontable. Cependant il fallait qu'elle descendit chaz sa mère, et qu'elle se préparât à répondre aux questions qu'on lui adresserait^ sans doute, sur l'entretien qu'elle venait d'avoir. Bien n'avait été concerté ; Théobald partait dans quelques heures. Cette pensée avait absorbé toutes les autres, et le trouble où se trouvait Céline ne lui permettait pas de chercher un moyen de sortir d'embarras. S'enfermer, se dire malade, sa mère allait accourir pour lui donner ses soins. Rien ne pouvait dispenser la malheureuse Céline d'accomplir son devoir ordinaire, ni la soFOstraire au cruel supplice de paraître tranquille, avee le déses* poir dans l'âme.

Le jour finissait^ et le salon n'était pas encore éclairé lorsque Céline y entra ; sa mère ne put remarquer la trace des larmes qui se voyait sur son visage ; plusieurs perijonnes entouraient madame de Lormoy ; la couver^

sstion était ankiiée; elle amt chercké ài la lEiaiBtemr pour qne Ton s'aperçâil: moins im Tabeence de sa fille, ce qui n'empêcha peditf M., ie Rosac de se réerier, ea voyant arriver Célinev sa? la maïaère cnielte dont elle les abandonnait ce soir-là.

— Eh bien, vous aivcar ttorl^ ajouta-t-il^ eaur nous sommes aujourdliui beamou)» nMÛ» ennniyiQux qu'à Tordinaire. Madame r&tve mère nous a fait l'avei» qu'elle sdmait ks histoires de revenante ; te marquis en sait d'admirables ; il faoït qu'il en raconte une pour vous, ef la plue effrapnte, ca? c^est la beauté dru genre. Voilà justement la lune qui parrait, ne deœaBdkuispoBili d'autres Itmiières et faisons silence.

Alors M. de Boisvilliers commença un récit qee Céline n'écouta peint 7 seo^ment, lorsqu'il fut arrivé à ces mots : Ils furent contraints de se séparer.

— Qfui? interrompil-elte, sans penser à ce qne cette questicHi avait dTexIraordinaire.

— Qui?

— Qui? mais ces pativres amants, continua le marquis. Le père de Iaâ)âlelaine^ vieîUardamidtieux et vindicatif, ne pardonnait pas à un simple chevalier d'og^p plaire à sa fille, et comptant sur Tabsence pour trior \ii*hei^ de leur amour, il venait d'ordonner le départ d'Ai.'hur

pour la terre sainte^ en lui accordant^ pour toute grâce, la permission d'aller faire ses adieux à la belle Isaure. Mais cette faveur^tait un piège. Caché derrièreune tapisserie, le châtelain entendit le serment que faisait Isaure de rester fidèle au chevalier, et de mourir plutôt que d'accepter jamais la main d'un autre. A tant d'amour, Arthur avait répondu par des promesses de constance et de gloire. Indigné de cette résistance, et désespérant de la vaincre tant qu'il resterait aux amants une lueur d'espoir, le vieillard avait résolu la perte du jeune Arthur ; le soir même du jour marqué pour son départ, des gens apostés par lui au milieu d'un bois qu'il fallait traverser, fondirent tout à coup sur le chevalier, et l'assassinèrent.

En cet instant du récit, un cri douloureux se fit entendre.

— Quel triomphe pour le conteur, s'écrie M. de Rosac, sans s'apercevoir que Céline respirait à peine. Mais elle allait peut-être succomber à la terreur qui s'emparait de ses sens, si ce mot : courage ! n'était venu la ranimer. Accablée par tant d'émotions différentes, sa tôle se renversa sur le dos de sa chaise, où se trouvait alors la main de Théobald. Il était entré doucement dans la crainte d'interrompre l'histoire qui captivait

Tattention générale ; il en avait écouté ce qui semblait en rapport avec sa situation, et lui seul avait compris "'efiTroi de Céline.

— Le meurtre accompli, continua M. de Boisvilliers, on en vint rendre compte au châtelain qui, dans sa joie d'être obéi, fit préparer un festin splendide, auquel il contraignit sa fille d'assister. Ses femmes l'avaient pour ainsi dire parée de force, et l'on voyait ses colliers d'émeraudes^ son bouquet, son voile humides do ses larmes. Mais son père, sans pitié pour elle, l'obligeait à recevoir l'hommage des seigneurs qui venaient pour demander sa main ; le plus brillant de tous devait la conduire à table et se placer à côté d'elle. 11 arrive... la place était occupée ; croyant la céder à quelque seigneur plus puissant que lui, il se retire et va se mêler parmi les autres convives. Chacun d'eux attend que le châtelain donne le signal qui doit engager à porter la santé de la belle Isaure ; mais aucun mot de lui ne vient animer le festin. Étonnée de ce silence^ Isaure leve les yeux sur son père, le voit pâle, immobile^ fes regards fixés sur un objet qui semble le glacer de ter reur. Eue cDerche la cause de cet efl^roi subit, et jette un cri en apercevant Arthur placé près d'elle, le sein aecouvett, et montrant d'une main livide le sang qui

SiO LE FAUX FUÈRE

cQulaii d'une large blessure. A cette vue^ Isaure tombe înamimée ; ^on vole à sou secours; elle n'était plus, e^ le fantôme s'était évanouL Une longue trace de sang attestait seule son apparition. L'on prétend que efaaque amnée, à pareil jpur^ la même trace de sang se revoit sur le: tombeau disaure.

— Voilà, sans contredit, un fort beau dénoûment, diit madame de Lormoy; mais ce qui me plait le plus de cette histoire, c'est la confiance qu'on avait alors im& la fidélité des amants. De notre temps, le même piire aurait prévu que le chevalier rencontrerait sur son chemin quelque belle qui lui ferait oublier ses sermefits, et il se serait épargné la peine de le tuer.

— Ah 1 madame» s'écria M. de Rosac, c'est par trop calomnier le siècle ! Puis s'adressant à Céline : j'espère bien que vous ne croyez pas cela?

— Non, réponditrelle, en se tournant vers Théo^

El UQ f egasd la remercia de sa confiance.

— Au ireate, reprit M. de Boisvilliers, cela dépend beaucoup de la personne qu'on aime.

— Dites plutôt qui aime, répliqua madame de Lormoy.

Xlwi il s'entama une discussion à laquelle les

LE FiiUX Ff^ËBB 2if

drai seMis intàmsés ba se mèlèrenÉ ]^St« On supposa toutes les sitiration» oà fkifidélilir était permise ; les lieux communs^ les sentoMfiS, Tieib &e fiât époEgaé^ et Toa ODoclut par décider que le yéritaUe amour était si rare qu'il devndt èitre protégé par to«^ le monde.

De tous les enomis qu'impose la société, le plus inpso»teBaUe esl peut-être eelui d'entendre disserter froidement sur les sentiments (}ui ¥ous agitent avee violenfie. TliéeJiaM» ea étant excédé, sa disposait à sortir du salon, pour cacher son impatience; mais Céline lui faM: «rgne de s'approcher d'dle.

— Que l«i diarai-jd? demanda-t-elle à voix basse en montrant sa mère.

— QUi'une lâttra, arrivée ce soir, ma force à me rendre sur-le-champ à Bordeaux, et que devant bientôt revenir, ajouta Théobald en soupirant, je n'ai pas voulu»..

— Vous rendra 4 Boideaux? iaterrompit madame de Lc»rmoy pins ceen^ée de ce qse pouvait dû» Théobald que des réflexions de M. de RoBa£«

— Oui, madame, reprit Théobald avec cette assn* ranca que donne une résolution courageuse ; une af» faira imprévue m'oUige à partir demain»

— Quoi! sitôt? cette affaire ne pouvait-elle pw

se remettre au moment de notre retour à Melvas?

— C'est un devoir impérieux que j'ai déjà trop tardé à remplir, reprit Tbéobald.

— Je comprends, dit M. de Rosac, c'est quelque ordre du ministre de la guerre, qui vous oblige à vous présenter cliez le général de la division.

— Justement, répliqua Tbéobald^ profitant sans bésiter du prétexte qu'on lui fournissait.

— Si ce n'est que cela, vous serez bientôt de retour.

— Je le voudrais.

— Je ne croyais pas votre congé expiré? dit madame de Lormoy ; voudrait-on vous envoyer loin de nous?

— N'ayez pas cette crainte, madame, reprit M. de Rosac, c'est une simple formalité à remplir, et je suis garant que vous le reverrez avant quatre jours , à moins, ajouta-t-il en souriant, qu'il ne trouve sur sa route quelque belle dame qui le retienne dans ses fers, comme vous prétendez que cela arrive toujours à nos chevaliers modernes. ^

" — Vous m'assurez, dit madame de Lormoy à Tbéobald, sans répondre au trait malin de M. de Rosac, v^us m'assurez que je ne dois pas m'inquiéter de cette ateence?

— Non, reprit Theobald en lui baisant la main/ et vous devez l'approuver. ^

Ces derniers mots firent supposer à madame deLormoy que, pour lui obéir plus facilement, Théobald saisissait une occasion de s'éloigner quelques jours de Nadège, et, malgré la privation que ce voyage lui imposerait, elle se vit dans la nécessité de n'y point mettre obstacle. Théobald fit ses adieux, sans oser regarder Céline ; il craignit, avec raison, de perdre, en la voyant, tout le fruit de son courage. Cependant elle ne pleurait point; sa pâleur seule trahissait sa souffrance.

Quand tout le monde fut retiré, sa mère voulut savoir d'elle comment Léon avait reçu ses avis ; mais il était déjà tard, et Céline, prétextant le besoin qu'elle avait de repos, pria madame de Lormoy d'attendre jusqu'au lendemain pour apprendre ce qu'elle dési* rait.

— Qu'il vous sufiBse, dit-elle, d'être certaine qu'il sera en toute occasion soumis à votre volonté, et que le soin de votre bonheur l'emportera toujours sur le nôtre.

A ces mots, sa mère l'embrassa tendrement, et Céline se trouva moins malheureuse en pensant que ce

StA LE FAUX FRÈRE

départ, dont die craignait tant l'effiet sur sa mère, ne' désespérait qu'elle seule.

Le danger maintient les forces; maiis lorsqu'il n'est plus urgent de cacher sa douteur, il est rave^ qu^oo n'y succombe point. Taut d'kgitations aHérèrest la santé de Célîne ; elle fut obligée d'e rester av fit plusieurs jours. Sa mère en conçut une vive niçuiétiide, et k crainte de l'augmenter rendit à Céline cette espèce (fe volonté qull faut pour guérir. Elle avait d^ r^ris ses occupations ordinaires; seuiemen4 eBe' était languissante. On mettait cette diîsposi'tion sur te compte de la convalescence, et comme elle b« se plaignait pas, on Ta croyait tranquille.

Madame de Lormoy parlait souvent du retour de son fiils, sans s'apercevoir de l'oppression qm accablait sa fille chaque fois qu'elle disait : Mais qui pest le fefte^ nir si longtemps? Pourquoi Léon ne notes éerit-il point? Un jour qu'elle venait de recommencer ceÉte question, Céline^ embarrassée iy répondre, prend le journal qu'on apportait, s'approche d'une fenêtre^ et

lit à voix haute quelques articles de la gazette âe Bordeaux. Tout à coup elle s'arrête ; ^ mère lui ^lemande, sans détacher ses yeux de la broderie qii'd:le achève^ si le^oumal ne contient plus rien d'intéressant. Céline se tait : étonnée de son silence, madame de LornK)y ae retourne, et tremble d'effroi en apercevant sa fille évanouie. Les secours qu'on lui prodigua la ranimèrent bientôt; mais ses yeux égarés, ses paroles sans suite, ses sanglots élonffés, la firent croiiDe m déÙre. En la voyant «éans cet «tat, sa mère ielalt é-es ^is qui attiralBUt tous les geoB de k maison. M. de «Rosac arrive en cet instant.

— Venez, s'écrie Céline, empêchez la..;:.

Biais l'oppression qui l'accable ne lui permet pas de continuer : elle montre à sa mère les papiers qui sont sur la table. On ne la comprend point, son désespoir s'en augmente ; des convulsions Tagitent, et le médecin, qu'on a fait appeler, déclare qu'une prompte saignée peut seule ramener le calme et détourner les effets de cette crise.

' Lorsqu'on la croit apaisée, on veut savoir ce qui peut avoir plongé Céline dans ce cruel état. M. de Ilosac ;)rend le journal, le parcourt; ses yeu>: s'arrêtent eainn ; maûame de Lormoy le voit pâlir, elle s'em-

pare à son tour de la feuille, et malgré les efforts de

M. de Rosac pour la conjurer de ne pas la lire, elle y

voit ces mots :

c Un aventurier qui, à la faveur de papiers trouvés

en Russie, s'était introduit chez le baron deMelvas, en

se faisant passer pour son neveu, vient d'être arrêté el

conduit au fort du Hâ ; on instruit son procès, b

Madame de Lormoy resta comme anéantie sous le poids de cette nouvelle ; elle n'osait y croire, mais une lettre de son frère vint la confirmer, et i;endre l'espoir à son cœur maternel.

« Votre fils existe, écrivait M. de Melvas; c'est luimême qui vient de m'aider à déjouer les projets du misérable intrigant qui avait usurpé sa place. Le croiriez-vous? ce monstre s'était introduit chez vous •lans l'espérance de séduire votre fille, de l'enlever et de la contraindre ensuite à l'épouser pour rétablir sa réputation : comme si la honte de porter un nom déshonoré était pour une fille bien née un moyon de se réconcilier avec sa famille ! Mais vousne vous étonnerez plus de tant de bassesse quant vous saurez que son nom est celui du. dénonciateur, du meurtrier de votre

LE FAUX PftÊïlE 217

mari, et vous devinerez que le fils de l'atroce Erihei l: pouvait seul recommencer pour nous cette suites d'infamies. Mais heureusement la lettre que je joi us ici, est arrivée à temps pour nous sauver. Lisez-Ià et ne vous occupez que du bonheur de revoir notre véi itable Léon. Le soin de punir le traître qu'il croyait son ami me regarde, je l'ai déjà livré à la justice, et quelle que soit la rigueur de nos lois contre un atte?)~ tat pareil, j'en presserai l'exécution de toute la force Je mon ressentiment passé et présent, b

— Ah I je le seconderai dans sa juste vengeance» s*écriaM. de Rosac, après avoir écouté cette lecture; le misérable ! il aimait Céline ! il espérait la déshonorer, c'est sous mes yeux qu'il osait former ce projet infernal ! usurper la confiance de toute une famille, so servir du nom de frère pour vivre sous le même toit qu'une jeune fille qu'on veut entraîner à sa pei le^ partager la fortune à laquelle on n'a aucun droit, voler une dot; ah! de si nobles desseins méritent qu'on en fasse un grand exemple, et je vais de ce pns u Bordeaux pour recommander cette affaire à nos jup^.s.

— Pensons d'abord à tranquilliser Céline, dit madame de Lormoy, elle paraît plus calme; demandez au docteur si «lie peut lire cette lettre.

-M« LE Fi^lfX FRBRB

Le docteur Tenait départir; mais madamAda Lornoy pensairt que* le' bonheur de^ feUeuver. un frère dissiperait «nieusque'toiB^ les remèdfeii 11aecabLNEi8iit> 4k sa fille, lui lut elleHUièineLlaileUdre^suivttto.:

« Mon cher onde,

f> J'apgp^ends qfilun intrlgpint, dont l^gn'ore le nom, ^''est ser^ du. miien. pour s'introduire chez vous, et tromper toute ma famille j J'irais le chasser, le punir à l'instant même, sans l'obligation de me faire reconnadtre ici pour obtenir un^asse-port. Je n'ai plus aucun des papiers qui peuvent certifier de mon existence, de mes services^ et me faire rayer de la liste des prisonoiers moils en Russie. H me faut recourir au témoignage du petit nombre de camarades qui sont revenus de cette triste campagne^ et qui me connaissent pour ■n'avoir vu combattre à côté d'eux. Cëst à qui doutera de ma résurrection, de mon retour ; après tant de périls, j*y crois à peine moi-même; mais je suis certain pourtant de me faire bientôt reconnaître a vous, a ma inère,,à ma sœur^ par tous les sentiments du fils le ^lus tendre et le plus respectueux.

»>L£ON M. SiiKr-lRiH& »

CiE FAUX FIltmE 21»

Dans VëttfX de faiblesse ab se trou^nét aloos Célinû, elle se crut d'abord tourmenféef par un rêwa pé<iibl«. Sa mère^ étonnée de Ilst TtnrinsatMsiUe à laceosolatioiL d'apprendre qne sm frère exislaîl, essaya ëe la eooryaincre de cette heureuse nouvelle;, c» M jEûsaat fart de la lettre de son onde. Héla» r las ni«iacaa< ^'elle renfermait rendîreitt bîenfft Gélfwai tonte la réalité de son malhenrrSbn premier memvaoMnl fol de jjyA^ tifier ThéobaM dit projeli inTâimc^ <9u'<Mi Isa isiipposaii. Mais s'apercevant que la ehaleiir qfv'die mclttait à k défendre anhnaft enoore plus le tmamÊOL de M« Rosae contre lui, et gu^l interprétailf ses hoinnj ooinme uns preuve de là séduction ifuiétait à ses feua le plua grand fort de Tbéobald, elle senlit; la néf enrité de se contrâindre, et se* borna S nicosftery avec iotttala fievté d'une âme ihnoceirte, cammm/î la méfvse d» Zamea^ celle de madame dfelomroy^ eiki^atifferqniesavaiit été la suite, avaient phcé maigyé lai^ Tbéobald dans la situation dont on lui ftûsaât via crima anijoiiirdluii. — Ainsi voosme trompies tous dena l sTécria ohudame de Lormoy, tons vous perdies pour mat; ma vie ne valait |ras qu'on Vadlite^t si^eor.. Oa'en Derai-j/» à présent^ si votre repas, votre réputatMA sontija-» mais compromis?

— Rassurez-vous, répondit Céline, d'un ton calme, je ne cesserai jamais d'être digne de vous. Mais si la calomnie profitait de cet événement pour flétrir l'honneur de votre fiUe^ vous n'auriez pas longtemps à. souffrir de cette bonté.

11 y avait dans faccent de Céline quelque chose de sinistre, qui fit frémir sa mère; M. de Rosac luimême en fut effrayé, et tous deux se réunirent pour la ramener à des idées moins sombres. Madame de Lormoy promit donc de ne lui adresser aucun i^eprocbe sur ce qu'elle appelait son inconséquence. M. de Rosac jura de se battre avec tous ceux qui oseraient parler légèrement de cette aventure, et soupçonner Céline d'avoir encouragé les projets de Tbéobald. Mais sans faire attention à tout ce qu'ils imaginaient pour la tranquilliser, elle demanda seulement à quitter sans délai Bagnères. On craignait qu'elle ne fût pas en état de supporter les fatigues de la route. Elle affirma qu'elle en aurait la force, et témoigna le dési^r de consulter le docteur Frémont, comme étant le seul^qui possédât sa confiance. Cette considération l'emporta sur toutdb les autres. M. de Rosac se chargea d'ordonner le départ ; madame de Lormoy écrivit un mot d'adieu à la princesse Vollinsky ; et dès le lendemain

LE FAUX FRËEE 221

lis se mirent en route pour retourner au château de Melvas. ^

Combien ce voyage parut long et pénible à la mallieureu^o Céline 1 Passer par le même chemin qu'elle avait faitàcôté deThéobald, revoir les mêmes sites qu'elle avait admirés avec lui, se rappeler ces mots de tendresse mêlés à de simples réflexions dont elle seule comprenait l'à-propos! Quel supplice pour un cœur comme le sien 1

Cependant de nobles résolutions combattaient la langueur où la plongeait ces tristes pensées. Théobald était au pouvoir d'un ennemi implacable. Tout l'accusait devant les hommes, et la loi et l'amour même de Céline ; le seule bien qui put le consoler, assurerait sa perte si on venait à en surprendre la moindre preuve. Comment donc le sauver? L'amitié, la reconnaissance de Léon pouvaient seules tenter de le soustraire à la vengeance de M. de Melvas. Mais ce Léon, la cause de tous les malheurs de son ami^ l'auteur de cette lettre qui venait de le faire jeter en prison comme un vil

criminel, comment le faire prévenir? comment suspendre les coups qu'il portait de si loin, sans se douter du cœur qu'ils atteignaient ; et lors même qu'il serait instruit du sort cruel de Théobald , lorsqu'il

222 liE FAUX FUÈWi

braverait tout ipour T^leir à fion fiôcours^ arriverai t-i! à teaips pour l'empêcher de subir la honte d'une condamnation infamante I Ab! cette crainte était de- Tenue Tunique sentiment ide €éUiie s ^^ devint aussi le mobile de toutes ees adjbns«

A prine arrivée à Mellvas^ elle s'enfenma pour écrire à son frère; ensuite faôsfflit appeiler Zamea, elle la supplia en pleurant 40 l'aider à réparer woie partie des malheurs dont elle était la cause inniwcaate*

— C'est toi qui fas contraint à passer poua:Léon> disait-elle; c'est pour sauver la vietde ta maîtresse qu'il est aujourd'hui dans les cadiots ;aide*mQi4uinoijasà implorer le bras qui doit lesecourir. Je ne^ais^ù adresser cette lettre. Mns-là à oeUe que ma mèise Ibe donnera pour être envoyée à Léon par jnon oncle. Je ne veux pas être que^ieunée sut ce qu''elle contient

— Je ne demande pas mieux de vous servir pour demander conseil à votre vrai frère, disait la vielle Zamea tout émue ; mais pour ee TUéobald, qui m'a déjà attiré tant de reproches deM. le baron, je ne puis vous aider à le sortir de peine; d'ailleurs lui-mëioe ne nous seconderait pas dans ce que nous tenterions pour lai. Si vous saviez avec quelle hauteur il a traité votre oncle, et ces gendarmes qui venaient l'arrêter l

-i- Qnoi I ta as été témmn de cette horrible seène ?

— Oui, j'étais là; je causais avec les domestiques de la maison qui chargeaient sa Toitare, car il ne s'était arrêté au château que pour y prendre ses malles, et écrire une longue lettre à votre oncle qui était absent, et nous faire à tous d*amples générosités pour ravoir servi pendant son séjour ici. Il écrivait encore, lorsque nous vîmes paraître'M. le baron suivi de beaucoup de monde*

» — Quelqu'un doit être arrivé eette nuit au thâteau? demanda-t^il d'un ton impérieux.

» On lui répondit que son neveu seul était verni, et qu'il le trouverait dans sa chambre.

» — Suivez-moi, dit-il aux officiers qui l'accompagnaient, et vous, restez ici, ajouta-t-il en parlant aux domestiques qui voulaient l'annoncer.

» Cet ordre^ et l'état violent où seniblait être votro oncle, nous firent prévoir quelque événement extraordinaire. Chacun de nous attendait ce qui allait se passer, sans oser dire un mot.'Eiifin, je m'entendis appeler ; c*était monsieur qui m'ordonnait de monter pour recevoir le havresac et le portefeuille de votre frère, que ce malheureui ne voulait confier qu'à moi, pour être remis i madame. Ah I mon Dieu, que sa pâleur

me flt pitié I continua Zamea en essuyant ges yeux.

» — Tu m'as fait bien du mal, sans le vouloir, dit-il^ en me serrant la main, mafe je te le pardonne. Ceci contient des papiers importants pour toti maître ; tu ne les livreras qu'à lui ou à sa mère. *

JD Puis il abandonna les siens aux officiers qui les attendaient. Pendant la visite qu'ils en firent, M. le baron^ offensé de la méfiance qu'on lui témoignait^ en me choisissant plutôt que lui pour garder ce dépét, adressait mille injures à ce M. Eribert (oui, c'est bien ainsi qu'il le nommait] ; il lui dit, entre autres choses, que, lorsqu^on manquait d'honneur, il était simple de ne pas croire à celui des autres. À ces mots, le pauvre jeune homme perdit patience, et je crus qu'il allait se porter à quelque affreuse extrémité ; mais, revenant à lui :

D — Oui, dit-il, j.'ai mérité cette insulte; mais, si vt)us avez aujourd'hui le droit de m'en accabler, j*a>urai bientôt celui ' de vous en faire rougir. Cette lettre, ajouta-t-il en lui montrant celle qu'il venait d'écrire, cette lettre vous apprenait inon nom, les motifs qui m'avaient retenu chez vous trop longtemps, l'intention où j^étais de m'éloigner à jamais de lotre famille ; mais comme elle ne vous semblerait, eace moment, qu'une

preuve de faiblesse et de crainte, vous ne la lirez point. Vengez-vons sur moi de tous vos anciens malheurs, j'y consens, et pourtant Ton sait que je puis défendre ma vie; mais craignez d'attenter à mon honneur^et ne cher- ^hez pas à le flétrir auprès de votre neveu, car il deviendrait le premier mon vengeur. La certitude d'être justifié à ses yeux^ le respect que je dois à sa mère, m'ordonnent de supporter, aujourd'hui, l'infâme accusation que vous ifites peser sur moi ; mais le moment qui me fera connaître, apprendra aussi jusqu'à quel point vous pouvez tout sacrifier au plaisir de satisfaire la plus injuste vengeance.

» Après avoir dit ces mots, il marcha fièrement vers la voiture qui l'attendait, «t je pleurai, en le voyant 2>artir escorté de tous ces gendarmes.

Céline avait écouté ce récit sans oser l'interrompre. Elle espérait assez de son courage pour l'entendre sans trahir la peine qu'elle en ressentait; mais l'idée de voir ainsi humilier celui dont la bravoure s'était fait si souvent admirer ; l'idée de tout ce qu'avait dû souffrir cette àme noble et fière; en subissant ht honte d!étre trahie en prison comme un coupable, l'emportèretit . sur tous les efforts de Céline. Elle fut réduite à conjurer Zamea de lui garder le secret des larmes amères

226 XE FAUX FRÈHE

qu'elle lui voyait répande, et d'épai^gneff àsamèfler la donteuar de la sa'vioiiirpour jaiaaîs xoalbeuseuge.

Le baron instruit, par M. fde Ebosae, du retour^. sa sœur, vint la larouver à MeWas, après avoir remis à ses gens d'af aires le soîn d'entamer e^ de poursuivre ]e procès qu'il intentât contre Théobald. A peine arriué, il se rendit auprès ée imidame de Lormo^f» jaos m faire annoncer. Céline lisait dans le cabinet .ajlteaant à la chamiiire de sa mène; elle 4»itendit la voix de son oncle, et le soa de cette voix redoutaiMA lui«ausa un tr«nibl(mient tel qu^il lui fut impossibte de se lei^r pour aller vers lui; cependant madame de hormof Fappdait; mais n'obtenanl aueune iri^èfise^ M. de Melvas prit le parti de venir lui-3iBièaie ctescber GéUm. Au bruit de ses pas, elle fit un efforl: surMaUa-riaème ei ae leva pour l'embrasser.

— Pauvre enfant, dit^l en la sériant oofok» scm cœur, il mesemjïle kirevoir apsès im na«tff»g(9^ funad je pense au danger qa'eUe a icoiini;; floais, ^isripoî^ ajouta-t-4len la conduisant prèit de sa mèare, ^s-moi oomme# ce misérable esl parvenu à ^inspirer gMa confiance fraternelle dont je te vois roia^ maintenant,» et qui pourtant était alors f<u^ innoceaAe de ta. pisaït ? N^a«4^il jamais tesaié d'abuser d^jce titim defcàr6,^jpottr

X£ FAUX FR ÈRJE .iST

te .parler d*un autre sentiment? Je gage qu'aujourd'hui tu te souviens des discours qu'il tenait pour te «éduire^ et qui ne te semblaient alors que l'expression, un peu exallée, de la tendresse d'un frère. Conviens-en, na crains pas de l'accuser; tune saurais rien ajoutera rinfamie de sa conduite ; je dis plus, ton indignation l'accuserait moins que ton indulgencOt

Ces derniers mots réprimèrent le mouvement qui portait Céline à protester de l'honneur de Théobald; elle sentit qu'elle ne pouvait prendre sa défense sans le perdre, et, dans l'impuissance d'adoucir le ressenti— ment qu'il inspirait, elle voulut, en se dénonçant ellemême, supporter sa part des reproches dont on l'accablait.

— Jamais, répondit-elle à son oncle, Théobald n'a conçu le projet de m'abuser sur ses sentiments ; je savais qu'il n'était point mon frère.

— Vous le saviez! s'écria M. de Melvas étouffant de colère, vous le saviez, et vous l'aidiez ainsi à nous tromper, à se jouer de l'honneur de toute votre fa» mille! •, '

— Je l'aidais à sauver ma mère, .répliqua Célinç en s' emparant de la main de madame de Lormoy. Vous savez si elle était en état de supporter la nouvelle del%

228 LE FAUX FRËRB

mort de son fils, quand nous la voyions succomber chaque jour àlaseule crainte de cette perte. Ed bien , c'est moi^ moi seule qu'il faut accuser de Terreur où vous êtes restés tous deux. Théobald était, depuis longtemps, décidé à la faire cesser; c'est moi qui l'ai conjuré d'attendre le rétablissement de ma mère, avant de lui porter un coup si terrible ; c'est mon amour pour elle qui m'a fait exiger de lui cette imprudence; c'est moi qui dois seule en être punie.

— Vous le serez trop, reprit le baron en se promenant à grands pas dans la chambre; pensez-rous que le monde tolèrede semblables intrigues, et qu'il adopte, tsans examen, toutes les belles raisons que vous donnez pour avoir passé tant de temps dans une si grande intimité avec un jeune homme que vous saviez bien ne pouvoir jamais entrer que par fraude dans votre famille? Non, le monde dira que vous étiez d'accord tous deux pour la déshonorer.

— Oh ! ma flUe, s'écria madame de Lormoy en fondant en larmes^ pourquoi m'as-tu empêchée de mourir?...

— Ëpargnei-la du inoins, dit Céline en montrant sa mère, ne rendez pas ma faute inutile ; songez que la xxioi't de :.:..:. [ils était moins cruelle à supporter que la

honte de sa fille ; mais, cette honte, qui oserait m'en accabler? je ne l'ai point méritée; cette assurance me suffit pour tout braver.

— Et que vous reste-t-il à braver encore? reprit le baron; voulez-vous, violant tous les devoirs, vous rendre Tavocat du vil imposteur que la loi va juger?

— Je le devrais peut-être, interrompit Céline ; mais se repentant aussitôt de ce mot imprudent, elle ajouta : oui, si la vérité pouvait se faire entendre de ceux qu'anime une injuste prévention, je dirais hautement que» loin de prétendre à moi, Tbéobald savait trop que votre haine lui défendait de penser à vous appartenir» et qu'il n'a jamais eu l'espoir de m'épouser.

— Voilà ce qu^il vous disait pour mieux vous abuser. Votre innocence servait ses desseins sans les comprendre, et je n'en veux pour preuve que l'intérêt que vous lui portez. S'il n'avait déjà pénétré votre âme de son infâme séduction, seriez-vous si peu sensible à l'outrage qu'il nous fait? Ah 1 je l'avais pressenti, même avant de savoir que Céline fût son complice : Léon nous a éclairés trop tard.

— Oh ciel! que voulez-vous dire?

Et Célina se précipita dans les bras de sa mère, pour y chercher un abri contre le plus affreux soupçon..

aaO LE FAUX FRÈRE

— te n'^n puis pljis douter, ajouta le baroa, cami-fiérable s'est emparé d&:tooa ceeiur, tu l'aimes.

— Moi?... s'écria Céline, avec l'accenJ. jde la, ier> «reur.

•<- Oui, le géode infernal du père xe^t tout entier dans le fils pour achever aotse ruine ,; tu le xeconnais, >ma sœur, à son adtiarnement/contre jious,; il a.luré le désespoir de ta famille. £e n'était point aâsaa^ d'avoir fait pésir ton jaari,; il fallait qu'il t'enlevât notre consolatiemj iU fallait que^ce monstxe fut. aimé de;ta

fille.

•^lia mèse^ ne le orojfez pas, disiât CéUae^ au voyant madame de Lcmmof smceombei^ à cette idée» Que Vautrai feâi» pour v<eus pvouiver que v«tne joionheur est Je seul iatéirê^ de ma^ie? Qrdoonei.: rîeain(»am coûtera pour ¥ous .rend^ la oonfianofs «dont ji» suk taujours digne. Mm n'exigez «pas que, paur hâter la perte d'un malbeurem, je jcÂgne la roalDOOiie à im» les effort de la hûue ; json .snrt n!a jamais* àà s-mr diainer an mien; itout moi» sépare; je 110 idois^phis le revoir, que vous importe sa destinée ? Lai8se£-le suivie la carrière qui l'étoigne de .noas, saiis )flélm la réputation du rjûonqpflgnon d'armes die votre fxhi, de œiui qui aei ^Mivent &^(»é sa vie paur nmm &ève.

Touchée de jcette prièire, madame de Lormoy s'efforça de ramener le baron à des sentiments moins violents. Pour arriver à ce but, elle commençait d'ordinaire par établir que rien n'était plus juste que le ressentiment qui le dominait; elle passait en revue tous les moyens de vengeasiee qu'il pouvait légitime* ment employer. Ëctsuite, elle en vianaiJt aux résultats de cette vengeance^ et c'est là que son génie conciliant trouvait toujours quelques raisons pour le détourner du projet de l'accomplir. Cette ruse de la bonté est un don que k ciel semble avoir accordé aux femmes pour le bonJieur des hommes, un Ta rarement vu en^plojé sans succès*

Madame de Lormoy, dont la moindre émotion réveillait toutes les souffi^ances„ .parut tout  coup si oppressée que son frère et Céline, la voyaat prête à se trouver mal, n^e s'occupèrent [dus qu'à la secourir. Aussitôt qu'elle fiit mieux;, le .baron sortit de sa chambre ren murmuirantt tout bas contire .celui qjui jetait ainsi le trouble dans sa. famille. ^

Céline, restée.seule.av^c.sa mère, rengagea, à prendre quelque repos; mais madame deXormoy,itrqp;^gi* tee pour espérer un inoment.de. sommeil, questionna Céline sur l'4poqu^.à,laquelie ïbéobald ^'était .fait coor

naître à elle sous son véritable nom, et sur les motib qui l'avaient déterminé à lui faire plutôt cet aveu qu'à son oncle. La candeur de Céline, sa franchiso habi-

tuelle rendaient sa réponse difficile ; elle voulait dire la vérité sans nuire à Théobald. Elle aurait trouvé tant de consolation 4 confier ses chagrins à sa mère, à s'accuser devant elle de cet amour si malheureux, si invincible! mais elle redoutait jusqu'à la pitié de cette tendre mère. Elle venait de voir à quel point le soupçon de son sentiment pour Théobald avait redoublé la fureur de M. de Melvas; elle savait que le moindre mot qui en donnerait la preuve, deviendrait l'arrêt de Théobald ; et tout lui faisant un devoir de se sacrifier à ce noble intérêt^ elle se résigna au tourment, et presqu'au remords de feindre avec sa mère.

Elle lui parla des motifs qui avaient empêché Théobald de se confier à M. de Melvas; elle avoua qu'elle s'était un moment flattée que les qualités personnelles de Théobald lui obtiendraient peut-être le pardon du crime de son père. Je voyais chaque jour s'accrwlre pour lui, ajouta Céline, votre attachement et celui de mon oncle, et puis il donnait tant de larmes à la mort de mon frère ! Il me racontait les traits touchants de ItSar mutuelle amitié, et je ne pouvais croire que le

tneilleur ami de votre fils ne trouvât pas grâce un jour près de vous. #

-— Sans doute, répondit madame de Lormoy, j'aurais fini par lui pardonner nos malheurs dont il est innocent ; mais mon frère serait resté implacable. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il s'alarme des suites de l'amitié de Léon pour le fils d'Ëriberl ; il m'a toujours blâmée de ne m'ètre pas opposée â cette intimité : en avais-je les moyens? Il me répétait sans cesse que Léon finirait par vouloir l'introduire dans notre maison, qu'il irait peut-être jusqu'à lui promettre la main de sa soeur... A cette seule idée^ mon frère tombait dans un accès de colère que rien ne pouvait calmer, il jurait de tuer Théohald de sa main, s'il osait jamais former un semblable projet, et c'est l'esprit frappé de cette terreur, qu'il le poursuit en ce moment de sa vengeance; mais si nous parvenons à le convaincre qu'il n'a rien à redouter des sentiments du fils d'Eribert pour toi, que son séjour près de nous n'a porté aucune atteinte à ta réputation ; si malgré l'éclat de cette triste afiaire^ M. de Rosac reste fidèle à sa parole, ton oncle s'apaisera, et je pense que Léon finira par obtenir de lui de retirer la plainte portée contre son malheureux ami.

20^â LE FAUX FnÈRil

— Si M. deRosac reste fidèle à sa parole' l...irépâlAi4 tout bas Céline ; et Tidée de se voir contrainte à l'épouser pour Tébaèiliter 'SOU honnaur» l'empOAtait j&ur tous ses chagrins présents. Elle ne^senitiit pas Sa foroe de se résigner à ce dernier malheur, t^ f0iirtjmi>c'tefit à ce prix seul qu*é%ait attachés la ddlrrarance et le. repos de Thédbald. Absorbée dans ses TéflesâosB, ellA)gai]rda le silence, madame de Lormoy s'apeirçut (qu'elle a« l%coutàît plue, «t prenant sa pséoccupation pour l!ao-* cablemerït qui' suit d'^ordinaire les scènes violentes, leUe la conjura de ne pas se laisser abattre sous le poidsid'ima peine que le tempe et la/ raison parviendraient àrcaUuer.

— Crois-moi, ajoi^ta4-«He m. l'embrassant, la retour de ton yërital)le frère ira Montât nous rendire tla paix, le bonheur à 'tous.

— Oui... la paix... (fît Céline.

Et elle sortit pour se Kvrer & des pressenlâmenta à|iii auf ^nt désespéré sa mère.

Les jours se passaient dans oetteihorrible contrainte, et Léon n'arrivait point; ses lettres parlaient saas

LE FAUX FAÈRB 23>

oeaae des difficultés qu'il trouyait à se iaice jrecAâ'* naîtce, et il s& plaignait de ne point ceœvoir des ixouvMe» de sa famiUfi. Cepieodant ou M avait ^crit pksieurs fois de Melvas; fSaais impatôent dâ revoir sa mère, il avait commis rimprudence de se mettire en route sans passe^pont let ai^Fant. 1 V£i>^e de smletXmt^ à PiU:is. U em^rait trauver jl Orléans ua colonel de sùs^ ami3 çpi lui aervicait de ^caution. Le crédit de oe bfia.ve> officier ne tut pasassi» puissaut pour autoriser Léon à partir sans .être muni des .papiers nécessaires â âou voyage. II ne fallut pas moins que Ja icertitade d^ètre^ ara?&té à la première ville, pour le détenminer à attentendre chez le colonel les moyens de continuer sa conte.

Pendant .ce «temps 4e l>aron feiLsait de fréquents ▼oyages à Bordeaux, qui tous avaient pour but de presser le jugefmnt de Tbéobald. 11 ne revenait p«iint au château sans y apporter quelques nouveaux chefs d'accusation découverts par le malin génie des hopames dei^ la loi, et qui devaient assurer la perte du coupable. «'

— Savez-vous bien» iU4l un jour ea se ifrottant les mains, que notre affaire marche à merveille. Jamais l'on n'a vu, jp armi les officierei, uae plus vive indigna-

tion; le général commandant disait hier, qu'une telle fraude pouvait avoir de grandes conséquences , et qu'elle méritait un châtiment sévère. Enfin, on m'a fait comprendre clairement que nous pouvions obtenir les galères.

La pauvre Céline n'en entendit pas davantage. Sa mère la vît pâlir, et elle se précipita vers elle pour soutenir sa tète défaillante, A cet aspect, le baron se leva d'un air furieux, sonna la femme de chambre de sa sœur^ et sortit en donnant les signes d'une colère que le danger de Céline l'empëcliait seul de faire éclater.

Revenue â elle, madame de Lormoy voulut en vain passer la nuit dans la chambre de sa fille, pour être plus à portée de lui donner ses soins. Céline, dont les lèvres avaient à peine repris leur couleur, affirmait, d'une voix faible, qu'elle ne ressentait plus aucune souffrance; que cette crise était l'effet d'un simple étourdissement, et que quelques heures de repos suffiraient pour la remettre.

Zamea fut chargée de la conduire dans sa chambre. Comme elle en sortait, M. de Melvas l'arrêta pour lui demander des nouvelles de sa nièce ; puis, s'étant assuré que madame de Lormoy était seule, il se rendît chez elle et ne la qutlta qu'au bout de deux heures,

LE FAUX FBÈRÉ 337

après un entretien dont Céline avait trop pressenti le motif.

Il est un certain degré de malheur où Tâme semble reconquérir toute sa force pour le supporter dignement. A la menace du supplice infamant qu'on réservait à Théobald» Céline ne pensa plus qu'aux moyens de l'y soustraire, certaine de n'y pas ^rvivre elle-même. Ëh t qu'était sa vie, son bonheur, en comparaison de l'honneur de celui qu'elle aimait?... Cette noble pensée vint fixer sa résolution. Ainsi» dans le même moment où M. de Melvas exigeait d'elle le plus affreux sacrifice, elle s'ordonnait de Taccomplir.

Le lendemain» sa mère l'ayant fait appeler, Céline se rendit auprès d'elle, avec la triste assurance que rien ne pouvait ajouter au malheur qu'elle venait de s'imposer. Madame de Lormoy la vit écouter^ sais émotion, tout ce qu'elle lui raconta de ce qu'avait éprouvé son oncle en la voyant ainsi pâlir au seul nom d'un supplice trop mérité, et comment cette émotion si vive avait confirmé ses soupçons. n

— Enfin, ajouta madam^à de Lormoy^ il était si transporté de colère^ que je me suis engagée à obtenir tout ce qui pourrait te justifier à ses yeux et à ceux du iaondet

*- Je iK)Ufi eomprends, répondit Céline, d'un ton calme, et je suis prêtre à vous obéir.

— Ahl ta me nendâ la. vie» s'éeria. madame de Lor-> nwy C9i UeiiiiNnassadttt ; jid'ae.sais pourquoi j'étais poursoivièi 4?lmdicrainl» si ittiHe.. liais la défiance de moa frère... bu èristesse' qui te domine d^^a.... enfinje mTiÉbuflaîB w Je veoi l64B0iP6^ ajpatar-Uelle en soupiiàntyom..^ tot seras^heuireusey et ee mariage distraira iMi OBOile dea idées qsuÎ! l'aigrissent.

•^ Jt Vespèm, dit Céline,, wé^ j'ai besoin à^&L avoir la^promessev* ^ cfest à M. de Bosa» àime l'obte^* nir, sinon...

•-« Ne» lài demasde pas, iot&rrodnpil madame de lacixBSf^ songe quia metti» vn prix àt ta. «ounnsàon, e^sÉla ro]idlrotiiiulBe..Sir AL de Rosac fouvûtsoop-- ^oanerqne lu n'aeeeflest sa. maîa qjittiifDur saxaet Tbéebridy ib se. r&Yoltemit InstemenI; Iaisse«mei le soia)d0lfts>eslniBr; efest ponr moî.cpe Tbéobalds^est rendui GDapoEble^. afest à moi dfinploreir' sa giAo^

— Et s'ils vous, la refiMsnit? dît. Céline en trem^ biai^

'•^Y'iVdk tai demander moi-même^ à' ses juges; taat qn'omi était en: dfoifcdefraoeuser de t'avois séduite, j# ne devais rien tester en sa faveur ; mais le jous^ où ta

LE FAUX FRÈJIE 239

deviens 1à femme d'un bomna^ e^maJile, nThéobald est' absous des ebargef» les plus ^vesqiai pèsent contre lui*: on ne peut plus lui reprocben d'suvoir compromis pour j^masBioin «xisteiiae^ ta réputation. , sa défense est dès^lQiB{&eite,.et j!B/ nacraina plusi de la prendre hautement. Crois-moi, ajouta madame de Lormoj^ en lieanl daii£rileB^7e]i«<de^Gélifle.leidQttiaqui la. tourmentait «iioom;^ ctm^rtn; ta; meilleuBer amia* Bniceinunwat Oâine: iMrpuijreteniB stts larmes..

— Ne pleure pas, dit sa mère; si (fieliiues regrets t'aflUpiity Qacbeé^k&'à tonslesi regands^ j|i net veux pas moiHBâtaiei lasi 08niiaUa*eu«. h temps^^. neSi soias en triompheront... et tu me pardonneras un jour de;^arwmr eoAtSitsnÉIdffi yeiflttk.

mm OiDi ma mèrav cpJbadîtcBr^ausilY^riat Céline, en tomlnEt iiifles^piadsi»

— Paix^ répliqua-t-elle^ ft?6n gAtlenSi j/UDai&... tûn coNonawûfeuotfiBccel pour mei; qii'il le gacda,«^est la seuterpunitjanjqjieijfexig^.

S|i) oe iaome&t.la< voix du baron se fit entendre y madaanB^dBBLoDBDunflfj selevmGéJJAe, coi lui serrant affeo*tuMUHBBBsottla mai A ; fms;elld>I».fît. asseoir i côté d'elle.

-^iAdioiisvmGnifi?èffe,.emboas8ez notre obère Céline^ dit-etl» cm l'apercevant ; je a'ai pas eu besoin de la

2/iO LE FAUX FRÈRE

menacer de votre ressentiment pour la déterminer à hâter son mariage ; elle a pensé elle-même qu'il n'é tait pas de meilleur moyen de faire taire les sots propos qu'on tient toujours en pareille circonstance, et vous la voyez décidée de bonne grâce à tout ce que vous exigerez d'elle.

A ces mots le baron regarda sa nièce d'un air sur-* pris, et garda quelque temps le silence; mais qa la voyant point démentir ce que sa sœur affirmait, il dit d'un ton pénétré :

— Si cela est ainsi, je lui dois une éclatante réparation, car je m'accuse de l'avoir outrageusement soup- Qonnée.

— C'était fort mal à vous, interrompit madame de> Lormoy, qui voulait le détourner de sa pensée ; car Céline n'a jamais rien fait qui dût vous laisser douter de son obéissance à vos désirs.

— Vraiment je ne me ferais pas autant de reproches, si je ne l'avais crue coupable que d'un tert de ce genre. Mais la supposer éprise du plus vil intrigant, lui prêter assez de bassesse pour seconder cet infâme dans ses horribles projets contre nous, voilà ce qui est inezcu* sable ; aussi je lui en demande humblement pardon. Tu me l'accorderas, ajouta le baron, en prenant la

LE FAUX FAÈRE 2&i

main de Céline ; n'est-ce pas ? et tu accepteras, j'espère, les cent mille écus que j'ajoute à ta dot ; va, ce n'est point encore assez pour payer cette injure.

— Ah! mon oncle I fut le seul mot que put profërer Céline.

Ce présent, accompagné de tant de mépris pour Théobald, devenait d'avance à charge à sa délicatesse; et puisqu'il fallait renoncer à cet amour qui était devenu sa vie, que lui importaient les dons de la fortune? ce n'était plus pour elle que des fleurs jetées sur un tombeau.

Madame de Lormoy, qui devinait l'embarras de Celine> s'empressa de témoigner sa reconnaissance, et dit tout ce que sa fille dût ressentir d'un si riche bienfait. Le baron en fut attendri; et Céline conçut quelqu'espoir pour Théobald en voyant l'humeur de sen oncle ainsi radoucie.

Alors trouvant un prétexte pour se retirer, elle pensa que sa mère profiterait de ce moment {M>ar dire quel-ques mots en faveur du malheureux prisonnier.

Mais un autre intérêt vint occuper M. de Melvas et

sa sœur ; ils aperçurent une voiture qui entrait dans

l'avenue; elle était précédée d'un courrier dont madame

de Lormoy ne fut pas longtemps à reconnaître la livrée..

ià

^!lt LE FArX FRtRE

— C'est Ik {rrinoesse ¥ollioski 1. fifécriart^^lie avec joie ; allicriNP la reeemi?;

Et tous troiff se tevèfrent pouc iittUr aib4evaat de la princesse et die Fàimoblè Madègeu

C'était fe' temps «â^la faraiQsd«spiirfiftail&préseiice des trOHpes étrangères aairaiaiMit duMiae; îeur. des dissensions nouvelles et de nombreuses arrestations; les prisons mifilaires^^ de' Bordeaux étaient^ comblea, atlas gendarmes^ tpâ esmTUàeiA'ShéclbAà avaia&t r^ii. l'ordre de le oond^îl^e è ]b prisoii) iMle^ en atleodaut qu'il y eflt place dans aalte destinéaià le reoa^voÎE.

Arrivé à Bordeaux, Théobald fut semis^pav les^^ih' darmesqui l'accompagnaient au gaj^iea»4«ala»pcisàn.; eelui^d, après avoir re$u) les ijistimGtîoo&q]aa l'offidier lui donnait i voix basses réponodiiK d'on^len^iroaiqiae :

— Soyez te^mquiUe, j0v«iar]eiilk6tts^ bonne compagnie. ^

£t ir fit signer à TMobalAée k fltti<wsei, <A{)rès avi)ir passée sous ptbsiears gniallelsy ils parviacsnt dans un €orridbr ofiscnr, au- bofoiduqjial se faisaient entendce

tE FAUX FRÈftfl 2Û3

Ses écls^ d'une gaieté bruyante qui contrasti^it aivee la tristesse du lieu. îLegardien ouvrit deux Ipnrdps ponLes ferrées, et Théobald se %r0u/?a en am instant eatoure de visages effroyables, don^ les regiards^ expriaioDit une curiosité îéroee, dbercbaient à (àe«viner à quel genre 3*infaTnie (m âevaèit Taorrlyée de «ce nouveau (K>na,pagnon. À l'aspect de ce repaire, Tbéobald fie retourna po^r demander au 'gardien s'il ne pouvait )paB9 à prix d'argent, obtenir «ne chambre, mèvm un cacbot où il pourrait re^er «leul ; mais ila porte était déjà refermée, et 'le gardien n'hélait plus à postée derentendarfi. L'es* eroc en ehef, 7torateu>r de la bande, qui $éaétra sans peine ce qu'éprouvait IPhéobaM, éii «a vumii

— Ne eroifi^u |ms qu'il va (t'aMeodre la ^pour ideioander tes ordres? tu m'as l'air bon gavQon^ :toi« i»t je vois bien que tu ifes pas un habitué de la maisan ; allons^ viens, nous alkms te n^ltoe au fait.

TbéobaM vouivt «'ëkngner saiim sépondee» et se Ikire jour à travers ce groupe ide haudijts pouir arriver jusqu'au-dessous d'une feaètreanmée d'énoroaes barreaux ; la il respirerai:t un air iBolius imfect; mais la même voix le poua*suivit enooKre en disant :

-— Tu fais le fier ? ah 1 vraiiaent, ou t'appceadra 1*^galité ici; on «voit 'bien à tes habits, à taa airicap^ablây

2A/i LE FAUX FRËRB

que ta travailles en grand ; mais puisque u as été assez bête pour te laisser prendre, tu ne vaux pas mieux que nous ; ainsi raconte-nous tout bonnement ta dernière affaire : quelque faux? n'est-ce pas? ces diables d'experts sont devenus d'une force!... il n'y a plus moyen de faire la signature, tu seras obligé d'en revenir aux diligences.

Fatigué de ces discours, Tbéôbald témoigna bnisquement qu'il ne voulait plus les entendre*

— Là, là, continua l'autre^ pas d'humeur ; on sait bien que l'entrée en cage est toujours un vilain moment ; mais quand on s'est envolé plusieurs fois , ajouta-t-il en baissant la voix, on peut espérer de s'échapper encore. Crois-moi, prends ton parti gaiement, régale-nous de quelques bonnes bouteilles; ou bien, va te rencogner avec ces grognons politiques que tu vois là-bas^ et qui craignent de se mêler avec nous, comme si l'industrie se gagnait comme la peste.

Théobald suivit ce conseil, et alla se joindre à plu* sieurs hommes raisonnables qui s'étaient réunis dans un coin de cette vaste salle. Us causaient avec tant de chaleur qu'ils ne s'étaient point aperçus d'abord de l'arrivée de Théobald dans la- prison. Mais bientôt prévenus en sa faveur par son maintien noble et modeste

LE FAUX Fl\Èl\E u:^

à la fois, ils Taccueillirent avec cordialité ; car dans «es lieux de malheur ou d'infamie, la politesse ne pénètre jamais ; les uns l'ignorent, et ceux qui en ont l'babitude ne s'en contenteraient pas. Chacun d'eux^ persuadé que le nouveau prisonnier était arrêté , €omme lui, par suite des événements politiques, le questionna sur la manière dont il s'était attiré la colère ministérielle ou préfectorale. Théobald ne dissimula point ce qu'il allait perdre dans leur estime^ quand il leur avouerait qu'il était simplement victime d'une vengeance particulière qui n'avait aucun rapport avec celle dont ils se plaignaient. En effets lorsqu'ils ne l'entendirent point déclamer contre tout ce qu'ils haïssaient, ils le soupçonnèrent d'&tre envoyé pour les espionner ; mais Théobald devinant leur penisée, s'empressa de déclarer hautement sa profession de foi politique.

— Je me suis battu avec honneur, dit-il, pour notre dernier gouvernement; j'ai payé de mon sang ma croix et mon grade; et j'aurais donné ma vie pour conserver un jour de plus la puissance à celui à qui mon pays devait tant de gloire. Je ne serai pas moins fidèle au prince qui depuis a reçu mon serment. *

Le ton qui accompagna cette déclaration ne permet*

246 LE FAUX FRÈBE

taft aucune discussion, et Ton se rejeta sur l'autorité secondaire qui souffrait que des gens de leur classe» fort souvent arrêtés dans la foule pour une faute qu'ils n'avaient point commise, fussent confondus avec des brigands de toute espèce^ et sans cesse exposée à supporter leurs injures grossières et quelquefois pks encore.

Dans l'impatience de s'éloigner de ce dégoûtant vol* sinage, Théobald s'informa de l'heure où le gardien devait revenir, et des moyens à prendre pour Tamener à ce qu'il désirait. Ce moyen, c'était l'argent; mais encore fallait-il l'offrir avec délicatesse, ou plutôt avec mystère, sinon M. Renard faisait l'incorraj^tible et punissait toujours le prisonnier de sa maladresse. Théobald, instruit de la manière dont il fallait aborder cet important personnage, attendit le moment où il viendrait apporter le souper pour lui glisser sa requête.

-^ Q est trop tard pour aujourd'hui, dit Renard

brusquement.

Puis emmenant Théobald à l'écart : *

— Demain je parlerai à l'inspecteur ajouta-t41, d'un

ton fort radouci ; mais je crois qu'il aura bien 4e la

pente àvous» loger seul. Tous ne» pelits cachots sont

LE FAUX FRÈRB W

occupés ; cependant croyez que je ferai de mon xxmmi pour vous servir.

En disant ces mots, il serra l'or qu« lui donnait Théobald, et lui fit signe de rejoindare les autres pri* sonniers pendant qu^l préparerait la paiUe fimicbe, et la misérable couverture qui devait composer le lit de Théobald.

Que de tristes réflexions l'assaillirent pendant cette longue nuit 1 au milieu de ce rebut de la société, il voyait dormir paisiblement près de lui ces vils crimi-* nels que ne troublaient ni le remords, ni la crainte du châtiment, tandis qu'agité par là honte et Ijes re« grets, les reproches qu^l s'adressait sans ^eesse l'empè-' chaient de goûter un moment de sepos. L'espérance de revoir l'ami qu'il avait tant pleuré, de l'entendre prendre sa défense, rien ne parvenait à le distraire d^ son malheur, deceltii de Céline. -EIIb était née pour être heureuse, pensait-il, ^ j'ai porté le trouble dans cette âme divine ! voilà mon véritable crime; qu'importent les moyens inventés pour na'^ punir I

Ainsi ridée d'être coupable envers Céliike M ôtait Jusqu'au désir de se justifier des^torts AontU était inno^ cent. Résigné à tout, excepté à subir une condamnation infamante^ la destinée de Céline ^it le seul inté-

2â8 LE FAUX FRÈRE

rèt qui Toccupât, et la nécessité de déclarer plubliquement le respect qu'il n'avait cessé d'avoir pour elle^ était aussi devenu le seul devoir qui lui restât à remplir. Son avenir n'allait pas plus loin.

Malgré son indifférence pour tout ce qui lui était personnel, il n'apprit pas sans quelque plaisir Tordre qu'on venait de donner de le conduire dans une espèce de caveau, où il pourrait du moins se livrer â sa tristesse, sans la voir profaner par les rires indécents des voleurs qui l'entouraient. Mais ce n'était point assez pour lui d'être délivré de Taffreuse présence de ces misérables; il voulut obtenir la même faveur pour les compagnons d'infortune qui l'avaient si bien accueilli la veille. Grâce au même talisman, il sut bientôt qu'ils avaient été transférés dans une autre salle, et Théobald éprouva quelque consolation en pensant qu'ils pourraient attendre, en meilleure compagnie, le jugement qui les rendrait à leur famille.

Le gardien, ne redoutant plus les remarques de ses rusés prisonniers, se laissa aller àtépondre aux questions de Théobald, et lui fit de fréquentes visites. C'est lui qui le prévint du moment où l'on procéderait à son interrogatoire. •

— Tenez-vous bien, dit M. Renard, vous aurez aflaire

,àun malin gaillard; s'il faut en croire mon cousin Antoine, qui est le concierge de la prison militaire, le capitaine rapporteur qu'on you|i nomme ne vous laissera pas languir. • •

— Tant mieux, reprit Théobald, j'en obtiendrai plus tôt justice ; d'ailleurs il porte une épée, et ce ne peut être qu'un homme d'honneur.

— Sans doute il se bat tout comme un autre ; on dit même qu'il a fait le diable en Espagne, quand il était €ous les ordres d'un colonel qui depuis est tombé dans la disgrâce, et c'est peut-être pour éviter le sort de ce colonel qu'il montre tant de zèle à servir la bonne <^ause.

— Eh bien, ce n'est pas là une raison de le craindre?

— Certainement; mais c'est que, dans sa bonne volonté de plaire à spn nouveau chef comme à l'ancien, il croit voir partout des conspirateurs, je vous en avertis ; et puis il est comme tout le monde, i> veut monter en grade, et il faut bien faire quelque chose pour cela, quand on n'a plus la ressource de la gutrre.

— J'entends; c'est un ambitieux zélé, reprit Théobald, et, dans les temps de trouble, ces gens-là sont, après les poltrons, ce que je connais de plus redou-

!29D VE FAU^ i^mËflB

table ; mais je défie son adiwsse àitP0ii9er4e8«6iipabl6f ; de tirer grand parti de mes réponses.

— Ne le défiez de mn, âitReBnrA, ^tsurteatue dites pas un mot qui laisse soupçonner f a^evIîsBemeiit que je tous donne, sinon je perdrais Menfl5t «a place.

'Thëobald le rassura et lui promit de «rtoompeaser généreusement les avis que son «ousin Aintaine pourrait M foire parvenir sur rinstPU(itieaL de son procès.

— fiU attendaott, ajouta-t^l, proeure^mcd oe qu'il ftutpour écrire... Maïs quel %Tfiit1,.. lst^ee<itte fé- Tolte des prisonmers?... •

— Ah ! les scélérats! s'écria le gardien, ils ee 'battent entre eux pour m'^mpëcher d^ntendffe tes eoups qu'ils donnent contre les barreaux... On m'appelle... } '7 vaisi Dieu me pardkniae, ils sont dans le >oomder I . ; Ah! malheureux!...

En disant ces mots, Renafrd sortift précipitammmt et iTouva, sous la -votfte qui conduisait à la chambre de Théobald, deux gardes et deux portiers de la prison qui se disputaient avec un soldat pour Tempècher d'aller plus loin.

— Si vous osez me frapper, disait-il, je îireus désarme, et nous verrons ensuite qui l-empootera de vos

LR FAUX FtlËRE 251

l)laiica5-biecs tm ëe tM vieille tomustaelie ; et tes gandes héisitàient à: ceAnbflHItre mi homme si détevminé. *-^ Que demandez-vous? dît Renard avec un toni d'éMorite qui' réVSait son pouvM* dans? la prisim.

*^ Je veux parler au capilaâ^ Bribert

«^Cdaf ei^impo&sfMè ;]il voi^ftiuC iMi taiSBêr paant.

-^ Je Fadf remfe à la porte.

«^ EstH^ trair demiand^a Hemrdi ei se toumaat Ters lie pdîfief.

^ M cf'est trai 1 i»o¥We«i ! i^é^^ geste menaçant , si c'eiErtttai ! ta crois dose aiHiir affaive à un de tes filow; tu ne' vois^^d)o|ie pas» i'iMtbtt guejia iiortet..,

— fit sï vrafmtenf, fe fevoie fbvt btenyiei^ tego^ lier; sansrltn, j^ ne perdrai'»' pas inottilei^pB à t^é(X)ii^ ter, mais j%i Vsujetmr tespeclé les^ imym p caot. qi» obi^s^mit S lit Ibi^ sVmeifd.

Puis , sfadressant anx garde» :

•^ f^utqnof s^oppoieir i'dB «pi^ anfre^ puisqu'il est •en règîef

— C*ëst, i^ond&eMl-^HIrtteAds^^q

attendre qu'on vérifiât son Mmt pmWy quTil sfèsl fait ouvririfle fàn» la pdM^ efqaTîl a refusé d»dj^M«lr eon saBre.

— Diable, en voilà plus qu'il n'en faut pour le faire mettre au violon. Où donc as-tu été, mon garçon, pour savoir si mal les usages?

— Il est certain que je n'ai jamais été dans une caverne comme celle-ci; mais puisque le plus brave homme de Tarmée s'y trouve, j'y puis bien venir aussi.

— Allez me chercher son laisser passer, dit Renard au portier et aux gardes; je verrai ce que je dois faire.

£t dès qu'ils se furent éloi^és, Renard dit au soldat de le suivre» en lui insinuant doucement qu'il allait se compromettre pour lui, et que ce procédé méritait quelque chose. Voyant qu'il était compris :

— Ce n'est pas tout, ajouta -t-il, il faut ine confier votre arme, sinon j'ai défense de vous laisser entrer.

— Tiens, répliqua le soldat en détachant son sabre; aussi bien je ne veux plus m'en servir que pour lui.

Alors la porte s'ouvrit, et Marcel se trouva près* qu'aussitôt dans les bras de son capitaine.

Au plaisir que Théobald témoignait de cette visitei Renard pensa à ce qu'elle lui rapporterait, et il les laissa ensemble en les prévenant qu'il viendrait pren* dre Marcel dans une heure.

Après les acclamations de Marcel, qui ne pouvait se faire à l'idée de voir son maître dans une prison de vo?

leurs, Théobald voulut apprendre comment il était parvenu à savoir où 9 se trouvait.

— Vraiment, il m'a fallu plus d*un jour pour arri* ^er à cette découverte, répondit Marcel ; vous aviez si liien pris vos précautions que je suis resté un mois à Bordeaux, comme vous me l'aviez ordonné, sans entendre parler de vous. C'est un soir que je me promenais avec un ancien camarade ; il me demanda tout à coup si je savais Taventure qui venait d'arriver à un de nos ofiSciers qui s'était fait passer, en revenant de Russie, pour le iils d'une riche famille de ce pays-ci. Kon, lui répondis-je, mais ce trait-là ne fait pas honneur à son régiment ; ne dis pas cela, reprit le camarade, car tu as servi sous ses ordres. Alors il vous nomma, mon capitaine, et j'ai cru que j'allais l'as* sommer pour lui apprendre à répéter de semblables sottises. Pardonnez-moi, ajouta Marcel en voyant le trouble qui se peignait sur les traits de Théobald^ je ne savais pas alors vos raisons. Mais j'étais trop inquiet pour ne pas chercher d'où provenait un bruit si fâcheux pour nous; et, à force de questionner les uns et les autres, j'apprends que tout ce train s'est passé au château de Melvas à trois lieues d'ici : je n'en demande pas davantage ; je pars au milieu de la nuit

aifee un aneieiix fiûstillon qui me sert de guide jusqu'à moitié chemin ; je mforieatd copime je peux ; enfin j'arme a¥ee le jooT à Melvas^ le vais d'abord me rep9s^ au- cabaret du village, pour mieux, savoir les nowAlles.; mais ce n'était pas l'heure des caipiets: ebacua était déjà à l'ouvrage; je me décide à aller tout df^U «a château. J'avais endossé l'uniforme pour ètB8) mieux reçu de ces pékins en livrée qui font sou- '?efflit les insolenls. D'abord je me promène devant la gnUe du château en long, ea large, pensant bien que le concierge finira par venir me demander ce que j e fais là, et que nous pourrons ensuite entrer en conversation ; cala n'a pas manqué : le bonhomme s'est avancé vers moL Je lui ai dit que j'attendais quelqu'un qui était tflL wite^au château.

» — De si bonne heure l s'est-il écrié, cela n'est pa5 possible ; M. le baron est à Bordeaux ; on n'est pas encore entré chez madame, et la princesse ne se lève jamais qufà midi ; d'ailleurs j[e suis certain qu'il n'est encore entré personneé

1 Tout cela aurait dû me déconcerter, car je vis bien que j'avais dit une bètisa ; mais sans faire mine de m'en apercevoir,.jedemandai s'il y avait beaucoup de monde au château, et iLme répondit que la princesse y était

LE FAUX FRÈRB 26^

seule d'étrangère ayec mademoiselle !ladège. Je lui

fais répéter dix fois ce nom sans pouvoir me persuader

if

que je Tai bien entendu. Enfin, je lui dis que s'il pouvait seulement me faire voir une minute celle qu'ii appelai! ainsi, je le régalersds d'un bon dîner. U asecepte.

» — Rien ne m'est plus facile, dit-il, que de vous satisfaire, mon brave ; elle se promène tons les matîos avec mademoiselle Céline dans l'allée du petit bois. Venez, je vous y conduirai par le potager, el là, sans même être aperçu, vous pourrez voir la joUe petite Russe comme je vous vois.

D Je ne le fis pas attendre, comme vous le penses bien. Mais voilà qu'en reconnaissant la fille de ce bon Phé^ dor, je pousse nn erîde surprise qui me fait découvrir.

9 — C'est nfarcel, s'écrie aussitôt mademoiselle Na^ dège. Cest le serviteur, Tami de Léon, et elle me tend sa main que je baise ea pleurant comme nn imbécile.

— Céline ttint avec eOe, mterrompii Tbéobald, ta Tas vue ?

— Sans doute, je l'ai vve, elle m'a parlé ; c'est elle qui reprenait mademoiselle Nadège torsqufeUase trompait en me racontant ce qui vous éUût arrivé ; c'est elle qui m'a appris comment son frère n'était pas mort ; en vérité, j'ai cru que je deveoaie fou e» les

écoutant toutes deux, tant elles me disaient des choses surprenantes.

— Léon vit, dit en soupirant Théobald, je puis le revoir encore, et ce bonheur ne peut me consoler.

— Oui, monsieur, il vit^ et c'est lui-même qui vient d'écrire à sa mère comment, après avoir laissé son bagage sur les bords de l'Ural, il avait passé le fleuve à la nage ; qu'ayant été atteint par une balle, il était tombé en arrivant sur l'autre rive; que les cosaques s'en étaient emparés, l'avaient traîné jusqu'au village où étaient réunis les prisonniers qu'on envoyait en Sibérie, et qu'il serait encore dans ces déserts glacés, «i la paix n'avait amené l'échange des prisonniers français. Mais sans aucune ressource. Dieu sait ce qu'il a souffert avant de parvenir à sortir de ce damné pays. Enfin le del l'a protégé ; quand il pourra persuader à ces entêtés du ministère qu'il n'est pas mort, nous le verrons arriver, et il ne vous laissera pas longtemps dans cette garnison de brigands, j'espère.

— Il ne dépend plus de lui de m'en tirer, répliqua tristement Théobald ; qui sait même si, abusé par les récits de sa famille, il ne me crpit pas coupable !.•• Ah ! cette idée abat mon courage...

£t il se détourna pour cacher son émotion.

— Non, morbleu, dit vivement Marcel, il ne le croira jamais, je suis sa caution, et je viens vous demander ce que vous voulez que je lui dise, car je suia décidé à l'aller chercher pour qu'il vienne m'aider à confondre ou à sabrer, s'il le faut, les coquins qui vous persécutent.^

En disant ces mots, Marcel semblait animé de la même rage qu'il avait fait si souvent supporter à l'ennemi. Théobald eut bien de la peine à lui faire comprendre qu'il ne s'agissait pas de remporter une victoire à coups de baïonnettes, mais d'obtenir justice ; il se soumit aux désirs de son maître, en soldat biea discipliné ; mais sans être un instant convaincu que la. douceur et la résignation fussent d'aucun avantage en affaire. «

L'heure accordée était à sa fin ; Théobald profita dea derniers moments qui leur restaient pour détourner Marcel de courir après Léon. J'ai besoin de toi lui ditil, pour un message important ; tâche de te procurer demain un autre laisser passer. Rends-toi chez le banquier dont voici l'adresse ; il te remettra l'argent nécessaire à nos démarches ; ne l'épargne point pour obtenir l'entrée de la prison. Mais Renard ne vient pas encore^ tu as le temps de me raconter tout ce que t'a dit Céline.

— Francbement, je ne le sais plus trop ; quand elle m'apprit qu'on vous avait arrêté comme un criminel, je n'ai plus pensé à antre chose : mon sang s'est comme figé dans mes veines, et je n'ai retrouvé ma tète que pour demander où Ton vous avait conduit; à peine i'ai-je su de mademoiselle Céline que je suis parti comme un trait, sans m'infonner seulement de ^ qu'il fallait vous dire de sa part si j'arrivais jusqu'à vous; c'est mal^ j'en ai du regret maintenant, mais qae voulez-vous? je me sentais la rage dans le cœur ; ^ je suis bien faeuremc d'avoir eu trois lieues à faire pour me calmer un peu, sans cela je crois que j'aurais mis le feu à la ville pour vous délivrm* |du6 tôL

— Paix, interrompit ThécAald en enteodaiU le bruit des verroux qu'on tirait ; sois prudent, n'adresse plus d'injures à mes gardi^ss surtout, car ils s'en vengeraient sur moi en ne me permettant plus de ie voir.

— H suffît, mon capitaine, je souffrirai tout pour rester sous votre commandemait; maïs le jour de la liberté venu je ne réponds plus de rien, «t les méchants auront beau jeu!.. • ma foi.

XXYIIl

Ea vain tons les jennes avocats de Bordeaux avaient isollicité de Théobald l'avantage de plaider «ne cause romanesque, dont lenr talent anraJI tiré paoti^ an moins pour se faire connaître ; ne voyant pes la néoe&site de noyer la simple vérité dttos ni déluge de phrases pomj^^euses, pourlafaîre eorappendie, il ce dé» cida à se défendre tei-m^me, bienconvaimea qull fa, dans les manières, le ton, rassuiftnoe même id^om bon* nète homme quelque diose de symps^hique qm Tévèle la pureté de son coeur i ceux qui en possèdent tin semblable.

Renard combattit vivenvent cette résdutien ; mata, voyant Théobald reficmer avec opinifttreké tons les avo* «ats qu'il protégeait, il effraya Marcel sur les consé* quences de ce refus, en lui disant 'que m un biimm« de loi ne se mêlait point de l'affaire, les ennemis de son maître travaillasraient si bien, qu'ils en feraient un cas pendable. Marod, que cent bouches de caaoa n'auraient point fait broncher, se sentît trembler de la tète aux pieds, en écoutant le gardien qui lui citait

pour exemple une foule de gens dont les causes mal

soignées (c'est ainsi qu'il s'exprimait) avaient amené

des sentences sévères. Dans sa terreur, Marcel prit sur

lui de consulter en secret un jurisconsulte souvent requis dans les causes non prévues par le code militaire, et lorsque le conseil de guerre a recours au code pénal. Heureusement Taffaire était déjà le sujet des conversations de tout le barreau, et M. T... put deviner le fait, à travers les épithètes et les malédictions qui prenaient tant de place dans les récits de Marcel. Enfin, ayant compris ce qu'il désirait, il lui promit de slhformer des moyens de la partie adverse^ et de le prévenir des conclusions que l'on le pouvait redouter.

M. T... était l'ami de M. de Bosac ; Marcel l'ignovait ; il ne savait pas davantage les raisons qui avaient acquis à son maître un ennemi si vindicatif, et il crut sans examen tout ce que lui répéta bientôt M. T.. . sur le jugement que le conseil de guerre, assurait-il, ne pouvait manquer de rendre sur cette importante affaire.

— Tout dépend de la manière dont la question sera posée, dit M. T... y a-t-il eu vol ou simple escroquerie? s'est-il introduit dans la maison du baron de Melvas comme suborneur ou conmie un filou qui na

veni qu'emporter la dot? Enfin, est-ce un agent du parti révolutionnaire qtii venait ici secrètement pour corrompre les soldats delà garnison, et provoquer un& émeute séditieuse ?

— Mille bombes! s'écria Marcel, ne pouvant plus se contenir; aurez-vous bientôt fini? Mon capitaine, un intrigant, un suborneur, un embaucheur! et il se trouverait des juges, des militaires assez dupes pour croire à ces contes-là?... Âh! s'ils Font seulement vu se battre une beure sur le champ de bataille, ils feront pendre ceux qui ont l'effronterie d'inventer tant d'hor* reurs.

— Cela est fort bien, mon ami, mais ils ne connais* sent de lui que le faux dont on l'accuse, qui est prouvé par ses aveux mêmes, et auquel faux Ton peut donner différents motifs. Je ne puis vous cacher que ceux qu'on lui suppose sont d'une nature fort gave, et entraînent la dégradation.

— Le capitaine Éribert serait dégradé! dit Marcel d'une voix étoufiee et la pâleur sur les lèvres : savez» vous bien ce que vous dites?... monsieur... puis, voyant que M. 7.... persistait dans son opinion : il serait dégradé !.«• répéta Marcel, tremblant de colère; quelqu'un oserait venir arracher sur son cœur la ré*

U FAUX FRËRE

«)iDpaaBeqn'Ea payée de son sang! cette croix que je Iniai vne ^mmer par la victoire. Il se laisserait dépouiUer des armes qui lui ont mérité tan^t d'honneur I.. • Ah I s'il était capable de cette lâcheté, mon sabre le frapperait anraunt qu'il eût le temps de se déshonorer.. • ma» je nm tranquille..* tes misérables peuvent Tasnsrânerà coapde calomnies... le laisser périr dans un cachot; mais le dégrader 1... jour de Dieu... je les «n défie.

L'état violent 4)ù ce mot avait plongé Blarcel ne permit pas i M. T..^. de lui faii» entendre raison sur les moyens à prendre pour réfuter les accusations qui s'aggravaient diaqnejouor; car l'amitié de M. T... pour M. de Rosacue fad faisait point partager ses passions au point de les servir. Malgré sa confiance en lui, lersqull s'agissait d'un fait aussi important, il se réservait le droit de l'interprMer avec toute l'impartialité que la justice exige. D'ailleurs, M. T.*. avait cette probité des;gen8 de loi qui les oblige à ne jamais trahir la cause qui ieur a été confiée, lors m&me qu'ils se refusent à la défendre. ^

* Cependa^'it, ému de l'attachement du vieux soldat pour son capitaine, et craignant pour tous deux les discours imprudents qui échappaient à la colère de

LE FAUX FRÈRS 263

Marcel, M. T..« essaya de loi prouver qu'on déclamant ainsi d'avance contre les juges de son maître, c'était lUKjuer 4e les imter, ^t de se iaire arrêter lui-même. — Songez à ce que vous aurez à souffrir, ajouta-t-il, si v&vts perdez, par vos emportements» le moyens d'être utile à votro maiire. TâckieE plutôt de paraître calme, pour mieux mérito la confianee des officiers chargés de le jager« Je crois -«{u'ils seront bientôt dioisis par le ^énénat, et je m'engage à ikous faire connaître leurs noms aussitôt que je les saarai. V4aes pourrez tenter aniwès d'^nx quelques démarches ; et, j'en suis ce^: tda, ite ne r^^seront pas d'eate&dne le témoignage d^nn bm9B homme tel fue vom*

Ce conseil raisonnable, et plus encore la henté de «dm ^Di ib donnait^ paransent « cabacar la fureur de Mu«d. Il se inppéla qu'il avait rencontré, quelques jours auparavant, un chiittrgiea-major auquel il avait rendu un «ofvice éminent daas la campagne de M os- ^n, et qui lai «v«iit dit être maintenant attaché à Tbô* pital militaire de Bordeaux. C'était un homme fort estfané dims son ait, qui, ayant eu le bonheur de soi^ gner tvec mncèB plusieurs duefs de Tarmée, oonservaii avec eux des relations qui le mettaient 4 portée d'obli-* ger beaucoup de personnes» Marcel se^ndit che^ lui

en quittant M. T... : il n'était point encore rentré» Marcel se résigna à l'attendre, et cet acte de patience était la plus grande preuve de dévouement qu'il pût donner à son capitaine.

Enfin, M. La Roche arriva. C'était l'iieure de son diner. Avant de rien entendre, il exigea que Marcel se mit à table avec lui; car, dans sa reconnaissance pour le brave soldat, il saisissait toujours avec empres* sèment l'occasion de lui prouver qu'il n'oubliait point tout ce qu'il lui devait : heureux de lui prouver son amitié, seule récompense que Marcel ait voulu accepter, pour lui avoir sauvé la vie. Mais le pauvre soldat était trop tourmenté pour se rendre aux instances de H. la Roche.

— Merci, dit-il, je n'ai pas faim ; mais, comme vous n'avez pas de temps de reste, je vais vous conter ce qui m'amène, pendant que vous dînerez.

Et il se mit à lui dire l'affaire de Théobald, et les craintes que M. T... venait de lui donner sur le jugement du conseil de guerre.

" A mesure que Marcel parlait, il avait vu le chirurgien prendre un air sombre qui ne lui présageait rien de consolant. En effet, tout en l'écoutantt, La Jloche se rappelait ce qu'il avait entendu dire au docteur Fré-

mont sur Taventiire de ce jeune Eribert ; et du souvenir confus qu'il en conservait, une seule circonstance le frappait vivement : Théobald était fils du terroriste dont les infâmes dénonciations avaient conduit autrefois à réchafaud un grand nombre des premières familles de Bordeaux. Cette ville avait été le théâtre da ses exploits révolutionnaires; et l'horreur qu'inspirait encore son nom semblait annoncer la condamnation de son malheureux fils. La Roche, après avoir fait part de ces tristes réflexions à Marcel, ajouta :

— J'en conviens avec toi, mon ami, c'est une injustice ; mais elle s'accomplira.

— Mille tonnerres! s'écria Marcel^ n'est-ce donc rien que de dcmner son sang pour racheter celui que son père a fait répandre? Puisqu'ils ont tant de mémoire pour le mal, qu'ils en aient donc aussi pour le bien. Toute l'armée a vu la conduite de mon capitaine, jusqu'au jour où il a été laissé pour mort sur le champ de bataille. Dans le temps qu'on n'était que le fils de son épée, on ne lui demandait pas son nom pour savoir s'il fallait l'envoyer au-devant d'une bande de cQ<^iques, ou lui confier la défense d'un poste dangereux ; on ne s'informait que de son courage, et Dieu sait comme U marchait à la rencontre des boulets. Ah l

sans réclat de bombe qiri a emporté ndtiv edend, mon capitaine n'aurait pas besoin de se défendre; il aurait plutôt laissé révolter le régiment qtte de souffrir qu'on outrageât ainsi l%oniieuT de Bon plus brave officier. Mais si les piques et les habits de toutes coukmrs qui les gardeiît aujourd'hui leur font pe^dreh tète à tom^ moi je conserve la mienne avec le souvenir de tB que je dois à mon pays, â ceux qui le font honorer, et je me battrai aussi bien ici qu^ailleurs, pow «npèdier qu'on ne les insulte.

— Tu te battras! tu te battresî eh bien, qu'en arri- ^era-t-il de mieux pour ton capitaine, quand tu sablerais toute une compagnie de houlans I

— Cela ne peut pas faire de mal ; mats ils n'ont rien ii^oir dans cette alEoiire-ci, et je m'adresserai simplement aux membres de ce conseil que vous «croyez ca«* pables d'une si horrible injustice.

— Garde-toi bien d'en aborder un seul dans la dis- |)osition où je te vois; tout serait perdu vraiment; laisse-moi plutôt tenter quelque chose auprès d'eiix ; mais ne va pas déconcerter mes démarches par tes imprudences. T^ous sommes dans une de ces secousses, où toutes les passions sont exaspérées et oà l'on donne souvent le nom de mesure nécessaire à des «otos dieléi

par la vengeance ©u Tesprit de parti; qne veux-tn7 c'est un mal attaché aux crises yiolentes ; et la colère, la raison n'y peuvent rien. Tu serais moins 'étonné de ces cruelles extravagances si tu voyais d'aussi près que moi notre pauvre humanité, et ce qu^uie migraine peut faire commettre de sottises aux phis grands génies; mais quel que soit le peu d'espoir que j*mie de veiir triompherlesTàisons quetu donnes en&v^uridelaftca* pitaine^ tu es bien certain que je les ferai wàhir de mon mieux.

— Je le crois, répondit Muroel en cherchant i sa calmer par un peu d'espérance : vous êtes un bon ca* marade, mais si vous n'obtenez pas des féponses qai nous dtent toute inquiétude, morblea, jure^moi de me le dire franchement.

— Je te le promets, et tu peux disposer de moi comme d'un frère, ajouta La Roche^ d'un ton qui jqjb laissait aucun doute sur la sincérité decetie assuiaoûB.

Alors tous deux convinrent de rheure où ils se verraient le lendemain, et Marcel retourna à la prisoQ.

En Fapercevant, Théobald «rat tire son arrêt sur le liont abattu de son fidèle ami.

— Eb bien , dit-il, le crédit 4e M. de MelvaPjL'âmporte, Us vont me diëclarar inf&met ne crains pas deiao

268 LE FAUX FREB

l'apprendre, je siiis préparé à tout; je leur d^û© d'ajouter beaucoup au malheur qui m'accable. ^

— Ne nous hâtons pas de prédire ce que nous ne ne devrions pas craindre un instant, s'il y avait encore quelque justice parmi les hommes : c'est tenter leur méchanceté. Le conseil ne tera pas convoqué avant deux jours, et l'on ne peut encore savoir la tournure que prendra l'affaire ; en attendant, il faut préparer vo» tre défense.

— La nuenne!... ahl dis plutôt celle de Tange de pureté que ces niisérables vont compromettre par des soupçons, des accusations qui l'atteindraient plus que moi, si je n'en repoussais l'infamie.

— Vous leur faites trop d'honneur, reprit Marcel en s'efforçant de cacher la rage qui l'étouffait : ce n'est pas vous qu'il vont mettre en jugement.

— Eh qui donct

— Votre père.

— Ahl malheureux! s'écria Théobald, et ses deux mains se portèrent à son front, comme pour dérober, même aux yeux d'un ami, la rougeur qui le couvrait.

Ce cri de honte, de désespoir, retentit trop vivement au cœur de Marcel pour lui laisser plus longtemps la force de se contraindre ; il éclate en malédictions, ea

LE FAUX FRËRE 269i

menaces contre Tiniquité des juges^ et plus encore contre le ressentiment implacable de ceux qui, n'ayant su ni défendre ni sauver leurs amis de leurs véritables oppresseurs, criaient vengeance après la mort des coupables, pour la faire tomber sur des fils innocents. En exhalant ainsi son indignation, Marcel ne s'apercevait pas qu'il instruisait ainsi Théobald de tout ce qu'il s'était promis de lui laisser ignorer, et qu'en lui montrant sa douleur^ il lui ôtait tout espoir.

Marcel parla longtemps sans que Théobald pensât i l'int^Tompre ; accablé sous le poids des premières paroles qui avaient échappé à la colère du vieux soldat^ il lui semblait n'avoir plus rien à apprendre sur sa destinée.

Cependant Marcel se reproche déjà son indiscrétion^ et tente de la réparer, en disant qu'on l'a peut-être abusé par de faux rapports. Mais Théobald exige de lui la vérité tout entière, et lorsque Marcel en vint à l'opinion de La Rocbe sur l'influence des souvenirs de la révolution dans les circonstances présentes, Théobald dit :

— Il ne ^tiî pas te flatter mon ami ; en révolution, il n'y a ni bonne ni mauvaise cause. La prévention fait tout, et les plus honnêtes gens y obéissent : tu vas le

^70 LE FAUX KRÈR15

voir; mais ne me plains poinft, la yie m^tsit^cxKeiuo;

— ^-a vie ! répéta Marcel^ mon Bien 1 je»vcras Vm. lu assez souvent risquer pour saroir le cas que'^Fons <en faîtes. Dans notre métier, on apprend à n'y pas lemr, et si ces juges d'enfer vous condamnaient tout "simplement à mort, on s'en tirerait encore wee liomwnr'; mais ils n'ont garde d'être si humains. .•

— Je te comprends, interrompe; lïëohaM avec un sourire dédaigneux; mais je suis tranqmHe, ajouta<4-ti en prenant la main de Marcel, ton vmîfië me préservera d'une telle infamie.

— Tout à vous, mon capitaine, répondit Marcel d'une voix étouffée, et Théobald se jefta tlans ses bras.

En ce moment le bruit des verroux se fit eirtendre : Renard venait prévenir Marcel qtf il était llieure de se retirer. Prappé de l'espèce de jde qui brilîafl; dans les yeux de Théobald, et de la noble émdtixm qui animstt le visage du soldat :

— Ah 1 ah I dit le gardien, nous avons de bonnes nouvelles, à ce qu'il me paraît? tant mieux : J*aime i voir mes prisonniers plus contents, celé me consdle de m^en léparer.

— Quoi! demanda Marcel, va-t-on nous sortir

— Hélas! oui; reprit Renard, on le conduit demain à la prison militaire : ceux qu'on a fusillés ce matin ont fait de la place, et c'est le cousin Antoine qui -va être votre pourvoyeur à présent : ce coquin-là a toujours de bonnes aubaines, et pourtant il n'est jamais que de mauvaise bumeur ; mais n'ayez pas de crainte^ je vais vous recommander à lui; je veux qu'il vous traite comme un prince. En disant cela. Renard ferma ces lourdes portes, et reconduisit Marcel jusqu'au guichet de la dernière cour.

Le peu de moments que le gardien étùt resté avec Marcel avaient suffi pour mettre le comble i l'inquiétude de celui-ci. D'après Tavis du cousin Antoine, l'accusé devait être interrogé dès son arrivée à la piîson militaire, et le jugement suivrait de près cette piemière formalité. H était donc urgent de faire sans délai toutes les démarches qui pourraient servir Théobald* On ne saurût nombrer toutesiselles qui vinrent à l'idée de Marcel pendant la longue nuit qu^l lui fallut atten- , dre avant de se rendre chez le chirurgien-major. Au milieu de tant de projets inexécutables, il s^arrète au seul dont il attend quelque succès. Léon est son unique espérance^ et tandis que La Roche sollicitera aupiès des juges, Marcel veut courir après le défenseur ée son

mdtre, après celui qui ne peut lui refuser son témoi» gnage et son secours dans cet imminent danger. Mais il faut savoir où le rencontrer, et c'est au château de Melvas que Marcel espère l'apprendre ; il lui semble impossible que Nadège l'ignore, et qu'elle ne s'empresse pas de donner à Marcel tous les renseigne-* ments qui doivent l'aider à trouver le sauveur de Théobald.

Après avoir maudit l'automne et ses nuits éternelles^ Marcel va réveiller son hôte à la pointe du jour; il le prie de lui pirocurer un bon cheval, et il se met bientôt en route pour Melvas.

À quelque distance de l'avenue^ il rencontre de» colporteurs et des marchands qui paraissaient venir du château; il leur demande si c'est la fête du village, ou si l'on y célèbre le retour du fils de madame de Lormoy.

— C'est bien mieux que cela, répond l'un d'eux; nous avons été appelés tous par M. le baron pour lui vendre notre plus belle marchandise^ et nous allons lui en chercher d'autre ; car il dit qu'il faut qu'il y ait des lots pour tout le monde dans la loterie qu'on tirera le jour de la noce.

— La noce I et qui donc se marie au château ?

«« Pardine, une belle demoiselle^ la fille de la maison, je crois, car on ne ferait pas tant de dépense pour pnQ autre. ^

A ces mots, Marcel sent renaître son cœur à Tespoir ; il pense que le mariage de la sœur est la preuve du retour du frère, et il franchit l'avenue au galop^ pour s'assurer plus tôt de la vérité de ce fait«

Marcel ignorait l'amour de son maître. La crainte de compromettre Céline avait fait un devoir à Théobald de renfermer dans son âme un sentiment que Marcel n'aurait pas manqué de trahir, sans le vouloir, «n l'accusant du malheur de son mdtre. l^arcel savait seulement que le soupçon de cet amour était le prétexte des persécutions qu'on faisait endurer à Théobald, et il se réjouissait en pensant que le mariage de mademoiselle de Lormoy allait peut-être mettre fin aux poursuites du baron de Melvas.

Son premier soin fut de s'inforçier auprès du concierge des moyens de parvenir jusqu'à mademoiselle Nadège^ car il craignait de se montrer trop brusquement devant Léon^ et désirait savoir auparavant dans quelle disposition il était revenu... Il est sans doute malade, pensait-il^ puisqu'il n'a pas encore volé vers son ami.

Wà LE FAUX PRtRE

Lee &nm <dv dMiua étaient r e ip l MW d« {Mgpsans (fm. appGrtaiwt des bouqvflB il» fiiraBéa^iXHurdéoMer la salle où Ton souperait le soir même, après la a^iaature du contai. Les demeBfiqwB^ aflaieiit et TesEaient au milieu de eeM^fbuie^ ehai^ des dif«i8 dgets de leur «enrk», seftâsant lue place d'us air d^imprav tance ; le conciei^ désignait les cndroilB où l'an danserait le jour de la fifttesolennelle, eiMareel mibien de la peine à Fwracher uq momantà GeE^nmiis intéi^.

— Vous ?enez mal à propos, nmn ami, dit le cmi- «ierge, je n'ai pasle temps de causer aujomd'htti, nous a^ons trop de besogne... Puis^ se tousoeiÉt lers fes ouvrierB : c^est là. qu'il £aut dresem la tente, de ce o&té les tréteaux des musiciens; pac iei^ le buiet, lea tabtei**. Ce sera au mieux.

liareel le soiii L chaque pas qu'il fait peur dminr un nouvel ordre, espérant touJQUzs que^eeseffaille^armer, et qu'il poninuen obteoiop une réponse^ Ëttfln un diemestique de la maiseii , «yant absem les signes di'impatience (pue le soldat: rm pouvait sfempèd^r de diefinei:;, lui demande^ce qu'il désire^

-— Je voudrais parler à SC. de Saint^bàne, dit Mar* cel, et je vousserai ioBt obligé ai ^»uis pvmirea me^ fure parvenir jusqu'à loi.

LE TAWK rRtRB Mi

— ■• dé Saint-Irène? régéts le dometAwpÊè. Aht oui, le vrai fils de madame, n^est-ce pas?

— Le capitaine Léon, reprit [Marcel en éloaffimt un soupir.

^- Je ne le connais pass mais je sais^qv^ea Tattend d*mi instant & Fautre. IS vous vnz qiiek[i8 chose h hxi remettre, vous pouvez le confier à la vieille Iimea,. eHe ne manquera pas de le lui donner.

— Soit, répondit Marcel, se rappelant ce que son mdtte lui avut dit de la vieille négresse et des preuves d'intérêt qu'il en avait reçues; mais il faut que vous m'iddiez à trouver cette brave femme, sinon, comment diable ferais^je? on ne sait i qui s'adresser id,. ils oaâ tous la tête i renverSb

— Ah dame! c'est que c'est une itts^comn»' ean'ra voit pas souvent dans ce* paytr; et chacun veut traiailfinr MX préparatlfe pour aivoir sapart dans ks distributions qui auront lieu le jour de la cérémonie; mais si tout est en désordre id, il n'en est pas de mtaie au dttteau; M» le baron a défendu qaTon y laissât entrer personne ; cependant, comme vous n'avez afiSûre qu'à Zamea, suives-moi, je vais vous mener à sa chambre.

Hn parlant ainsi, le domestique conduisit Marcel vers un petit escalier qui abeulissait à nm cecridor. S

ouvrit une porte, et courut aussitôt à l'autre bpui du château où une sonnette venait de l'appeler.

— Que me voulez-vous ? demande Zamea, surprise de la brusque apparition de Marcel.

-^ Je viens... vous prier... car c'est bien vous, n'estce pas^ qui êtes la cause... mais Dieu me garde de vous le reprocher... Jesais que vousëtes une brave femme... et que, si vous servez les ennemis de mon maître, vous n'en êtes pas moins. ••

— Qui cela, ton maître ? interrompit Zamea^ qui ne comprenait rien au discours de Marcel.

— Un homme comme on n'en rencontre guère, même dans là grande armée, enfin le capitaine Ëribert.

— Ah! malheureux! s'écria Zamea, garde-toi de prononcer ce nom. Si Ton pouvait t'entendre, on te chasserait d'ici, et peut-être moi-même... Dieu sail comment on me traite depuis que M. le baron a fait arrêter ce pauvre jeune homme I Je ne sais plus, disent-ils, qu'une vieille radoteuse qui n'est bonne qu'à introduire des intrigants dans la maison... Ah ! sans mon excellente maîtresse, ma chère Céline, je demanderais à retourner dans notre colonie, dussé-je périr avant de gagner le port. Mais parle bas, mon ami; et dis-moi ce que devient ton pauvre maître»

— Sa perte est inévitable, reprit brusquement Marcel, si le capitaine Léon ne vient pas à son secoars; ini seul peut empêcher l'assassinat de son ami ; apprenezmoi où je puis le trouver ; il faut que je lui parle avant deux joun^ ou tout sera fini.

— Eh I sait-on où il est ! depuis la lettre qui annonçât son départ de Paris, on n'en a reça aucune nouvelle; M. le baron le croit retenu dans quelque ville, faute de passe-port^ et il se propose d'aller le chercher lui-même dès que le contrat de mariage de sa nièce sera signé. Madame voulait qu'on attendit l'arrivée de son fils pour fixer le jour de la célébration ; mais M. le baron a insisté pour que la noce se fît sans délai, ett'est mademoiselle Céline qui a demandé que la signature du contrat eût lieu, ce soir même.

— Quoi ! pas un indice qui puisse nous mettre sur sa trace, aucun moyen de le prévenir qu'on se sert de lui pour déshonorer son compagnon d'armes! mais peut-être mademoiselle Nadège en sait-elle plus que TOUS sur son compte! par pitié, brave femme, faitesmoi parler à cette jeune fille qui nous a secourus dans l'exil; elle nous servira encore, j'en suis certain.

— Impossible, mon ami, mademoiselle Nadège est

«n ce moment chez madame 9vec la princesse et M. le

le

27t L£ FAUX FRÈRE

baiion; ils sont tous occupés à regarder les bijoux, les éenteUes de la corbeille que vient d'envoyer M. de Bosac : je ne peux les déranger sans dire le motif qui m'amène, et il ne faut pas qu'on me soupçonne de re« cevoir quelqu'un envoyé par M. Éribert.

^ Et la acBur du capitaine Léon est sans doute occupée aussi de toutes ces. fadaises?

^^ Plût au ciel qu'elle s'en amusât comn^ les autres, jï^poiâit Zamea d'uA ton triste ; mais la pauvre enfant a'y îaiX, pas seulement attention; quand j'ai été lui raconter tout ce que j'avais déjà vu des cadeaux magnifiques 4fa'on lui prépare, elle n'apas semblé m'entendre ; elle m'a priée seulement de veiller à ce qu'on la laissU tcanquiUe dans sa chambre; puis elle s'çst mise à écrire saiis JXi&me s'inibxmer de ce qni se passait dans le salon.

— ' Puisqu'elle est seule, conjurez-la de m'entendre une minute .; personne ne saura que vous m'avez rendu ce service; je l'ai vu pleurer lorsque mademoiselle Nadège me faisait le récit de l'arrestation de mon maitre; elle a bon cœur; elle comprendra combien son frère serait à plaindre s'il arrivait malheur à son camaradCi et elle me dira ce que je doisiaire pour les saimr tous deux ; car je les connais; la perte de l'un

LE yAVX FRÈItE 2ïil>

entraînera celle de Fantre, sortout s'il pes€ se la. reprocher. Ne me refusez pas, kmne Zames; wûgez que le moindre renseignement peut me guider^ et que si j'obtiens par tous le moyen d'arracher umol capitaiRe à rinfamie qu\)n hri résenne, non» tow devrons tous trois plus que la y\e.

La Toix du soMat^ cette ymkt sonorei et qudquelok terrible, deyenue sappUante, et entrecoupée) par ks. larmes, Zame» ne peut l'entendci) sm» atteoArisa^ ment.

— Ail r dussé-fe eoÊom m^Mirat de nouveaux leproches, Ait Ea vieine négfease en essnjrant ses jcox, il ne sera pas dit que te pauvre! ZaoMa aiÉ rQeftè la pirièr» d'tm malfteureuxqoi id:eiire peur aimmaitm. Altender* moi ici, enfermea^vom, et n'buviea que lorsque j'a^ pellerai ; je vais demander si mademoiselle peut vcn» recevoir.

— Que le ciel vous ré»mf«D», léfondii Ikiaxcel, sans pouvoir témoigner autreinmit qa» p«t ce vœa la reconnaissance qu» lui insfÂraît la bei^ die Zamea.

Et il s'assit pour f attendre. w

£n regardant autour de lia, il wi aw presque t(»is

lés meubles de la chambre de» robea, des parures de.

toute espèce fvie Fou venait dé terminer pour le trous-

280 E FAUX FREKE

seau de Céline. Le contrasté de ces apprêts de fête avec les tristes soins qui occupaient Marcel en ce moment, ajoutait encore à l'amertume de ses réflexions. Ah r pensait-il, malgré ce que Zamea dit de Tindifférence de sa maîtresse pour ses présents de noce, au milieu de la joie qui Tenvironne elle refusera de ma voir, elle craindra de témoigner la moindre pitié pour mon maître. Eh t comment s'intéresserait-elle au malheur d'un homme qu'on lui peint chaque jour comme Tennemi de sa famille?

Le retour de Zamea vint bientôt confirmer ce ({u^V vait prévu Marcel ; le premier mouvement de Céline, en apprenant qu'il était II, fut de dire à Zamea de l'amener près d'elle; mais se rétractant aussitôt, elle rappelle la négresse, et dit en faisant un efort sur ellemètne :

— Non, je ne dois pas le voir; il faut que je puisse attester qu'aucun message n'est venu... qu'on n'a jamais tenté ée m'intéressera ce que Ton cessât... Q faut que je lui refuse jusqu'au témoignage de ma pitié... oui, il le faut... j'en aurai le courage. Puis, s'adressant à Zamëa : Renvoie au plus vite ce soldat, ajouta-t-elle; dis-lui qu'il m'est défendu de le recevoir ; mais sans rien demander ni promettre en mon nom, informe-toi

LE FAUX FRÈI^ ^i

de ce. qui ramène, et donne-lui Tassurance que tu feras tout ce qui sera en ton pouvoir pour le servir.

— Hélas I reprit Zamea^ le pauvre homme ne désire que savoir où trouver votre frère.

— Mon frère... r^ète Céline dans une sorte d'égarement, mon frère m'abandonne aussi; après avoir porté le coup mortel, il craint sans doute de rencon^ trer sa victime. Je n'attends rien de lui... mon courage seul... mais ne perdons pas tant d'efforts par une im* |)rudénce... éloigne Marcel... prends garde que personne ne le voie sortir du château... j'entends quelqu'un... c'est la voix de mon oncle. .. et Céline saisie d'effroi retomba sur son siège.

— Calmez-vous, dit Zamea, et ne pensez qu'à retenir ici M. le baron le temps qu'il me faut pour conduire Marcel jusque dans la grande cour. Une fois au milieu de la foule, il pourra se retirer sans être re^ marqué.

Alors Zamea attendit qi^e le baron f&t entré chez s?. nièce; puis elle .alla retrouver Marcel et le çuppli^ à son tour de ne pas s'exposer à la colère de M. de Melvas.

~ Allons^ dit Marcel en obéissamt à cette prière,

toul est contre nous; il ne me reste que la pitié de

cette vieille négresse,

te.

M rjLVX FRËRB

CBlte pf^, il la rédama de mm^eau ea faisant pro-

xaeitre à Zamea de le fure înstruife snr-Ie^chanip du retour de LéoB, si le ôel accordait ea. retour à ses ymux ; et Marcel repfit le diemiii foi détail le ramener vers sofQ moitre, aaw isappoetor Tesi^îr de W acms- Irsire i sa. malbeiiteQSB deatînée.

B éteif d^ pfcia die andb lorsque Marcel arriva au porOftir de fia pviseii mîlitairev car il avait fallu faire rei»niv^er ses làmer paMer^ et att^adre (pe TofiScier clïargé de Vtxpééiêt fftt reirana du conseil de guerre ^ sa cnrierité Tavail attiré; il avait falhi écouter tout ce qu'il racontait à vn de ses eusairades sm Tii^erro- {[atoire dont il venait d'&tre téamit.

— Hk fof , dîsait41, le gaillard! n'est pas eotbarrassé pour ré^ndre ; il danne à tout des raisons, et quand on paraît douter de lia vérité de ce qu'il avance, ii prend cm air dédaigneux, et se cenlente de répéter ce qu'il Tient de dire, sans prendre la peine d'y rien ajoater poixT' y domer plfos de créance; Maia s'il pense arranr er son affiûrv avec ces manièaree-^àx il se trompe. Le €api4f»în« rapporteur en paraissait fort mécooler^et ^es eenclosions se rossentifont bien certalnenaent de l'hnrrreiir que l'acdisé vient de lui donner.

Marc ;i écoutait ce récit avec anxiété) mais l^officiar

LE FAUX fïit^E 9||

«'étant approché du barean sur Miftidl se troovsient des papiers à signer, il ne fat plt» « porfle defeiilendre ; seulement il dîstîngaa ees Biotr de h féponse du camarade :

— Si vraiment i j'irai demain ; je veux voir comment finira ce singulier procès.

£n ce moment on vinl remetlre à Marcel son laisser % passer, et iLçortit delasalle en se félicitant d'avoir résisté ao déû de ^piestioniier Tefficier,, et brûlant d'impstieiiee d'apprendre de> Théobald lui-même ce qui fl^iMait' peœé i Kntenopftoîre,

Le gardien Antoine, prévenu: psr nom eonrin de* ce qui! y avait à gagner avec mr priisoimier aam géné^ reux que te capitaine ÉriberC, reçut Mmsd camme t^il le connaissait déjà, et s^empressa de te condoire àam la chambre où les gendarmes venaieEit de ramener l'accusé au sortir de Pinterrogaterre. Sto voyant son maître assis franquilTemenrl près d'unie table, oecnpé i lire une lettre qui le fait sourire deueement, Maroal pense qu'il s'est alarmé à tert^ et que TMobald a des raisons d'augurer mieux de son preeès; et ît attend i peine que te garcfien s^Sloigne pour qoiestionmr sen maître.

2U LE FAUX FRËRK

Mais, sans répondre à ce qu'il demande :

— Tu es Tenu bien tard, dit Théobald.

•— Vous saurez pourquoi, reprit Marcel, mais ce capitaine rapporteur est-il aussi méchant qu'on le dit ?

— Méchant, non ! c'est tout simplement un homme fort soumis aux instructions qu'on lui donne.

— Et que pensez-vous de celles qu'il a reçues?

— Qu'il est obligé de me trouver coupable.

"— Quoi I il aurait la lâcheté ?...

— Toute réflexion, tout plaidoyer est inutile, mon ami ; il ne m'a fallu qu'un instant pour juger de l'esprit dans lequel sera fait le rapport ; mais ne parlons pas de cet affipeux supplice, plus cruel mille fois qu'une €ondamnation ; je ne saurais te répéter les soupçons, les noms infâmes' dont oa ne craint pas de flétrir un accusé avant de savoir s'il les mérite. Je n'ai pu m'abaisser à la honte de m'en défendre ; si tu savais les intentions criminelles qu'ils osent me prêter... mon «aag bouillonne à la seule pensée de voir ainsi calomnier une action généreuse, car le ciel sait quels sentiments m'ont conduit à ce château d'où l'on est venu m'arracher comme un vil brigand ; mais si la justice Aes hommes frappe au hasard, il en est une autre qui se sert de leurs arrêts pour punir nos faiblesses. Je

4<Hs le croire, et je m% résigne au malheur que ma triste naissance, mon caractère rendaient inévitable. Je resterai innocent à tes yeux, mon vieil ami, et i ceux du seul être pour qui j'aurais voulu vivre, cela me suffit^

Il y avait dans l'accent de Théobad quelque chose de sotennel qui glaça Marcel d'une nouvelle crainte. H regardait son maâtre en silence, n'osant pas proférer un seul mot qui trahit sa po^isée; car laisser voir l'idée qui le frappait, c'était peut-être l'inspirer à Théobald. €îelui-ci^ désirant détourner l'attention ^e Marcel^ le questionna de nouveau sur ce qui l'avait occupé peu* dant toute la matinée. ,

Mareel raconte alors son voyage à Melvas^ et comment il a eu un moment l'espoir qu'on y fêtait le re-r l0ur de Léon, en voyant les apprêts de la noce de mademoiselle de Lormoy.

— Que dis-tu? interrompt ThéobaU, le tremble- BÇtent sur les lèvres ; elle signe ce soir. .. . — Oui. reprit Marcel, elle-même a demandé qu'on, n'attendit pas son frère pour la cérémonie, et pendant qu'ils nous assassinent^ ils sont dans la joie ; ah t si je m'en croyais, ajouta-t-jll avec un geste menaçant, ils verraient comment on teouble une fête... Mais grand

Dien! qu*&Tez-vons?... dît Marcel en remaerqnant II pâleur qui couvre le visage de Théobald. ^

— Rien, dit-il en respirant à peine ; tout est fim«^ Je ne souffire plus... CéHne ! esf-il bien vrai?...

— Ah I c'est moi qui le tue, s'à^rie Marcel en* entraînant Tbéobald vers la fenêtre, &ns Fespoirque Tair le ranimera. Malheureur !' comment a'ai-je pa» deviné <pfll Fâimadt !.. . comment n'atje pas pensé qmj'allaâ Inr porter lé dernier coup en hif apprenant cette ncmvelle trahison ? Ab 1 mon pauvre^ eapitaiiie, pomnraifvaiC-S ense prosternant devant TMotetd, prenez pi<M 4ermor, pardonnez-moi de y&iss flore tant de peime^ ou morbleu je ne sais pas ce que je deviendrai.

Théoîbady dont nne vive oppression éfonikit la veix, imdit là main à Marcel et l'attira vers M; quel^qMi larmes s'&!^bappèrent die ses yeux et le aowhEgèrent xm moment du poids qui l'accablait; alenrun msti&ct Ai «Œor avertit Marcel qne te> pfussAr moyen' d'empêcher «on maître de succomber à ce nouveau malàewr, étail 4e Im en parler, et il lui adressa des reproches sur le mystère qu'il lui avait fait èe son amour. ^

— Ne connaissiez^vous donc pas l'honneur àf) Mar* cel? disait-îl, et ne saviez^vous fras qult se sérail lâigaér f usiner phitOt que de trahir vetre secret? pmpil

«oe quïl mmi enteodu iiimàZâme^ de la tris»

tesse de Céline; enin il rechercha tout ce qu'il crojût pouvoir ^paclerqiiebfiie adoacissetaent au désespoir je son maître.

lliédbaUt Bourîait A «es eibrte poar en dissânnler nmpuissanoe ; il se fit répéter lâiaqn» détail fiû pcnvait le convaincre du ttaiis^ proefaain Ae €éliiie; «t îl cherchait à la justifier quand Haml loi gefasochtài d'obéir si facilement à «a ismille.

-^Ne Faccuse paS; disait-fl, ce mariage était i»&H pensable après l'ëcTat de mon arrei^Étion et les metili qu'y donnait M. de Melvas. La réputatitm do €é-* Une l'exigeait, et dans l'effroi que lui impirailt raim amour, elle a souvent tenté de le décourager «n me parlant de cet affreux sacrifice comme d'un afrftt éa ciel. J'en aurais dû supporter l'affreuse nouvelle vnc plus de courage ; mais il est des maux que l'imaginai tion ne peut atteindre, je le sens ; souffrir pour elle sans espoir de Tobtenir, c'était encore la vie; la voir à mn autre... c'est la mort...

— Que parlez-vous de mourir pour une femme, prit Marcel, et la patrie ?

«-J«A'eaaiplus.

SM

LE FAUX FRÈKB

— Quoi ! cette France pour qui ¥ou».voq^ baitiei si bravement...

— Elle me renie^ je suis l'enfant mauilit qu'elle repousse.

— Ah I ne blasphémez pas ainsi ! est-ce la patrie qu'une poignée d'hommes acharnés à venger sur vous le malheur dont vous êtes innocent? est-^ la patrie que ces militaires d'un jour qui croient gagner une bataille quand ils ont fait fusiller un brave soldat couvert de nobles Messures ? Est-ce la patrie qui défend au fils de couvrit de sa gloilre les &mtes de son père? NoU) la patrie est dans ces vieux guerriers ^ui ont essuyé les pleurs de la Révolution avec les drapeaux de la victoire ; elle est dans les défenseuip de la liberté, dans les soutiens de la justice, et le temps n'est pas éloigné, j'opère, où tous s'entendront pour rendre à chacun de nous ce qu'il mérite; vivez jusque là.

^ l^on, ce serait acheter quelques joârs honofables par un siècle de honte. Je n'ai pas assez de vertu peur endurer le mépris des hommes.

— Ah ! pourquoi l'estime, l'attachement d'un paur vre sgidat sont-ils si peu de chose? dit Marcel en levant les yeux au ciel.

-~ Ils sont mon bien le plus cher^ et j'en attends au-

jourd'hui ma seule consolation, répond Théobald avec feu : oui, Ton n'a pas le droit de se plaindre quand on possède un ami tel que toi.

Puis, se levant tout à coup, il va chercher un portefeuille qui était renfermé dans son nécessaire, le remet à Marcel, et dit :

— Voilà de quoi payer le service que tu dois m'ob- tenir. La Roche t'a donné rendez- vous à cette heure» va le trouver et reviens ensuite prendre ces papiers que je ne veux confier qu'à toi. '

Marcel debout, immobile devant son maître, les yeux fixés sur le portefeuille, semblait hésiter à le prendre. L'altération de son visage peignait le combat qui se livrait dans son âme, et la cruelle résolution qu'il voulait imposer à son courage.

Il serait resté longtemps dans cette attitude, si Tarr rivée du gardien et l'avis qu'il donna à Théobald n'avaient fait cesser son indécision. Antoine venait prévenir l'accusé que le conseil s'assemblerait le lendemain et que son affaire serait jugée sans désemparer; cet avis reçu avec indifférence par Théobald fait pâlir Marcel; il saisit vivement le portefeuille, et sort en lançant un regard qui semblait dire à son maître . ^

Vous serez obéù

LE FAUX FRÈRK

Pendant ce temps, M. de Rosac arrivait è Melfai dans un brillant éipiipage destiné à sa fiituse. M. d« Boisvilliers est avec lui ; car, dans Tivresso du boor henr qni l'attend, il lui faut parler de ce qu'il éprouve, et se voir envier par son ami lui-même^ L'amour-pro* pre est rarement aussi aveugle qu'il 1» parrii, et tellt personne vous étourdit de son succès, qui sent bien ce quHl y manque. M. de Rosac était plus fier qu'henreux d'épouser Céline; ses principes, sa candeor, Téducation qu'elle avait reçue, lui répondaient de h sagesse de sa conduite ; mais il ne pouvait se dissi* muler qu'aucun sentimmit tendre ne L'avait portée è accepter sa main ; et, malgré sa confiance dans ses moyens de plaire, M. de Rosac sentait» riour ainsi dira, qu'il n'était pas selon elle, et que leur union offrirait u& exemple de plus de ces mariages appelés de eonvevumeê^ et dont le premier malheur est de bb se pas convenir.

La nuit commençait à tomber lorsqu'ile entrèrent dans l'avenue, suivis des voitures qui amenaient les parents de M. de Rosac, le docteur Frémont et le novm! e de M, de Melvas, Les jeunes gène du village, qui

ÊE FAUX FRÈRE 2dâ

s'étaient réunis pour les escorter jusqu'au château^ portaient des torches allumera^ en courant à chaqoe portière ; ce qui donnait h ce joyeux cortège un aspect fhnèbre que Céline fît remarquer ài Nadège.

Toutes deux étaient encore à l^ir toilette, ou plutôt Nadège achevait de parer Céline^ pendant.qa'absorbée dans ses pensées, celle-ci regardait tristement la lumière éclatante dont s'éclmraient d^i les derniers tilleuls de Tavenue. Telle était sau préoccupation^ qu'elle ne s'aperçut pas que Ton attachait à son côté le bouquet envoyé par M. de Rosac, et qu^au moment où Nadège s'écria^ en jetant l'épingte qui avait dû blesser Céline :

— Oh ciel! je vous ai fait malt Elle répondit d'un air étonné :

— Non; je n'ai rien senti. Cependant une goutte de sang vint colorer la draperie légère qui ^tourait le sein de Céline. Malgré l'indifférence qu'elle té^ moignaitpour sa parure^ elle ne sortit de sa rèv^e que pour demander qu'on ajoutât quelques ornements à sa robe, ou à sa coiffure. C'était gagner du temps et retarder de quelques minutes le sacrifice du bonheur de sa vie.

Zamea é;tait déjà venue plusieurs fois lui dire de la part du baron, qu'on n'attendait plur qu'elie. pour

LE FAUX FRÈRB

eommencer la lecture du contrat; il fallut se décider à descendre dans le salon. Les corridors, la longue galerie qu'il fallait traverser pour s'y rendre, étaient remplis de paysans, curieux de voir et d'admirer la jeune fiancée. La plupart de ceux qui ne la connaissaient pas adressèrent leurs compliments à Nadège, dont le sourire et Pair animé leur annonçait une personne heureuse, tandis que la pâleur et le regard languissant de Céline ne laissaient pas supposer qu'elle prit aucune part à la fête.

M. de Rosac l'attendait à la porte du salon ; il lui offrit la main pour la conduire auprès de sa vieille tante, la présidente de R..., que son grand âge rete* nait ordinairement chez elle, et qui faisait presque un acte de dévouement en se dérangeant pour venir signer le contrat de mariage de son neveu. Après beaucoup de choses flatteuses, dites de ce ton affectueux qu'on peut appeler la grâce des vieilles femmes, la présidente ajouta :

— Mais elle paraît souffrante, cette chère enfant, et l'on aurait peut-être mieux fait de retarder la cérémonie jusqu'à son entier rétablissement. Le mariage le plus heureux n'est jamais exempt de craintes, de regrets, etil faut être ^n bonne santé pour supporter tant d'émotion.

Céline, touchée d'un intérêt si tendre, en remercia madame de R... avep celte reconnaissance d'un cœur malheureux dont on devine la souffrance; el, sans penser que Taltération de ses traits devaient la démentir, elle affirnia qu'elle n'était point malade. Pendant ce temps, madame de Lormoy faisait les honneurs du salon aux autres parents de M. de Rosac, et la princesse Woliinski montrait aux jeunes femmes qui se trouvaient là les bijoux que renfermait la corbeille. Les parures les plus élégantes avaient été choisies par elle, et chacun en admirait le bon goût ; mais on donnait la préférence à une longue chaîne d'or et d'émeraudes à laquelle était attachée une croix en diamants. La princesse, désirant en voir l'effet, prétendit que c'était le moment d'en parer la mariée» M. de Rosac l'approuva en disant qu'on ne pouvait enchaîner trop tôt l'objet de son amour, et tous deux vinrent prier Céline de permettre qu'on suspendit la chaîne à son beau cou.

Ce présent lui rappela celui qu'elle avait fait le jour des adieux de Théobald, et le froid qu'elle ressentit lorsque ces brillants anneaux touchèrent sa poitrine lui parut être celui de la mort : tout allait finir pour elle : cette vie d'amour et d'espoir, cette consolatioa

2«ft LE JFAUX FRÈRE

de pleurer sans crime celui qu'elle regrettait, il fallait y renoncer pour jamais. Au moment d'un si cruel sacrifice, elle aurait peut-être seuli succomber son courage, si l'excès de sa douleur ne lui avait donné l'espérance de n'en pas souffrir longtemps. C'est dans cette triste pensée qu'il faut trop souvent chercber la cause de la résignation des femmes. Leur nature délicate parait si peu faite pour supporter de longs tourments, que chez elle les idées de malheur et de mort sont presque inséparables.

Après les présentations et les compliments d*usage, on forma un double cercle devant la table où s'était déjà placé le notaire. Céline, qui avait de la peine à se soutenir^ était restée auprès de la vieille présidente. Madame de Lormoy vint s'asseoir à côté de sa fille, comme pour la fortifier contre les émotions que pourrait lui donitôr cette lecture; elle lui prit la main, mais sans oser lever les yeux sur elle, car l'expression douloureuse de sa physionomie, ses lèvres pâles, tremblantes, quoique souriant toujours^ inspiraient à sa mère autant d'effroi que de pitié ; elle se reprochait d'avoir consenti à ce mariage, sans se rappeler que Céline avait elle-même demandé qu'on le célébrât saÂs délai, et que depuis qu'il était décidé, jamais sa

LE FACX FRÈRE S95

fille n'en avait témoigné de regret. Mais (pi'hnpOTte oe

que voulait, ce qu'avait dit Céline, sa mère la sentaii

souffrir; c'en était assez pour se reprocher son mal-

heur.

Il se fit un grand silence, et le notaire commenta m

la lecture du contrat, avec Tait pompeusement grxw,

ei la voix lugubre que prendrait xm juge pour pre^ * noncer une sentence. Cette lecture ne fut guère éeou* tée que par les gens qu'elle n^ntéressait point. Tons les articles en étaient connus et approuvés d'avance par les deux familles. Céline seule aurait pu désirer les connaître, car elle s'était constammenft fetnsée A donner son avis à ce sujet, laissant à son oncle le soin d'un avenir qui n'avait plus d'intérêt pour €lle ; iotis^ tout entière au souvenir de Théobald, au sentiment qui la portait à s'immoler en ce moment pour lui sauver rhonneur, elle n'entendit rien de cet acte, si <t n'est le mot sinistre de mort y qui, revenant à chaque article^ arrivait à son oreille comme le son monotone d'une cloche funèbre.

'* Placée en face de la porte vitrée qui donnait sur le parc, elle voyait s'éteindre peu à peu les lampions qui éclairaient cette terrasse où, pour la première fois, Théobald lui avait parlé de son amour ; la tounile

gothique dont elle avait le dessin fait par lui^ ces ruines si pittoresques, tout à l'heure resplendissantes de lumières, venaient de rentrer aussi «^ians Tobscurité *car le vent d'automne, qui soufflai- avec violence^ semblait s'opposer à l'éclat de cette triste fête. Quelques pots à feu, abrités par des arbustes, répandaient encore une faible lueur sur le parterre qui entourait le château. A ces rayons vacillants, Céline crut distinguer quelqu'un qui s'avançait mystérieusement, et cherchait à voir, de la terrasse, ce qui se passait dans le salon. Cette espèce de fantôme qui apparaissait et s'évanouissait tour à tour, selon les oscillations de la lumière, l'imagination de Céline lui prête la figure et la démarche de Théobald, et chaque pas qu'il fait pour s'approcher du château la confirme dans cette illusion ; elle ne doute plus qu'étant parvenu à s'échapper de sa prison, il vient, au risque, de sa vie, l'arracher au pouvoir d'un rival ; elle croit entendre sa voix l'accuser de parjure ; tout à coup il s'arrête., et semble attendre le moment propice à sa vengeance; mais bientôt, montant avec lenteur les degrés du perron, il parvient auprès de la porte et s'apprête à l'ouvrir. Le vent qui soulève son manteau laisse voir un habit d'uniforme : c'est celui de Théobald. A cette

vue, tremblante, égarée, Céline veut s'opposer au malheur qu'elle pressent.

— Fuyez, s'écrle-t-elle en se précipitant vers la porte du jardin, prenez pitié de moi, fuyez, ou je meurs I

Et elle tombe inanimée dans les bras de celui qu'elle implore. Mais la surprise causée par l'apparition subite de l'étranger qui inspire tant d'effroi à Céline, ne permet pas d'al^ord de voler à son secours ; le baron seul, irrité de l'insolence d'un homme qui ose ainsi pénétrer dans sa maison, s'avance vers lui d'un air menaçant. Chacun se lève ; M. de Rosac s'élance vers Céline, l'arrache des bras de l'inconnu ; il est prêt i l'injurier, lorsqu'une voix fait entendre ces mots :

— C'est lui!... c'est Léon I...

£t au même instant Nadège entraine madame de Lormoy dans les bras de son fils.

L'étonnement cède à la joie ; on s'empresse autour de Léon, chacun veut être témoin du bonheur qu'il éprouve en revoyant sa mère ; mais la voix qui l'a nommé, cette voix qui l'a fait tressaillir, d'où vient qu'elle se tait? Est-ce une illusion, un vain souvenir? Il jette ses regards sur toutes ces femmes qui l'entourent.

-- Par grâce, leur dit-il, dans un trouble impossible i décrire, qui de vous a prononcé mon nom?

f9B LE FAUX FRÈRE

— C'«at.Nadège, répond la princesse..*

— Nadège!... répète Léon n'osant croire à tant de bonheur à la fois.

Mais il suit sa mère dans la chambre où Ton yim% de transporter Céline. Nadège est auprès d'elle^ il la recomiait et tombe à ses pieds en s^écriant :

— ma mère ! sans elle, je ne tous aurais jamais revue I...

Mais Nadège, honteuse d'éprouver tant de joie quand son amie succombe à sa souffrance^ ne répond d'abord i Léon, qu'en lui montrant Céline ; puis elle dit :

— Secourons-la ; que les soins d'un frère la raniment!... Ahl puissiez-vous mettre fin au tourment ^ui l'accable !.••

Alors tous se réunissent pour rendre à Céline Tusage de ses sens. Le docteur js^e trompant £urJa cause de ce long évanouissement^ répétait à cbacun :

— N'îgmz nulle xxainte, c'est l'effet de la surprise ; elle a deviné. miauz.guamoiis^ q.u'tm.hoaune qui arrivait ai hcusquement devait être sonfcère^.et l'excès de

sa Joœ a ôafusé .ceUe^cris^ vd(mt la vx)ilà iqui i^mmenca Â>nev6nir.

En effet, dans.cet instant, Céline souleva lentement .

sa paupière, et quelques, mots, à peine articulés, s'4» chappèreot de sa bouche.

— Sans doîHe elle vous parle, dit le docteur à M. 4a Saint-Irène^ mais ne vous montrez pas encore à elle ; attendons qu'elle soit plus calme, pour hii permettre le plaisir d'embrasser son frère.

En disant ces mots^ il se place devant Léon, de manière à le soustraire aux regards de Céline. Mais pas* sant tovA à coup de l'accabUment au délire, elle appelle Tbéobald.

— Cruels 1 qu'en avez-vous fait? dit-elle» en portant des yeux égarés siet toutes les personnes qui l'entourent : ra¥ez-iM)iis épargné?..*. Mais non! il a péri, yictim» de Totre rage! Pooviez-vous lui pardonner d'ayerr bdsé ses fers pour venir m'arradier au dése»* poir«.« à la imortL.. Laissez-moi... je ne veux plus de vos 'foins btrbaresL.. Vos calomnies lui ont ravi l'honneur.., cel honneurqui étaitsa viel... Eh bien!... prenez aussi la mienne, car je ne puis survivre à sa honte I... khi je lui donnais plus que mon existenœ, on aceeptant le nam de son rival, de son ennemi!.». Mais f uîsqa^il rend ce sacrifice inutile, unissez-noc» du mains dans votre vengeance... Vous hésitez 1.... qua 4araigne»*vous?.».. &om unique ami l'abandonna : Léon

ne Ta-t-il pas laissé traiaer ea prison, comme un vil criminel; a-t-il détourné le coup mortel dont vous Taveï frappé? Non, vous dis-je, frappez encore, il ne vengera pas mieux sa sœur que son ami!,.. Théobald n'élait-il pas?...

— Qu'entends-jel s'écrie Léon, Théobald est ici? Que parle-*t-elle de prison, de vengeance? Qui ose attenter à rhonneur, à la vie de Théobald? Répondez-moi i •st-ce sa raison ou la mienne qui s'égare... dois-je en croire ce qu'elle dit? Théobald, arrêté comme un vil criminel !... Ah 1 s'il était vrai, ajouta*t-il d'un ton qui fît frémir jusqu'à Céline elle-même, s'il était vrail... tout le sang de son ennemi suffirait à peine à ma vengeance.

En vain madame de Lormoy cherche à calmer la colère de son ûls; en vain le docteur et Nadège le supplient de ne pas augmenter l'agitation de Céline par de telles menaces; il ne leur répond que par ces mots :

— Qu'avez-vous fait de Théobald?... Je\eux le voir, conduisez-moi vers lui.

Et, voyant que toi:» gardent le silence. Il s'adresse à Céline qui reste immobile, les yeux attachés sur lui» et cherchant à rallier ses idées, pour s'expliquer comment cette Toix inconnue prononce le nom de Théobald d'un accent, à la fois, si tendre et si terrible.

— Toi qui le plains, dit-il en s'approchant de Céline, toi qui veux qu'on le venge, dis-moi s'il est encore temps de le secourir. Quels que soient les ennemis qui l'accablent, je saurai le défendre, le ramener vers toi qui le pleures, ou je mourrai avec lui.

— Je te reconnais, répond alors Céline, en se précipitant sur le sein de Léon, tu l'aimes aussi^ tu es mon frère ! Ah ! malheureux I pourquoi es-tu venu si tard 1

En ce moment, des larmes abondantes vinrent inonder le visage de Céline. Le docteur insista de nouveau pour que Léon s'éloignât d'elle, dans la crainte de prolonger l'émotion qui la mettait en danger, car son pouls devenait convulsif, un rire amer se mêlait à ses larmes, et tout faisait craindre que la fièvre ne se portât au cerveau. L'effroi que ces symptômes causaient au docteur Frémont passa bientôt dans l'âme de tous ceux qui étaient présents. Madame de Lormoy s'abandonne â la plus vive douleur; elle accuse le baron d'être cause de la démence de Céline. Tandis que M. de Rosac s'enfuit au désespoir, M. de MelvaF, non moins effrayé de l'état de sa nièce; n'ose pas tenter de consoler sa sœur ; il prévoit des malheurs au-dessus de son courage, et reste anéanti sous le poids des maux qu'il se reproche.

<:ependan1^ les gens invités à la f&te s'em^ipessent de quitter ce château qui devait être pour eux l'asile du plaisir, et qui ne leur offre plus qu'un spectacle doaloureui* Les parents de Ht. de Rosac, oourrouoés dee «mportemetits de Léon, etplus encore des aveux échap^ pés à Céline, l'entrainent avec eux. Nadège et la princesse s'emparent de Léon, dont la fureur augmente i mesure qu'on lui apprend les aoousatkins qui pèsent sur son ami, et la condamnation qui le menace. A peine a-t-ii entendu qu^on veut flétrir rhonnenr de Théobald, que, wari mux prières de Nadège, qui ht «oDjure d'épargner à sa mère de nouvelles lenreurs, il court près du baron, lui demande, au nom de tout ee ^lu^il y a de plus sacré; de retirer la plainle lormée <^entre Théobald.

— - Apprenez, dii-îl, que son honneur esl anasi le mien ; qu'on ne peitt l'attaquer sans me rendre raison d'une telle insulte. Song^ que nous semoMB frères d'armes, que nous avons triomphé, succombé ensemble, et que, percés de coups, mourant sur le sein l'im de l'autre, le sang qui coulait de nos blessures iRxos a unis pour toujours. Rendesc-moi mon ami, rendez k vie à ma sceur, à umi mère, ou préparez^vous i tous les malheurs que le désespoir entraine.

lî: faux thère dfls

Une Toltmlë si 4epme ne permettait aucun raisonne* ment; il fallait y céder/ou se résigner à subir toutes ks conséquences d'un refus qui semblait décider du sort de sa famille entière, et le baron n'hésita plus. «>

— Allez, dit-il, après avoir remis à Léon la lettre qu'il vient d'écrire, allez fddlivrer le iils de l'assassin de votre père. Ifalgné Ifhoxreurque son nom m'inspire, 'jeH!uppf>iÉarair6arprésBnea,isi elle seule paot vous rendre à tous letcalme et le btpshenr.

fin {fioissant/OQS rmols, M. de tf elvas détourne la tète pronr 'Cacher les (Iirmves^qiii s'échappaient de ses yeux* Mme Léen ireconnatt, à senroixénue, quela pitié rem« pforteisorunjQSt» ressentiment^ et il se jette «ixpieds deissn oncle,>hii!prDdigiaLiit tous les noms que peutia- Tenter%aa«o(iflnniflsaBoe. U lui jure que sa vie entière sera eensaorée à Qui ^proumer le dévoueâient, la tendresse ndfun fiiB;'i>liii trendve enfln ramonr de celui <jn*il "fleuve «neore. ^

A ee cmel et 'doux souvenir, le baren serre vivement liéonwfâsBBni' cœur. .. Malgré son.sileace, Témotion «iqii^fl épronive lui dit assez qu'il (auit retrou^^er fim Dis; mids, impalieiil de Toler au secours de sn ami, Uon li'arradbe des bras de M. de Velvas ; des chevaux HKutt ^raimandés, et les premien uyous da

m LE FAUX FRÈRE

jour paraissaient à peine, que l'ami de Théobald arri- Tait déjà aux portes de Bordeaux.

La lettre de M. de Melvas étant adressée au général commandant, Léon se fit conduire chez ce dernier. Mais, excepté le factionnaire qui gardait sa porte» tous les gens de la maison dormaient encore, et il fallut attendre que le concierge se levât pour aller prévenir le valet de chambre du général qu'un officier, chargé d'un message important, demandait à parler à son maître, car, pour obtenir plus tôt l'audience de laquelle dépendait la liberté de son ami, Léon ne se fit point scrupule de laisser croire qu'il était porteur d'ordres du ministre de la guerre. A la faveur de cette innocente ruse, il fut bientôt introduit dans le cabinet du général.

Il s'agissait de rendre justice i un brave officier, de le tirer de la prison où il gémissait sous le poids d'une accusation calomnieuse ; et Léon trouva le général trèsdisposé à faire tout ce qui devait hâter la délivrance de* Théobald. Mais le conseil de guerre étant saisi de l'affaire, la mise en liberté du prévenu ne pouvait plus Atre prononcée que par un arrêt de l'autorité judiciaire.

et le crédit du général était presque nul en cette circonstance. Cependant il se mit à écrire au capitainerapporteur et au président du conseil, puis il engagea Léon à leur remettre lui-même chacune de sev'lettres, en ajoutant : a H est essentiel qu'ils les lisent avant la séance qui doit avoir lieu ce matin, et qu'ils àpprennent par vous tout ce que je viens d'entendre. Le capitaine vous donnera un laisser passer pour voir votre ami.

A peine Léon prend-il le temps de remercier le général de ses bons avis, tant il est pressé de les mettre à exécution. Mais le président du conseil demeurait d'un côté de la ville tout opposé à celui qu'habitait U général ; le capitaine-rapporteur logeait à une distance non moins éloignée^ et lorsque Léon arriva chez eux, il apprit que tous deux venaient de sortir pour se rendre au conseil

Ces lettres qu'il avait fallu attendre, ces longues courses avaient employé tant de moments qu'il était déjà plus de neuf heures quand Léon descendit au fort du Hâ. D'abord on lui refusa l'entrée de la prison ; il montra les tettres dont il était porteur : on prétendit que le conseil étant assemblé, on ne pouvait pas déranger monsieur le président. Mais Léon, décidé à tout pour parvenir jusqu'à son ami, menace de se plaindre

S06 LE FAUX FnÈKE

au général-commandant du mépris qti^on fait de messages, de sa recommandation, affirme que si on ne lui donne pas le moyen de pénétrer jusqu'aux jages^ il va se mêler au public et réclamer hautement ce qu'on lui refuse.

En disant ces mots^ il monte rapidement l'escalier qui conduit à la salle du conseil, fend la Ibule qui est réunie pour entendre prononcer nn arrèt^ franchît la barrière qui sépare le public des juges, et se précipite vers Théobald, en criant de toute ses forces :

— n est innocent ! il est innocent t

Les gendarmes s'approchent pour saisir Léon, il montre les lettres du général ; puis, s'arrachant des bras de son ami pour prendre sa défense, il déclaie hautement les motifs qui l'ont déterminé à emprunter son nom, il les fait approuver. Mais ce n'est point assez de le justifier d'une infâme accusation ; il yeut que Théobald soit honoré comme il mérite de l'être, et pour cela il fait le récit des traits de bravoure, des nobles actions qui lui donnent des droits à la reconnaissance de sa patrie. Inspiré par tant de souvenirs de gloire, de terreur, par l'exaltation d'une amitié cimentée partant de communs périls, Léon devient éloquent, Tenthousiasme qui le transporte entraine tous les cœurs. On

LE FAUX FRÈBE 307

s'indigne avec lui des calomnies inventées pour flétrir Thonneur d'un si brave oflBcier : on s'irrite contre ceux qui reprochent à Théobald un nom qu'il régénère ; et, passant par degrés du mépris à l'admiration, on applaudit avec transport ce jeune Éribeft, ee courageux soldat qui fait oublier par ses vertus les crimes de son père. C'est au bruit des acclamations générales que son arrêt est cassé. C'est presque porté par toiB les jaunes militaires témoins de ce jngemetit, qu'il paraent jusqu'à la porte du fort. Là, ISarcel, mneidejoie, attendait les deux amis ; maisll li^ose^ «ppreeber; on h dirait honteux des larmes âel)onheur<qtil/rempUs86Bl ses yeux. Léon l'aperçoit, se jette à son «on, «t le lait ainsi reconnaître pour le vieil ami qui a partagé «t adouci leur infortune.

Théobald, abattu sous le poids id» tant d -émotions, semblait respirer avec peine. TSarcel, qui le Toit pâlir^ le force à entrer chez le concierge pour le soustraire à la foule qui l'entoure et le laisser se livrer sans contrainte au bonheur de retrouver «elui qu'il a si longtemps pleuré ; lui-même a besoin de les voir dans les bras l'un de l'autre pour se convaincre de leur félicité.

Ainsi le ciel, protecteur de cette amitié sainte, jtajptage des âmes nobles, leur accorde de sembdabLes mo-

S06 ' LE FAUX Fr.È;i3

mcnls pour compenser dos anncer de souffrance I Dans les transports d'une joie si vive, Ifes deux amis oubliaient jusqu'aux lieux qui en étaient témoins, et Marcel fut obligé de leur rappeler que Théobald était libre.

— Libre l répéta Théobald, en levant les yeux au ciel.

— Oui, libre, et bientôt le plus heureux des hommes, reprend Léon.

— Que dis-tu?., moi... heureux I...

— ËQ peux-tu douter! éprouverais-je tant de joie si fuelque malheur te menaçait encore, si la plus éclatante réparation ne te vengeait d'un indigne outrage ; enfin si Famour de ma sœur ne devait pas m'acquitter envers toi.

En écoutant ces mots, Théobald^ dont les genoux fléchissent, est obligé de chercher un appui : il semble accablé sous le poids d'un bonheur au-dessus de ses forces.

— Tu ne me crois pas, dit Léon ; eh bien, Céline te persuadera mieux... viens l'entendre te nommer son époux... viens la rendre à la vie... tu ne douteras plus de notre bonheur à tous quand tu seras mon frère.

^ Qu'entends-je.... Je puis la voir!.. Ah ! conduismoi près d'elle... que je meure de joie en revoyant Cé- Kne.... hâtons-nous, ajoute Théobald, en se levant avec précipitation, ne perdons pas un instant.

Et il marche vers la porte. En vain Marcel, effrayé

de l'abattement qui se peint sur les traits de Théobald, yeut qu'il prenne quelque repos avant de se mettre en route ; rien ne peut le retenir un moment de plus ; il traverse d'un pas rapide la cour de la forteresse^ et Léon le suit sans s'étonner de son impatience.

En s'élançant dans la voiture qui les attendait, Théobald jette sa bourse au postillon qui laisse à peine le temps à Marcel de monter sur le siège ; et les chevaux partent au galop. En moins d'une heure ils arrivent au village de Melvas. Lorsque Théobald aperçut l'avenue du château, il s'écria en prenant la main de Léon :

— Ah t mon ami, tant de bonheur m'était destiné, et j'ai maudit mon sort!... Ingrat, impie tout à la fois, j'ai soupçonné ton amitié^ j'ai douté de la justice di« vine, et c'est quand le ciel me réservait tant de biens que je l'accusais de m'accabler de maux insupportables: c'est alors que j'osais... mais il est assez vengé par les remords que j'éprouve... Sans doute il m'a pardonné puisqu'il me permet que je la revoie encore.

Ces accents du désespoir, mêlés à des transports de joie, jetaient dans Tâme de Léon une sombre inquiétude qui ressemblait à un affreux pressentiment. 1 reproche à son ami d'attrister par de vains regrets le plus doux moment de sa vie; il lui défend toute autre

310 ra FAU» FKfiflE

pensée que celle de'fhecireiir a\«iiipquiil1iÉlcaii^ 0t4» complaît à lui endépemd^ ti»UB40s^^(di8rmes^ oar il m dcmte pas qae Vd» soin», Tamoup^ é» ThéobaUb &• triomphent des soHflhaTiee9'd6»(I41iQe^;il bii a frit^dû» par Nadège qrf il'iieTeryîendridl'à Mëbasipi'ittCDmpAf pé do son ami, et Léon pense^qnef reBpon^ivsdi^èafaiiiiDée ; mais il veut la préparer anr bonham^d/a^Krenàtei qui son ami est libre, qu'il est près d^elle; il ondanaetatt postillon d'arrêter à quelque distance diLoliitBau;,il veut descendre le premier, et propos» àThéobaldide l'attendre , pendant qu ' il ira préveidr madame de: Loe^ moy de son arrivée ; mms- ThéobaUt s^ refiise; dans l'impatience qui le dévore^ à peine coiseotriLà œquA Léon le devance de quielque? miirataBL

Cependant une femme vient à euXi : cfestNadège^; la joie brille sur son visage; elle vient leur aiq^ureiidn que le délire et la fièvre de Céline^ ont cédé à.lfes|^ rancede revoir Théobald, et au plaisir d'entendre dite que M. de Hblvas ne s'oppose plus à l«»n uaion :

— Seulement; ajoute Nadège^ une Mlidté si grande lui paraît un songe; elle craint' qefàa »& lui en donne Tespérante que par pitié pour régareMant où le malbeur a plongé sa raison. Venev la délramper; mais que Léon paraisse le premier devant ^i*.

LE FAUX FRÈRE 3ii

En disani ces mots, elle entraîne Théobald dans la galerie du château, tandis que Léon va droit à la chambre' de sa mère.

— Chère Nadège... vous allez être heureuse; ahl jurez-moi de ne la jamais quitter, dit Théobald, en serrant la main de Nadège.

*— Pourquoi cette^rière? répond-elle, étonnée de l'accent douloureux qui l'accompague. Puis-je être heureuse loin de ceux qui aiment Léon? Pourquoi

S'inquiéter de Tavenir lorsque le présent offre tant de bonheur! Je ne saurais m'occuper aujourd'hui que de TOUS, de Céline^ Quand tous vos vœux seront comblés, c'est vous alors qui penserez à moL

— Oui... fiez^vous à elle ; laissez-lui le soin de votre félicité, c'est le plus sâr moyen de la voir s'accomplir; rattachez-la a la vie en lui parlant souvent du bien qu'elle peut faire,.. Ditee4ui que Théobald... Mais, j'entends des pas*., on vient de ce câté..« c'est Léon..» grand Dieu... o'est la voix de Céline... c'est elle... 6 joie! 6 désespoir I Bien de bonté 1 encore un seul... un seul moment... Et Théobald tombe à genoux, et^ se traînant avec peine jusqu'à la porte qui vient d« s'ouvrir, il étend les bras vers Céline, et bientôt ki presse sur son cœtur.

Mais les battements de coeur qui retentissaient dans l'âme de Céline s'arrêtent tout à coup, les bras qui la serraient ont perdu leur force ; elle sent pâlir son front sur des lèvres glacées.

— Théobald 1 s'écrie-t-elle. .. ciel ! il ne m'entend plus! Pourtant ces cris semblent le ranimer, mais il fait

de vains efforts pour relever sa tête appesantie, elle retombe sur le bras de Céline.

— Rassurez-vous, disait Léon, rassurez-vous, il a mis tant de courage à souffrir qu'il ne lui en reste plus pour supporter la joie ; cette faiblesse ne sera pas longue.

Eu cet instant madame de Lormoy s'approche de Théobald, et lui prodigue tous les soins d'une mère; il la remercie d'un regard, ses joues se colorent, on le croit prêt à revenir à la vie ; mais un cri douloureux s'échappe de son sein, ses yeux se referment, et la pâleur vient de nouveau couvrir ses traits.

L'effroi s'empare de chacun ; on envoie de tous côtés pour chercher le docteur Frémont. Zamea, qui vient d'être appelée, jette l'alarme dans l'antichambre où se trouvait Marcel ; il entend dire que son maître se trouve mal, il se précipite vers la galerie dans l'état d'un homme que le désespoir égare.

—Misérable que je suis, dit-il, d'une voix étouffée, j#

mérite la mort. .. c'est moi... il l'a voulu.. . oui c'est moi. Ah t sauvons-le... peut-être il en est encore temps!... . —Que dis-tu!... Qu'as-tu fait... dit Léon avec l'accent de la terreur.

— A la veille d'être dégradé, il m'a demandé du secours... J'ai obéi...

<— Malheureux I s'écrie Léon, il s'est «empoisonné... A ce mot fatal, chacun reste glacé. Marcel lui seul conserve quelque présence d'esprit, et cherche à se rappeler par quels moyens on peut combattre les effets de l'opium, mais tous les secours sont impuissants. Cependant au milieu de cette désolation générale, un cri d'espoir se .fit entendre; Céline, qui n'a point fait un mouvement depuis que, prosternée auprès de Théobald, elle soutient sa tête décolorée, Cécile vient d'apercevoir le docteur.

Mais cette lueur d'espérance s^éteiot presque au même moment : le docteur déclare que le poison a déjà trop agi pour qu'on puisse en arrêter les ravages. Cependant;quelques gouttes d'une potion calment les douleurs tl'^i déchirent Théobald ; il recouvre la voix, ses yeux énlr'ouverts [se fixent sur les yeux de Céline, comme pou^ y chercher la vie qui leur échappe; il tend la i;nain à son ami, lui recommande Marcel, et

31/i LE FAUX FRÈRE

fait un effort pour proaoûcer le nom de M. de Melvas ; on comprend qull demande à le voir ; Nadège sait qu'il est là, caché derrière les amis qui entourent Théobald, et se livrant à des regrets pleins d'amertume; elle le conduit près du Jeune mourant, et le vieillard l'inonde de ses larmes.

— Accable-moi, lui dit-il, j'ai été sans pitié^ ne sois pas moins cruel ; fais retomber sur moi l'af&eux désespoir qui t'a porté à te donner la mort... prédis-moi la haine de toute cette famille qui te pleure. Venge-toi aussi .

— ^Non^ répondit Théobald, d'une voix expirante, noo, c'est assez d'une vengeance.. • mais... si vous plaignez ma mort... qu'elle m'obtienne. .. le pardon de mon père.

— Âh I tu l'as trop payé, s'écrièrent à la fois le baron et sa sœur, ton souvenir seul vivra dans notre âme, il en a déjà effacé tous les autres.

— bonheur 1 dit Théobald, un instant ranimé par une sainte joie ; ih ne le maudiront plus. .« tu les entends, Céline, ajoute-t-il en cherchant à l'entourer de ses bra'>>^4éfaillants^ ils pardonnent... et tu m'aimes... Ah 1 ya meurs trop heureux... viens... voir le bonheur. .. l'emporter... sur la mort... viens... que je m'enivre encore... de tes regards... obi ciel!... je ne te vois plus... parle, que j'entende... ta voix... parle.-

LE FAUX FRÈRE Zi4k

-— Thébbald... répond alors Céline, d'un air égaré, Théobald, que me demandes-tu 1

Et joignant sa main à la main déjà glacée^ elle se ' sent attirer vers lui par une force irrésistible. Son sein touche à celui du mourant, un embrassement convulsif les unit, et les lèvres tremblantes de Céline Tont recueillir de dernier soupir de Théobald.

L'excès du désespoir ne p^met pas les larmes ; à la vue de ce tableau sinistre, personne na pleurait ; nul sanglot, nulle pldnte ne rompit le silence de mort qui régnait dans ce eruei momeni

Cependant le docteur qui redoute l'effet d'un si horrible spectacle sur l'esprit de Céline, veut la retirer des bras glacés qui la retiennent, mais elle résiste & ses instaifôe^èt lui fait signe de ne point éveiller Théobald. Âvaftt^ d'avoir recoofs à la force pour l'éloigner de ce lieu de ^douleur, il dit à madame de Lormoy d'employer toute l'autorité de sa tendresse pour déterminer Céline à le suivre. Mais que devint^ hélas I cette malheureuse mère, lorsque suppliant sa fille de ne pas s'abandonner au désespoir, elle la vit passer en

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jouant ses doigts dans les cheveux de Théobald et contempler ses traits inanimés avec le sourire de la joie* Le ciel avait pris pitié d'elle; en perdant ia raison, elle venait de perdre aussi tout sentiment de ses peines, et depuis ce triste moment l'on aurait pu croire qu'elle n'en gardait aucun souvenir^ sans la prière qu'elle adressait chaque jour à la petite croix d'honneur attachée sur son sein. Cependant on mit sous ses yeux la lettre trouvée sur Théobald; on espérait que la vue de ces caractères tracés par une main chérie la ramènerait à ses pensées habituelles ; d'abord, elle reconnut la chaîne d'or à laquelle cette lettre était suspendue, car elle la couvrit de baisers et la mit autour i! j son bras. Mais on la vit s'efforcer en vain de lire quelques niots de la lettre, elle avait oublié ce qu'ils exprimaient, ne savait même plus comment on devait les prononcer. Le nom de Céline était Tunique mot qu'elle parût comprendre ; elle le montrait en riant à ses amis, et les priait souvent de lui lire à haute voit le dernier adieu de Théobald.

A Céline.

« Il fallait subir l'affront d'une condamnation inuste, supporter l'ignominie t ou mourir digne de

Céline ; pouvais-je hésiter t Pouvais-je moins accorder à rhonneur, lorsqu'elle me donnait elle-même Texempie du plus grand sacrifice que l'amour puisse lai faire ? car ton cœur m'appartient, Cécile, et tu vas consacrer ta vie au bonheur d'un autre I... Ah ! c'est toi qu'il faut plaindre ; toi que la naissance, les vertus, la beauté appelaient à une destinée si heureuse I Tant de biens réunis n'ont pu triompher de la fatalité atta^ cbée à mon sorti J'ai porté le trouble, la douleur dans rame la plus pure ; voilà mon crime I le ciel devait m'en punir. Ce n'était point assez de me livrer à Tinjustice, à la méchanceté des hommes, il fallait ton malheur pour accomplir mon châtiment.

/» Ton malheur!... à cette idée, tout mon courage 3xpire. Ah! que ne puisse-je emporter dans la tomb« jusqu'au souvenir qui va t'afOiiger ! Mais, Céline, pourguoi pleurer ma mort, elle n'ajoute rienà nos regrets: n'étions-nous pas séparés pour toujours?... Oui, lort nême qiTe; tt^idi^lTée de nos ^peines, ta famille aurait 'Onsenti à nous unir, le monde, ce tyran implacable

l^ui parle de philosophie en immolant tout au préjugé; |ui prêche la tolérance en poursuivant sa vengeanci ^sque sur les enfants dd coupable ; ce monde qu'on ^oit tour à tour, l'esclave ou le persécuteur d'un nom

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