OBSERVATIONS
OBsERvATION L (RÉSUMÉE) (Due à M. le Professeur Pousson)
A... homme de trente-huit ans, a eu depuis trois ans plusieurs crises de coliques néphrétiques suivies de l'expulsion de graviers. Il fut pris brusquement d’anurie calculeuse pour laquelle le professeur Demons pratiqua la néphrotomie du rein gauche. A la suite de cette opération, il alla bien pendant près de deux ans, mais au bout de ce temps, il se mit à souffrir à peu près constamment du rein néphrotomisé, avec crises de coliques accusées. De temps en temps, il rendait des urines troubles, purulentes, mais sans sables ni graviers. Il remarqua aussi que certains jours la quantité des urines diminuait considérablement. C’est pour une de ces crises d'oligurie, plus intense que les précédentes, que M. le Professeur Pousson fut appelé à le voir. Le malade avait rendu dans les vingt-quatre heures à peine 250 grammes d'une urine épaisse, boueuse, lorsque l’examen fut fait. Il se plaignait d’une douleur vive, intolérable dans le rein gauche. Cet organe, très volumineux, était aussi très sensible à la pression ; la percussion en arrière, au-dessous des fausses côtes et en dehors de la masse sacro-lombaire, déterminait une douleur extrêmement violente. Le malade, très affaibli, avait le pouls petit, fréquent, irrégulier; il était très agité, avait du subdélire et offrait tous les symptômes d’un état très grave. Les douleurs augmentant et l’oligurie se prononçant, la néphrotomie du rein déjà opéré fut décidée, lorsque le malade succomba brusquement dans la nuit précédant le jour fixé pour l'intervention.
A l’autopsie, les deux reins furent trouvés remplis de kystes saillant à leur surface et criblant l’intérieur du parenchyme, Ils ne contenaient
PAU ni l'un ni l’autre de calculs ou de sables et offraient tous les caractères anatomiques des reins polykystiques. Le foie était normal, de même
que tous les autres viscères.
OBsERvATION II
(Due à M. le Professeur Pousson; notes de M. ParcguiER, Interne du service)
S..., quarante et un ans, charpentier, entre dans le service des maladies des voies urinaires le 16 janvier 1907.
Antécédents. — Père mort de paralysie à soixante-dix neuf ans. Mère morte de hernie étranglée à soixante-sept ans. Un frère et deux sœurs morts en bas âge ; quatre frères et quatre sœurs encore vivants et en bonne santé. Le malade a eu la rougeole à sept ans; fluxion de poitrine à vingt-deux ans pendant son service militaire. Depuis son enfance, le malade est sujet à des vomissements bilieux, se produisant par accès et durant plusieurs jours.
Il avait vingt ans, lorsqu'il fit une chute d’une hauteur de 6 mètres sur une poutrelle qui détermina la fracture de trois côtes à gauche et la production d’une large ecchymose. Huit jours après, il reprenait son travail, mais la douleur du côté traumatisé persista pendant un mois. Cet accident ne s’accompagna pas d'hématurie.
Histoire de la maladie. — En 1891, brusquement le malade ressentit une douleur violente dans la fosse iliaque gauche s’irradiant à la verge. Cette douleur dura environ une demi-journée et cessa subitement à la suite de l'expulsion d’un petit calcul de la grosseur d’un grain de blé qui s’accompagna de quelques gouttes de sang. Un an après, nouvelle crise absolument semblable à la première, et troisième crise l’année suivante. Ces deux crises se terminèrent comme la première par l'expulsion d’un petit gravier.
Depuis lors, le malade à souvent constaté dans ses urines un dépôt ayant l’aspect de briques pilées, se rencontrant plus particulièrement à la suite d’un excès de travail ou d’une longue course en voiture.
Il y à cinq ou six ans, la douleur localisée jusqu'alors dans la fosse iliaque gauche remonte vers la région rénale, s'irradiant depuis une quinzaine de mois vers l'épaule gauche. Elle est intermittente. Chaque
hr crise douloureuse est suivie de l'émission de graviers très fins, rougeàtres. La région rénale n’a jamais été douloureuse.
Etat actuel. — Le malade est amaigri et affaibli. Souffrant continuellement du côté gauche, il éprouve aussitôt qu’il travaille un peu ou qu’il marche pendant quelque temps des exacerbations de douleurs qui l’obligent à garder presque constamment le repos.
Rien à l'inspection des organes génitaux, ni à l’exploration de l’urètre et de la vessie.
La palpation de la région lombaire droite est négative : le rein ne peut êlre perçu, la pression pour le sinus éosto-lombaire n’est pas douloureuse. Le trajet de l’uretère correspondant est indolent, de même la pression sur son embouchure à la vessie. Par contre, le rein gauche, très volumineux, forme une tumeur qui descend à un bon travers de main au-dessous des fausses côtes. Elle a la configuration du rein et parait lisse et régulière à sa surface, Elle ballotte faiblement. Elle est légèrement douloureuse à la pression bimanuelle, mais la pression en arrière, en dehors et en haut de la masse sacro-lombaire et surtout la percussion à l’aide du poing, à ce niveau, provoquent une douleur très
vive.
Le foie déborde d’un travers de doigt les fausses côtes. IL n’est pas
douloureux.
La digestion se fait assez bien, mais le malade est au régime lacté depuis plusieurs mois. Tous les autres appareils organiques paraissent fonctionner régulièrement.
L'analyse des urines lotales faite le lendemain de l'entrée du malade
donne :
Volume des 24 heures ..............., 850 cc. DEN EN TRES entire 1021 RÉAGHON AE AE RSR re Se normal! acide Couture Pen er jaune foncé AspOne ea LE Me Fonte cod: louche Se MONS LR CS RE EE DER LE ER peu abondant MC re RE tn ne Ent cde 16 gr. par litre Acide phosphorique total en P°0° ...... 1 gr. 60 Chlorure desodiumi 287470, 9 gr. 35 CAT ES nn LL léger excès
NTDUMIN EN RE EPA PRET, 0
si ” Dépôts formés d’hématies, de déchets épithéliaux, de tractus, de mucine, de quelques cristaux d'acide urique en amas à angles très aigus.
La division des urines fournit :
Rein droit : 2 centimètres cubes avec 10 gr. 40 d'urée par litre.
Rein gauche : 8 centimètres cubes avec 9 grammes durée et 7 gr. 90 de chlorure par litre.
Petite quantité d’albumine des deux côtés ; de même, hématies, leucocytes, déchets épithéliaux. A droite seulement, nombreux tractus de mucine.
La radiographie est négative.
Le diagnostic porté est : calcul rénal gauche.
Décapsulation el néphrotomie. — Le 19 janvier, le malade étant chloroformé, la loge lombaire est ouverte et le rein, facilement dégagé des adhérences qu'une légère périnéphrite lui a fait contracter avec ses parois, est amené à l'extérieur. Il est volumineux et globuleux, et sa surface présente un nombre considérable de saillies, transparentes pour la plupart, qui lui donnent tout à fait l'aspect grappe de raisin caractérisant le rein polykystique. Incisé suivant son bord convexe jusqu'au bassinet, il offre sur chacune de ses tranches les mêmes formations kystiques, de sorte que le diagnostic de lithiase rénale est abandonné séance tenante pour celui de l’affection polykystique. L'exploration minutieuse du bassinet, des calices et du parenchyme par la palpation ne fait découvrir nulle part de conerétions. Avant de suturer au catgut les deux valves du rein, une sonde de Pezzer ayant été préalablement mise dans le bassinet, on pratique la décapsulation, qui se fait très facilement malgré l'existence de kystes dont quelques-uns se rompent. Suture à étages de la paroi lombaire.
Suites opératoires. — Le malade qui a perdu une très minime quantité de sang'a supporté très bien l'opération. Le soir, son pouls, plein, régulier, donne 60 pulsations ; température, 37°3. Environ 200 grammes d'urine très rouge.
Le 20, nuit bonne, cependant quelques tiraillements dans le côté opéré. Pouls 8%, température 37°6. Urines toujours très sanguinolentes, 1.000 centimètres cubes depuis l'intervention. Pansement teint de sang, mais à peine d'urine,
es