‹ Le faux savantChapitre 121 sur 194 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

tais trente personnes qui se tiendront fort offensées de me voir prendre un engagement.

la MARQUISE.

Je crois ces personnes-là fort délicates en sentiments.

LE M'ÀIlQtfiS.

Assurément.

LA MARQUISE

Oui , mon fils , je le crois. Le mauvais choix de ces personnes , si délicates , est cependant au rang ' des défauts que j'ai à tous reprocher.

LE MARQUIS

A moi des défauts ?

LA MARQUISE. '

Croyez-vous donc n'en point avoir?

LE MARQUIS

Non pas , madame ; je sais que , communément , chacun a les siens.

LA MARQUISE

Ce seroit grand hasard que les vôtres vous eussent échappé ; car , à vous parler aussi avec franchise, vous êtes , mon fils , emporté , intempérant , peu instruit , indiscret , orgueilleux , volage , mo-< queur et médisant.

LE MARQUIS

La peinture est un peu chargée , ce me semble. Il v a plusieurs de ces défauts-là que je serois fâché de ne point avoir. Par exemple , médisant.

* LA MARQUISE

. Eh bien ? .•

j 7 » LES ORIGIHÀUX.

LE MARQUIS

Il faut rétro , madame.

LA MARQUIS!

Il faut l'être?

LE MARQUIS

N'en doutes point. Comment êMe reçu dans le monde, si tous ne savex pas médire agréablement? Quelle ressource auriezr-yous pour plaire? Gomment faire sa cour à quelqu'un ? est-il possible d'élever les uns sans rabaisser les autres ? La médisance est une ombre au tableau, et cest elle qui lait valoir presque toutes les louanges que nous donnons.

LA MARQUISE

Cette nécessité d'être médisant ne peut être donnée que comme une plaisanterie de votre part : mais comment justifierez-vous ces emportements , cette hauteur qui mit qu'un mot dit sans dessein, une raillerie innocente vous révoltent contre vos meilleurs amis ; ce feu qui vous entraine , et qui , dans les querelles comme dans les plaisirs , vous porte aux dernières extrémités ? La modération , mon fil» , est une vertu si heureuse , quelle nous fait paroitre avoir même les vertus que nous n'avons pas.

LE MARQUIS

Oui ; et avec ces beèlea maximes-là , il arrive qu'on se déshonore. Il faut être homme pour en «avoir les conséquences. Tant de prudence dans

Page 1