‹ Le favori, ou, La Cour de Catherine IIChapitre 16 sur 45 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

POÏEMRIN.

(// est étendu sur une ottomane, il fume une longue pipe ; les envoyés de Prusse et d' Autriclie , des seigneurs et d'autres ambassadeurs sont debout auprès de lui; il est en robe de chambre ; des esclaves l'entouren . )

CHOEUR

Alu de M. Adam (dans l'Espionne).

A Potemkin rendons honneur !

Cher à l'amour, à la victoire, Son regard donne le bonheur, Sa pensée enchaîne la gloire.

POTEMKIN

J'y consens, inonsieur , je soutiendrai les prétentions du cabinet de Saint-James, parce qu'elles me semblent justes; n'en parlons plus. [Il se tourne vers un de ses esclaves.) Mon pourvoyeur liauer e^t-il de retour? A-t-il rapporté les cerises que j'ai demandées ?

l'esclave.

Oui, excellence.

POTEMKIN

Ce pauvre Bauer ! Voilà quatre cents lieues qu'il fait pour un plat de cerises: mais je veux qu'il se repose; il ne faut pas le tuer. Il n'ira que dans deux jours chercher des melons d'eau à Astrakhan.

l'envoyé de PRUSSE.

"Votre excellence n'oublie pas le traité de commerce avec la Prusse ?

POTEMKIN

J'y pense, monsieur; mais je ne vois pas arriver celle plaque cl ce cordon qui m'avaient été promis.

l'envoyé de PRUSSE.

Le roi, mon maître, m'a chargé de les offrir à votre excel- Itiiice : j'aurai l'honneur de les lui remettre aujourd'hui même. {baissant lamix.) Je dois y joindre un faible témoignage de la haute estime et de l'amitié de sa majesté.

POTEMKIN

A merveille, monsieur, à merveille! Nous causerons de cela plus tard.( à an esclave. ) Le danseur de Paris et le raisin de Crimée sont-ils arrivés?

l'esclave.

Depuis ce matin. Le courrier qui revient de Crimée a fait une telle diligence pour arriver aujourd'hui, qu'il est mort de fatigue.

P0TEMKIN.

Combien m'a-t-il crevé de chevaux?

l'esclave.

Pas un seul.

POTEMKIN

C'est très bien! Je ferai quelque chose pour lui !

l'esclave.

Mais, excellence , il est mort.

POTEMKIN

Ah! c'est juste... Je n'y pensais plus! {aux ambassadeurs.) Je suis content , messieurs , et j'espère que vous le serez : veuillez me laisser seul, et n'oubliez pas que vous êtes tous invités à ma fête.

l'envoyé de PRUSSE.

Qui de nous pourrait y manquer?

POTEMKIN

Je compte sur vous : à bientôt, messieurs, à bientôt! ( Tout le monde s'incline, Potemkin reste étendu sur son otto?nane , continue à fumer, et fait un signe de tête ; on sort sur le chœur du commencement. )

CHOEl'R .

A Potemkin, rendons honneur !

Cher à l'amour, etc.

SCÈiNE II.

VOTEUKl^, seul, se levant.

Quand mes projets s'accompliront-ils! Constantinople ! Constantmople!.,. C'est là qu'il faut arriver!... c'est là que, régnant un jour sous le nom de Catherine, je pourrai braver ses caprices!...En attendant, il faut que je les dirige : ce Lowinski ne me convient point! Je dois empêcher son suctès!.. . Ou se cache!... Je ne sais encore... Ah! bientôt j'apprendrai tout : cette jeune

Paiileska, sensible à quelques mots d'amour, fièie de voira ses pieds le puissant Polemkin, me livrera leurs secrets. Déjà, elle a accepté le rendez-vous... C'est ici, sous ce bosquet que je la trouverai! A dix heures! Tout va bien! Mais si jo parviens à chasser l'homme que je redoute, ne laissons point s'égarer de nouveau l'ardente imagination de Catherine : sans qu'elle s'en doute, que mon choix seul la conduise!... Madame de Pompadour régna jusqu'à sa mort, ne l'oublions pas! UN ESCLAVE, entrant.

Monseigneur, un sergent des gardes à pied dit que votre excellence l'a mandé; il se nomme Korsakoff.

POTEMKIN

Qu'on l'amène. Je vais l'interroger, et si sa valeur morale répond à mes espérances, nous verrons.

[Il va se rasseoir. )

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